Chapitre 3
Quelques jours plus tard, Sofia arriva encore une fois de bonne heure, c’en devenait presque une habitude maintenant.
La tour, à cette heure-là, ressemblait à une carcasse de verre encore endormie. Pas de talons pressés, pas de badges qui bipent, juste le ronronnement sourd de la ventilation et le clignotement agaçant d’un néon au bout du couloir.
Elle traversa le hall quasi désert et monta.
La porte de son bureau grinçant légèrement lorsqu’elle l’ouvrit. Elle déposa son sac dans l’armoire au fond de la pièce et lança son ordinateur. La liste des priorités envoyée par Gabriel s’afficha : Italie, France, Argentine. Rien que des dossiers lourds, elle allait devoir se réincarner en Google translate tôt ou tard. Elle ajusta ses manches, redressa ses épaules. C’est parti.
Travail. Concentration. Rigueur. Et si possible, zéro homme aux yeux trop clairs avant 9h.
Elle n’avait pas avancé d’un quart d’heure sur son premier document qu’on frappa à la porte. Deux coups à la fois mesurés et calmes. Elle savait déjà, que ses prières avaient été vaines.
_ Entrez, lança-t-elle, même si c’était de toute façon trop tard.
Alex passa la porte comme si le bureau lui appartenait. Chemise déjà impeccable, cheveux disciplinés mais pas trop, une ombre de barbe qui donnait l’impression qu’il sortait d’un shooting plutôt que des bras de Morphée.
_ Bonjour, Mademoiselle Valencia, dit-il avec une voix bien trop détendue pour quelqu’un qui devrait être entrain de boire son café plutôt qu’en face d’elle.
_ Bonjour, Monsieur Rossi.
Il referma la porte derrière lui. La pièce s’appauvrit en oxygène. Il balaya le bureau du regard : les dossiers, ses notes, sa tasse encore vide.
Puis ses yeux se posèrent sur elle. Pas de manière appuyée. Plutôt comme quelqu’un qui fixe une énigme intéressante.
_ Vous êtes matinale, constata-t-il.
_ J’ai du travail.
_ Vous en avez toujours.
Un micro sourire se dessina sur ses lèvres. Il désigna le fauteuil face à elle.
_ Je peux ?
_ Si je dis non, vous restez debout ? répliqua-t-elle calmement.
Cette fois, il sourit plus franchement.
_ Rassurez-vous, je sais encore obéir à un “non”.
Elle inspira, encore agacée d’avoir été dérangée.
_ Asseyez-vous, alors.
Il prit place avec cette nonchalance élégante qui semblait intégrée à son ADN. Jambe croisée, dos contre le dossier, tout en lui disait : je suis aussi à l’aise que chez moi.
_ Gabriel vous charge beaucoup, observa-t-il.
_ Je suis payée pour ça.
_ Je sais.
Il laissa flotter un silence, puis ajouta, plus bas :
_ C’est l’une des choses que j’apprécie chez vous. Votre façon de… comment dire… ne pas vous laisser distraire.
Elle releva la tête, surprise par sa franchise. Pas de sous-entendu, pas de sourire trop appuyé. Juste une vérité posée là.
_ Je sais me rendre utile, répondit-elle, neutre.
_ Vous êtes plus qu’utile.
Il posa un dossier devant elle. Ses doigts effleurèrent les siens. Il l’avait fait exprès, elle le savait.
Un courant minuscule traversa ses nerfs. Infime, mais réel. Il le sentit évidemment et son regard changea légèrement. Moins joueur. Plus attentif. plus sombre.
_ Vous êtes toujours aussi réactive ? demanda-t-il doucement.
_ Je suis concentrée, rectifia-t-elle.
_ Je n’ai jamais dit le contraire.
Il l’étudia un instant, tête légèrement inclinée, comme un analyste devant des chiffres qui ne rentrent pas dans les statistiques habituelles.
_ Je vais être franc, reprit-il. Je travaille rarement bien avec les gens.
Il marqua une pause.
_ Ils parlent trop, ou ils veulent me plaire.
Il veut en venir où exactement ? pensa-t-elle.
