Chapitre 2
Je me suis réveillé avec une sensation étrange. Pas de douleur. Pas vraiment. C’était autre chose. Une chaleur diffuse, lourde, qui restait coincée sous la peau. Mon cœur battait plus vite que d’habitude, et chaque respiration semblait… différente. Plus courte. Plus nerveuse. Je me suis redressé lentement. À côté de moi, mon frère dormait encore. Tout était normal. Trop normal. Moi, ça ne l’était pas. Je suis sorti sans faire de bruit. Dehors, l’air était frais… mais ça ne changeait rien. La chaleur était toujours là, ancrée en moi. Je marchai quelques mètres, puis m’arrêtai. Une odeur. Je fronçai les sourcils. Je ne l’avais jamais sentie comme ça. Avant, c’était vague. Lointain. Là… c’était précis. Attirant. Instinctif. Mon corps réagit avant même que je comprenne. Mes muscles se tendirent. Mon regard se fixa dans une direction précise. Et sans réfléchir… je me mis à courir. Plus vite que d’habitude. Guidé par quelque chose que je ne contrôlais pas. Les odeurs devenaient plus fortes à chaque pas. Et avec elles… une autre sensation. Une présence. Puis je les ai vus. Deux femelles. Pas très loin. Elles parlaient entre elles, sans m’avoir remarqué. Je me suis figé. Mon cœur s’est emballé. Quelque chose en moi poussait. Avancer. S’approcher. Mais juste au moment où je faisais un pas
— T’approche pas.
Je me suis arrêté net. Un autre gars. À quelques mètres. Même âge que moi. Même regard tendu. Mais lui… il était déjà là. Positionné. Entre moi et elles. J’ai serré les mâchoires.
— Elles sont pas à toi.
Il eut un léger sourire.
— Pas encore.
Le silence est tombé. L’air avait changé. Plus lourd. Plus dangereux. Je sentais mon corps réagir tout seul. Mes griffes sortaient légèrement. Mes muscles se préparaient. Lui aussi.
— Premier rut ? demanda-t-il.
Je n’ai pas répondu. Pas besoin. Il hocha légèrement la tête.
— Ouais… j’vois.
Il se redressa un peu.
— T’es au mauvais endroit.
— Pourquoi ?
— Parce que j’étais là avant.
Simple. Clair. Animal. Je jetai un coup d’œil aux femelles. Elles nous observaient maintenant. Silencieuses. En attente. Mon cœur accéléra encore.
— Alors quoi ? j’ai dit. On fait quoi ?
Son regard s’assombrit légèrement.
— On règle ça.
Aucune hésitation. Juste la règle. Je pris une inspiration lente. Puis je me mis en position. Le monde autour de nous disparut. Plus de forêt. Plus de bruit. Juste lui. Et moi. Il attaqua en premier. Rapide. Direct. J’esquivai de justesse et contre-attaquai immédiatement. Nos mouvements étaient bruts. Instinctifs. Sans stratégie. Juste de la force. De la vitesse. Et cette pression constante. Il me repoussa d’un coup d’épaule. Je reculais de quelques pas avant de me relancer. Plus agressif. Moins réfléchi. Une erreur. Il en profita pour me déséquilibrer et me projeter au sol. Je grognai, me relevant aussitôt. La chaleur en moi augmentait. Trop. Beaucoup trop. Je fonçai de nouveau. Mais cette fois… je ne pensais plus. Je frappais. J’attaquais. Encore. Et encore. Jusqu’à sentir— Une présence. Autour de nous. Plusieurs. Je me figeai. Lui aussi. Les femelles. Elles n’étaient plus seules. D’autres approchaient. D’autres mâles. Le silence tomba. Lentement. L’ambiance changea complètement. Ce n’était plus un duel. C’était pire. Je reculais légèrement, reprenant mon souffle. Lui aussi. On se fixa une dernière fois. Puis il lâcha :
— C’est plus juste nous.
