Chapitre 1

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Le sang coulait encore quand je suis arrivé. L’orignal s’était effondré au bord de la clairière, respirant difficilement. Chaque mouvement semblait lui coûter un effort immense. Je me suis arrêté à quelques mètres, observant, attendant. Mes canines me faisaient mal. Encore. Depuis quelques jours, la douleur ne me quittait plus. Elle pulsait jusque dans ma mâchoire, comme un avertissement que je ne pouvais pas ignorer. Mais dans ce monde, la douleur passe après la faim. Et j’avais faim. Je me suis élancé. Mes griffes ont accroché sa chair, mes jambes se sont verrouillées autour de son corps pendant qu’il tentait de se relever. Il s’est débattu, violemment, me projetant presque au sol. J’ai tenu bon. Puis j’ai mordu. Le goût du sang a envahi ma bouche, chaud et métallique. L’animal s’est débattu encore quelques secondes… puis plus rien. Silence. Je suis resté immobile un moment, le souffle court, les sens en alerte. La forêt n’était jamais vraiment calme. Trop de prédateurs. Trop de chasseurs. Et parfois… pire que des bêtes.

— T’as encore été trop rapide.

Je me suis retourné brusquement. Mon frère se tenait derrière moi, comme s’il venait d’apparaître.

— Tu pouvais pas aider ? j’ai lâché.

Il haussa les épaules, sans se démonter.

— T’en avais pas besoin.

Je soupirai, essuyant le sang sur mon menton.

— Ouais, ben maintenant tu vas m’aider à le ramener.

Il s’approcha et souleva l’orignal avec une facilité déconcertante.

— On s’est encore éloignés, remarqua-t-il. Faudrait faire attention.

— Ouais… j’ai répondu distraitement.

Quelque chose me dérangeait. Je balayais la forêt du regard, tendu. Rien d’anormal. Pourtant, mon instinct ne se calmait pas. On n’est jamais seul. On a couru pendant près d’une heure avant d’apercevoir notre logement. Si on pouvait appeler ça comme ça. Trois pièces, un sol dur, et un vieux caisson rempli de glace qu’on utilisait comme congélateur. On faisait avec ce qu’on avait. À peine arrivés, mon frère a posé l’orignal sur la table de découpe. Sans perdre de temps, il a commencé à l’ouvrir pendant que je préparais l’espace pour la viande. C’était toujours pareil. Lui s’occupait de la viande. Moi, des peaux. Le travail a pris des heures. Quand on a enfin terminé, j’avais les bras lourds et les mains encore tachées. J’ai pris un morceau de viande et je l’ai mangé sans attendre. C’était tout ce qu’on avait. Je me suis laissé tomber sur notre lit improvisé — des peaux étendues directement sur le sol. Mon frère s’est couché à côté de moi sans dire un mot. On était épuisés.

— Faudrait vendre les peaux demain, j’ai murmuré.

— Ouais… répondit-il à moitié endormi.

Silence. Je fixais le plafond. On avait moins de vingt dollars pour finir le mois. Ma mère travaillait sans arrêt, mon frère aussi… et moi, je venais tout juste d’avoir dix-huit ans. Dix-huit ans… et déjà obligé de survivre. Elle voulait que j’aille à l’université. Cours élémentaires avancés. Trois mille dollars. J’ai laissé échapper un rire amer. À ce rythme-là… ça nous prendrait des années. Je fermai les yeux, mais mon esprit refusait de se taire. Quelque chose allait changer. Je le sentais. Et pas forcément en bien. Je me suis réveillé avec la lumière du jour. Comme d’habitude. La chaleur était déjà lourde, même si le soleil venait à peine de se lever. Ici, les journées commençaient vite… et fort. Je me suis levé sans faire de bruit. Mon frère dormait encore, étalé sur le dos, complètement épuisé. Il travaillait trop. Nous travaillions tous trop. Je suis sorti pour respirer un peu. L’air du matin était plus frais, presque agréable. Ça ne durerait pas. Quelques secondes plus tard, mon frère est apparu à côté de moi. Toujours sans prévenir.

— Tu pars chasser ? demanda-t-il.

J’ai hoché la tête.

