Chapitre 46 : Histoire de familles

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1911

La mère de Margaret Stein traversa les couloirs du château, suivie à la trace par la longue drapée de sa robe en soie. Avec une intention toute particulière en tête, elle approcha des appartements de sa fille. Lorsqu’elle en poussa la porte, les manches qui ornaient ses bras au trois-quarts, et dont les perles claquèrent l’une contre l’autre, effectuèrent un mouvement volatile.

  • Margaret.

Il lui restait à traverser le salon pour rejoindre la chambre de cette dernière. Avec la même force que ses talons sur le bois ciré, sa langue claqua en constatant qu’elle était encore en train de se faire habiller :

  • Margaret, vous n’êtes pas encore prête ?

Elle avait dix-sept ans. La jeune femme, dont la chevelure dorée ruisselait encore sur ses épaules, adressa un regard prompt à sa mère, tirée en arrière par les mouvements de sa femme de chambre, qui s’appliquait à orner un nœud autour de sa taille.

  • Cela ne se voit-il pas ? Ne pourriez-vous pas être un peu plus douce ? rechigna-t-elle contre la femme.
  • Ce nouveau format n’est pas si évident à ajuster, Mademoiselle.
  • … Qu’importe. Cela vaut mieux que ces incessants lacets.
  • La robe vous plaît-elle ?

C’était une robe en taffetas, recouvert d’une fine dentelle, et d’un bleu pâle qui ravivait parfaitement la couleur de ses yeux. Des yeux qui étaient bien trop froids au goût de sa mère. Cette dernière s’approcha de la coiffeuse, en scrutant les bijoux de cheveux qui avaient spécialement été choisis pour l’occasion.

  • Par ailleurs, vous pourrez bientôt l’appeler Madame, dit-elle à l’adresse de la femme de chambre, qui se rangea dans un silence. Par ricochet, elle s’adressait également au mutisme dont sa fille faisait maintenant preuve.
  • Je compte sur vous pour faire preuve de tenue à ce bal, ajouta-t-elle. Il n’est pas vain d’annoncer ses fiançailles.
  • Je serais à la hauteur de vos attentes, mère. Comme à chaque fois.

Le ton qu’elle avait employé ne reflétait aucunement la qualité de ses mots. Tout en joignant ses mains, qui étaient recouvertes de longs gants blancs, elle décida de donner congé à sa servante.

  • Vous pouvez vous retirer, Joséphine.

D’une révérence, celle-ci s’écarta. La mère et la fille se retrouvèrent alors seules. La ressemblance entre les deux femmes était aussi frappante que la foudre. L’une semblait simplement porter davantage d’expérience entre ses mains.

  • Vous y pensez encore, c’est cela ?

À la façon dont la grande aiguille marqua dix-sept heures sur l’horloge murale, Margaret se dressa. Elle se pressa ensuite devant sa coiffeuse, où en s’installant, elle tendit à sa mère sa brosse à cheveux. Cette dernière se saisit de l’objet, dont l’ivoire était sculpté de roses.

  • Je pourrai l’envisager, ajouta-t-elle, en débutant une série de gestes minutieux.
  • Non, mère. Il n’est plus envisageable que je songe un seul instant à Charles Ibiss. La presse s’en charge déjà bien assez en lui adressant ce qui aurait dû être mes exploits !
  • Vous allez marquer votre peau à crier de la sorte.
  • J’ai été sotte, j’aurais dû comprendre qu’il usait de son charme dans le but de s’emparer des terres tant convoitées par père…
  • Bien que je comprenne votre déception, je vous invite à penser à l’avenir. Votre futur mari vous attend.

L'évocation de ce dernier la tarit.

  • En a-t-il trouvé une ? demanda Margaret, à sa mère, les yeux bien bas. Une prétendante, comme le veut ce nouveau système.
  • Pas à ma connaissance.

Margaret marqua un temps, où elle admira l’ensemble de sa chevelure remontée en une coiffure soignée. Il était temps d'analyser les parures.

  • Pensez-vous que cela fonctionnera ? poursuivit-elle, en attrapant des pendants d’oreilles.
  • Je crois que nous avons intérêt à suivre l’exemple de la première famille, si nous souhaitons que chacune de nos familles prospère.
  • Quant à mes futurs sentiments pour Alfred… Que se passerait-il si ceux-ci restaient enfouis ?

En attrapant le regard de sa fille au travers du miroir, sa mère lui répondit d’une manière détournée.

