Soleil bleu
Cet après-midi, un soleil bleu m’a brûlé la rétine. Il était beau, je l’ai regardé fixement, ne comprenant pas pourquoi il était si lumineux. Quelque chose est passé derrière, immense. Il faisait chaud. Mlle Mameaux me le fit remarquer mais elle ne portait elle-même qu’un fin tissu noir, presque transparent, sur son corps dénudé. Chaleur très supportable, quoiqu’un peu étouffante, pas besoin de rentrer. Malgré la tentation, mon regard se défit de ses formes attirantes pour revenir sur celle, tout aussi intrigante, de mon soleil bleu : il avait une forme d’étoile. La raison pour laquelle nous l’avions qualifié de soleil m’échappa soudain. Je posai la question à ma partenaire qui ne répondit pas vraiment, suant à grosses gouttes et me faisant remarquer que l’astre semblait se rapprocher de nous. C’est vrai qu’à bien y regarder, il avançait à une vitesse folle, fonçant droit sur le corps de Mlle Mameaux. M’apprêtant à débiter un monologue sur l’importance de la crème solaire, ma camarade leva la main, autant pour me dire de me taire que pour indiquer un réel besoin de pause. En effet, elle était devenue tellement pâle que j’arrivais presque à voir le second pan de tissu qui lui couvrait le corps, à travers l’épaisseur de son buste. Seule sa colonne vertébrale, intacte, semblait flotter au milieu de son dos. Soudain, mon soleil bleu se referma sur lui-même et au même moment, ou presque, Mlle Mameaux s’effondra. Il faisait tout noir, je rallumai ma lampe. Le tissu qui la couvrait toucha à son tour le sol, avec quelques secondes de retard, rendu plus lent par la bouffée d’air chaud engendrée par la chute de mon amie. Je ne me rappelais pas l’avoir, un jour, appelée « amie ». Sûrement un coup de chaud. De sa part comme de la mienne. De petites bulles translucides commençaient à se former sous son front. Quand j’approchai ma main, des petits vers blancs, fins comme des cheveux, vinrent en percer la surface et s’enroulèrent autour de mes doigts avant de retomber, inertes. Mlle Mameaux ne réagissait pas. Ses yeux blancs fixaient le vide, comme si elle regardait déjà au-delà de la « demeure ». Je me demandais si elle pourrait encore voir après cette petite attaque. J’appelai Aude pour qu’on me la ramasse et voulus me remettre à mes observations avant de me rappeler que le sujet principal de ces observations avait disparu. Tant pis. Je rentrai avec Mlle Mameaux et Aude, qui était déjà arrivée, munie de sa lampe torche. Nous marchâmes dans le noir complet tout de même éclairées par la lampe pendant une bonne vingtaine de minutes jusqu’au mur d’en face puis, nous le longeâmes pour trouver le repère qu’Aude avait placé pour savoir quand tourner et ne pas s’enfoncer dans le boyau. Le faisceau de la lampe tremblait entre mes doigts. Chaque fois qu’il balayait le couloir, les ombres se repliaient comme des bêtes blessées pour mieux revenir en silence dès que la lumière passait ailleurs. Personne ne voulait admettre qu’ici, le plus dérangeant n’était pas l’absence de lumière, mais bien la présence de l’obscurité. Nous traversâmes le grand vestibule avant d’apercevoir la balise lumineuse du campement. Il était toute petit comparé à l’immensité de la « demeure » comme Aude se plaisait à l’appeler. Elle était persuadée que quelqu’un ou quelque chose habitait quelque part dans cet enchaînement de pièces gigantesques toutes aussi sombres les unes que les autres. Pour l’instant, les explorations n’avaient pas donné grands choses à part des tas d’incohérences comme cet escalier sans fin, ce boyau en ligne droite mais auquel on peut accéder depuis une porte absolument pas en face, ce lac immense, ce disque dont l’aire divisée par le rayon au carré n’était pas égale à π, ce « soleil bleu » ... Puis l’équipe d’Hermione, partie cherchée le quatrième mur du grand vestibule et qui n’était toujours pas revenue alors que ça faisait quatre jours.

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