Chapitre 1 : Synthèse de l'oeuvre

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Chapitre 1 –

Aujourd’hui, c’est une journée normale de 2020 — c’est-à-dire une journée où plus personne n’est vraiment tranquille.

Pierre se lève vers 8h, attrape le journal de la veille et découvre, comme tout le monde, qu’un virus sans nom clair aurait décidé de conquérir la planète, probablement dérangé par l’Homme au mauvais moment.

Parfois, Pierre se surprend à douter en silence : et s’il passait à côté de l’essentiel sans le voir ?

Il vit près d’une rivière, aux portes de Paris. Son plaisir : regarder l’eau trouble couler, comme si elle savait quelque chose que nous ignorons. Une tortue, perdue, carapace sale et patiente, attend-on ne sait quoi. Les arbres, encore traumatisés par leurs propres automnes, gazouillent timidement par l’intermédiaire de quelques oiseaux courageux.

Le soleil fait ce qu’il peut. Il envoie des lueurs — pas des miracles.

Un café, deux bâillements, et Pierre s’installe sur le canapé. Le rituel est immuable : écouter les informations, même quand elles donnent envie de ne plus en avoir.

Il se demande s’il a vraiment appris à ralentir — ou seulement à attendre.

Ce soir, le Président parlera.

De quoi ? Pourquoi ? Mystère national.

Lily a six ans. Déjà une petite personne — blonde, yeux bleus, sourire contagieux. Elle peint, elle invente, elle s’émerveille. Elle ne sait pas encore que le monde adore compliquer les choses simples.

Aujourd’hui, ils avaient prévu la Tour Eiffel. Pas comme des touristes, mais comme des archéologues de la modernité : fer, histoire, vertige, symbole. Un siècle et demi de certitudes rivées dans le ciel.

Avec Lily, Pierre redécouvre tout. Elle ne sait pas, donc elle regarde vraiment. Lui croyait savoir ; il réapprend. Le vent joue avec eux comme un enfant capricieux et ils rient, parce qu’il arrive parfois que bien rire tant que c’est autorisé.

Une inquiétude traverse sa poitrine : comment aimer juste, sans s’oublier ni fuir les autres ?

À la télévision, le compte à rebours tourne. 20 heures. Le temps se fige. Le Président parle.

Un virus, enfin baptisé COVID-19, s’invite officiellement dans nos vies. Il circule, s’infiltre, s’accroche aux respirations. On nous explique, d’un ton grave, que le monde moderne — si sûr de lui — peut rester chez lui.

Plus d’école. Plus d’embrassades. Du gel, des manches pour tousser, un mètre de distance pour sauver la civilisation.

Et surtout : confiner son espace de vie. En clair : confiner sa vie.

Désormais, sortir nécessitera une autorisation, comme si l’air était devenu propriété privée. Pour la santé, les courses, le travail — ou pour courir, parce qu’il paraît que le virus respecte les joggeurs.

Que savons-nous de ce mal ?

Rien. Absolument rien — et c’est peut-être cela qui fait le plus peur.

Chaque certitude annoncée au journal de midi est contredite le soir même. Les médecins s’opposent, les experts se disputent, les chaînes d’information tournent sans fin. Le virus survivrait quatre heures, puis neuf… puis tout dépendrait de la surface, du climat, peut-être même de l’humeur du jour — qui sait.

À la télévision, on invite des spécialistes de toutes les sciences humaines, mais rarement de ce qui pourrait vraiment rassurer. Ils parlent, ils commentent, comme on parlerait d’une tempête en regardant la pluie tomber derrière une vitre.

Pendant ce temps, ceux qui cherchent vraiment à comprendre se taisent. Ils observent, ils testent, ils doutent. Ils avancent lentement, comme on ramasse des miettes dans la nuit pour retrouver le chemin. Et Pierre se dit qu’au fond, la vérité n’a jamais aimé la précipitation.

Pierre ferme un instant les yeux.

Il revoit sa mère qui disait toujours : « Attends un peu, ça va passer. »
Il revoit son frère jumeau, allongé dans l’herbe avec lui, à compter les étoiles sans rien chercher à expliquer.

Des souvenirs simples, solides — qui semblaient tenir le monde droit.

Maintenant, tout vacille.
Et au milieu de ce chaos, il pense à Lily.
À sa façon d’entrer dans une pièce comme si la lumière la suivait.
À ses questions trop grandes pour son âge :
« Papa, quand les adultes ne savent pas, pourquoi ils parlent quand même ? »

Il ne sait pas répondre. Il sait seulement ceci : une part de vérité demande du temps — et le monde, désormais, semble ne plus en avoir.

Alors Pierre respire. Lentement. Et il se promet, au moins pour elle, de ne pas céder à la panique. De rester du côté de ceux qui observent, doutent, apprennent, et avancent — même doucement.

Le rêve de Lily

Dans son cœur d’enfant, le virus ressemble à un personnage méchant d’un conte mal écrit.

Il l’empêche d’aller à l’école, de courir, de voir ses amis — donc, forcément, il est vilain.

Un soir, Lily demande :

« Pourquoi avons-nous fait du mal aux animaux ? Et pourquoi, en les mangeant, on aurait mis la Nature en colère ? »

Elle dit cela calmement, comme on pose une addition de CP. Une idée qui lui vient peut-être d’une lecture.

Pour elle, c’est simple : si l’on abîme le vivant, le vivant finit par se défendre. Et quelque part, Pierre se dit qu’elle n’a peut-être pas tort — ce qui est parfois plus inquiétant qu’un discours présidentiel.

Le rêve du Sage

Le Sage parla plus doucement. Sa voix semblait venir de loin — comme si, derrière lui, la Terre elle-même respirait. Il n’est pas un témoin du temps mais une aspiration à se chercher soi-même, à se trouver un but. Le sien.

« Le mal n’est pas toujours ce que l’on croit, dit-il. Souvent, ce n’est qu’un regard blessé sur le monde. Nous voyons noir ou blanc parce que nous avons peur. Le monde n’est qu’en mode binaire. Et pourtant, n’ya aurait-t’il pas des chemins alternatifs ? des pas de côtés ? »

Il se tut, puis reprit :

« Le virus n’est pas un ennemi personnel. Il frappe, oui. Il blesse. Mais il rappelle surtout que notre maison est fragile. Quand un corps est trop fatigué, il s’arrête. La Terre fait parfois pareil. »

Il ne parlait pas de vengeance. Plutôt d’un réflexe de survie. D’une mère qui, voyant son enfant courir vers le vide, le retient brusquement — même si ça fait mal.

« D’autres espèces ont déjà disparu, murmura-t-il. Chaque fois, il y avait un excès, une surdité, une obstination. Quand l’équilibre se brise, la vie cherche une autre voie. »

Il leva les yeux vers le ciel, comme s’il s’excusait. « Oui, l’Homme a participé à ce désordre.
Mais la Nature ne punit pas. Elle tente simplement de continuer. »

Puis il dit, presque pour lui-même : « La vraie question n’est pas : “Pourquoi cela est arrivé ?” La vraie question est : « qu’allons-nous devenir quand la porte s’ouvrira de nouveau ? »

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