  • Vous aurez bientôt un enfant à chérir. Oh, Margaret, soyez tranquille, dit-elle en la voyant pâlir. Tout se passera bien. Nous y veillerons.
  • … Je vous fais confiance, mère. Je serais reconnaissante, d’ailleurs, si vous me teniez au courant de la présence de Char… Monsieur Ibiss à notre bal ce soir.
  • À nouveau, n’ayez crainte. J’ai entendu dire que Monsieur Ibiss se préparait à partir en voyage.
  • Un voyage ? De quelle nature ?
  • Nous aurons l’honneur de recevoir ses parents, cela dit. Concernant ce voyage, je vous ai tout dit. Il est temps que vous cessiez de vous confondre en questions, nous allons bientôt accueillir nos invités.

***

  • Êtes-vous certain de vouloir quitter le pays, Charles ?

Deux bagages en main, Charles Ibiss, se hâta de les déposer dans son automobile. Son chauffeur l’aida à les y placer.

  • Répondez-moi, je vous prie. Je crains de vous voir partir malheureux.

Ce dernier se retourna vers l’homme insistant. La nuit était déjà tombée autour de leur château. Seuls les lampadaires et les phares de l’automobile éclairèrent leur discussion.

  • Je le suis, père. Je suis malheureux. Je ne crois pas pouvoir rester un instant de plus dans cette ville tandis que Margaret s’apprête à rentrer dans le monde que je croyais notre.
  • Vous l'aimez… dit l’homme en fronçant ses épais sourcils.
  • Assurément, et sans aucun doute, follement. Je n’aurai jamais dû lui faire confiance. Cela m’aurait évité d’être un homme brisé. Je sais ce que vous vous imaginez, mais je ne partirais pas longtemps. Peut-être même reviendrai-je accompagné… Qu’en pensez-vous ?
  • Si vous trouvez chaussure à votre pied…

Il se mit à rire.

  • Faudrait-il encore qu’elle corresponde à celui-ci, c’est bien ça ? Je trouverai une femme avec laquelle établir une descendance digne de son nom, soyez-en sûr. D’ici là, j’aurai oublié Margaret et toutes ces affreuses choses que vous m’avez conter à son sujet.
  • Je me sentais obligé de vous prévenir…
  • Et je vous en remercie. J’aurais dû me rendre compte qu’elle était volage, mais avouez-le, n’était-ce pas là une manière pour vous de gagner du terrain sur son père ?
  • … Quel joli jeu de mots que vous me proposez là.
  • Laissez-moi partir, et je ne vous embêterai plus, souffla-t-il.
  • Très bien. Soyez prudent, mon fils.

Dans une accolade, les deux hommes se séparèrent. Tandis que le plus jeune disparut dans la nuit, le plus âgé rebroussa chemin à l’intérieur afin de récupérer sa femme et son haute forme. Une calèche les amena au château des Stein, à l’instar des autres familles. Si chacune d’entre elles connaissait la raison pour laquelle elles avaient été invitées, elles ignoraient à quel prétendant la jeune Margaret s’apprêtait à se lier. Ainsi, était la solution que la première famille avait imaginée afin de perpétuer leur pouvoir et leur lignée, car la noblesse qu’ils avaient toujours connue était en train de s’écrouler : ils prospéraient ensemble, mais séparément.La mère de Margaret, s’appelait Hélène, et en avait parfaitement convenu avec le père de Charles, qui lui-même portait le même prénom.Durant la soirée, une fois que les fiançailles eurent été annoncées, les deux parents se retrouvèrent dans les couloirs du château. On aurait pu croire à une rencontre fortuite s’ils ne s’étaient pas envolés dans un coin où personne ne les trouveraient. L’homme s’avança en premier, en attrapant le visage de sa bien-aimée :

  • Hélène, avons-nous bien fait ? Je regrette d’avoir eu à leur mentir.

Celle-ci semblait tomber des nues.

  • Comment osez-vous parler de cette manière ? dit-elle en battant lourdement des paupières. Après tout ce que nous avons fait pour que cela fonctionne…
  • Charles m’a paru si malheureux.
  • Imaginez à quel point vous l’auriez été en les voyant ensemble. Moi, je n’en aurais jamais été capable.
  • … S’ils l’apprenaient.
  • Ils feraient comme nous. Ils se côtoieraient en cachette.

Le regard affriolant qu’il lui accorda répondit à ses attentes. Hélène n’attendit pas plus avant de l’embrasser. Il y avait longtemps que ces deux-là s'aimaient en secret.

