Chapitre 13
Il venait de se faire tirer par un avion adverse, après toutes ses années de service, c'était la première fois qu'il devait esquiver un missile. Il avait eu de la chance, contrairement à Photo 2, qui s'était éjecté, mais allait être capturé par les Libyens.
Le capitaine Trackant ne se posa pas de questions sur les raisons du tir, ils avaient dû prendre des photos qui ne devaient pas fuiter, les deux MiGs avaient poursuivi les F1CR, sans se soucier de l'escorte, avec l'objectif unique de les abattre. Ca, plus le fait qu'ils étaient de garde alors que les patrouilles étaient généralement bien moins proches (et agressives), ils protégeaient quelque chose qui se passait sur cette base, quelque chose que personne ne devait voir. Probablement un matériel ultra secret. Ou la preuve que les Soviétiques faisaient un peu plus que conseiller les Libyens.
Le défaut d'un avion par rapport à un vélo, c'est qu'on ne peut s'arrêter pour vérifier si tout va bien, ses tripes - enfin, celles qui n'avaient pas rendu l'âme - lui disaient que sa monture avait été un peu trop secouée pour être totalement intact. La radio le sortit de ses pensées
- De Magenta, Photo 1 , on vous a en contact radar, vous êtes en état de vous poser ?
- De Photo 1, vu ce qu'on nous a assaisonné à cause de ces photos, un peu que je vais me poser. On est un peu short pétrole, mais rien de grave et l'avion tient. ETA, 11 minutes.
- De Magenta, reçu Photo 1, vous êtes prioritaire sur piste 05, Harmattan force 3 à signaler.
- De Photo 1, reçu Magenta, piste 05.
L'alerte bingo carburant s'alluma, puis tout le panneau de pannes s'illumina, avant que l'écran de navigation ne déclare forfait aussi.
- Oh merde, j'ai plus de jus. Magenta de Photo 1, Magenta ... Plus de radio non plus. Putain de mission pépère !!! Je pouvais pas fermer ma gueule !
Le F1CR bascula immédiatement sur la batterie de secours, mais c'était du one-shot, plus de radios, plus de pompes à carburant, pas de virage pour se présenter proprement, il devait y aller par une approche nord.
Dans la tour, les opérateurs virent le F1CR changer son cap et s'aligner pour un atterrissage direct sur la piste.
- Photo 1 de Magenta, corrigez votre cap. Photo 1 ? Pourquoi, il ne répond pas. Vigie 1, vous pouvez essayer de vous rapprocher de Photo 1 ?
La F1C se rapprocha de l'avion de Blaireau à quelques mètres et le vit lever la main ouverte, doigts écartés, et agiter les doigts avant de fermer le poing.
- Magenta De Vigie 1, il a plus de jus, plus de radio. Il se pose directement.
- Reçu Vigie 1, on prépare la réception.
Dans la tour, les contrôleurs s'agitèrent encore un peu plus, un sortit précipitamment avec ses fusées et sa lampe Aldis qu'il braqua vers Photo 1. Un autre écrasa le bouton de la sirène du SSIS et un hurlement retentit dans toute la base aérienne.
- Magenta pour sécurité piste, Levez la barrière 05, je répète, levez la barrière 05, on a un pilote avec une panne électrique.
En quelques instants, toute la base endormie par la chaleur se réveilla. les camions sortirent en hurlant de leurs garages, ajoutant à la cacophonie alors que les mécaniciens de piste se précipitaient vers les commandes de la barrière.
De son avion, Blaireau vit les gyrophares des engins de secours et le signal vert de la lame de la tour. Il tira la commande de secours, censée déverrouiller les trappes du train d'atterrissage.
Le bruit de l'ouverture lui parvint immédiatement et il sentit l'avion ralentir alors que la gravité faisait son boulot et que les roues descendaient. Il tourna sa tête vers Vigie 1, qui s'était placé un peu plus bas et qui lui fit signe que le train était en bas. Il le verrouilla et arma le parachute de queue pendant que Vigie 1 virait doucement pour lui laisser la piste.
- Mon gros, on a pas fait tout ce chemin pour rien. Maintenant, on se pose, à l'ancienne, tout aux fesses.