— Ouais. On doit remplir le congélateur.

Il s’étira, puis soupira.

— J’viens avec toi.

On s’est mis en route sans perdre de temps. La forêt était encore calme. Trop calme. On a couru pendant un bon moment, sans parler, concentrés. Chasser demandait de l’énergie… mais surtout de l’attention. Deux heures plus tard, on a enfin repéré un troupeau de cerfs. Mon cœur s’est accéléré.

— On fait comme d’hab ? j’ai murmuré.

Il hocha la tête. Pas besoin d’en dire plus. On s’est élancés. Le troupeau n’a presque pas eu le temps de réagir. Je me suis jeté sur le premier cerf, mes crocs se refermant sur sa gorge pendant que mon frère en maîtrisait un autre. Rapide. Efficace. En quelques minutes, c’était terminé. On a récupéré la proie et on a repris la route. Mais cette fois, quelque chose a changé. Des voix. Je me suis arrêté net.

— T’as entendu ? j’ai chuchoté.

Mon frère acquiesça. On s’est approchés lentement… et on les a vus. Un groupe de jeunes. Trop jeunes. Ils devaient avoir quoi… quinze ans à peine. Et pourtant, ils tenaient un arc et des flèches. J’ai froncé les sourcils.

— C’est pas normal.

On s’est avancés à découvert.

— Hey ! Vous avez eu ça où ?

Les jeunes se sont tournés vers nous, méfiants.

— Au marché, répondit l’un d’eux. On l’a acheté.

J’ai échangé un regard avec mon frère.

— Vous êtes pas censés avoir ça à votre âge, j’ai dit calmement. C’est dangereux.

— C’est pas à nous, répondit un autre. Nos parents nous ont demandé de le ramener.

Mouais. J’y croyais moyen.

— Même comme ça, vous devriez pas jouer avec, ajouta mon frère. Si la police vous voit avec ça, vous êtes dans la merde.

Un silence s’installa. Ils hésitaient.

— On peut vous raccompagner, j’ai proposé. Juste pour être sûrs qu’il vous arrive rien.

Le plus grand du groupe me fixa.

— Pourquoi on vous ferait confiance ?

Je haussai les épaules.

— Vous êtes en pleine forêt avec une arme illégale. Vous préférez tomber sur la police… ou sur pire ?

Ils échangèrent des regards. Puis, finalement :

— Ok… mais on garde l’arc.

J’ai soufflé par le nez.

— Faites comme vous voulez.

On a repris la route avec eux. Ils étaient sept. Sept gamins perdus en pleine forêt avec une arme. Génial. On les a suivis pendant un moment, jusqu’à atteindre la bordure de la ville. En chemin, ils parlaient, riaient… comme si rien n’était dangereux. Ils comprenaient pas. Pas encore. Quand leurs parents sont finalement arrivés, l’ambiance a changé. Les reproches ont fusé. Les regards aussi. Je me suis avancé.

— On les a trouvés à plusieurs dizaines de kilomètres d’ici, j’ai expliqué. Avec l’arc.

Un des parents hocha la tête, visiblement agacé.

— Merci de les avoir ramenés.

J’ai simplement acquiescé. Pas besoin de plus. On a laissé le groupe derrière nous et on a repris notre route. Le silence est revenu.

— On perd du temps, marmonna mon frère.

— Ouais.

Mais au fond… je regrettais pas. Dans ce monde, survivre seul, c’était déjà difficile. Alors à plusieurs ? Ça pouvait faire la différence. Ou tout détruire. Le marché était déjà bruyant quand j’y suis arrivé. Comme toujours. Des voix partout. Des vendeurs qui criaient leurs prix. Des clients qui négociaient. Et au milieu de tout ça… l’odeur. Viande fraîche, cuir, métal chauffé, eau stagnante. La vie. Je resserrai ma prise sur les peaux que je transportais. On en avait accumulé assez pour remplir l’armoire. Fallait les vendre avant qu’elles commencent à perdre de la valeur. Chaque dollar comptait. Je me suis faufilé entre les stands, observant rapidement autour de moi. Certains vendaient de la viande, d’autres des outils. Les types eau proposaient leurs services, comme toujours — filtration, livraison, stockage. Un luxe pour nous. Je finis par repérer un artisan qui travaillait le cuir. Parfait. Je me suis approché au moment où il commençait à ranger ses affaires.