***

2014

En se levant de son siège, Marry abandonna ses invités, ainsi que le salon dans lequel elle les avaient installés :

  • Je vais voir où il en est, dit-elle, en disparaissant rapidement.

Même dans sa propre demeure, cette dernière ne quittait jamais ses talons. Ceux-ci se stoppèrent net en arrivant devant l’un des escaliers qui menait à l’étage. Elle s’apprêtait à monter, joliment habillée, d’un pantalon cigarette et d’un cardigan sur lequel reposait ses larges bijoux, quand son fils daigna enfin montrer le bout de son nez.

  • Alex ! hurla-t-elle après, avant de se rendre compte qu’il était en haut de l’escalier. Oh, tu es là… fit-elle, en lâchant la rambarde qu’elle avait empoignée, puis en déposant le pied-à-terre.

Par-dessous la capuche qui ornait sa tête, Alex tira sa chevelure éparpillée entre ses phalanges d’un air serré.

  • Tu veux quoi ? J’ai mal au crâne.

Marry le dévisagea tandis qu’il descendait les escaliers au ralenti dans l’horrible jogging qu’il avait adopté depuis le début des vacances scolaires.

  • Oh non, fit-elle, en lui barrant le passage. Demi-tour. Je refuse de te voir plus longtemps avec ce truc sur le dos.
  • … qu’est-ce que ça peut te faire ? lui répondit-il, en relevant légèrement la tête vers elle.
  • C’est la moindre des choses de se préparer quand on a des… Mais tu n’es même pas rasé ! s’écria Marry, en attrapant brusquement son menton. Tu n'as pas encore pris ta douche ?
  • Je viens de me lever, répondit-il, en reculant pour échapper à ses mains qui fouillaient dans sa barbe naissante.

Abasourdie, Marry le regarda en pointant sa montre de son index. Elle tapota dessus plusieurs fois, comme pour lui indiquer que l’heure était grave.

  • Tu te moques de moi, il est bientôt midi ! Nous allons déjeuner, je t’avais prévenu qu’ils venaient aujourd’hui et… Où vas-tu comme ça ?
  • J’ai faim. Donc, je vais manger, dit-il, d’un air blasé.

En trépignant sur ses stilettos, Marry s’empressa de le rattraper pour l’empêcher de gagner davantage de terrain. La cuisine se situait dans la pièce derrière le salon. Il était hors de question que ses invités le voient dans cet état.

  • Va au moins enfiler un jean.

Alex roula ses yeux dans ses orbites avant de les plonger dans ceux de sa mère, saturé par ses manières. Il n’avait pas bonne mine.

  • S’il te plaît.
  • Je m’en fiche de faire bonne impression à ton nouvel amoureux.

Frustrée, Marry croisa progressivement les bras, en le sondant. Ce dernier n’avait aucune intention de l’écouter.

  • J’ai tenu le coup pendant les examens, et jusqu’au défilé, comme tu me l’avais demandé. J’ai plus envie de faire d’efforts... J’ai plus aucune raison d’en faire, dit-il, durement.

Elle ne comprenait que trop bien la phase par laquelle il était en train de passer, même si elle ne s’en était pas permis autant, à l’époque où elle s’était séparée de Chuck. Elle n’avait pas non plus perdu de bébé. Le sien souffrait brutalement de ces dernières épreuves.

  • C’est ce que tu penses aujourd’hui, mais je t’assure que te laisser aller ne servira à rien. En ces temps difficiles, il est capital que tu gardes une bonne hygiène de vie.
  • Tu veux me dire pour qui ?

Il était évident que dans sa tête, Alex songeait à Faye, et comment sans elle à ses côtés, il n’avait plus aucune raison d’essayer quoi que ce soit.

  • … Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le au moins pour ne pas paraître ridicule devant tes amis.

Un petit rire mécanique lui échappa.

  • Je les connais depuis que j’ai treize ans. Je m’en branle de leur avis. Et puis quoi ? Ton but, c’est pas qu’on forme une belle grande famille ? Ils verront comme je suis sexy en joggingeuh, dit-il en pinçant la voix. C’est à la mode, en pluseuh !

Tandis qu’il se moquait, un bref sourire maquilla ses lèvres. Il s’effaça aussitôt que son numéro prit fin. Son regard disait maintenant à sa mère qu’il était temps qu’elle lui foute la paix.Après avoir poussé un large soupir, cette dernière capitula en décidant de le laisser entrer en premier.

