Chapitre 3

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La nuit était déjà bien installée quand je suis rentré. Chaque pas me coûtait. La fatigue me tombait dessus d’un coup, comme si mon corps décidait enfin de me rappeler tout ce que je venais de faire. J’ai poussé la porte.

— Symba ?

La voix de ma mère. Je n’ai même pas pris le temps de répondre correctement.

— Ouais… c’est moi.

Elle arriva immédiatement, suivie de mon frère. Leurs regards se figèrent. Sur moi. Sur le sang. Sur mon état.

— Qu’est-ce que t’as fait… ? souffla Hectorio.

Je passai une main sur mon visage.

— Les ruts.

Un silence. Puis :

— J’ai gagné.

Ils ne comprirent pas tout de suite. Alors j’ajoutai, plus directement :

— J’ai quatre femelles.

Le silence devint total. Ma mère cligna des yeux. Une fois. Puis deux.

— …Quatre ?

— Deux dominantes. Deux autres.

Hectorio resta figé.

— Attends… attends… t’es sérieux là ?

— Ouais.

Je m’appuyai contre le mur, trop fatigué pour rester droit sans effort.

— Je dois rencontrer leurs familles.

Et là—

— Quoi ?!

Ma mère paniqua immédiatement, passant une main dans ses cheveux.

— Non, non, non, non… attends… attends—

Elle se mit à marcher dans la pièce, nerveuse.

— Quatre ?! Directement quatre ?!

Hectorio me regardait comme si j’étais devenu quelqu’un d’autre.

— T’as fait quoi exactement dehors… ?

— J’ai survécu, répondis-je simplement.

Silence. Puis ma mère s’arrêta net devant moi.

— Ok.

Sa voix changea. Plus sérieuse. Plus… organisée.

— Tu vas te laver.

Je haussai un sourcil.

— Et ensuite ?

— Ensuite tu vas être présentable.

Je laissai échapper un léger souffle.

— M’man—

— Non.

Elle me coupa immédiatement.

— Tu vas rencontrer leurs familles. Tu comprends ce que ça veut dire ?

Je la fixai. Elle soutint mon regard.

— Ils vont te juger.

Pas faux.

— Ils vont regarder d’où tu viens.

Encore moins faux.

— Et ils vont chercher une raison de dire non.

Le silence retomba. Hectorio croisa les bras.

— Et on peut pas vraiment leur donner tort…

Je serrai légèrement la mâchoire. Ma mère reprit :

— Donc tu dois être impeccable.

Elle se tourna déjà vers les quelques vêtements qu’on possédait.

— Hectorio, aide-moi.

— Avec quoi ? On a rien de “impeccable”.

— On va trouver.

Elle fouillait déjà, déterminée.

— Quelque chose de propre. De correct. Qui ne donne pas l’impression qu’on… survit à peine.

Hectorio soupira, mais s’exécuta.

— Ouais… ok…

Je les regardai faire. Chercher. Assembler. Essayer de créer quelque chose à partir de presque rien. Je restai là une seconde. Puis deux. Puis je me redressai.

— Je reviens.

— Où tu vas ? lança Hectorio.

— Dehors.

Ma mère ne releva même pas.

— Reviens vite.

Je sortis sans répondre. L’air de la nuit me frappa immédiatement. Frais. Calme. Rien à voir avec ce que je venais de vivre. Je marchai sans réfléchir. Direction connue. La chute. L’eau résonnait déjà quand j’approchai. Toujours aussi forte. Toujours aussi constante. Je m’assis sur le rocher habituel. Silence. Enfin. Je levai les yeux. Le ciel était dégagé. Plein d’étoiles. Je restai là, sans bouger. À respirer. À penser. À essayer de comprendre. Ce matin, je survivais encore. Maintenant… j’avais changé. Tout avait changé. Je passai ma langue sur mes nouvelles canines. Toujours là. Réelles. Comme le reste. Je soufflai lentement.

— Quatre…

Le mot résonna dans le vide. Puis je fermai les yeux. Demain… ce serait autre chose. Et pour la première fois depuis longtemps… je ne savais pas si j’étais prêt. Le matin était déjà bien avancé quand je suis rentré. La lumière filtrait à travers les arbres, plus douce qu’à l’habitude. J’avais dormi près de la chute, bercé par le bruit de l’eau. Pas longtemps… mais assez pour tenir debout. Juste assez. Quand j’ai poussé la porte, ma mère s’est retournée immédiatement.

— Enfin.

Elle m’observa de haut en bas, analysant chaque détail.

— Va te laver.

Pas une demande. Un ordre. Je levai légèrement les yeux au ciel, mais je m’exécutai. Quelques minutes plus tard, je revenais, plus propre… ou du moins présentable. Ma mère m’attendait avec des vêtements en main.

— Tiens.

Je les pris. Je reconnus certaines pièces. Anciennes. Réparées. Mais propres. Suffisamment.

— C’est le mieux qu’on a, dit-elle.

Je hochai la tête.

— Ça ira.

Je m’habillai rapidement pendant qu’Hectorio m’observait, toujours un peu incrédule.

— Sérieux… quatre…

Je soufflai légèrement.

— Ouais.

Il passa une main sur son visage.

— T’as intérêt à pas tout faire foirer.

— Merci du soutien.

— J’suis sérieux.

Je croisai son regard. Il l’était. Ma mère s’approcha et ajusta légèrement mon col, concentrée.

— Écoute-moi bien.

Je la regardai.

— Tu restes calme. Tu réponds correctement. Tu montres que t’es capable.

Je hochai la tête.

— Et surtout… tu les respectes.