Je hochai la tête. J’avais compris. Les ruts venaient de commencer. Et ça… ce n’était que le début. Le silence n’a pas duré. Un mouvement. Puis un autre. Et d’un coup… tout a explosé. Des silhouettes surgirent de partout. Des mâles. Trop nombreux. Certains fonçaient directement vers les femelles, d’autres se jetaient les uns sur les autres sans réfléchir. Le chaos total.
— Recule ! lança mon adversaire.
Mais je ne bougeais pas. Impossible. Mon corps refusait. L’instinct criait plus fort que tout. Attaquer. Gagner. Prendre. Un cri retentit. Un mâle venait de se faire projeter contre un arbre. Un autre bondit sur lui immédiatement. Plus loin, deux autres se battaient déjà au sol, griffes sorties, crocs visibles. Et au centre… les femelles. Certaines avaient déjà été rejointes. Protégées. Les mâles accouplés formaient un cercle autour d’elles, agressifs, prêts à attaquer tout ce qui approchait. Leur territoire. Leur harem. Et nous… on était les intrus. Je serrai les poings. Trop tard pour reculer. Quelqu’un me fonça dessus. Je réagis sans réfléchir. Un pas de côté. Un mouvement. Et je disparus. Téléportation. Je réapparus derrière lui et frappai directement. Il s’effondra, surpris. Un autre arriva. Puis un autre. Trop rapide. Mais moi aussi. Je bougeais sans m’arrêter. Téléportation courte. Attaques rapides. Griffes. Crocs. Je frappais. Je repoussais. Je survivais. Mais plus je me battais… plus je sentais mon corps changer. La chaleur devenait brûlure. Mes muscles répondaient plus vite. Trop vite. Mes mouvements devenaient plus agressifs. Moins contrôlés. Un mâle tenta de m’attraper. Je disparus. Réapparus sur le côté. Et je mordis. Il hurla. Je reculai immédiatement, surpris par moi-même. Le goût du sang. Encore. Mais différent. Plus… intense. Un choc me projeta au sol. Je roulai sur le côté, esquivant de justesse un coup qui aurait pu me briser la mâchoire. Je me relevai. Essoufflé. Entouré. Trois mâles. Leurs regards étaient clairs. Je n’étais plus un simple intrus. J’étais une menace.
— Dégage, grogna l’un d’eux.
Je ne répondis pas. Impossible. Mon corps tremblait. Puis ils attaquèrent. En même temps. Je me téléportai. Encore. Et encore. Mais cette fois… c’était plus difficile. Plus instable. L’un d’eux réussit à m’attraper. Un coup. Puis un autre. Je sentis quelque chose céder. Dans ma bouche. Une douleur fulgurante. Je reculais brutalement, crachant du sang. Mes canines. Cassées. Le monde sembla ralentir une seconde. Puis la douleur explosa. Bien pire. Comme si quelque chose poussait. De l’intérieur. Je tombai à genoux, une main contre ma mâchoire, le souffle coupé.