— Vous fermez ? j’ai demandé.

Il leva les yeux vers moi, puis vers les peaux.

— Ouais… mais ça dépend de ce que t’as à proposer.

Je déposai les peaux devant lui.

— Bonne qualité. Fraîches.

Il s’accroupit et commença à les examiner une par une, en silence. Ses mains allaient vite. Il savait ce qu’il faisait. Moi, j’attendais. Toujours ce moment-là. Celui où tu sais pas si tu vas pouvoir manger tranquille… ou galérer encore. Finalement, il se redressa.

— Elles sont belles, admit-il. Je peux t’en donner deux cents.

Je serrai légèrement la mâchoire. Deux cents… c’était bien. Mais pas assez.

— Deux cent cinquante, j’ai tenté. Elles sont propres, bien tannées.

Il secoua la tête.

— Le marché est saturé. J’en trouve à cent cinquante ailleurs. Là, je suis déjà généreux.

Je savais qu’il avait raison. J’ai hésité une seconde. Puis j’ai soupiré.

— Ok. Deux cents.

Il me tendit l’argent. Je pris le temps de compter. Toujours. Quand t’as rien… tu vérifies tout.

— Merci, ajouta-t-il. C’est rare d’en voir d’aussi bonnes.

J’ai hoché la tête sans répondre. Je savais déjà où irait cet argent. Le loyer. Toujours le loyer. Je suis sorti du marché sans traîner. Garder de l’argent sur soi, ici, c’était une mauvaise idée. Très mauvaise idée. Le chemin du retour m’a paru plus long que d’habitude. Peut-être parce que je réfléchissais trop. On vivait avec presque rien. Moins de vingt dollars certains mois. Chaque chasse comptait. Chaque vente aussi. Et malgré ça… on avançait à peine. Quand je suis arrivé, l’appartement était vide. Parfait. Je me suis accroupi près du sol et j’ai soulevé une planche discrètement. En dessous, la terre. Et dans la terre… notre cache. J’y ai glissé l’argent, avec le reste. Pas grand-chose. Mais c’était tout ce qu’on avait. Je refermai soigneusement, puis me redressai. Mon regard se posa sur le congélateur improvisé. Encore assez de viande pour quelques jours. Pas assez pour se reposer. Je soufflai.

— Faut y retourner…

Personne pour répondre. Juste le silence. J’ai attrapé mon couteau et ma lance, puis je suis ressorti. Pas le choix. Si on arrêtait… même une journée… On le paierait. La forêt était plus animée que d’habitude. Je l’ai senti avant même de voir quoi que ce soit. Des odeurs. Des traces. Du mouvement. Trop de mouvement. Je ralentis, attentif. Chasser dans une zone fréquentée, c’était risqué. Pas à cause des animaux… mais des autres. Je n’avais même pas parcouru cinq kilomètres que je l’ai aperçu. Un type glace. Accroché à un orignal. Je me suis arrêté, à bonne distance. Il s’acharnait. L’animal se débattait violemment, tentant de le faire tomber, mais il tenait bon… sans jamais réussir à l’achever. Ça faisait longtemps. Trop longtemps. J’ai croisé les bras, observant. Soit il était têtu. Soit il savait pas ce qu’il faisait. Au bout de plusieurs minutes, j’en ai eu assez.

— Tu comptes faire du rodéo toute la journée ?

Il s’est figé. Puis il tourna lentement la tête vers moi, le regard méfiant.

— Dégage.

Direct. Je haussai un sourcil.

— Sérieux ? Ça fait une heure que tu galères.

— C’est pas ton problème.

Sa voix était tendue. Sur la défensive.

Je soupirai.

— J’propose juste d’aider.

— Personne aide gratuitement.

Là, j’ai compris. Il s’était déjà fait avoir. Plusieurs fois.

— Ok, j’ai dit en levant légèrement les mains. Fais comme tu veux.