— Toujours.

Elle me fixa une seconde de plus, puis recula.

— Ok.

Un court silence passa. Puis je pris une inspiration.

— J’y vais.

— Attends, lança Hectorio.

Je me tournai vers lui.

— Fais attention.

Simple. Mais sincère. Je hochai la tête, puis sortis. L’air du matin était frais. Clair. Je m’arrêtai quelques secondes. Puis je fermai les yeux. Respirai. Et cherchai. L’odeur. Pas une. Quatre. Distinctes. Liées. Je les retrouvai rapidement. Comme un fil invisible. Je me mis en route. La forêt défilait autour de moi, mais mon attention restait fixée sur cette piste invisible. Plus je m’approchais… plus c’était clair. Puis je les vis. Elles étaient là. À l’endroit convenu. Mistaki fut la première à me remarquer.

— T’es là.

Je hochai la tête.

— Comme prévu.

Javila observa rapidement ma tenue, sans rien dire. Mais son regard en disait assez. Acceptable. Mila eut un léger sourire.

— T’as fait un effort.

— On a fait avec ce qu’on avait.

Hilma resta silencieuse, mais attentive. Toujours en train d’analyser. Je m’approchai.

— On commence par qui ?

Un court silence. Elles échangèrent des regards. Des signes subtils. Puis Mistaki répondit :

— Pas les plus difficiles.

Logique. Javila acquiesça.

— On commence par les familles ouvertes.

— Pour poser une base, ajouta Hilma.

Mila croisa les bras.

— Et te tester un peu aussi.

Je haussai légèrement les épaules.

— Normal.

Mistaki fit un pas en avant.

— Alors viens.

Je les suivis sans hésiter. Cette fois, c’était différent. Ce n’était plus une question de force. Ni de survie. C’était autre chose. Un autre type de combat. Plus silencieux. Mais tout aussi important. Et au fond de moi… je savais que celui-là… serait encore plus difficile.

#(Transition à faire, ouverte aux idées)# (originalement chap 3 et 4 donc faut faire la transition)

La maison des Hirkir était plus grande que la nôtre. Pas luxueuse. Mais solide. Entretenue. Le genre d’endroit où on sentait que les choses tenaient… malgré les difficultés. Je m’arrêtai devant l’entrée, observant rapidement les alentours. Plusieurs traces. Plusieurs présences. Une famille nombreuse. Mistaki et Javila s’avancèrent sans hésiter. Je les suivis. La porte s’ouvrit avant même qu’on frappe. Un homme se tenait là. Grand. Solide. Son regard passa immédiatement sur ses filles… puis sur moi. Analyse rapide. Précise.

— C’est lui ? demanda-t-il simplement.

— Oui, répondit Mistaki.

Silence. Il s’écarta légèrement.

— Entrez.

On entra. L’intérieur était simple, mais organisé. Des signes de vie partout. Plusieurs voix dans les pièces voisines. Des mouvements. Les frères, sûrement. L’homme referma la porte derrière nous.

— Asseyez-vous.

Je restai debout une seconde. Puis je m’exécutai. Il ne me quittait pas des yeux.

— Ton nom.

— Symba.

— Âge.

— Dix-huit.

Il hocha lentement la tête.

— Comme elles.

Logique. Un court silence passa. Puis il croisa les bras.

— Tu sais pourquoi t’es là.

— Oui.

— Alors on va pas tourner autour.

Direct. J’aimais ça.

— T’as gagné.

— Oui.

— T’as tenu.

— Oui.

Son regard se durcit légèrement.

— Mais ça veut rien dire.

Silence.

— Gagner un combat… c’est une chose.

Il fit un pas lent dans ma direction.

— Protéger… nourrir… tenir dans le temps…

Il marqua une pause.

— C’en est une autre.

Je soutins son regard.

— Je sais.

Il plissa légèrement les yeux.

— Tu vis où ?

Je lui donnai une réponse honnête. Pas détaillée. Mais pas mensongère. Il comprit immédiatement. Je le vis dans son regard.

— Donc t’as rien.

Pas une question. Un constat. Je serrai légèrement la mâchoire.

— Pas encore.

Un léger silence. Puis, contre toute attente… il hocha la tête.

— Honnête.

Il fit quelques pas, réfléchissant.

— T’as quoi comme capacités ?

— Venin.

Je marquai une courte pause.

— Vitesse.

Son regard changea légèrement.

— Et ?

J’hésitai une fraction de seconde. Puis :

— Téléportation.

Silence. Un des bruits dans la maison s’arrêta net. Même les murs semblaient écouter. Le père me fixa plus intensément.

— Montre-moi.

Je ne bougeai pas tout de suite. Puis je fis un pas. Et disparus. Réapparus juste derrière lui. Sans bruit. Sans agressivité. Il ne bougea pas. Puis se tourna lentement vers moi.

— …Intéressant.

Pas impressionné. Mais attentif. Je revins à ma place. Le silence retomba. Puis il soupira légèrement.

— Bon.

Il se tourna vers ses filles.

— Vous avez entendu.

Il les regarda, sérieux.

— C’est pas un choix léger.

Mistaki soutint son regard. Javila aussi.

— Vous connaissez les risques.

— Oui, répondit Javila.

— Instabilité.

— Oui.

— Manque de ressources.

Silence. Puis Mistaki répondit :

— On sait.

Le père les observa quelques secondes. Longuement. Puis il hocha la tête.

— Alors c’est votre décision.

Il se tourna vers moi.

— Pas la mienne.

Je restai immobile.

— Mais—

Il marqua une pause.