— Qu’est-ce que…
Une pression. Une croissance. Violente. Mes nouvelles canines perçaient. Plus longues. Plus acérées. Plus… profondes. Je relevai lentement la tête. Le goût du sang était toujours là. Mais cette fois… il appelait autre chose. Un des mâles hésita. Une seconde. Je disparus. Réapparus devant lui. Et mordis. Pas comme avant. Plus profondément. Plus instinctivement. Il cria. Je sentis quelque chose circuler. Mon venin. Je reculais aussitôt. Le regard fixé sur lui. Il chancela. Puis tomba. Silence. Pas total. Mais autour de moi… ça s’était calmé. Juste assez. Les autres me regardaient. Différemment. Je respirais fort. Trop fort. Mes nouvelles canines me faisaient encore mal… mais moins que tout à l’heure. Comme si mon corps… s’adaptait. Je jetai un regard autour. Le chaos continuait. Mais moi… j’avais changé. Et au fond de moi… je le savais. Y avait plus de retour en arrière. Le chaos ne s’arrêtait pas. Mais il changeait. Les mâles accouplés reculaient progressivement, formant des groupes compacts autour des femelles. Plus organisés. Plus dangereux. Ils ne cherchaient plus à se battre. Ils protégeaient. Chaque mouvement était calculé. Chaque regard, une menace. Quiconque s’approchait trop… était attaqué sans hésitation. À l’inverse, les autres mâles — ceux qui n’avaient encore rien obtenu — continuaient de se battre dans un désordre total. Plus jeunes. Plus impulsifs. Plus nombreux. Je repris lentement mon souffle, observant. Certains avaient mon âge. Dix-huit. Dix-neuf ans. Et ça se voyait. Leurs attaques étaient différentes. Plus précises. Plus dangereuses. Le venin. Un mâle bondit sur un autre et planta ses crocs dans son épaule. Le second hurla… puis, quelques secondes plus tard, repoussa son adversaire. Il tremblait. Mais il tenait encore debout. Je plissai les yeux. Son corps résistait. Pas complètement. Mais assez. Un autre combat, plus loin. Même scène. Morsure. Injection. Puis récupération. Plus lente. Plus difficile. Je compris. Le venin n’était pas absolu. Il dépendait. De la force. Du corps. De ce que chacun pouvait supporter. Un venin plus faible pouvait être repoussé. Neutralisé. Mais un plus fort… restait. Plus longtemps. Beaucoup plus longtemps. Je serrai légèrement les poings. Mes nouvelles canines me lançaient encore, mais moins qu’avant. Elles s’adaptaient. Comme moi. Un mouvement attira mon attention. Les femelles. Certaines étaient déjà protégées. À l’écart. Mais d’autres… restaient. Elles observaient. Silencieuses. Immobiles. Le regard posé sur les combats. Sur nous. Comme si elles attendaient. Un résultat. Un vainqueur. Mon cœur accéléra légèrement. Instinct. Encore. Mais différent cette fois. Plus… conscient. Je savais ce que ça voulait dire. Et je savais aussi ce que ça impliquait. Un cri me ramena à la réalité. Un mâle venait de tomber, incapable de se relever. Son corps tremblait violemment. Trop de venin. Pas assez de résistance. Il respirait encore. Mais il était hors combat. Un autre s’approcha… puis hésita. Puis recula. Pas de coup final. Juste… éliminé. Je fronçai les sourcils. Ce n’était pas un massacre. C’était une sélection. Brutale. Mais contrôlée. Je relevai les yeux. Mon ancien adversaire était toujours là. À distance. Il m’observait. Différemment.
— T’as changé, dit-il simplement.
Je passai ma langue sur mes nouvelles canines. Toujours sensibles.
— Ouais.
Un silence passa. Puis il ajouta :
— Fais gaffe.
Je penchai légèrement la tête.
— À quoi ?
Il jeta un regard autour de nous.
— Maintenant… t’es une cible.
Je suivis son regard. Les autres mâles. Certains nous ignoraient. D’autres… pas du tout. Je sentis une tension monter. Plus ciblée. Plus précise. Moins chaotique. Le combat évoluait. Et moi… je venais de changer de catégorie. Je me remis en position. Le calme ne durerait pas. Et cette fois… ce ne serait plus juste pour survivre. Mais pour s’imposer. Le combat ne s’arrêta pas. Il changea encore. Moins chaotique. Plus… concentré. Je repris lentement mon souffle, le regard balayant la zone. La moitié des mâles étaient déjà à terre. Certains bougeaient encore, tentant de se relever. D’autres… ne bougeaient plus du tout. Épuisement. Venin. Ou les deux. Le silence revenait par moments, brisé seulement par quelques grognements, des respirations lourdes… ou un corps qui s’effondrait une dernière fois. Je serrai les mâchoires. C’était allé loin. Très loin. Et pourtant… personne ne partait. Personne ne fuyait. Parce que maintenant… tout se jouait ici. Je relevai les yeux. Les femelles. Elles ne restaient plus immobiles. Elles se déplaçaient. Lentement. Autour de nous. Elles contournaient les corps, les blessés, les combats encore actifs. Elles formaient une sorte de cercle irrégulier, une arène improvisée dessinée par les survivants. Et à mesure qu’elles tournaient… elles marquaient le sol. L’odeur changea immédiatement. Plus forte. Plus présente. Impossible à ignorer. Mon cœur accéléra. Mon corps répondit. Encore. Je fermai brièvement les yeux.
