Porte d'entrée
Je toquai. Hans ne répondit pas. Je toquai une seconde fois, plus fort et une troisième. Toujours rien. Je tentai de tourner la poignée. La serrure était fermée. Je forçai la poignée, frappant plus que toquant à la porte, appelai Hans, paniquai. Il nous avait enfermés, il nous avait enfermés, on était coincé dans cette horreur avec le peu de vivres et de piles que nous venions de récupérer. Il était fou. Tout ça juste parce qu’Hermione n’était pas là. Il nous avait enfermé. On allait tous mourir et Dieu ne ferait pas de distinction entre ceux qui avaient trompé leur femme ou non. On allait tous y passer. Je me jetai sur la porte pour essayer de l’ouvrir, me mis à hurler puis pleurer. Mes doigts glissèrent de la poignée, moites de sueur. Hans ne répondrait plus, ça ne servait à rien de s’épuiser. Un rire nerveux m’échappa. Je repartis vers le camp, titubant. Aude qui m’avait entendu courut vers moi pour me demander ce qui se passait. Je lui attrapai le bras pour la rapprocher de moi. J’avais mal à la tête. Elle cria. Je lui plaquai la main sur la bouche et lui arrachai ses vêtements. C’était fou comme elle bougeait dans tous les sens. Elle commença même à pleurer. C’est bon ! J’avais juste besoin de penser à autre chose, ce n’était pas la mort non plus. La mort. C’était pour bientôt. Aude se tût, se crispa autour de son estomac et vomit malgré ma main sur sa bouche. Je la retirai tout de suite et la frappai. La frapper, le plus fort possible, sans s’arrêter et la frapper encore et encore. D’abord, c’était de sa faute tout ça ! Si c’était elle qui s’était occupée de la porte dès le début, comme je l’avais dit, on n’en serait pas là. C’était de sa faute, de sa faute rien qu’à elle, il fallait la frapper pour la punir. Ma main se stoppa soudain. Je la laissai retomber mollement sur ma cuisse. Je n’avais presque plus de voix, ça faisait mal à la gorge :« Aude ? ». Elle continua de sangloter. Elle ne voulait plus bouger. Je lui remis ses vêtements maladroitement et la hissai sur mon dos pour la ramener au campement. Carmen nous aperçut, elle m’arracha Aude des bras avant de m’asséner une bonne claque. Elle s’énerva et me cria : « Qu’est ce qui t’as pris, t’es devenu complètement...
— Carmen, la porte est fermée ! La coupai-je.
— Comment ça fermée ?! Demanda-t-elle.
— Fermée, fermée. On peut plus sortir, c’est fini, on va tous crever de faim et dans le noir complet ! Carmen se mit à pleurer, en silence, tout doucement.
— Qu’est-ce qu’on va faire ? Demanda Isaac, perdu.
— On va chercher Hermione. Lui répondis-je en m’avançant.
— Non ! Hurla Carmen. Je me retournai d’un coup sec.
— Et pourquoi donc ?
— Isaac et toi vous faites ce que vous voulez mais Aude et moi on part pour tuer la bête qui habite ici. »
Je me mis à rigoler mais Carmen continua de me regarder le plus sérieusement du monde. Mon sourire s’effaça. Oui, c’était vrai, le nom de « demeure » avait été plébiscité par l’ensemble de l’équipe. Oui, c’était vrai, on ne savait pas ce qui était arrivé à Hermione, Bill, Dimitri, Gildas et Lionel. Oui, c’était vrai, la demeure était bourrée de phénomènes incompréhensibles et nous n’en avions résolu aucun. Mais, non, ce n’était pas une raison pour devenir fou et croire à ces idioties ! Je regardai ma Aude, toujours par terre, aux pieds de Carmen. De toute façon, elles faisaient bien ce qu’elles voulaient. Je fixai Isaac des yeux, attendant une réponse. Après tout, j’allais peut-être m’y retrouver tout seul à chercher Hermione. Isaac acquiesça d’un bref signe de tête, sûrement trop apeuré par ce que Carmen était devenue. Nous commençâmes à nous préparer sans attendre, éclairés par le seul éclat de la balise lumineuse du campement. Nous prîmes notre tente, des piles, nos quelques affaires ainsi que la moitié des vivres récupérés, laissant le reste à Aude et Carmen. Avant de partir, je rentrai dans la tente d’Hermione, lieu que je m’étais interdit jusqu’à maintenant. On voyait bien qu’elle n’avait pas prévu de s’en aller si longtemps : plusieurs de ses sous-vêtements trainaient par terre ainsi que plein de souvenirs de ses précédentes explorations, le plus souvent, avec moi. Je mis quelques minutes avant de trouver ce que je cherchais, son petit couteau qu’elle ne quittait jamais. Elle avait dû l’oublier avant de partir. Je le glissai dans ma poche et ressortis, faisant signe à Isaac que nous pouvions partir. Nous quittâmes le camp sans nous retourner.

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