— Si tu les prends avec toi…

Son regard se durcit légèrement.

— Tu les laisses pas tomber.

Pas une menace. Une règle. Je hochai la tête.

— Jamais.

Il me fixa encore une seconde. Puis :

— Alors on verra.

Le silence retomba. Mais cette fois… il était différent. Moins tendu. Moins lourd. Pas accepté. Pas encore. Mais pas rejeté non plus. Un début. Et dans ce monde… c’était déjà beaucoup. Le silence venait à peine de retomber quand une autre voix se fit entendre.

— Vous êtes déjà là ?

Une femme entra dans la pièce, essuyant ses mains sur un tissu. Son regard passa sur ses filles, puis sur moi. Observation rapide. Précise.

— C’est lui ? demanda-t-elle.

— Oui, répondit le père.

Elle hocha légèrement la tête, puis s’approcha.

— Je suis leur mère.

— Symba.

Elle m’observa un instant de plus, puis son attention revint immédiatement à ses filles.

— J’ai les réponses.

Le ton changea. Plus sérieux. Mistaki et Javila se redressèrent légèrement.

— Vos demandes d’admission.

Un silence.

— Vous êtes prises.

Les deux sœurs échangèrent un regard. Bref. Mais chargé. Pas de cris. Pas d’explosion. Juste… une tension relâchée.

— Université, reprit leur mère. Programme élémentaire avancé.

Le père fronça légèrement les sourcils.

— Les deux ?

— Oui.

Un autre silence. Plus lourd cette fois.

— On peut pas se le permettre deux fois, dit-il calmement.

La mère hocha la tête.

— Non.

Elle croisa les bras.

— Un seul essai.

Mistaki serra légèrement la mâchoire. Javila resta plus calme, mais son regard trahissait la même compréhension.

— Donc vous réussissez du premier coup.

Pas une pression. Une réalité. Je restai silencieux. Observant. Comprenant peu à peu l’équilibre dans lequel je venais d’entrer. Le père revint s’asseoir. La mère prit place à côté de lui. Ils échangèrent un regard. Puis se tournèrent vers moi.

— Bon, reprit le père.

Le ton avait changé. Plus officiel.

— On va être clairs.

Je hochai la tête.

— Si elles acceptent d’aller avec toi…

Il marqua une pause.

— T’as des responsabilités.

La mère continua :

— Les nourrir.

— Les protéger, ajouta le père.

— Assurer leur stabilité, reprit-elle.

Je restai droit. Attentif.

— Et surtout…

Elle me fixa.

— Tu ne leur fais pas de mal.

Aucune ambiguïté.

— Jamais.

Le silence se posa sur la pièce. Je soutins son regard.

— Jamais.

Le père observa quelques secondes. Puis hocha lentement la tête.

— Bien.

Il se tourna vers ses filles.

— Vous avez entendu.

Mistaki croisa les bras.

— Oui.

Javila acquiesça.

— On sait ce qu’on fait.

La mère les fixa à son tour.

— Alors assumez-le.

Un silence. Puis elle ajouta, plus doucement :

— Jusqu’au bout.

Le poids de ses mots resta suspendu. Je pris une inspiration. Plus lourde que les précédentes. Parce que cette fois… ce n’était plus juste un combat. Ni une question d’instinct. C’était un engagement. Réel. Concret. Et pour la première fois depuis le début… je sentis autre chose que la fatigue ou la tension. Une responsabilité. Une vraie. La discussion se termina sans éclat. Pas de refus. Pas d’acceptation totale non plus. Mais assez. Assez pour avancer. Je me levai, échangeai un dernier regard avec le père, puis avec la mère.

— Merci.

Simple. Honnête. Ils hochèrent légèrement la tête. Mistaki et Javila me suivirent sans un mot. La porte se referma derrière nous. Et avec elle… une partie de la pression. On marcha quelques minutes en silence. Puis Mila parla la première :

— C’est passé.

— Juste assez, répondit Javila.

Mistaki hocha la tête.

— C’était la plus “simple”.

Je laissai échapper un léger souffle.

— Si ça c’était simple…

Mila eut un sourire.

— Attends la suite.

On continua jusqu’à la clairière. Elles étaient déjà là. Hilma se redressa légèrement en nous voyant arriver.

— Alors ?

Je m’arrêtai devant elles.

— Pas refusé.

Un court silence. Puis :

— Mais pas gagné non plus.

Hilma acquiesça lentement.

— Logique.

Mila croisa les bras.

— Ils veulent voir si t’es capable de tenir sur le long terme.

— Comme tous, ajouta Mistaki.

On forma un petit cercle, naturel. Plus calme. Plus posé que la veille. Le contraste était frappant.

— Ok, dis-je. La suite.

Hilma prit la parole.

— Ma famille.

Le ton changea immédiatement. Plus sérieux.

— Vilkor.

Même sans connaître, je sentis la différence.

#(Transition à faire, ouverte aux idées)# (originalement chap 4 et 5 donc faut faire la transition)

— Ils sont pas intéressés par l’argent.

— Par la force, compléta Mila.

Mistaki acquiesça.

— Toujours.

Javila ajouta :

— Chez eux, si t’es pas capable physiquement…

— T’existes pas, termina Hilma.

Silence. Je compris. Pas de discussion. Pas de négociation.

— Combien ? demandai-je.

— Dix frères, répondit Hilma.

Je clignai des yeux.

— Dix ?

— Et moi.

Un léger silence.

— Une seule fille.

Je passai une main dans mes cheveux.

— Donc ils vont vouloir me tester.

Mila eut un sourire plus large.

— Tester ?

