Chapitre 1 : La quête

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Elle courait. Elle fuyait.

La pluie frappait son visage avec violence.

Péniblement, ses petites jambes lui faisaient traverser une forêt. Sombre. Floue. Dangereuse, mais familière.

Quelque chose la pourchassait à travers les ténèbres. Quelque chose voulait sa vie.

Le froid. La peur. Tout se mélangeait dans son esprit. Elle n’était que spectatrice d’un souvenir déjà passé.

Puis elle tomba dans la boue. Tandis qu’elle tentait de ramper pour échapper à son poursuivant, elle sentit sa jambe se stopper douloureusement.

Quand elle tourna la tête, deux yeux rouge sang la fixaient.

Un coup violent la ramena de ses songes passés.

En sueur. Un horrible mal de tête la saisit aussitôt, lui tordant l’esprit.

Elle soupira. Le goût d’alcool et de liqueur de mûres lui revint en bouche, expliquant l’origine de ce mal.

La soirée précédente avait été mouvementée.

Travailler pour le grand-duc de Brykir, la plus grande cité de Daran, n’était pas de tout repos. Elle n’avait eu qu’à suivre le cortège, surveiller le duc, grogner quand il le fallait. Une mission facile.

Entre les feux d’artifice pétillant dans le ciel et les cris de la foule acclamant leur duc bien-aimé, la cité bruissait d’une énergie folle. L’odeur des pavés humides se mêlait au battement des sabots – un mélange enivrant.

Et évidemment, ça payait bien. Très bien. Trop bien, même.

Vaelar le savait. Avant même de toucher sa prime, elle imaginait déjà l’alcool couler à flots. D’ailleurs, elle n’avait pas manqué l’occasion, ce soir-là, à la taverne du Bouc Assoiffé. Soupirant devant sa bourse presque vide, elle se murmura : « Ce démon finira par causer ta ruine. »

Elle aimait la fête – ou plutôt la débauche. Les verres qui claquent sur les tables, les chansons hurlées à tue-tête, brandissant les notes comme des trophées.

Elle esquissa une grimace en s’asseyant, retenant un haut-le-cœur qui manqua de l’assommer. Elle avait bu. Sans doute vidé un fût à elle seule, plus quelques caisses de liqueur de mûres sauvages.

Elle caressa ses oreilles pointues, se répétant son éternel laïus : « Plus jamais autant. » En massant son front collant, elle tenta d’imprimer le message en elle.

C’était un mensonge. À chaque fois, elle se le répétait sans y croire.

Elle prit quelques minutes pour émerger de ce brouillard. Elle en avait encore rêvé – ou plutôt, revécu un souvenir.

Tandis qu’elle rangeait ses affaires, elle fit l’inventaire : sa lame était là, son sac de voyage, et son luth qu’elle chérissait tant. Pas qu’il ait une grande valeur – un luth banal –, mais à ses yeux, il portait tant de souvenirs.

Elle rassembla le tout dans son sac, non sans mal, et se prépara à reprendre la route. Mercenaire, ça payait mal parfois, bien d’autres fois, et parfois très bien.

Ce contrat l’avait mise sous les feux de la rampe, lui valant une publicité considérable.

« Mais avec la réputation viennent aussi les ennemis et les… »

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase. Une lame froide glissa devant sa nuque.

« Bonjour, mademoiselle. »

« … voleurs », termina-t-elle.

« Je suis désolé si mes manières laissent à désirer, mais mon employeur n’aime pas se montrer. Et entre nous, c’est une qualité que je partage avec lui. »

Les oreilles pointues de Vaelar frémirent. L’odeur de sureau lui emplit légèrement les narines.

« Trop odorant pour un assassin », se dit-elle.

« Rassurez-vous », reprit-il d’une voix douce, presque chaleureuse et grave. « Je ne suis pas là pour vous ôter la vie. Sinon, vous ne seriez plus des nôtres. »

Il glissa subtilement une lettre dans son sac.

« Voici la proposition de mon chef. Libre à vous de la considérer ou non, mais sachez que le risque vaut le prix. »

Après ces mots, un épais nuage noir l’enveloppa, masquant sa silhouette. Vaelar ne put que déduire que sa récente réputation l’avait précédée. Mais elle avait aperçu la main de l’homme, recouverte d’un fin tissu moulant.

C’était un tissu particulier, mais l’esprit encore embrouillé de Vaelar peinait à s’y attarder.

Tandis que le vent chassait peu à peu la volute de fumée noire, elle saisit la lettre.

« Vaelar, j’ai vu vos exploits passés. Pardonnez ma méthode, mais je suis un homme discret. »

*« Parano »,* se dit-elle.

« J’ai besoin que vous trouviez un objet pour moi. Vous saurez de quoi il s’agit quand vous le trouverez. Une fois en votre possession, venez me retrouver à l’auberge de Brykir : "La Flèche Sifflante". Dites à l’aubergiste : "Je suis le vent qui emporte la flèche."

Je compte sur vous. »

En dépliant la lettre, un plan tomba : les ruines de Valdis.

C’était à un jour de marche de son campement, et le chemin passait par le village de Valdis.

« Une occasion de faire un détour par leurs caves ! À moi leur vin, aussi raffiné que délicieux ! »

La bave aux lèvres, elle ramassa ses affaires et prit la route vers le petit village.

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