***

  • La question est que comptes-tu faire du KYESS, maintenant que tu es arrivée au bout de ta vengeance ?

Alors qu’elle était en train de triturer la bague autour de son annulaire, Laure nota la façon dont son père l’envisagea. La curiosité aux bords des lèvres, ce dernier les raviva en y apportant son verre à cocktail. Ils buvaient au martini sec.

Chuck, Laure, et Loyd, dont le menton était déposé sur la jointure de ses phalanges. Il envoya son regard clair vers sa fiancée, qui durant de longues secondes, observa le sourire de son père s’agrandir. Depuis que Loyd l’avait demandé en mariage, ce dernier paraissait constamment amusé.

Cependant, il se reprit pour paraître plus sérieux :

  • À compter d’aujourd’hui, je veux que tu me dises tout ce que tu as en tête. Je ferai de même, déclara-t-il. Je ne veux plus que tu me voies comme quelqu’un à qui tu ne peux pas te confier.

Laure se sentit embarrassée. Après tout ce qu’elle lui avait fait subir, son père continuait à la soutenir. L’idée d’être franche lui provoqua un tourbillon dans le ventre. Elle devait s’habituer. Si elle voulait que cela fonctionne entre eux, il fallait qu’elle lui parle sincèrement.

  • J’ai envie que le KY.E.SS continue d’exister. Qu’il persiste en tant que boîte de nuit, sans fausses gogo danseuses évidemment, dit-elle en rigolant, car elle le vit faire de même. Mais qu’il devienne également un lieu d'événement, le lieu où je pourrais, par exemple, exposer mes collections à venir. Ce bar ferait partie intégrante de mon image, et…

Elle chercha de l’approbation en se tournant vers Loyd, qui glissa sa main sur sa cuisse, tout en l’encourageant à poursuivre.

  • Nous utiliserions la plupart des bénéfices pour financer notre mariage.
  • Votre mariage coûtera bien plus que cela ! gloussa joyeusement Eglantine.

Après avoir glissé une douce expression sur son fils et sa fiancée, cette dernière se tourna vers Chuck, qui acquiesça son propos.

  • Il semblerait que plus le temps avance plus nous avons affaire ensemble, ma très chère Eglantine.
  • Non pas que ça me déplaise !
  • Alors, vous êtes d’accord ? demanda Laure.
  • Cela dépend. Dis-moi comment comptes-tu exploiter le KY.E.SS étant donné que celui-ci… m’appartient ?

Il la charriait. Car Laure avait en effet signé tous les documents au nom Ibiss pour que le père, et non pas la fille, soit accusé de détenir le bar outrageux. Or, le monde savait pertinemment à qui il appartenait maintenant.

La Richess avait fait un caprice. Il ne lui restait plus qu’à redorer son blason, bien que la seule chose qui faisait actuellement de l’ombre à sa collection, était l’engouement autour de leurs fiançailles avec Loyd.

Avant d’approfondir ce sujet avec leurs parents, Laure s’était sentie obligée d’en venir à bout des problèmes qu’elle avait causé :

  • Je le ferais fonctionner en ton nom jusqu’à ce que tu me le lègues à mes dix-huit ans. Marché conclu ?
  • Hum, fit Chuck, en la sondant. Très bien. Nous réglerons les détails plus tard.

Tandis qu’elle afficha une mine réjouie, Loyd sentit enfin l’occasion de se détendre. Pourtant serein à propos des projets de Laure, il s’était inquiété de la manière dont elle arriverait à se réconcilier avec son père.

  • Qu’y a-t-il mon chéri ? lui demanda Eglantine, qui remarquait évidemment le plus minime des changements chez son fils.
  • Je suis heureux qu’on puisse tous s’entendre, répondit-il, en essayant de garder la face. Je tenais à vous dire à quel point je me sens reconnaissant de la façon dont vous m’avez tous les deux fait confiance.

Aux yeux de Chuck et d’Eglantine, il n’y a avait rien de plus normal.

Laure s’en retrouva émue.

  • Merci d’être présents pour nous et de nous permettre ce mariage.
  • Merci d’être auprès de ma fille, répondit Chuck.

Eglantine commença également à battre des paupières. Elle profita de l’entrée dans le salon pour se récolter. Ce ne fut plus trop difficile quand elle aperçut la tenue d’Alex. Non pas que son ensemble de jogging la choquait, mais plutôt la façon dont ce dernier les dévisagea. Marry ne tarda pas à apparaître dans son dos.

  • Mesdames et messieurs, le fils ! s’exclama-t-elle, avec ironie.