Elle pencha légèrement la tête.

— Non.

Elle marqua une pause.

— Te briser.

Le silence retomba. Pas lourd. Pas stressant. Juste… réel. Mistaki reprit :

— Ils respectent la force.

— Rien d’autre, ajouta Javila.

Hilma me regarda directement.

— Si tu tiens face à eux…

Elle ne termina pas sa phrase. Pas besoin. Je compris. Je pris une inspiration lente. Mon corps était encore fatigué. Mais au fond… quelque chose était prêt.

— On y va quand ?

Mila haussa les épaules.

— Quand t’es prêt.

Je regardai chacun d’eux. Puis je levai les yeux vers le ciel, visible entre les arbres. Calme. Encore. Pour l’instant. Je redescendis le regard.

— Alors on y va.

Un silence. Puis Mistaki esquissa un léger sourire.

— Parfait.

Hilma se redressa complètement.

— Prépare-toi.

Je hochai la tête. Parce que cette fois… ce ne serait pas un combat pour survivre. Ni pour s’imposer. Mais pour prouver… que j’avais ma place. On marcha longtemps. Plus que pour la famille précédente. Le chemin changeait. La forêt devenait plus dense… puis soudain plus ouverte. Et enfin, on arriva. Je m’arrêtai. Le domaine des Vilkor : un manoir. Grand. Ancien. Solide. Pas seulement riche. Imposant. Le genre d’endroit construit pour durer… et qui l’avait prouvé. On pouvait le sentir. Dans les murs. Dans le silence. Dans l’air. Hilma s’avança légèrement.

— C’est ici.

Je hochai la tête. Je pouvais déjà sentir les présences. Nombreuses. Très nombreuses.

— Ils sont tous là ? demandai-je.

Mila eut un léger sourire.

— Tu vas voir.

On s’approcha. Et avant même d’atteindre l’entrée, la porte s’ouvrit. Plusieurs silhouettes apparurent. Un. Deux. Cinq. Dix. Je m’arrêtai. Ils étaient là. Les frères. Tous. Leurs regards tombèrent sur moi en même temps. Aucun sourire. Aucune parole. Juste… une évaluation brute. Je sentis immédiatement la différence. Ici… ce n’était pas une discussion. Un des plus grands fit un pas en avant.

— C’est lui ?

Hilma répondit calmement :

— Oui.

Un silence. Puis un autre frère rit légèrement.

— Il a encore les marques.

Je ne répondis pas. Je restai droit.

— Tant mieux, continua-t-il. Ça évite de perdre du temps.

Un autre ajouta :

— Il sait déjà encaisser.

Je sentis la tension monter. Pas comme avant. Plus lourde. Plus dense. Comme si chaque regard pesait. Puis une voix plus grave s’éleva derrière eux :

— Laissez-le entrer.

Ils s’écartèrent. Instinctivement. Le père. Il apparut lentement. Plus âgé. Mais pas affaibli. Au contraire. Son regard était calme. Mais dangereux. Le genre de calme qui vient de l’expérience.

— Symba, c’est ça ?

— Oui.

Il hocha la tête.

— Tu connais les règles

Pas une question. Je soutins son regard.

— Oui.

Un léger silence. Puis il dit simplement :

— Bien.

Il fit un pas sur le côté.

— Alors entre.

Je franchis le seuil. Et immédiatement… je sentis le changement. Comme si je venais d’entrer dans une arène invisible. Les frères se positionnaient déjà. Sans ordre. Sans signal. Naturellement. Le père referma la porte derrière moi. Le bruit résonna. Net. Final.

— Ici, reprit-il calmement…

Je me retournai légèrement vers lui.

— On parle pas beaucoup.

Un léger silence.

— On teste.

Je fis un pas en avant.

— Combien ?

Un des frères sourit.

— Tous.

Un autre ajouta :

— En même temps.

Je laissai échapper un souffle lent. Mon corps était encore marqué. Fatigué. Mais mon esprit… clair.

— Et après ?

Le père répondit directement :

— Si tu tiens.

Il marqua une pause.

— Tu me fais face.

Le silence tomba. Plus lourd que tout le reste. Un combattant professionnel. Je le voyais déjà. Dans sa posture. Dans son regard. Je hochai lentement la tête.

— D’accord.

Un léger sourire passa sur le visage d’un des frères.

— Il comprend vite.

Hilma me regarda une dernière fois. Sans parler. Mais je compris. Tiens. Je me mis en position. Respiration lente. Corps prêt. Autour de moi, ils bougeaient déjà. Se plaçaient. Se coordonnaient sans parler. Le chaos allait venir. Mais un chaos maîtrisé. Je relevai légèrement la tête. Et pour la première fois depuis le début… je souris.

— Venez.

