Pensées sous lampe
Arrivés, j’osai demander si Hermione était revenue du mur tandis que Carmen s’occupait déjà de Mlle Mameaux. Depuis qu’elle était partie à la recherche de l’ultime cloison de cette pièce qui n’était peut-être même pas fermée, il restait bien peu d’hommes au camp. Isaac me regarda la mine triste, comme répondant à mes pensées. C’était agaçant toutes ces femmes partout qui voulaient tout le temps donner des ordres alors que celui qui commandait ici, c’était moi ! Les deux seules que je supportais sans mal étaient pour l’instant indisponibles : l’une partie dans le noir à la recherche d’un mur peut être inexistant, l’autre encore dans les vapes. Carmen retira soudain le tissu sombre du corps de Mlle Mameaux, me provoquant un petit hoquet de surprise et me demanda : « C’est quoi ça ? », en pointant l’étoffe du doigts. Je lui répondis d’un haussement d’épaule rapide puis, apercevant Aude qui nous regardait, pressai Carmen de remettre le tissu sur le corps, maintenant complètement nu, de Mlle Mameaux. A coup sûr, cette sorcière ne voudrait pas dormir avec moi cette nuit-là non plus. Je regardai le reflet de la lampe frontale de Carmen sur mon alliance du coin de l’œil. C’était toi qui l’avais demandé pourtant ce mariage, Aude... Et c’était moi qui l’avais accepté. Mais quel nigaud ! Bon, certes Aude était vraiment très belle pour une sorcière, mais elle ne l’était franchement pas plus que, par exemple, Hermione même si cette dernière avait beaucoup de caractère ou que, je ne sais pas moi, Mlle Mameaux. Je la regardai, encore allongée, les yeux clos, rendue encore plus pâle qu’elle ne l’était par la lumière blanche qui se pressai au-dessus d’elle. Qu’est ce qui avait bien pu lui arriver ? C’était compliqué à avouer mais Carmen n’avait pas eu tort de demander d’où venait ce tissu noir. Et puis pourquoi était-il si transparent ? Et pourquoi Mlle Mameaux n’avait-elle rien en dessous ? Et ce « soleil bleu », qu’est-ce que c’était ? Et l’ombre étrange qui était passée derrière ? Et jusqu’à quelle hauteur allait ce foutu plafond ? J’avais besoin de sommeil, au moins pour faire disparaître ces horribles cernes. Je ne me rappelais plus depuis combien de temps nous n’étions pas retournés à l’extérieur de la « demeure » pour se ravitailler en vivres, en piles... et il nous faudrait aussi d’autres cordes ainsi qu’un stock de fusées lumineuses. Ça faisait peut-être trois ou quatre jours. Peut-être. Aude me répondit depuis l’intérieur de ma tente dont je venais de soulever un pan : « Ça fait une semaine et demie.
— Ah, tu es là ? Demandai – je, surpris de la trouver ici et non dans la tente de Carmen, à glousser comme des bécasses, ou même dans celle d’Isaac.
— Oui, je suis venue dormir avec toi. Expliqua – t – elle.
— Mais t’as pas tes règles ? Aude se mit en colère pour une raison qui m’échappa.
— Si, mais je ne vois pas en quoi cela m’empêcherait de DORMIR avec toi ! »
J’eus la soudaine pensée que si elle avait eu une porte à claquer, elle ne se serait pas gênée, pourtant, elle resta là où elle était avec pour simple signe de son mécontentement, une petite moue sur le visage. Elle se roula en boule dans le sac de couchage, se retourna et ajouta soudain : « Je ne sais même pas pourquoi je t’aime ». J’aurais aimé lui dire qu’elle m’aimait et que c’était déjà un bon début mais je me retins. La lueur de la lampe illuminait ses contours, lui dessinant sur le corps des traits qu’elle n’avait pas. Elle avait fait un effort et, bien que ce soit regrettable à dire, je me devais d’en faire un aussi. Je rentrai donc complètement dans la tente, me glissai à mon tour sous le sac de couchage et vint me serrer près d’elle. Elle avait oublié d’enlever ses lunettes. Elle se redressa sur le côté droit pour le faire et j’en profitai pour éteindre la lanterne. Aude se rallongea. Après un petit temps d’hésitation, je me blottis contre elle, le nez dans ses cheveux. Elle sentait bon... Et elle avait la peau toute douce. Par contre, elle mourrait de froid, c’était terrible : elle grelottait à n'en plus s’arrêter et elle était tellement serrée contre moi que j’avais l’impression qu’elle allait finir par me rentrer dedans. Les nuits étaient tellement noires ici. Je me promis que demain j’écrirai une description plus élogieuse d’elle. Je m’endormis tranquillement contre elle, l’entourant de mes bras pour la réchauffer.

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