Le grand blond leva les yeux au ciel en débutant un tour de table.

  • Chuck, dit-il en lui tendant la main, mais ce dernier se leva pour lui faire un semblant d’accolade.
  • Content de te revoir après la guerre.
  • ... Hum, ouais.

Il embrassa ensuite Eglantine, qui le captura entre ses yeux limpides. Lui passer sous le nez aurait été plus évident. La façon dont cette femme semblait lire en lui le mit mal à l’aise. Il s’approcha enfin de son copain de classe, en haussant les sourcils :

  • Loyd, le héros du jour, dit-il avec amertume.

Ce dernier glissa ses pupilles dans les siennes, surpris. Il lui colla la bise en le regardant se diriger vers Laure. Devant elle, Alex marqua un temps. Sur sa chaise, Laure leva les yeux vers lui, en redressant le buste. Sur ses mains croisées, sa bague brillait de mille feux grâce aux lustres qui pendaient au plafond.

Alex eut un rictus incontrôlable. Il ne put s’empêcher de sombrer avec ses ressentiments. Elle, sa droiture, cette bague,...

  • T’es pas croyable, Ibiss.

À cette appellation, Laure eut l’impression qu’on lui enfonçait une multitude d'aiguilles sous la peau.

  • Quelques diamants et te voilà de nouveau toute sage. Si j’avais su, je t’en aurais déjà lancé quelques-uns…
  • Oh, bon sang, fit Marry en se décomposant entre Eglantine et Chuck. Je lui avais demandé de ne pas faire d’histoires.
  • Laisse-les s’exprimer, répondit Chuck, d’un ton léger.

Contre toute attente, Laure n’eut rien à lui répondre. Elle dévia le regard ailleurs, mal à l’aise. La façon dont elle cacha légèrement sa bague mit Loyd en colère. En prenant du recul, ce dernier croisa les jambes. Depuis sa chaise, il le remit à sa place :

  • Tu pourrais tout aussi bien être heureux pour nous. Tu crois pas ?

Accroché à ses yeux, il ne le lâcha pas un seul instant. Alex finit par baisser les siens. La capuche autour de sa tête accentua la grimace qui le traversa. Il se mordit la lèvre, compulsivement, avant de lui jeter à la figure :

  • Ouais… Félicitations.

Loyd ne fut pour autant contenté, car il vit à quel point Alex était au bord de la dégringolade. Il déglutit doucement lorsque ce dernier s’éloigna. Marry n’eut pas la force de le suivre dans la cuisine. Elle s’excusa auprès de ses convives.

  • Je suis désolée, il est… plutôt ingérable, dit-elle, touchée.
  • Non, c’est moi, lança Laure.

L’une en face de l’autre, Marry et Laure se regardèrent.

  • Après tout ce que j’ai fait… Je savais bien que j'allais devoir me faire pardonner auprès de quelques personnes. Alex en fait partie.
  • Ce n’est pas une raison pour qu’il te parle de cette manière, jugea Loyd.
  • Je lui ai déjà parlé pire que ça, dû-t-elle admettre.

Loyd devait aussi se montrer raisonnable. Il avait lui-même dû user des grands moyens pour stopper la fureur de sa petite amie. Maintenant, de sa fiancée. Cette simple pensée l’adoucit.

  • … Et, fit Laure, en déglutissant. Imagine ce que ça doit lui faire d’entendre les médias tergiverser à propos de notre mariage.

Chuck croisa les bras.

  • Les lois sont en train de s’effondrer, et il n’est plus avec Faye… Pour de tout autres raisons.

Aux côtés d’Eglantine, dont le visage montrait plein de compassion, Marry eut à peine à entendre cette réalité. Loyd lui était devenu plus calme.

  • Il doit être dévasté.
  • Tu vois clair, Laure Ibiss, lança Marry, d’un ton particulièrement triste. Mais les soucis amoureux de mon fils ne doivent pas vous empêcher de vous réjouir de votre œuvre. Ce que vous avez accompli est grand et nous permettra à tous de vivre plus librement.

Après une légère hésitation, qui était dirigée vers la cuisine, elle attrapa son verre plein et le leva en l’air.

  • Ceci est le commencement dont nous avons toujours rêvé.

En l’imitant, Loyd attrapa également la main de Laure. Elle serra la sienne avec la même force.

  • Nous trinquons à l’opinion publique, qui est de notre côté, et à l’effondrement de nos lois.
  • Et à votre futur mariage, compléta Chuck.
  • Ainsi qu’à la famille, dit Eglantine.
  • À la famille !