Et cette fois… je savais exactement dans quoi je m’engageais. Ils n’attaquèrent pas tous en même temps. Heureusement. Sinon, ce serait déjà terminé. Non. Ils étaient organisés. Deux groupes. Je le compris rapidement. Cinq d’un côté. Cinq de l’autre. Et ils alternaient. Le premier groupe attaqua. Direct. Sans attendre. Deux en frontal. Un sur le côté. Un autre qui tournait déjà dans mon angle mort. Je disparus. Réapparus derrière eux. Frappe rapide. Recul. Mais déjà, le second groupe bougeait. Ils ne me laissaient pas respirer. Pas une seconde. Je bloquai un coup. En évitai un autre. Mais un troisième passa. Je reculais de quelques pas, encaissant. Pas le temps de réfléchir. Juste agir. Encore. Et encore. Ils ne cherchaient pas à me finir. Pas tout de suite. Ils testaient. Mon endurance. Ma vitesse. Ma capacité à tenir. Un des frères tenta une projection. Je me téléportai juste avant l’impact. Réapparus sur le côté. Contre. Il encaissa sans broncher. Puis recula. Et immédiatement : Relais. L’autre groupe revenait. Frais. Reposé. Moi… de moins en moins. Je serrai les dents. Respiration contrôlée. Obligé. Sinon je tiendrais pas. Un mouvement attira mon attention. Talkor. Je le reconnus tout de suite. Calme. Stable. Il n’attaquait pas inutilement. Il observait. Puis frappait. Au bon moment. Précis. Dangereux. À l’opposé, le plus jeune. Impulsif. Rapide. Mais moins contrôlé. Il fonçait. Encore. Et encore. Je dus m’adapter. Utiliser sa vitesse contre lui. Le laisser s’exposer. Mais même ça… c’était risqué. Parce qu’à la moindre ouverture les autres prenaient le relais. Je commençais à comprendre. Ce n’était pas un combat. C’était un siège. Lent. Progressif. Ils m’épuisaient. Volontairement. Un coup passa. Puis un autre. Je sentis mes muscles ralentir légèrement. Pas assez pour tomber. Mais assez pour inquiéter. Je disparus. Réapparus plus loin. Respirai. Une seconde. Une seule. Mais ça suffit. Ils revenaient déjà. Toujours. Sans relâche. Je relevai la tête. Et croisai son regard. Le père. Immobile. Assis. Il observait. Chaque mouvement. Chaque erreur. Chaque faiblesse. Je le compris immédiatement. Ce combat… n’était que la première étape. Et lui… attendait la suite. Je serrai les poings. Mon corps criait déjà. Mais je tenais. Encore. Je me remis en position. Un sourire fatigué passa sur mon visage.

— C’est tout ?

Une provocation. Légère. Mais suffisante. Le plus jeune fonça immédiatement. Parfait. Je disparus. Réapparus juste derrière lui. Frappe. Déséquilibre. Et cette fois, j’enchaînai. Plus vite. Plus précis. Je changeai de rythme. Ils le sentirent. Le combat bascula légèrement. Pas en ma faveur. Pas encore. Mais assez… pour leur montrer. Que je tiendrais. Et que je ne tomberais pas facilement. Le temps n’avait plus vraiment de sens. Le combat durait depuis des heures. Le soleil avait disparu depuis longtemps, remplacé par une nuit froide, silencieuse… contrastant violemment avec ce qui se passait ici. Je respirais difficilement. Chaque mouvement demandait un effort. Mes muscles étaient lourds. Mes réflexes… plus lents. Mais je tenais. Encore. Face à moi, ils étaient toujours là. Moins frais qu’avant. Mais loin d’être épuisés. Leur stratégie fonctionnait. Toujours. Relais. Pression. Usure. Un coup passa. Puis un autre. Je reculais, encaissant. Pas le choix. Pas le droit de tomber. Un mouvement brusque. Différent. Je le sentis immédiatement. Le plus jeune. Il avait changé. Son regard n’était plus le même. Plus rien de contrôlé. Plus rien de réfléchi. Il fonça. Sans attendre. Sans coordination. Sans écouter les autres.

— Recule ! lança Talkor.

Trop tard.Le plus jeune se jeta dans le combat, ignorant totalement le rythme établi. Ses coups étaient plus rapides. Plus violents. Mais désordonnés. Dangereux. Pas seulement pour moi. Pour tout le monde. Je dus reculer brusquement, esquivant de justesse une attaque beaucoup trop directe. Il ne cherchait plus à tester. Il voulait finir. Maintenant. Je serrai les dents. Pas le choix. Je disparus. Réapparus sur le côté. Il se retourna immédiatement. Trop vite. Parfait. Je le laissai venir. Encore. Et au moment où il attaqua, Je me décalai. Pris son mouvement. Et le projetai au sol. Lourdement. Le choc résonna. Il tenta de se relever. Mais son corps ne suivit pas. Il resta à terre. Essoufflé. Instable. Le silence tomba une seconde. Puis, le père bougea.Pour la première fois. Il s’avança calmement, sans précipitation, et s’agenouilla à côté de son fils. Un regard. Un seul. Puis il le souleva sans effort.

— Ça suffit.

Sa voix était basse. Mais ferme. Il se tourna. Une femme apparut à l’entrée. La mère. Elle ne posa aucune question. Elle prit le plus jeune sans un mot. Et disparut avec lui à l’intérieur. Le combat reprit presque immédiatement. Comme si rien ne s’était passé. Mais moi… je savais. On venait de frôler quelque chose de plus grave. Je relevai lentement la tête. Les autres me regardaient différemment. Plus sérieusement. Plus durement.

— On continue, dit Talkor.

Je hochai la tête.

— Ouais.

Pas de pause. Pas de récupération. Ils revinrent. Encore. Je réagis. Instinct. Réflexe. Mais mon corps…commençait à lâcher. Je réussis à en atteindre un. Puis un autre. Deux. En mauvais état. Pas hors combat. Mais ralentis. Affaiblis. Ça ne changeait rien. Ils continuaient. Toujours. Le relais ne s’arrêtait jamais. Je respirais fort. Trop fort. Mes jambes tremblaient légèrement. Mes capacités devenaient instables. Même ma téléportation demandait plus d’effort. Mais je tenais. Je devais tenir. Je relevai les yeux. Le père était revenu à sa place. Immobile. Observant. Toujours. Je compris. Il attendait. Que je tombe. Ou que je tienne. J’essuyai le sang au coin de mes lèvres. Puis je me remis en position. Encore. Même épuisé. Même brisé.