Je n’ai pas insisté. Dans ce monde, forcer quelqu’un, c’était souvent le meilleur moyen de créer un ennemi. Je suis reparti. Mais pas très loin. Quelques kilomètres plus tard, j’ai trouvé un troupeau de cerfs. Parfait. Je me suis mis en position, le souffle lent, le corps tendu… puis j’ai lancé ma lance. Impact. Un cerf s’effondra. Les autres partirent en panique. Je me suis élancé : Un. Puis deux. Puis trois. Rapide. Efficace. Quand j’eus terminé, je ramassai mes proies sans perdre de temps. C’est là que je l’ai entendu.

— Hé !

Je me suis retourné. Un autre type glace. Plus calme. Plus fatigué aussi.

— Tu vendrais une de tes proies ? demanda-t-il.

J’ai secoué la tête.

— Non. C’est pour la semaine.

Il hésita.

— On n’a pas mangé depuis presque deux semaines…

Je me suis figé une seconde. Deux semaines. Même pour moi, c’était dur à imaginer.

— Ton ami… c’est celui avec l’orignal ?

Il soupira.

— Ouais…

Je laissai échapper un léger souffle.

— Pas étonnant.

Un silence passa. Puis j’ai hoché la tête vers la forêt derrière moi.

— Je peux vous aider. Mais pas ici.

Il releva la tête, surpris.

— Vraiment ?

— Ouais. Mais j’ramène d’abord ça chez moi.

Il acquiesça immédiatement.

— On t’attend.

Je repris la route, notant mentalement leur position. Quand j’arrivai chez moi, je ne perdis pas de temps. Découpe, stockage, nettoyage. Rapide. Puis je repartis. Ils étaient toujours là. À attendre. Bon point.

— Vous êtes prêts ? j’ai demandé.

— Ouais, répondit le plus calme. Moi c’est Frigor… et lui c’est Fred.

Fred évita mon regard.

— Désolé pour tout à l’heure…

Je haussai les épaules.

— C’est rien. Juste… écoute quand on t’aide.

Il hocha la tête. On se mit en route tous les trois. Je les ai guidés jusqu’à une falaise. En bas, un vrai terrain de chasse. Des dizaines d’animaux. Leur réaction ne se fit pas attendre.

— Sérieux… ? murmura Frigor.

Je me suis contenté de m’asseoir.

— Le sentier est quelque part. Trouvez-le.

Ils me regardèrent.

— Tu nous montres pas ? demanda Fred.

Je secouai la tête.

— Non. Sinon vous apprendrez jamais.

Ils échangèrent un regard. Puis commencèrent à chercher. Ça leur a pris du temps. Beaucoup de temps. Moi, je regardais. J’analysais. Ils faisaient du bruit. Trop de bruit. Ils regardaient pas autour d’eux. Et surtout… ils paniquaient vite. Des citadins. Finalement, ils trouvèrent le passage et descendirent.

— Maintenant, on chasse, j’ai dit simplement.

Ils hochèrent la tête. Et le désastre commença. Fred sauta sur un cerf… et tomba aussitôt. Frigor resta figé. J’ai fermé les yeux une seconde.

— Ok… on va reprendre depuis le début.

Pendant des heures, je leur ai appris : Observer, attendre, frapper au bon moment. Petit à petit, ils ont compris. Maladroitement. Mais ils ont compris. Quand le soleil a commencé à descendre, ils avaient enfin réussi. Plusieurs proies au sol. Leur première vraie chasse. Frigor me regarda, essoufflé mais satisfait.

— Merci… vraiment.

Je me relevai.

— Surveillez vos arrières. C’est ça le plus important.

Fred hocha la tête.

— On va s’en souvenir.

On est remontés ensemble, puis arrivés à la clairière, on s’est arrêtés.

— Bonne chance, j’ai dit.

— Toi aussi.

Ils repartirent de leur côté. Moi, je pris le chemin du retour. La nuit tombait. Et dans ce monde… la nuit change tout. La nuit était déjà bien installée quand j’arrivai près de la chute. L’eau tombait avec force, couvrant presque tous les autres sons. C’était pour ça que j’aimais cet endroit. On pouvait enfin respirer sans rester constamment sur ses gardes. Enfin… normalement. Je déposai mes affaires sur un rocher et me déshabillai rapidement avant de plonger dans l’eau. Le froid me coupa le souffle. Parfait. Ça calmait un peu la fatigue… et les pensées. Je me lavai rapidement, profitant du moment. Ici, c’était un luxe. Pas de murs, pas de toit… mais au moins, de l’eau propre. Je pensais être seul. Erreur.