_ Vous… non, continua-t-il. Vous ne jouez pas. Vous êtes droite.
Elle frissonna légèrement et referma son dossier plus sèchement qu’elle ne l’aurait souhaité.
_ Je vais travailler dessus, dit-elle simplement en désignant le dossier posé.
_ J’espère bien.
Il se leva et lorsqu’il était presque à la porte il ajouta, sans se retourner :
_ Au revoir, Sofia.
La première fois qu’il prononçait son prénom depuis l’ascenseur. Sa voix se fit plus douce, plus basse. Trop… intime.
Et lorsque la porte se referma, elle se rendit compte qu’elle retenait sa respiration.
_ Très bien, murmura-t-elle. Il ne me dérange que pour faire la discussion, comme si que je n’avais que ça à faire.
Le dossier n’était qu’une excuse, elle le savait.
Plus tard dans la matinée, Gabriel l’avait convoquée pour faire le point sur les dossiers internationaux. Un rendez-vous hebdomadaire, déjà bien rodé malgré son arrivée récente.
Elle frappa, entra.
_ Monsieur Bradford.
_ Mademoiselle Valencia. Installez-Vous.
Son bureau, toujours aussi net, sentait le cuir et le produit d’entretien. La lumière gris-blanc de New York découpait sa silhouette derrière le bureau comme un contre-jour. Il était déjà plongé dans un document quand elle s’assit.
Sofia ouvrit son carnet, prête à dérouler sa liste.
Il parcourut les pages avec sa précision habituelle, mais elle commençait à reconnaître ses micro-expressions: une page tournée trop vite, c’était de l’impatience, trop lentement, c’était qu’il réfléchissait à autre chose.
Aujourd’hui… il réfléchissait à autre chose.
_ Monsieur Rossi vous a confié un dossier ce matin, n’est-ce pas ? demanda-t-il soudain, les yeux baissés sur une phrase qu’il ne lisait pas puisque ses yeux ne bougeaient pas.
Elle releva la tête.
_ Oui. Un dossier de son service.
_ Hmm.
Chez Gabriel, ce son avait la valeur d’un couperet. Inquiétude, agacement, calcul.
Il continua à feuilleter presquesans voir les lignes.
_ Il vous sollicite souvent ? poursuivit-il.
Il tentait d’être neutre mais ne l’était pas.
_ Régulièrement, admit-elle.
Le dossier claqua légèrement quand il le referma. Il se reprit aussitôt, raide dans sa chaise.
_ Ce n’est pas un problème, ajouta-t-il.
Mensonge impeccable. Elle l’entendit comme une fausse note au milieu d’un morceau parfaitement joué.
Gabriel prit une longue inspiration, dos droit, mains croisées devant lui.
_ Vous appréciez travailler avec lui ? demanda-t-il soudain.
La question la prit de court.
_ Je heu… Elle choisit ses mots avec soin. Je travaille avec professionnalisme, Monsieur. Qu’importe la personne.
Il releva les yeux vers elle. Son masque eut un très léger tressautement.
_ Ce n’était pas la question, dit-il doucement.
Ses mots la piquèrent plus qu’elle ne voulait l’admettre. Son ton, surtout. Il y avait dedans quelque chose de trop… personnel, de trop inquisiteur.
Elle tenta de réorienter en passant du coq à l’âne:
_ Pour l’Italie, j’ai identifié deux incohérences dans leur dernier rapport.
_ C’est Rossi vous les a signalées ?
_ Non, répondit-elle. Vérification de routine.
Rossi, Rossi, ces deux là jouent à qui fait pipi le plus loin.
Un bref silence. Quelque chose changea dans son regard. Il referma le dossier sur les investissements italiens qu’elle lui avait tendu avec précaution cette fois.
_ Très bien. Travaillez sur celui-ci en priorité, dit-il en désignant un autre qu’elle ne connaissait même pas.
Elle se leva, prête à sortir.
— Mademoiselle Valencia ?
Elle se retourna.
Une seconde. Juste une. Mais dans cette seconde, quelque chose au fond de son attitude avait cessé d’être uniquement professionnel. Il pencha légèrement la tête.
_ Ne laissez personne vous détourner de vos objectifs, dit-il.