— Venez.

Parce que maintenant… il ne restait plus qu’une chose à prouver. Que je pouvais aller jusqu’au bout. Ils ne s’arrêtèrent pas. Jamais. Les deux que j’avais affaiblis avaient été tirés en arrière, protégés par les autres. Pas hors combat. Juste… mis de côté. Pour récupérer. Et ça voulait dire une chose. Le rythme ne ralentirait pas. Je respirais difficilement. Chaque mouvement était plus lourd que le précédent. Mes jambes tremblaient légèrement. Mes bras aussi. Mais je tenais. Encore. Toujours. Un nouveau relais arriva. Trois cette fois. Coordonnés. Précis. Je bloquai. Esquivai. Mais un coup passa. Puis un autre. Je reculais. Encore. Et encore. Mon corps atteignait sa limite. Je le sentais. Clairement. Et pourtant… quelque chose changea. Subtil. Au début. Puis plus présent. Une sensation. Différente de tout à l’heure. Pas la chaleur brutale des ruts. Non. Plus froide. Plus stable. Plus… profonde. Je fronçai légèrement les sourcils. Qu’est-ce que.... Un coup arriva. Je bougeai. Instinctivement. Mais différemment. Plus tôt. Plus précisément. Comme si je savais déjà où il allait frapper. Je disparus. Réapparus juste à côté. Contre immédiat. Net. Efficace. Le frère recula. Surpris. Moi aussi. Je restai immobile une fraction de seconde. Mon regard glissa sur eux. Et je vis. Les ouvertures. Les décalages. Les micro-erreurs. Tout était plus clair. Comme si le combat ralentissait autour de moi. Je respirai. Toujours aussi fatigué. Toujours aussi lourd. Mais mon esprit… lucide. Une pensée traversa mon esprit. Eyler. Je ne l’avais jamais connu. Mon père. Mais son sang… était en moi. Et quelque chose venait de s’éveiller. Pas une explosion de force. Pas une transformation. Non. Un instinct. Un vrai. Celui d’un combattant. Un des frères attaqua. Je bougeai avant même qu’il finisse son mouvement. Esquive. Frappe. Recul. Un autre tenta de me prendre sur le côté. Je me téléportai. Réapparus dans son angle mort. Attaque rapide. Précise. Il vacilla. Je ne forçais pas. Pas besoin. Je voyais. Je comprenais. Le rythme. Leur rythme. Et cette fois… je le cassais. Leur coordination hésita. Légèrement. Mais assez. Talkor le remarqua immédiatement. Son regard changea.

— Il s’adapte.

Je le fixai. Respiration lourde. Corps épuisé. Mais esprit affûté.

— Ouais…

Un léger sourire passa sur mon visage.

— Enfin.

Ils attaquèrent de nouveau. Mais cette fois… ce n’était plus pareil. Je n’étais pas plus fort. Pas vraiment. Mais j’étais plus rapide. Plus précis. Plus efficace. Chaque mouvement comptait. Chaque erreur était exploitée. Le combat continuait. Toujours aussi long. Toujours aussi dur. La fatigue était toujours là. Pesante. Présente. Mais maintenant… j’avais autre chose. Un équilibre. Fragile. Mais réel. Je relevai les yeux. Le père me regardait. Fixement. Et pour la première fois… je vis quelque chose dans son regard. De l’intérêt. Je me remis en position. Essoufflé. Brisé. Mais debout.

— On continue.

Parce que maintenant… ce n’était plus juste survivre. C’était prouver… qui j’étais vraiment. Le rythme changea complètement. Un par un. Ils continuaient d’attaquer… mais ce n’était plus pareil. Je les voyais venir. Chaque mouvement. Chaque hésitation. Chaque faille. Mon corps était toujours épuisé. Toujours lourd. Mais mon instinct… guidait tout. Le premier attaqua. Je me décalai avant même qu’il frappe. Contre. Net. Il recula. Le second enchaîna. Plus rapide. Mais trop direct. Je disparus. Réapparus dans son angle mort. Frappe. Il tomba à genoux. Je ne m’arrêtai pas. Pas le choix. Le combat continua. Encore. Et encore. Un à un. Ils tombaient. Pas forcément inconscients. Mais incapables de continuer. Et à chaque fois… je tenais. À peine. Mais debout. Le dernier frère hésita. Juste une seconde. Je le vis. Et ça suffit. Je bougeai. Dernier échange. Dernier choc. Puis le silence. Total. Je restai immobile. Respiration lourde. Trop lourde. Mes jambes tremblaient. Mais je ne tombai pas. Pas maintenant. Pas après tout ça. Je relevai lentement la tête. Ils étaient tous là. À terre. Ou incapables de continuer. Et face à moi… le père : Firkor Vilkor. Il ne bougeait pas. Il ne parlait pas. Mais son regard… 8avait changé. Complètement. Il me fixait. Comme s’il voyait autre chose. Quelque chose que les autres ne comprenaient pas. Je fis un pas. Puis un autre. Difficilement. Mais je restai droit.

— C’est fini.

Ma voix était rauque. Fatiguée. Mais stable. Le silence dura. Puis il parla.

— Non.

Un seul mot. Calme. Mais lourd. Je soutins son regard. Il s’approcha lentement.

— Pas encore.

Il s’arrêta à quelques mètres de moi. Ses yeux ne me quittaient pas.

— Dis-moi…

Sa voix était plus basse. Plus réfléchie.

— Ton père.

Une pause.

— Il t’a appris ça ?