Même ralenti par le train, le F1CR allait encore vite pour un atterrissage en toute sécurité, mais ce n'était pas un poussin de l'année et en dépit d'un léger vent, il aligna sans mal son oiseau, se payant même le luxe de réduire encore sa vitesse. Une fois les trois roues sur la piste, il actionna le parachute, mais avala quand même une bonne partie de la piste.
Le Mirage s'arrêta quelques mètres avant la barrière, tandis que Blaireau déclenchait l'ouverture de sa verrière et retirait son masque. Son mécanicien attitré fut le premier à ses côtés.
- Alors mon capitaine, un vol sans histoire ?
- Rien de spécial, vraiment, il y a des photos dans cette avion qui ont peut-être coûté la vie à l'un des nôtres, t'es prié d'y faire gaffe.
- J'y ferai plus attention qu'à mes gosses Capitaine.
- T'as pas d'enfants Mourad.
Après un bref et écourté contrôle médical, les trois pilotes se retrouvèrent dans la salle de briefing, vite rejoints par le reste des pilotes, venus aux nouvelles. Les esprits s'échauffaient vite, certains pilotes parlaient déjà de charger les Jaguar jusqu'à la gueule et d'aller raser Ouadi Doum sur le champ.
Le COMAO entra à ce moment.
- Qu'est ce que vous foutez tous là ?
Un des pilotes de Jaguar s'avança.
- Mon Colonel, on peut pas laisser passer ça, ils ont ouvert le feu, sans provocation et descendu...
- Je suis au courant lieutenant et donc ?
- Faut riposter, mon Colonel !!
- Vous avez été élu Président de la République pendant que je ne regardais pas lieutenant ? Parce que la dernière fois que j'ai regardé, si on doit aller à la guerre, c'est à lui de décider et au Parlement et pas une bande de gamins avec les glandes qui les démangent. Oui, ce qui s'est passé est grave, mais je vous assure que ça peut encore méchamment s'aggraver si on joue aux cons. Donc, vous allez tous redescendre dans les tours fissa, sinon, c'est moi qui m'en chargerais.
- Mais mon Colonel...
- Il y a une bonne raison pour que la décision de faire la guerre soit entre les mains des politiques, et c'est parce que c'est une chose trop grave pour la laisser entre nos mains. Je sais qu'on a un de nôtres qui a été descendu et qu'il est soit mort, soit entre les mains des Libyens. Mais, c'est pas en déclenchant la 3ème guerre mondiale qu'on va le ramener. Blaireau ? Vous avez fait quoi que ce soit qui expliquerait ce bordel ?
- Non, mon Colonel, on a suivi la mission, comme la dernière fois, rien de plus, rien de moins et on les a pas vu arriver. Mais, ils en voulait aux deux F1CR, s'ils avaient voulu aller au casse-pipe, ils auraient shooté la couverture, c'est nous qu'ils voulaient.
- Vous ou ce que vos oiseaux ont pris en photo. Et vous l'escorte ?
- On peut pas ajouter grand chose de plus mon Colonel, on a fait comme d'habitude, ils nous illuminent, on les illuminent en retour, on joue un peu et... mais là, ils ont tiré et quand on a fait de même, ils n'ont pas dévié des F1CR. Blaireau a raison, c'est eux qu'ils voulaient, peu importe le reste.
A ce moment, l'interprète image entra dans la salle, avec les tirages papiers tout humide.
- Mon Colonel, vous voulez voir ça.
- Tous ceux non concernés, je crois que vous avez d'autres choses plus urgentes, la base est en alerte jusqu'à nouvel ordre.
Tous les pilotes sortirent, sauf Photo1 et les 2 Vigies qui approchèrent de la table où l'interprète image étalaient les photos.
- Les premières photos datent d'il y quatre jours.
Les clichés montraient une base en pleine activité, avec des MiG en grand entretien, des unités AA en surveillance, des véhicules...
- Et voici les photos de ce matin.
L'activité n'avait pas décru, mais on voyait des hangars sans avions et plus intéressant, la zone soviétique qui semblait en surrégime. L'interprète posa les deux dernières photos qui montraient deux Il-76.
- Ils débarquent quelque chose ?
- Non, mon Colonel, ils rembarquent, les Rouges foutent le camp.
Le COMAO s'arrêta un instant, tirant sur sa moustache parsemée de gris, avant de prendre une grande inspiration.
- Appelez Paris, on a un problème.

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