Pas de dureté, pas de reproche. Juste une sorte d’inquiétude.
Elle prit cette phrase comme un reproche dissimulé.
_ Je n’ai pas l’intention de me laisser détourner, répondit-elle.
Il hocha la tête.
_ Je le sais, murmura-t-il.
Elle sortit.
Quand la porte se referma, il resta immobile, les yeux fixés sur le bois.
Il s’était surpris lui-même : il aimait sa manière de penser, sa façon de raisonner, d’anticiper, de voir ce que d’autres ne voyaient pas. Et ce n’était plus seulement de l’admiration professionnelle et pour cette autre chose, il n’était pas doué.
Ça l’agaça autant que ça le fascinait. Mais ce qui l’agaçait encore plus c’était d’avoir été aussi sec avec elle, certains diraient « paternaliste ».
En quittant le bureau, Sofia eut la sensation désagréable d’avoir un projecteur braqué sur sa nuque.
Elle accéléra le pas dans le couloir en direction du distributeur, ses talons claquaient sur le marbre lisse.
_ Sofia ?
Miranda surgit de nulle part, sourire parfaitement raccord avec son tailleur : élégant mais sans chaleur.
_ Votre présentation de l’autre jour, très intéressante, commença-t-elle. Très… comment dire… spontanée.
_ Merci, répondit Sofia.
Miranda pencha légèrement la tête, comme un critique d’art devant un tableau qu’il n’avait pas encore décidé de détester ou d’admirer.
_ Vous avez une manière très… latine de vous exprimer, ajouta-t-elle. C’est charmant mais faites attention à ne pas trop attirer les regards.
Et voilà. Premier avertissement voilé par la police de l’attitude.
Sofia resta droite.
_ Je pense pouvoir gérer charmant et professionnel en même temps, répondit-elle calmement.
Miranda la détailla de haut en bas. Lentement. Son regard s’attarda sur sa jupe, ses talons, sa posture.
_ Juste une question, Sofia…
Sa voix se fit mielleuse, ce qui, chez elle, équivalait à un red flag.
_ Vous êtes certaine d’être à l’aise avec une jupe aussi… courte… pour un poste si exposé ?
Chaque mot semblait être du poison distillé.
Sofia se raidit. Elle pensait à Alex. À Gabriel. Elle savait que Miranda ne disait pas ça par hasard et faisait référence aux deux hommes.
_ Je suis parfaitement à l’aise et raccord avec la longueur de ma jupe.
Elle répondit-elle sans hausser le ton mais se retint de justesse de rajouter pétasse.
_ Tant mieux, conclut Miranda avec un sourire trop doux.
Et elle tourna les talons satisfaite d’avoir craché son venin de vipère.
Sofia retourna à son bureau peu après. Elle posa le dossier de Gabriel sur le bureau et croqua dans la barre de céréales qu’elle venait d’acheter.
On frappa. Une fois. Puis deux. Comme une signature annonçant l’arrivée de son visiteur.
_ Entrez, dit-elle, sans même lever les yeux.
Alex. Bien sûr. Encore et toujours.
Il resta debout cette fois, à une distance qui laissait croire à une certaine courtoisie. Ipad en main, épaules détendues, mais son regard, lui, ne l’était pas.
_ j’ai entendu votre discussion avec Miranda, dit-il. Tout va bien ?
Elle leva les yeux vers lui.
_ Très bien, pourquoi ça n’irait pas ?
Il inclina légèrement la tête. Il ne la croyait pas.
_ Elle peut être… piquante, ajouta-t-il. Ne prenez rien personnellement.
_ Je sais gérer, répondit Sofia, un peu plus sèche qu’elle ne l’aurait voulu.
Un sourire discret effleura ses lèvres. Il venait de cocher une case dans sa tête : se braque quand elle est blessée.
_ Je n’en ai jamais douté, dit-il.
Il la regarda. Un peu trop longtemps. Pas pour la déstabiliser, pas seulement. Mais comme pour lire ce qu’elle essayait d’étouffer.
_ Vous êtes… tendue, constata-t-il.
Elle se raidit.
_ Je vous assure que non.