— Contrôle…
Mais c’était difficile. Très difficile. Quand je les regardais, je comprenais. Elles observaient. Analyse. Comparaison. Chaque mouvement comptait. Chaque erreur aussi. Elles cherchaient les plus forts. Pas seulement physiquement. Les plus rapides. Les plus efficaces. Ceux qui tenaient encore debout… malgré tout. Un mâle tenta de se relever devant moi. Il tremblait. Trop affaibli. Je fis un pas. Il recula immédiatement. Abandonnant. Je détournai le regard. Inutile. Il n’était plus dans la course. Plus maintenant. Un autre attaqua sur ma droite. Je réagis instantanément. Téléportation. Je réapparus sur le côté, esquivant son attaque, puis frappai rapidement au niveau des côtes. Il plia. Je ne m’arrêtai pas. Un mouvement. Une ouverture. Je mordis. Injection. Je reculai aussitôt. Il tenta de tenir. Quelques secondes. Puis ses jambes lâchèrent. Je restai immobile, le regard fixé sur lui. Mon venin. Plus fort. Ou lui… pas assez résistant. Je relevai la tête. Les femelles étaient plus proches maintenant. Elles passaient lentement, sans se presser, leurs regards glissant d’un combattant à l’autre. Évaluant. Choisissant. Je sentis quelque chose changer en moi. Ce n’était plus seulement survivre. C’était… s’imposer. Je me redressai légèrement. Respiration contrôlée. Corps tendu. Prêt. Autour de moi, il restait moins de monde. Beaucoup moins. Mais ceux qui étaient encore debout… étaient différents. Plus calmes. Plus dangereux. Mon regard croisa celui de mon ancien adversaire. Toujours là. Toujours debout. Un léger sourire passa sur son visage.
— Là, ça devient intéressant.
Je ne répondis pas. Pas besoin. Je sentais déjà la pression monter. Moins de chaos. Plus de précision. Les prochains combats… allaient être décisifs. Et cette fois… il n’y aurait plus de place pour l’erreur. Il n’en restait plus que dix. Moi compris. Le silence qui suivit fut… irréel. Plus de chaos désordonné. Plus de mouvements inutiles. Seulement des respirations lourdes. Des corps tendus. Des regards fixés. Autour de nous, les autres avaient disparu. Les accouplés étaient partis depuis longtemps, emmenant leurs groupes avec eux. Il ne restait que nous. Et elles. Je levai les yeux. Quarante. Peut-être plus. Elles formaient maintenant un cercle clair, net, assumé. Plus de doute. Plus d’hésitation. Elles étaient là pour choisir. Et nous… on était les derniers encore debout. Mon cœur battait lentement. Plus contrôlé. Mais chaque battement résonnait comme un coup. À côté de moi, un des mâles vacilla… puis s’effondra sans un mot. Épuisement. Le silence ne dura qu’une seconde. Puis tout repartit. Violence pure. Un des plus massifs se jeta sur deux autres à la fois. Aucun calcul. Juste écraser avant d’être écrasé. Un autre tenta de contourner. Erreur. Il fut intercepté immédiatement. Je bougeai. Téléportation. Un pas, puis un autre. J’évitais. J’observais. Je choisissais. Maintenant, chaque mouvement comptait. Chaque attaque devait être la bonne. Un mâle tenta de m’atteindre par l’arrière. Je disparus. Réapparus sur le côté. Frappai. Reculai. Il revint. Plus lent. Je mordis. Injection. Je le lâchai aussitôt. Il tenta de rester debout. Trois secondes. Puis ses jambes cédèrent. Je respirai lentement. Je ne pensais plus comme avant. C’était plus clair. Plus froid. Plus précis. Je relevai les yeux. Ils n’étaient plus que six. Les combats devenaient courts. Brutaux. Décisifs. Un cri. Puis plus rien. Cinq. Je sentais leurs regards sur moi. Pas seulement les mâles. Les femelles aussi. Elles ne bougeaient presque plus. Mais leurs regards… analysaient tout. Certaines se rapprochaient légèrement. D’autres échangeaient entre elles. Silencieusement. Comme si elles anticipaient déjà. Comme si le résultat ne faisait plus vraiment de doute. Un mouvement devant moi. Mon premier adversaire. Toujours là. Toujours debout.
