Chapitre 2 : Alliance imprévue

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L’odeur de la terre poussiéreuse. Le crissement des petits cailloux sous les bottes.

Les paysages à perte de vue. Les douces mélodies de la nature.

Les parfums de fruits et de plantes envahissant les narines.

Tout cela était la seule raison de vivre de Vaelar – « l’aventure brute », comme elle disait.

Elle ne manquait jamais une occasion de fuir les grandes villes. Bruyantes, surpeuplées, tout y allait toujours trop vite.

Elle aimait prendre son temps, contempler autour d’elle. Même si, hors des cités, les auberges dignes de ce nom se faisaient rares.

Elle avait toujours eu un faible pour la bonne nourriture et le bon alcool – préférant toutefois les spiritueux à la chère solide.

Le sol devint plus doux à mesure qu’elle approchait du village. Les buissons sauvages se muèrent peu à peu en grands vignobles rosés et rouges.

Elle bavait déjà. L’odeur du raisin baigné de soleil lui rappela les douces nuits arrosées de vin de Valdis.

C’était un petit village qui, de père en fils, avait perpétué la tradition vinicole, acquérant au fil du temps une solide réputation. Elle se rappela pourtant avoir entendu que le dernier fils rechignait à prendre la suite.

Elle croisait en chemin les différents viticulteurs employés par le chef de domaine. Bien que modeste, leur terre s’était élargie avec le temps, et l’économie du village comptait sur le vin pour survivre à l’hiver.

Posant les yeux au loin, elle constata que les ruines de Valdis étaient plus éloignées que prévu. L’alcool avait sous-estimé la distance ; elle devrait voyager de nuit.

Elle décida d’abord de glaner des informations à l’auberge du coin.

Tandis qu’elle traversait la place centrale, quelques regards curieux se posèrent sur elle. Elle avait l’habitude : les elfes sortaient rarement de leurs forêts et se montraient peu aux humains.

Elle trouva l’auberge – sans nom. « Moi qui croyais qu’ils adoraient les concours de noms absurdes, c’est étrange », pensa-t-elle.

À son entrée, elle surprit le tenancier en train de hurler sur un employé : « T’as encore réussi à casser notre emblème ! T’es vraiment un bon à rien, dis donc ! »

Elle tapa des bottes suffisamment fort pour attirer son regard. D’un « Dégage ! » sec, il congédia l’employé.

« Désolé pour ça, madame. Une… une elfe ? Pardonnez-moi, c’est rare de vous voir sortir de vos forêts, aha. »

Ne prêtant pas attention à la remarque, Vaelar posa un coude sur le bar en bois. « Sacrée dispute. J’imagine que ça explique pourquoi votre auberge n’a pas d’emblème. »

L’aubergiste retint péniblement un juron, grimaçant. « Ouais, ce bon à rien l’a cassé en le nettoyant. Merde, j’avais pas besoin de ça maintenant. »

Sentant une pointe d’énervement disproportionnée pour une broutille, elle questionna : « Vous y tenez tant que ça ? »

« C’est pas ça, mademoiselle. C’est juste que… on a des petits soucis de production en ce moment. »

« Comment ça ? »

L’aubergiste se pencha, baissant la voix. « Vous voyez la forêt de Valdis, à côté des ruines ? Habituellement, on y cueille la brépine pour le vin. Mais nos cueilleurs habituels ne sont pas rentrés depuis trois jours. »

De la brépine. Voilà qui expliquait l’amertume caractéristique de ce vin si sucré.

« Vous avez une idée de ce qui a pu leur arriver ? »

« Le chef du village… Vous devriez lui en parler. » Il fixa la lame à la ceinture de Vaelar. « Avec un peu de chance, il acceptera votre aide. »

Sortant de l’auberge, Vaelar trouva sans peine ce qui semblait être la maison du chef. Les bâtiments ici étaient presque tous identiques : des maisons simples, modestes. Bien qu’abîmées, elles supportaient encore le poids des saisons, s’intégrant naturellement au paysage.

La maison du chef était ornée de petits parterres de fleurs – des bécassières, des fleurs communes mais robustes, revenant d’année en année.

Frappant à la porte, elle vit s’ouvrir un vieil homme de petite taille. Il peinait à lever les yeux vers l’elfe ; elle dut plier un genou pour croiser son regard.

D’une voix lente, fatiguée, presque glissante, il dit : « Oh oh, jeune fille… Je suis trop vieux pour vous, mais je suis flatté que vous demandiez ma main. »

Surprise, elle resta muette.

« Que me vaut le plaisir d’une visite aussi charmante ? » demanda le vieillard, sourire aux lèvres après sa blague.

« J’ai entendu dire que vous pourriez avoir besoin d’aide. »

Son visage se fit subitement sérieux. Il réfléchit un instant, puis l’invita à entrer d’un geste de la main.

Des vases de fleurs ornaient la table et les étagères ; les murs portaient de belles peintures de champs de fleurs et de raisins.

Sa voix, plus basse et ferme, reprit : « Baspar a toujours eu la langue trop pendue avec les étrangers. Déformation professionnelle, j’imagine. »

Il sauta légèrement pour atteindre le fond de son siège et l’invita à s’asseoir.

« J’imagine que vous savez pour notre petit problème. Alors, laissez-moi être franc : non, je ne veux pas de votre aide. »

« Pourquoi ? J’ai cru comprendre que votre récolte est en péril, et que vos caisses risquent de se vider d’ici peu. »

L’homme soupira. « Ma chère… N’insistez pas. Repartez et ne posez plus de questions. »

Dubitative, elle salua le vieillard et repartit. Sur le seuil, elle s’interrogeait sur ce refus catégorique quand une voix aiguë l’interrompit.

« Des bandits. »

Elle se tourna. C’était le jeune blond aperçu plus tôt à l’auberge.

« Des bandits menacent de brûler nos récoltes et nos champs si on retourne dans la forêt. Ils… Ils ont otages mon père et mon petit frère. »

Évidemment, ça compliquait tout. Mais pourquoi des bandits camperaient-ils dans la forêt de Valdis ? Cette affaire prenait une tournure étrange.

« Tu pourrais m’indiquer comment rejoindre la forêt sans qu’ils te voient ? » demanda-t-elle d’une voix douce.

« Non. »

Elle soupira. « Évidemment. »

« Mais je peux vous montrer ! »

« Hors de question que je prenne un enfant avec moi. C’est trop dangereux. »

D’un autre côté, les options se raréfiaient. Et l’adolescent semblait connaître un chemin direct, sans détour de plusieurs jours.

Elle soupira de nouveau.

« Si je te prends avec moi, tu devras écouter tout ce que je te dis. C’est clair ? »

« Oui, madame ! »

L’adolescent rayonnait, ravi de son coup. Il expliqua le chemin détourné vers la forêt de Valdis, creusé durant les hivers éternels. Ce raccourci pourrait même faire gagner du temps pour sa quête principale.

D’une pierre deux coups.

« On partira ce soir, au coucher du soleil. Ça nous laissera assez de lumière pour avancer discrètement. Si on marche vite, on atteindra l’entrée du tunnel avant la nuit totale. »

Le plan était simple. Trop simple, même.

**Fin du chapitre 2.**

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