— On t’a jamais vu ici.

Je me suis retourné immédiatement. Deux types feu. Debout sur la rive. Ils m’observaient.

— Je viens souvent, répondis-je calmement.

Le plus grand fronça les sourcils.

— Pas ici.

Le ton avait changé. Je sortis lentement de l’eau, sans gestes brusques. Pas envie d’un conflit inutile.

— Ça fait des mois que je viens, j’ai dit. Y a jamais eu de problème.

— Maintenant, y en a un.

Silence. Je pouvais sentir la tension monter.

— Ce territoire est à nous, ajouta le second. T’as rien à faire ici.

Je les fixai.

— Vous avez des papiers ?

Ils échangèrent un regard. Puis le premier sourit légèrement

— Bien sûr.

Il sortit un document et me le lança. Je le récupérai, le parcourus rapidement. Officiel. Récent. Très récent.Je serrai légèrement la mâchoire.

— Aujourd’hui ?

— Aujourd’hui.

Évidemment. Je relevai les yeux vers eux.

— Et vous interdisez l’accès à tout le monde ?

— À ceux qu’on décide.

Le message était clair. Je pris une inspiration lente.

— Ma famille vient ici depuis des mois. C’est la seule source d’eau proche de chez nous.

Le second haussa les épaules.

— C’est plus notre problème.

Un silence tendu s’installa. Je pouvais forcer. Me battre. Mais ce serait stupide. Très stupide.

— Ok, j’ai fini par dire. J’attends votre chef.

Ils semblèrent surpris.

— Tu crois qu’il va perdre son temps pour toi ?

— J’en suis sûr.

Ils hésitèrent… puis finirent par partir. Je restai seul. Enfin, presque. Quelques secondes plus tard, mon frère apparut à côté de moi.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il.

— Un clan feu a revendiqué la zone.

Son regard s’assombrit.

— Sérieux ?

— Ouais. Aujourd’hui.

Il lâcha un juron. Puis, comme si ça ne suffisait pas, notre mère arriva à son tour. Je leur expliquai rapidement. La colère monta. Chez nous trois. Mais on attendit. Trente minutes plus tard, ils revinrent. Avec lui. Le chef. Il n’avait pas besoin de parler pour imposer sa présence. Ça se sentait.

— Je suis Akiro, dit-il calmement. Chef du clan Eternal Flame.

Sa voix était posée. Maîtrisée. Pas comme ses gardes. Je le fixai.

— Symba.

Il hocha légèrement la tête.

— J’ai été informé de la situation. Mes hommes ont… mal expliqué.

Je jetai un regard aux deux gardes.

— Ils ont dit qu’on devait partir. Peu importe l’élément.

Akiro soupira légèrement.

— Ce territoire est revendiqué pour l’élément feu uniquement. Nous devons protéger nos ressources… pas empêcher tout le monde de vivre.

Le silence retomba. Puis il reprit :

— Vous êtes libres d’utiliser cet endroit.

Surprise. On étaient tous très étonnés.

— À une condition, ajouta-t-il.

Je me tendis légèrement.

— Pas de conflit. Pas d’abus.

Je hochai la tête.

— Ça me va.

Il me fixa quelques secondes. Comme s’il évaluait quelque chose. Puis il se détourna.

— Ce problème ne se reproduira pas.

Les gardes acquiescèrent immédiatement. Ils avaient compris. Akiro s’éloigna sans un mot de plus. Le calme revint. Mon frère souffla.

— On a eu de la chance.