— On dirait que ça finit entre nous, dit-il.
Je me mis en position.
— Ouais.
Pas de sourire. Pas cette fois. Il attaqua. Rapide. Plus rapide qu’avant. Je bloquai. Difficilement. Il enchaîna. Je reculai. Téléportation. Réapparition. Contre. Il encaissa. Sans tomber. Nos regards se croisèrent. Même niveau. Même pression. Plus de place pour l’erreur. Je fis un pas. Puis disparus. Réapparus juste devant lui. Morsure. Il esquiva partiellement. Mais pas assez. Je sentis le contact. L’injection. Il me repoussa immédiatement, reculant de plusieurs pas. Il tenait encore debout. Mais je voyais déjà les effets. Légers. Progressifs. Il sourit malgré tout.
— Pas mal…
Je respirai profondément. Mon corps tremblait. Mais il tenait. Autour de nous, les autres combats s’étaient arrêtés. Trois. Puis deux. Et enfin… nous. Le silence revint. Total. Je sentais les regards. Tous. Posés sur nous. Les femelles s’étaient rapprochées. Plus proches que jamais. Le cercle se refermait. La décision approchait. Il fit un pas. Puis un autre. Plus lent. Le venin faisait son effet. Mais pas assez pour le faire tomber. Pas encore.
— On finit ça ? demanda-t-il.
Je hochai la tête.
— On finit ça.
Le vent passa entre nous. Puis on attaqua. En même temps. Et cette fois… tout allait se jouer. Le choc fut bref.Brutal. Décisif. Quand tout s’arrêta, il ne restait plus que moi. Je reculai de quelques pas, le souffle coupé. Mon corps tremblait encore sous l’effort, mes muscles brûlaient, et chaque respiration me rappelait à quel point j’étais allé loin. Trop loin. Mais j’étais encore debout. Lui… ne se releva pas. Le silence tomba. Total. Je levai lentement les yeux. Elles étaient là. Toujours. Plus proches maintenant. Le cercle s’était refermé. Quarante regards posés sur moi. Pas un mot. Pas un geste inutile. Juste… une attente. Mon cœur battait encore fort, mais quelque chose avait changé. Le combat était terminé. Maintenant… il fallait choisir. Mais comment ? Je restai immobile une seconde. Puis mon regard s’arrêta sur elle. Une femelle. Différente. Sa posture. Son calme. Son regard. Dominante. Je le sentais. Mon instinct réagit immédiatement. Plus fort. Plus clair. Elle fit un pas, puis marqua le sol. L’odeur changea. Plus intense. Plus précise. Un message. Clair. Force. Résistance. Combat. Je soutins son regard quelques secondes. Puis je fis un léger mouvement de tête vers un arbre, en retrait. Elle comprit. Sans hésiter, elle s’y dirigea et s’y positionna. Les autres observaient. Attentives. Je me tournai de nouveau vers le groupe. Mon regard chercha. Analyse. Comparaison. Une autre attira mon attention. Différente. Moins agressive. Mais stable. Solide. Une gardienne. Je m’approchai légèrement, puis refis le même geste. Elle me fixa un instant… puis acquiesça et rejoignit la première. Elles échangèrent un regard. Un lien. Elles se connaissaient. Sœurs. Je le compris immédiatement. Un avantage. Je continuai. Le choix devenait plus clair à chaque seconde. Une autre femelle, plus nerveuse. Plus réactive. Une guerrière. Je la désignai. Elle rejoignit les deux autres. Puis une dernière, plus dominante. Plus discrète. Plus légère dans ses mouvements. Une chasseuse. Je lui indiquai la même direction. Elle