Chapitre 4 : heros ou inconscient ?
Le jeune homme ressassait sans cesse la scène : le corps inerte gisant au sol, le regard froid de cette femme.
La froideur dont elle avait fait preuve en exécutant cet homme, la rapidité et la finesse de son geste.
La brutalité de la scène, la violence de cet échange qui n’avait duré qu’une seconde.
Le jeune homme sentit en lui naître une émotion nouvelle, à l’opposé de la fascination qu’il éprouvait jusque-là.
De la peur.
Il avait désormais peur. Tandis qu’elle ouvrait la sortie du tunnel, il se sentait comme une proie en présence de son prédateur.
« Hmm… Je me disais bien que ce serait trop facile. On va devoir faire profil bas. Ça m’étonnerait pas que les autres rappliquent bientôt pour voir si tout va bien. »
Le garçon ne prêta pas la moindre attention à ses paroles.
« On va marcher encore quelques lieues pour s’éloigner d’ici, puis on se reposera à l’abri. Ensuite, tu m’emmèneras là où vous récoltez vos fruits. Viens. »
Il marcha à ses côtés, mais son corps demeurait en tension permanente.
L’air lui semblait lourd. Toute sa perception s’était resserrée sur elle, sur chacun de ses gestes, prêt à réagir au moindre signe de danger qu’elle pourrait représenter.
Un seul mot tournait dans sa tête, encore et encore.
Fuis… Fuis… FUIS.
Alors qu’ils avançaient en silence, Vaelar repéra un petit abri sous un arbre noueux, creux à sa base.
« Repose-toi ici », dit-elle d’un ton froid.
Le garçon s’assit sans un mot, n’osant détourner les yeux du monstre qu’il voyait désormais en elle.
Alors qu’ils s’asseyaient, Vaelar le dévisagea à son tour de ses yeux verts, d’une froideur nouvelle.
« C’était idiot, ce que tu as fait. »
Le garçon répondit, insolent : « Tu n’avais pas à le tuer. »
« Tu crois ? » répondit-elle, amusée.
Le garçon serra les dents. D’un ton agressif : « Ça t’amuse, en plus !? »
Ses poings se crispèrent, la colère envahissant son esprit.
Vaelar, froide, lâcha ces mots comme un électrochoc : « Dans ce cas, la prochaine fois, je les laisserai te tuer. Et ensuite, quand ils sauront de quel village tu viens, ils iront se venger sur ta famille, tes amis. »
Le garçon relâcha ses poings.
Il était si bouleversé par ce qu’il s’était passé, si choqué, qu’il n’avait pris aucun recul.
« Si tu m’avais écoutée, si tu n’avais pas foncé tête baissée, j’aurais pu l’assommer sans le tuer. Mais tu as voulu jouer les héros. Tu as voulu charger bêtement. Alors j’ai fait un choix : j’ai ôté une vie que je n’aurais pas dû prendre. »
Une vague de culpabilité submergea le garçon. Il n’avait pensé à rien.
Les larmes montèrent. Les yeux rougis, perlant sur ses joues, il se confondit en excuses.
« S’excuser ne ramènera pas cet homme. Il a fait du mal, mais ce n’était pas à moi de décider s’il devait vivre ou mourir. »
Elle serra les poings. « Si tu veux te faire pardonner, cesse de croire que c’est un jeu. Si tu veux être un héros, apprends à te contrôler. Apprends à observer une situation dans son ensemble, et pas juste ce qui te fait plaisir. »
« Si tu tiens tant à être pardonné, fais en sorte de ne pas tuer si ta vie n’est pas en danger. Et ne mets pas ta vie en danger inutilement. »
Vaelar s’éloigna pour monter la garde près de l’abri, tandis que le jeune homme ruminait.
Il avait fait une erreur, mais avait-elle le droit de lui parler comme à un enfant ?
Tout se mélangeait en lui : culpabilité, colère, rancœur, tristesse, peur.
Quand soudain, une branche se brisa au loin.
**Fin du chapitre 4.**

Annotations
Versions