Ton bonheur...

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Les lumières s’éteignent.

Le calme s’installe.

Quelques points lumineux apparaissent au loin.

Ils se rapprochent et emmènent avec eux une douce odeur sucrée.

J’entends les chaises racler le sol.

Des bruits de tissus froissés par des mouvements corporels me parviennent.

Et soudain, une explosion de joie.

— Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire…

Tous les invités entament cette célèbre chanson.

Le flou lumineux des bougies se précise.

Tout le monde est debout autour de moi. Ils chantent, tapent dans leurs mains.

Un immense gâteau chocolat-framboise décoré de sucre glace prend place devant moi tandis que la chanson arrive à son terme.

Papa m’invite à souffler sur mes bougies. Je prends le temps ; avant, il faut que je fasse un vœu. Ce n’est pas rien un vœu, je dois choisir le bon. Qu’est-ce qu’un enfant de 12 ans est censé vouloir ?

Et si…

Je jette un coup d’œil vers ma mère. Depuis sa séparation avec Papa, elle n’est plus heureuse. Elle a souvent les larmes aux yeux, elle affiche une moue déprimante.

Je sais…

Je fais le vœu que Maman soit heureuse.

Vraiment heureuse !

J’expulse l’intégralité du contenu de mes poumons. Si j’éteins tout du premier coup, alors Maman retrouvera son bonheur. Mon souffle crée une mini-tornade de sucre glace qui finit sa course sur mon visage. Cela fait beaucoup rire les invités, moi pas. Je ne m’en suis même pas rendu compte. Je suis trop obnubilé par les bougies. Ai-je réussi à les éteindre du premier coup ? OUI !

Je regarde ma mère.

Le vœu ne doit pas encore avoir fait effet…

Quoique, sa moue est moins prononcée.

Son expression ne transpire pas la joie, mais est déjà plus neutre.

Elle coupe le gâteau et distribue les parts aux invités. Ils mangent tous goulûment, maman aussi. On dirait qu’elle retrouve un peu l’appétit.

La petite sauterie se termine bien, tout le monde est parti. J’aide mes parents à tout ranger, puis je monte prendre ma douche. Le jet d’eau est chaud et massant. Je me sens soulagé, léger. Je repense à ma mère qui a pu esquisser quelques sourires durant la fête.

Une fois propre et relaxé, je vais prendre mon peignoir…

Mais… il n’est pas là.

Le porte-manteau où il est censé être accroché non plus…

Je dois confondre.

Cette fête m’a bien plus épuisé que je ne le pensais.

Je décide d’aller me coucher, mais là où je me souviens avoir vu ma chambre, il n’y a plus rien.

Juste des cartons encore fermés.

Je dévale les escaliers dans une incompréhension totale.

J’appelle mes parents.

Pas de réponse.

Les lumières sont éteintes.

Un chien circule librement au rez-de-chaussée.

Nous n’avons pas de chien.

Je me précipite à la fenêtre.

Pas de voiture dans l’allée.

Ils ont dû sortir tous les deux, mais que fait ce chien ici ?!

Je décide de prendre mon téléphone pour chercher à qui peut être cette boule de poils.

Je ne le trouve pas non plus.

Bon…

Je vais sortir dans la rue et questionner les voisins. Mais la poignée de la porte d’entrée semble se liquéfier sous mes doigts. Impossible de la saisir.

Mon cœur s’emballe.

Ma gorge se noue.

Je tourne en rond au milieu du salon à la recherche d’une explication quand j’entends la voiture s’engager dans l’allée. La porte s’ouvre et ma mère entre, en compagnie d’un homme que j’ai l’impression de connaître.

— Maman ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Qui est-ce ?

Pas de réponse.

Elle ne me regarde même pas.

Elle rit avec l’homme qu’elle tient par la main.

Il lui offre des gestes très tendres.

Je ne l’ai jamais vu être aussi doux avec elle…

Je ne l’ai jamais vu.

Le chien les accueille chaleureusement et Maman le prend dans ses bras, le noyant d’amour.

L’homme allume les lumières et, à son tour, reconduit sa tendresse vers l’animal. Pendant ce temps, Maman se dirige vers la cuisine.

Je la suis machinalement.

Sur mon chemin, des photos de ce couple emplissent les murs.

Dans le couloir menant à la cuisine, une immense toile impose sa présence.

Étrangement, la photo qui y est représentée semble clignoter.

Tantôt, la boule de poils assise, langue pendue, oreilles redressées.

Tantôt, un petit garçon, dans sa chaise haute, la bouche recouverte de sauce tomate.

J’ai le sentiment profond de connaître ce petit garçon.

Mais le doute s’installe.

Les souvenirs s’effacent.

Mais elle, elle rayonne.

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