Je fronçai légèrement les sourcils.

— Non.

Silence. Son regard se durcit légèrement. Pas contre moi. Contre une idée.

— Je vois…

Il recula d’un pas. Très léger. Mais suffisant. Comme pour confirmer ce qu’il pensait. Dans son esprit, des souvenirs remontaient. Un autre combattant. Un autre regard. Un autre instinct. Unique. Précis. Dangereux. Un Eyler. Un ami. Perdu dans une guerre qui avait laissé trop de traces. Il observa de nouveau ma posture. Ma façon de respirer. De me tenir. Même épuisé. Même au bord de tomber. Cet instinct…Il le connaissait. Il ne pouvait pas se tromper. Je restai face à lui, sans comprendre ce qui se jouait. Mais je sentais la différence. Dans son regard. Dans l’atmosphère. Quelque chose venait de changer.

— Intéressant… murmura-t-il.

Puis il releva légèrement la tête.

— Très intéressant.

Le silence retomba. Mais cette fois… il n’était plus seulement chargé de tension. Il portait autre chose. Une reconnaissance. Discrète. Mais réelle. Je serrai les poings. Fatigué. Brisé. Mais prêt. Parce que je le savais. Le vrai combat… commençait maintenant. Je tenais à peine debout. Chaque muscle me brûlait. Chaque respiration était une lutte. Et pourtant… je me remis en position. Face à lui. Firkor Vilkor : Calme. Droit. Intact. Ou presque.

— Prêt ? demanda-t-il simplement.

Je hochai la tête.

— Ouais.

Il ne répondit pas. Il bougea. Instantanément. Plus rapide que tous les autres. Je disparus. Réapparus sur le côté. Mais il était déjà là. Sa main frôla mon épaule. Je reculai brusquement. Trop lent. Beaucoup trop lent. Je serrai les dents.

— Concentre-toi.

Sa voix était calme. Presque… posée. Comme s’il m’entraînait. Pas comme s’il me combattait. Il attaqua de nouveau. Plus précis. Plus propre. Chaque mouvement était maîtrisé. Aucune perte. Aucune hésitation. Je tentai de suivre. D’anticiper. Par moments… j’y arrivais. Grâce à mon instinct. Je voyais certaines ouvertures. Je réagissais. Mais lui… corrigeait immédiatement. Je frappai. Il dévia. Contre. Je bloquai de justesse. Le choc me fit reculer de plusieurs pas. Mon corps cria. Mais je restai debout. Encore. Toujours. Je relevai les yeux. Et cette fois… je le vis. Dans son regard. Quelque chose. Pas de la colère. Pas du mépris. Autre chose. Plus profond. Plus lourd. Il attaqua encore. Je me téléportai. Réapparus derrière lui. Frappe. Il encaissa. Puis se tourna lentement. Et pendant une fraction de seconde… il s’arrêta. Son regard se perdit. Juste un instant. Comme s’il voyait quelqu’un d’autre. Pas moi. Quelqu’un d’autre.

— …Marc.

Le mot lui échappa. Presque inaudible. Je fronçai les sourcils.

— Quoi ?

Il revint immédiatement. Présent. Concentré. Mais quelque chose avait changé. Le combat reprit. Encore plus intense. Plus rapide. Plus brutal. Je me dépassais. Encore. Et encore. Mon instinct guidait mes mouvements. Mais mon corps… était au bord de lâcher. Je fis une erreur. Une seule. Et ça suffit. Il me frappa. Net. Je tombai à genoux. Le souffle coupé. Impossible de respirer pendant une seconde. Puis deux. Je levai la tête. Avec difficulté. Il était là. Debout devant moi. Calme. Maîtrisé. Il pouvait finir. Maintenant. Mais il ne bougea pas. Il me regardait. Encore. Différemment.

— Relève-toi.

Sa voix était basse. Mais ferme .Je serrai les dents. Mes jambes tremblaient. Refusaient presque. Mais je me relevai. Lentement. Très lentement. Mais debout. Encore. Toujours. Je levai les yeux vers lui. Essoufflé. Brisé. Mais prêt. Un silence passa. Long. Puis… un léger changement dans son regard.

— Ça suffit.

Je clignai des yeux.

— Quoi ?

Il recula d’un pas.

— T’as tenu.

Silence.

— Contre eux.

Il désigna brièvement ses fils.

— Contre moi.

Une pause.

— Et t’es encore debout.

Je respirais fort. Sans vraiment comprendre.

— C’est tout ce que j’avais à voir.

Le silence retomba. Mais cette fois… il n’était plus lourd. Il était décidé. Firkor croisa les bras.

— Pour moi…

Il marqua une courte pause.

— C’est suffisant.

Je restai immobile. Le corps tremblant. L’esprit encore dans le combat. Mais une chose était claire. J’avais tenu. Jusqu’au bout. Et dans ce monde… ça voulait tout dire. Le silence tomba. Lourd. Total. Personne ne bougeait. Les frères Vilkor fixaient la scène, incapables de détourner le regard. Debout. Encore debout. Un murmure parcourut le groupe.

— C’est pas possible…

— Il tient encore…

— Contre père…

Leur incompréhension était visible. Ici, les règles étaient claires. Toujours les mêmes. Les prétendants entraient. Se battaient. Tombaient. Ceux qui perdaient connaissance étaient traînés dehors. Sans un regard. Sans une seconde chance. Les autres… ceux qui tenaient encore… rampaient. Jusqu’à quitter le domaine avant l’aube. Sinon, ils ne sortaient jamais. Mais moi… j’étais encore là. Debout. Face à lui. Firkor resta immobile quelques secondes. Puis il se tourna lentement vers ses fils. Leurs regards se croisèrent.