obéit. Je m’arrêtai. Quatre. C’était suffisant. Mon corps n’en demandait pas plus. Mon instinct… non plus. Je relevai les yeux vers le reste du groupe. Certaines détournèrent le regard. D’autres restèrent immobiles. Mais le choix était fait. Clair. Définitif. Je me tournai vers celles que j’avais sélectionnées. Deux dominantes. Deux autres plus souples. Équilibre. Force. Stabilité. Je sentais encore la fatigue m’écraser, mais au fond de moi… quelque chose s’était fixé. Ce n’était plus seulement une question de survivre. Ni même de gagner. C’était autre chose. Un rôle. Une position. Un changement. Je jetai un dernier regard autour de moi. L’arène improvisée. Les corps au sol. Le silence. Puis je me détournai. Le chapitre venait de se refermer. Mais ce que ça impliquait… ne faisait que commencer. Le silence revint peu à peu. Le combat était terminé. Je restai debout quelques secondes, le temps de reprendre mon souffle, puis je me tournai vers elles. Elles m’attendaient. Sans pression. Sans impatience. Juste… prêtes. Je fis quelques pas dans leur direction.
— Symba, dis-je simplement.
La première, la guerrière dominante, soutint mon regard.
— Mistaki.
Sa voix était calme. Assurée. La seconde, plus posée, enchaîna :
— Javila.
La gardienne. Puis la troisième :
— Mila.
Même énergie que Mistaki, mais plus vive. Et enfin :
— Hilma.
Plus discrète. Observatrice. Je hochai légèrement la tête.
— Ok.
Un court silence passa.
Puis Mistaki reprit :
— T’as bien tenu.
Je laissai échapper un léger souffle.
— Vous aussi.
Javila croisa les bras, analysant la situation avec recul.
— On est toutes les quatre pur-nats.
Je relevai légèrement les yeux. Intéressant.
— Et en pleine période, ajouta Mila sans détour.
Directe. Je compris immédiatement. Pas besoin de plus. Mais avant même que je puisse répondre, Hilma intervint, plus posée :
— Y a des règles.
Je hochai la tête.
— J’imagine.
Javila prit le relais :
— Tu dois rencontrer nos familles.
— Et elles doivent accepter, ajouta Mistaki.
Logique. Rien n’était laissé au hasard. Même dans cet état. Je pris une seconde pour réfléchir. Puis j’acquiesçai.
— Ça me va.
Mila eut un léger sourire.
— T’as intérêt.
Un silence plus calme s’installa. La tension du combat était retombée, remplacée par quelque chose de plus… structuré. Plus social. Plus réel.
— Ensuite, reprit Javila, on officialise.
Elle ne développa pas. Pas besoin. Je comprenais.
— Et on doit pouvoir te retrouver, ajouta Hilma.
Je hochai la tête. Les règles. Toujours les règles. Même ici. Je pris une inspiration.
— Je vous donnerai où je vis.
Mistaki hocha légèrement la tête.
— Bien.
Elle jeta un regard autour d’elle, puis revint sur moi.
— Repose-toi.
Je laissai échapper un léger rire fatigué.
— Ouais… bonne idée.
Mon corps commençait à lâcher. L’adrénaline retombait. Et avec elle… tout le reste. Je jetai un dernier regard aux quatre. Mistaki. Javila. Mila. Hilma. Puis je me détournai. Le chemin du retour allait être long. Très long. Mais c’était pas ça le plus compliqué. Non. Le plus compliqué… ce serait d’expliquer tout ça. Je levai les yeux vers l’horizon. La nuit tombait. Et chez moi… une autre tempête m’attendait.

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