Chacun but un coup dans son verre avant de le reposer. Marry souleva ses boucles blondes en envoyant un sourire solide vers Chuck. Après la demande en mariage en dentelle de Loyd Akitorishi, voilà qui avait également donné de quoi nourrir les médias. Chuck Ibiss venait de signer la fin d’un cycle. Pour nul autre que Marry Stein.

Plus aucun des septs Richess n’étaient réellement tenus par un mariage, si ce n’était encore par quelques bouts de paperasses. Notamment Katerina Hodaïbi, dont l’ex-mari continuait de faire des siennes. L’effondrement des lois leur donnerait sans doute un coup de pouce à elle et Elliot, qui tenait bon. Michael, lui, avait fini par trouver un arrangement avec Stella, avec qui les échanges avaient été forts compliqués. Seules les instances de divorce de Marry et Eglantine s'étaient déroulées en de parfaites conditions. Quant à Chuck, ce dernier s’apprêtait à mener une guerre plus douce qu’il ne l’aurait imaginé avec Priss. Dix-sept ans en arrière, il n’aurait pas parié dessus.

En voyant son fils du même âge réapparaître, une tartine de chocolat à la main, Marry fut soulagée. Qu’importaient ses manières, il n’en restait pas moins assis avec eux.

  • Bien ! fit-elle en claquant ses paumes ensemble. Pendant notre repas, je propose que nous discutions des fêtes à venir !

Alex regretta amèrement son choix.

  • Oh, pitié.
  • Quoi, il faut bien qu’on en discute ! Qui fêtera Noël avec qui ? Nouvel an ensemble ou entre amis ?

Car avec tous ces divorces et tous ces nouveaux couples, de nouveaux liens familiaux avaient vu le jour.

Il ne fallait pas oublier Blear Makes, dont la famille s’était toujours hissée à la première place depuis des générations. Plus qu’un divorce à l’amiable, cette dernière avait gagné un ami pour la vie : John-Eric Cadbury.

Alors que les médias cherchaient encore à coincer la Richess avec son nouveau petit-ami, les nouveaux amants filaient le parfait amour. Un amour si parfait qu’ils décidèrent de passer le réveillon de l’An ensemble.

Ce fut avec joie que Dossan profita d’un week-end à la maison pour appeler ses deux enfants dans le salon et leur annoncer la nouvelle. Les mains dans les poches, il attendit que ces derniers lui accordent toute leur attention.

À la vision de Leroy, assis dans le canapé, il constata à quel point ce dernier avait poussé en quelques mois. Kimi restait la même depuis leurs échanges houleux. Debout, en faisant aller sa crinière en arrière, elle le détaillait, comme si elle appréhendait déjà ses propos.

  • Je crois savoir que vous n’avez rien de prévu pour le nouvel an ?

Rapidement, les deux ados se jaugèrent.

Kimi acquiesça. En effet, la fête annuelle entre copains ne semblait pas être d’augure.

Leroy hésita :

  • Euh… J’espérais voir Lysen…
  • Dans ce cas, tu vas être content. Nous avons décidé de le fêter ensemble avec Blear. On le fera chez elle.

Alors que Leroy parut un peu plus éveillé, Kimi cessa de l’écouter. En réalité, elle ne l’entendait plus, envahie par le flot de ses pensées.

  • John-Eric sera également présent.

Comme elle l’avait imaginé, la nouvelle n’était pas bonne. Mais si elle n’avait aucune envie de le fêter là-bas, Sky apparut ensuite dans son esprit. Elle repensa à la façon dont leurs doigts s’étaient frôlés au bowling. Depuis, ils ne s’étaient plus parlé. Peut-être était-ce l’occasion ?

  • Ok ! s’en alla, Leroy, enjoué par la nouvelle. Billy sera là aussi ?
  • Nous n’en sommes pas encore sûrs. Par contre… Les Solaires seront présents.

Les pensées de Kimi se stoppèrent nettes. Elle devint livide. Jena serait là ? En relevant la tête vers lui, elle comprit que Dossan lui annonçait la nouvelle en connaissance de cause. Sans mal, ce dernier souleva le regard sombre qu’elle lui envoya. Entre ces deux-là, les temps étaient particulièrement durs :

  • Aurais-tu quelque chose à redire, Kimi ?

Tandis qu’elle grondait à l’intérieur, elle lui octroya un sourire contraint.

  • Non. Pas du tout.

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