_ Je vous assure que si.
Elle referma son dossier, lentement.
_ Je ne suis pas un sujet d’analyse, Monsieur Rossi.
Un éclat amusé passa dans son regard.
_ Je sais, il marqua un temps, mais vous êtes fascinante sans le vouloir.
Elle inspira doucement, une seule fois pour reprendre contenance. Son corps avait parfaitement entendu et appréciait le compliment.
_ L’objet de votre visite, Monsieur, relança-t-elle pour recentrer la conversation.
Il lui envoya un autre dossier par mail en pianotant rapidement sur sa tablette.
_ Celui-ci doit être prioritaire. Et je préfère vous le confier à vous plutôt qu’à n’importe qui ici.
Charmant. On dirait une déclaration de confiance, sauf qu’on sait tous les deux que c’est aussi un prétexte pour revenir.
_ Très bien, répondit-elle en prenant le document. Je m’en occupe après celui de Monsieur Bradford.
Il fit quelques pas vers la porte. Hésita. Se retourna.
_ Sofia ?
Elle leva les yeux sans réfléchir.
Lui semblait calme. Étrangement sincère.
_ Votre jupe n’est pas aguicheuse.
Une phrase simple, pas surjouée. Mais son ton… qui montrait qu’il s’inquiétait pour elle.
_ Je note, répondit-elle.
Il sourit, cette fois, naturellement et il sortit de sa démarche assurée.
Sofia resta un moment immobile, la main posée sur la souris, le souffle un peu plus court. Elle détestait ça. Elle avait l’impression d’être une adolescente en mal de compliment qui n’en attendait qu’un pour reprendre confiance en elle.
En fin de matinée, elle descendit récupérer un pli au rez-de-chaussée. L’ascenseur l’avalait et la recrachait au milieu du hall lumineux où seules les plantes décoratives semblaient être vivantes.
Elle signa pour le coursier, rangea le dossier contre elle et se retourna.
Gabriel.
Il venait de sortir d’un autre ascenseur, manteau sombre sur l’avant-bras, allure confiante, présence qui montrait qu’il était le chef. Il s’arrêta en la voyant, comme s’il ne s’attendait pas à la croiser là… mais qu’au fond de lui, ça ne l’étonnait pas vraiment.
_ Vous n’êtes pas à votre bureau ? demanda-t-il.
_ Un dossier urgent à récupérer, répondit-elle en montrant l’enveloppe.
_ Je vois.
Il ne bougeait pas, elle non plus. Il la regarda. Un peu trop longtemps pour un simple croisement dans un hall.
Sofia sentit ce regard différent de celui d’Alex. Pas brûlant. Pas joueur. Mais profond et analytique. Comme s’il enregistrait des choses : la manière dont elle tenait ses dossiers, la fatigue discrète au coin de ses yeux, sa façon de garder le menton haut malgré tout.
_ Vous allez bien ? demanda-t-il finalement.
La question la surprit.
Pas par les mots. Par la façon dont ils sonnèrent. Pas comme une formulation polie. Comme une vraie demande d’information.
_ Oui, Monsieur.
Il plissa légèrement les yeux, comme lorsqu’un chiffre ne rentre pas dans une colonne.
_ Vous êtes sûre ?
_ Pourquoi cette question ? demanda-t-elle, un peu sur la défensive.
Il détourna le regard une fraction de seconde. Puis revint à elle.
_ Vous semblez… tendue, dit-il.
Elle redressa les épaules. C’est pas vrai, lui aussi s’y mettait ! Ça l’étonna d’autant plus qu’elle voyait Gabriel comme un espèce de robot qui ne pensait qu’au travail.
_ Je suis concentrée.
Super Sofia, recycle tes répliques, c’est passe-partout.
Il hocha la tête. Il savait qu’elle mentait à moitié. Il choisit de ne pas insister. Mais ses yeux, eux, n’avaient pas lâché le morceau.
Il la regarda une seconde de trop. Puis rechaussa son masque professionnel, I,Robot était de retour.
_ Je n’en doute pas. Ne soyez pas en retard pour la réunion de 14h.
Il s’éloigna vers les portes battantes. Elle le suivit des yeux, songeuse.
