Chapitre 11
TCHAD - Base aérienne 172 - N'Djamena - 31 mars 1986 - 7h00
Un vol de routine pour les F1C du 1/12 "Cambrésis", le briefing avait été relativement simple, ils devaient couvrir une paire de F1CR du 1/33 "Belfort" qui partaient faire quelques photos de Ouadi Doum, la grande base aérienne des Libyens en territoire tchadien.
Une tentative avait été faite par les avions français pour neutraliser la base en février, les Jaguar avaient labouré la grande piste de 3.800 mètres en moins d'une minute à coups de bombes anti-pistes BAP-100. Un grand succès, jusqu'à ce que 48h après, un bombardier Tu-22 décolle de Ouadi Doum pour venir rendre la politesse à la base française et lui larguer quelques bombes, sans conséquences heureusement.
Cette base était la plaque tournante des opérations aériennes libyennes dans toute la région occupée par les rebelles du GUNT et leurs alliés libyens, le tout appuyés par des conseillers soviétiques chargés de manipuler tout le matériel anti-aérien, de l'entretenir ainsi que les avions et d'aucuns suspectaient que les pilotes dans certains chasseurs ou bombardiers parlaient russe.
Après les premiers échanges d'amabilité, les deux forces aériennes s'étaient installées dans une forme de routine, avec des missions de reconnaissance françaises, qui se faisaient accrocher par les radars libyens avant de s'esquiver en prenant bien garde de ne pas franchir le 16ème parallèle. Une guerre maitrisée en quelque sorte, avec quelques boots d'adrénaline pour les pilotes dont les alarmes se déclenchaient.
La mission du jour n'était pas différente, la paire de F1CR devait approcher la base libyenne à grande vitesse et, en une passe, prendre un maximum de photos, surtout du matérielle soviétique, ce qui ferait le délice des analystes à la maison.
Jacques "Blaireau" Trackant finissait de faire le tour de son F1CR et lui tapotait le flanc comme un cavalier flatterait sa monture. Quatrième mission de reconnaissance pour lui, avec pénétration à basse altitude, réacteur poussé à fond et caméras impressionnant sa dose de films.
Grimpant l'échelle, il s'installa dans son cockpit, mis son casque et commença sa check-list. Une fois passée en revue, il cria à son mécano capteur :
- Caméras ?
- Caméra verticale et oblique droite en place ... verrouillées, trappes fermées.
- Film ?
- Film chargé il y a deux heures, compteur à zéro, armement OK.
- Test déclenchement ?
- Test OK, retour conforme, pour moi c'est bon capitaine.
Trackant actionna la caméra pour essai.
- OK, bon pour moi, merci, à tout à l'heure.
- Bon vol capitaine
Trackant brancha son oxygène, régla son harnais, installa son masque et régla son casque avant d'enclencher la fermeture de la verrière. Celle-ci descendit sans à-coups, et se verrouilla, l'isolant du monde extérieur.
Il fit un signe à son mécano, qui lança la GPU air et un sifflement sourd emplit le cockpit, alors que les aiguilles montaient. Ce moment était toujours particulier, le pilote avait l'impression que sa bête se réveillait, s'ébrouait.
- Alors mon gros, prêt pour la séance photos ?
Il ouvrit l'admission de carburant et le moteur ATAR lui répondit immédiatement.
- Je sais, mon gros, moi aussi. Allons-y.
Au sol, le mécano débrancha le compresseur et retira les cales avant de s'écarter, en surveillant que rien de suspect ne se révèle. Dans le hangar voisin, l'ailier de Blaireau lançait également son oiseau.
- Tour de N'Djaména, de Photo 1, prêt à rouler
- Photo 2, prêt à rouler.
- Vigie 1, prêt à rouler.
- Vigie 2, prêt à rouler.
- Photo 1, roulage point d'attente, piste 05, Photo 2, suivez 1, même point d'attente. Vigie 1 et 2, patientez.
Blaireau poussa les gaz doucement et dirigea son avion sur la voie de roulage avant de se positionner au point d'attente devant la piste. Il vérifia sa montre, pour une fois, ils décollaient pile à l'heure prévue. Une mission sans problème.
- Photo 1 et 2, autorisés décollage piste 05. Vigie 1 et 2, point d'attente piste 05.
Les 7 tonnes de poussée de l'ATAR du Mirage propulsèrent Blaireau sur la piste sans la moindre difficulté. Ce n'était pas un moteur de F-14, mais au moins, il démarrait à tout coup et par tout temps. Il tira sur le manche et quitta la piste avant de s'aligner vers le nord.
- Tour, de Photo 1, décollé.
- Photo 2, décollé.
Les deux F1CR s'orientèrent sur le cap 25 et leur objectif. Leurs anges gardiens décollèrent peu après, les dépassèrent et se positionnèrent une cinquantaine de kilomètres devant eux. La météo était bonne, les vents favorables, ils n'allaient pas trop consommer, mission pépère, la routine quoi.
A 80 km de la base libyenne, les deux F1CR descendirent doucement pour adopter leur altitude d'approche finale. L'absence de relief était un avantage et un inconvénient, ils n'avaient pas trop à s'inquiéter d'obstacle, mais un avion en vol pouvait le voir. S'il se faisait accrocher, il savait qu'il devait payer son coup au mess.
Il aligna son oiseau sur la base adverse, pour de belles photos, il ne fallait pas trop bouger. Il jeta un œil à son ailier qui faisait de même. Le F1CR est une belle monture, elle ne pardonnait rien, mais entre des mains expérimentées, elle pouvait affronter n'importe quel adversaire. Les kilomètres défilaient et la base apparut ; une dernière correction, vérification du radar et il mit le sélecteur de la caméra en position.
Il enclencha la caméra dès qu'ils survolèrent à pleine puissance la base et elle dévora son film en un instant alors que les deux avions tournaient déjà pour s'éloigner à basse altitude. Quelques canons ouvrirent le feu, en pure perte compte tenu de la vitesse des deux mirages.
- Tiens, ils sont énervés ce matin.
Il vérifia son cap et poursuivit son virage lorsque l'alerte de détection radar s'allumait et commençait sa douce et insistante mélodie dans son oreille.
- Merde... c'est un radar en l'air.
L'alerte changea de tempo, il était accroché par un radar d'avion. Surement un MiG-23 libyen, c'était bien sa veine qu'il y en ait deux en patrouille.
- De Vigie 1, c'est ta tournée Photo 1, on arrive.
Les deux F1C de couverture allumèrent leur radar cyrano et illuminèrent les deux MiG libyens ; d'ordinaire, cela suffisait à les faire renoncer. Mais pas cette fois.
- Vigie 1 de Photo 2, je les sens pas impressionnés.
Photo 2 se sépara de Photo 1 pour diviser les cibles, mais le MiG restait sur Blaireau, qui mit la main sur les leurres. Le sifflement de son alerte radar devint strident et continu.
- Photo 1, AIR-AIR ENGAGE, ROMPEZ !!! ROMPEZ !!!

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