— Ouais…

Mais au fond… Je savais que ce n’était pas juste de la chance. Dans ce monde, les clans… pouvaient être des alliés. Ou des ennemis. Et aujourd’hui… on venait peut-être d’éviter le pire. Le chemin du retour s’est fait en silence. La fatigue retombait d’un coup, lourde, écrasante. Entre la chasse, le marché… et maintenant ça, j’avais l’impression que la journée durait depuis des semaines. Quand on est arrivés, la maison était plongée dans l’obscurité. Je suis entré en premier. Même endroit. Même odeur. Même réalité. Rien ne changeait. Je me suis laissé tomber sur le lit improvisé, fixant le plafond sans vraiment le voir. Mon frère s’installa à côté de moi, pendant que ma mère restait debout quelques secondes. Comme si elle réfléchissait. Puis elle parla.

— On peut pas continuer comme ça.

Sa voix était calme… mais fatiguée. Je tournai la tête vers elle.

— On fait ce qu’on peut.

— C’est pas suffisant.

Silence. Personne ne répondit. Parce qu’elle avait raison. Elle passa une main dans ses cheveux, nerveuse.

— Le loyer augmente encore le mois prochain.

Je fermai les yeux. Évidemment.

— Et l’université ? continua-t-elle. Les inscriptions approchent.

Mon frère lâcha un petit rire sans joie.

— Avec quoi on paie ça ?

Trois mille dollars. Le chiffre revenait toujours. Comme une barrière impossible. Ma mère me regarda.

— T’as les capacités, Symba. Tu peux pas rester ici toute ta vie.

Je serrai légèrement les dents.

— Et on mange comment pendant ce temps-là ?

Elle ne répondit pas tout de suite.

— On trouvera une solution.

— On en trouve déjà pas une maintenant.

Le ton était monté sans que je m’en rende compte. Silence. Lourd. Je passai une main sur mon visage, soupirant.

— Désolé…

Elle secoua doucement la tête.

— Non… t’as raison.

C’était ça le pire. On avait tous raison. Et pourtant… rien avançait. Mon frère se redressa légèrement.

— On pourrait chasser plus loin.

— C’est risqué, répondis-je immédiatement.

— Tout est risqué.

Encore un silence. Puis ma mère reprit, plus doucement :

— Il y a autre chose.

Je levai les yeux vers elle.

— Les ruts commencent bientôt.

Je me figeai. Mon frère aussi. L’ambiance changea immédiatement.

— Déjà… ? murmurai-je.

Elle hocha la tête.

— Oui. Et cette année… ça va être plus intense.

Je serrai les poings. Comme si on avait besoin de ça. Les ruts, c’était jamais bon. Jamais. Les instincts devenaient incontrôlables. Les tensions montaient. Les conflits éclataient plus vite. Et pour certains… ça changeait tout. Je pensai à mes canines. À la douleur. À ces derniers jours. Un mauvais pressentiment me traversa.

— Je vais gérer, j’ai dit.

Mais même moi, j’y croyais pas vraiment. Ma mère me fixa quelques secondes. Comme si elle voyait à travers moi.

— Fais attention à toi.

Je hochai la tête.

— Toujours.

Mais au fond… Je savais que cette fois, ce serait différent. Je me suis allongé de nouveau, les yeux ouverts dans le noir. Dehors, le vent s’était levé. Quelque chose approchait. Je pouvais le sentir. Et cette fois… ce ne serait pas juste une question de survivre.

Je travaille encore l’univers et l’immersion, donc vos retours m’aident énormément
(Pas obligé de répondre à toutes les questions, 1 à 3 réponses sont déjà grandement appréciées, merci !)

  • Est-ce que vous vous sentez immergé dans le monde ou il manque encore des éléments ?
  • L’univers vous paraît-il crédible et cohérent pour l’instant ?
  • Est-ce que les liens entre les personnages (famille, relations, instincts) vous semblent naturels ?
  • La hiérarchie sociale / les règles du monde sont-elles compréhensibles ou encore floues ?
  • Est-ce que certaines scènes mériteraient plus de détails pour mieux ressentir l’environnement ?
  • À l’inverse, y a-t-il des passages trop longs ou qui ralentissent l’immersion ?
  • L’intrigue principale vous intrigue-t-elle assez pour continuer ?

Je cherche aussi un partenaire d’écriture pour m’aider à développer certaines scènes (immersion, cohérence du monde, relations) ainsi que des bêta lecteurs qui souhaitent suivre l’histoire et donner des retours au fil des chapitres.

Même un petit retour fait une vraie différence

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