Elle n’avait pas compris qu’aujourd’hui avait fissuré quelque chose en lui : jusque-là, son intérêt pour elle tenait dans sa rigueur, son intelligence, sa façon rare de comprendre les nuances. Mais à cet instant, il venait de réaliser qu’il se souciait aussi de ce qui la touchait. Et ça changeait tout.
Son appartement l’accueillit avec sa lumière chaude et son bordel maîtrisé : quelques livres empilés, un plaid sur le canapé, une tasse abandonnée dans l’évier ce matin encore tachée de café.
Elle referma la porte du talon, posa son sac, se débarrassa de ses chaussures, fila vers la cuisine les épaules voûtées.
Quand quelque chose clochait, elle cuisinait.
Les thérapeutes ont leurs cabinets, elle avait sa planche à découper.
Elle attrapa un oignon, un couteau.
Ce dernier claquait contre le bois, régulier, presque apaisant en faisant picoter ses yeux.
Alex.
Gabriel.
Miranda.
Un triangle, une tension, une prédatrice RH.
Pas exactement le combo dont elle rêvait en signant son contrat.
Ay, qué lío… qué mierda, Sofia… maugréa-t-elle.
Elle jeta les oignons dans la poêle, ajouta un filet d’huile. Le parfum commença à envahir la pièce, rassurant et familier. Elle ouvrit le frigo, prit ce qu’elle trouvait, improvisa.
Ses mains savaient quoi faire. Sa tête, moins.
Elle attrapa son téléphone pendant que son plat crépitait sur le feu. Ses doigts défilèrent d’eux-mêmes jusqu’à « Mamá ».
Elle hésita une seconde. Appuya.
_ ¿Mija? répondit la voix douce et un peu voilée de sa mère.
La tension dans ses épaules se relâcha d’un coup.
_ Coucou, Mami…
_ ¿Quetal, corazón?
Sofia se laissa glisser au sol, dos contre le meuble, cuillère en main.
_ Muy bien… le travail. Beaucoup de travail.
_ Trabajo sí… pero hay algo más, répondit sa mère. Elle la connaissait trop.
_ Dímelo.
Sofia ferma les yeux.
_ Il y a… deux hommes, lâcha-t-elle.
Elle grimaça aussitôt.
_ Ay, je me déteste d’avoir dit ça… mais je n’arrive pas à interpréter leurs intentions.
_ ¿Son guapos? demanda sa mère immédiatement.
Sofia eut un rire fatigué et devinait la pointe d’humour dans la voix de sa mère.
_ Mami ! L’un est compliqué, il souffle le chaud.
_ ¿Y el otro ?
_ Pire. Lui c’est le chaud et le froid.
_ Ay Dios… entonces sí son guapos.
Sofia se frotta le front.
_ Je dois juste rester concentrée. Pas de distractions. Pas de drama.
_ Mija…
Le ton de sa mère se fit infiniment tendre.
_ Eres fuerte. Inteligente. No te pierdas a ti misma por nadie.
_ Tu as raison, Mami. Gracias. Je voulais juste entendre ta voix.
_ Te quiero, mi vida.
Elle raccrocha et la cuisine retrouva son silence ponctué de crépitements.
Sofia resta un moment assise par terre, téléphone sur les genoux.
Elle pensa à Alex. À sa façon de prononcer son prénom. À sa manière de voir trop vite, trop profondément.
Elle pensa à Gabriel. À son « je n’en doute pas » qui voulaient dire exactement l’inverse. Et à son attitude légèrement différente aujourd’hui.
Et puis à Miranda, sa réflexion sa jupe. Elle avait l’impression d’être devenue sa tête de turc sans le vouloir.
Elle poussa un long soupir.
_ Ay, Sofia… estás en problemas, murmura-t-elle.
Elle se releva, mélangea la poêle sans y penser vraiment. L’appétit avait disparu.
Et pour la première fois depuis longtemps, elle dut admettre une chose très simple, très dangereuse : Ce n’était plus seulement son cerveau qui parlait. Ses émotions avaient rejoint la conversation et elles n’étaient absolument pas d’accord avec le plan « pas de drama ».

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