Chapitre 9

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DGSE - Direction du Renseignement - Caserne des Tourelles

Il y a toujours un petit moment désagréable lorsque vous vous trouvez appelée par une assistante, vous demandant de venir immédiatement voir le chef de bureau, sur un ton péremptoire, sans vous préciser le sujet de l'entretien.

     - Gloire à l'administration française, murmura-t-elle en tapant à la porte.

Pour ceux qui ne connaissent pas les services secrets français, c'est un savoureux mélange d'efficacité, de bricolage et de lourdeur bureaucratique. Une note pouvait alors connaître une ascension météoritique vers les sommets sans raison objective, comme disparaître corps et âme, sans qu'on sache véritablement pourquoi.

Une règle, la hiérarchie, tout est vertical, rien d'horizontal, la direction du renseignement, son service, ne parlait pas à la direction des opérations ou à la direction de la technique, tout passait par le grand patron, après avoir grimpé tout le cocotier.

La porte s'ouvrit sur le chef du bureau URSS, au téléphone, qui lui fit signe de s'asseoir. 

     - Oui, Monsieur, je comprends, il y a d'autres priorités, mais c'est l'intérêt d'avoir un bureau dédié à l'Union Soviétique, cela nous permet de garder un œil, même sur des choses qui semblent insignifiantes. Je ... bien sûr Monsieur, je n'ai pas l'intention d'engager trop de moyens sur cette question, juste une piste. Merci Monsieur.

Il raccrocha avec un soupir.

     - Bon, MacMahon, on va mettre les choses au clair, je n'en ai rien à secouer que vous soyez une femme et si j'ai refusé votre transfert à la DO, c'est pour une bonne raison qui n'a rien à voir avec votre sexe. 

     - Monsieur, je n'ai jamais...

      - Bien sûr que si vous l'avez dit et  à la mauvaise personne qui plus est. On a le droit de se plaindre, c'est l'essence du Français, mais vous êtes à la DGSE et tant que vous bosserez pour moi, vous bosserez sur ce que je vous donne. C'est compris ?

    - Oui Monsieur.

     - Et j'avais d'autant plus le nez creux que je pense que vous m'avez déterré un truc sur cette raffinerie. Je suis d'accord avec vous, c'est pas leur façon de faire. Le secret n'est pas un problème, mais sur ce genre d'incident, les Rouges, ils peuvent être sacrément efficaces en étant fort peu économes du sang et de la sueur de leurs hommes. Vous avez entendu, je viens de raccrocher avec le Directeur et je l'ai persuadé de continuer à suivre.

     - Bien Monsieur.

     - Je sais que ce n'est pas l'usage, chacun sa chasse gardée, mais j'aimerais que vous approchiez les gars du Quai sur ce sujet. Je vais pas avoir beaucoup de moyens à vous filer, donc on va aller voir si on peut faire travailler d'autres services à notre place. 

     - Approcher ... officiellement ?

     - MacMahon, vous êtes une fille intelligente, votre note le montre et pas qu'elle, ce serait bien que vous gardiez votre cerveau sous tension quand vous êtes face à vos supérieurs.  Vous êtes analyste, pas un agent de terrain de la DO, vous allez récupérer de la donnée auprès de ressources. Vous ne l'annoncez pas dans le Parisien, c'est tout. Je veux creuser le sujet, ce n'est peut-être qu'un raté des Soviets, mais je sens quelque chose de pas net.

     - Bien Monsieur.

     - Je veux quelque chose de plus poussé, j'ai demandé à la DT s'il y avait un accroissement du trafic dans la zone, qui serait signe de travaux, mais rien de significatif.

     - Comme s'il n'y avait rien d'urgent ?

     - Ouais, et affinez-moi leurs réserves disponibles avec une option sur une opération militaire majeure, qu'on puisse dire au ministre qu'il n'a pas à s'inquiéter des Soviets car ils seront à court de pétrole, enfin, si ce n'est pas autre chose.

     - Oui Monsieur et désolée pour...

     - Je m'en fous, c'est dit, je ne veux plus en entendre parler, au boulot. 

Le chef de bureau regarda son analyste se lever et fermer la porte avant de décrocher à nouveau le téléphone.

     - Oui, est-ce que tu  as toujours ton contact en Sibérie, oui, je sais, pas fiable, mais tu pourrais lui demander de nous avoir quelques infos sur la raffinerie qui vient de sauter ? Non, rien de particulier, j'ai mis un de mes gars sur le sujet, mais je voudrais en avoir le cœur net, savoir si les Rouges ont entamé des travaux. Merci.

De retour à son bureau, Aude tentait de contrôler le tremblement de ses mains. Comment avait-elle pu être assez stupide pour se plaindre auprès de collègues, auprès d'ESPIONS ? elle posa ses bras sur son bureau et respira doucement, attendons que le rythme de son cœur redevienne acceptable. 

Elle essaya désespérément les leçons de méditation qui transformèrent son stress en rage, ce qui était, somme toute, un progrès. Elle trouverait celui qui l'avait balancé, mais pour l'instant, elle allait devoir avancer. 

Reprenant sa note, elle reprit l'identité de l'énarque, puis fila dans les fichiers pour dénicher son numéro de téléphone, puis son adresse personnelle, ainsi que toute sa fiche, qui était inexistante. Aucune affectation à l'étranger, pas assez ancien dans la maison, si elle voulait en savoir plus, il faudrait en passer par les RG, mais, ce n'est ni opportun, ni même justifiable. Elle attrapa son manteau et sortit de la caserne.

QUAI D'ORSAY

La journée avait été quelque peu ennuyeuse, le nouveau patron était bien du sérail, mais il avait demandé la revue de casernement de tous les dossiers. Ce qui avait nécessité pour Marc un peu de nettoyage pour que tout soit présentable. Fort heureusement, ses sujets du moment n'étaient pas une priorité du ministre.

Le service Orient, à l'inverse, était sur le grill, spécialement tout ce qui concernait l'Iran. Quoi qu'il en soit, cela lui avait permis de quitter à une heure raisonnable et de rentrer chez lui ... pour trouver une espèce de grande bringue qui l'attendait devant sa porte, essayant de cacher son malaise par une apparente rigidité pseudo militaire.

     - Je peux vous aider ?

     - On peut rentrer à l'intérieur ?

     - Ecoutez, non pas que je ne sois pas flatté de voir une jeune femme m'attendre à la porte, mais, sauf soirée très arrosée, votre visage ne m'évoque rien. Donc, non.

     - Je dois vous parler d'une raffinerie en Sibérie.

     - Qui êtes-vous ?

     - A l'intérieur.

Marc sortit ses clefs et la fit rentrer.

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