— Pourquoi ? demanda l’un d’eux.

— Il aurait dû tomber…

Un autre ajouta :

— Personne tient aussi longtemps.

Le plus âgé, Talkor, plissa les yeux.

— Pas contre toi.

Le silence revint. Tous attendaient. Une réponse. Firkor prit une inspiration lente. Puis parla.

— J’ai déjà vu ça.

Un frisson parcourut la pièce.

— Il y a longtemps.

Les frères se regardèrent. Intrigués.

— Un homme.

Sa voix était plus basse maintenant. Plus lointaine.

— Pas comme les autres.

Un silence.

— Il voyait les ouvertures avant qu’elles existent.

— Il s’adaptait… trop vite.

— Et surtout…

Il leva légèrement les yeux vers moi.

— Il ne tombait pas.

Le nom ne vint pas tout de suite. Mais il finit par sortir.

— Marc.

Certains frères figèrent. D’autres échangèrent des regards.

— Eyler ? murmura l’un d’eux.

Firkor ne répondit pas directement. Mais son silence suffisait.

— C’est une rumeur, dit un autre.

— Une alliance…

— Avec les Wolker…

Le silence se chargea d’un autre poids. Plus profond. Plus dangereux. Le regard des frères revint sur moi. Différent. Plus attentif. Plus… prudent.

Talkor parla finalement :

— Tu penses que…

Firkor coupa doucement :

— Je pense rien.

Une pause. Puis :

— J’observe.

Mais dans ses yeux… la réponse était déjà là. Il se détourna. Et regarda sa fille. Hilma. Le silence se fit immédiatement. Même les frères reculèrent légèrement. La décision finale. Toujours. Il la fixa calmement.

— Tu sais ce que ça implique.

Hilma soutint son regard.

— Oui.

— Tu connais les risques.

— Oui.

Un silence. Puis il hocha lentement la tête.

— Alors c’est ton choix.

Simple. Clair. Définitif. Plus personne ne parla. Tous les regards se tournèrent vers elle. Moi aussi. Fatigué. À bout. Mais présent. Parce que tout menait à ça. Hilma resta immobile une seconde. Puis deux. Puis elle avança légèrement. Son regard ne quitta pas le mien. Et dans ce silence total… elle s’apprêtait à décider. Et cette fois… même la force ne pouvait plus rien y changer. Le silence dura encore une seconde. Puis deux. Hilma avança. Ses pas étaient calmes. Assurés. Elle s’arrêta à quelques mètres de moi, son regard ancré dans le mien.

— J’accepte.

Simple. Clair. Définitif. Le mot tomba. Et avec lui… tout changea. Un murmure parcourut immédiatement les frères.

— Elle est sérieuse… ?

— Après ça… ?

— Contre père… ?

Ils avaient du mal à suivre. À comprendre. Ici, les règles étaient connues de tous. Les prétendants venaient. Échouaient. Disparaissaient. Et même ceux qui réussissaient à tenir un peu plus longtemps… ne restaient jamais. Pas plus d’un an. La tradition reprenait toujours. Encore. Et encore. Les filles Vilkor n’étaient pas liées à n’importe qui. Seulement aux plus forts. Aux plus solides. Aux plus… durables. Et pourtant, elle venait d’accepter. Après quelque chose que personne n’avait vu auparavant. Talkor passa une main sur son visage.

— C’est réel…

Un autre frère secoua la tête.

— Il est encore debout…

Leur regard revint sur moi. Mais cette fois… ce n’était plus de la simple évaluation. C’était du respect. Mêlé à quelque chose d’autre. De la prudence. Firkor, lui, ne dit rien. Il observa simplement. Sa fille. Puis moi. Comme s’il validait une pièce d’un puzzle invisible. Je restai immobile. Le corps tremblant. L’esprit encore pris dans le combat. Mais une pensée revenait. Encore. Et encore. Marc. Le nom tournait dans ma tête. Je relevai légèrement les yeux vers Firkor.

— Tout à l’heure…

Ma voix était rauque.

— T’as dit un nom.

Il ne répondit pas immédiatement. Mais son regard changea légèrement.

— Peut-être.

Un silence. Je serrai les dents.

— Marc.

Cette fois, il ne détourna pas les yeux.

— Oui.

Le mot résonna. Court. Mais lourd. Mon cœur se serra légèrement.

— C’était le nom de mon père.

Le silence tomba. Encore une fois. Mais différent. Plus profond. Les frères échangèrent des regards. Certains comprenaient. D’autres commençaient à comprendre. Firkor, lui… resta calme. Mais quelque chose s’ancrera dans son regard. Une certitude.

— Je sais.

Ces deux mots suffirent. Rien de plus. Pas d’explication. Pas ici. Pas maintenant. Mais pour moi… ça changeait tout. Je baissai légèrement les yeux. Réfléchissant. Reconstituant. Des morceaux. Des souvenirs flous. Des questions. Beaucoup trop de questions. Je relevai la tête. Une seule chose était claire.

— Faut que je parle à ma mère.

Hilma me regarda. Comprit immédiatement. Mistaki, Mila et Javila aussi. Sans un mot. Parce que cette fois… le combat était terminé. Mais ce qui venait derrière… allait être bien plus grand. Et pour la première fois… je sentais que mon histoire… ne faisait que commencer.

Note : J'ai de la difficulté a savoir où séparer les chapitres, j'ai cumuler 3 chapitre (de mon brouillon) dans celui-ci. Je suis ouverte au idées

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