chapitre 14

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Normandie, trois ans plus tôt

Les années qui viennent de s’écouler ont été très dures pour moi. Remonter la pente a été un travail de longue haleine, fait de hauts et de bas. Il a fallu que je me remette de la perte de mon bébé, du vide immense que cette disparition a provoqué en moi. Même si, au fond, j’ai été un peu soulagée par cette perte — soulagée de ne pas avoir à faire grandir un enfant dans la violence — il n’empêche que les mois que j’ai passés en tête-à-tête avec lui, dans mon ventre, m’ont procuré de la joie. Une joie fragile, presque coupable. Sans l’avoir rencontré, je m’étais accrochée à ce petit être. Je lui parlais parfois en silence. Je l’imaginais. Je lui promettais un avenir meilleur que le mien.

Alors que j’étais au plus mal, Dylan m’a fait hospitaliser de force en psychiatrie pour dépression aggravée, affirmant aux médecins que je mettais ma vie en danger. Je suis restée à l’isolement pendant trois mois. Pas d’appels. Pas de sorties. J’étais seule dans une pièce capitonnée, vide de tout mobilier. Le personnel m’a retiré tout ce qu’ils pensaient être une possible arme, tout ce avec quoi je pouvais me mettre en danger : ceinture, lacets, bijoux… Dans la pièce, aucune fenêtre. Juste un matelas posé au sol, une couverture rêche, une lumière artificielle qui ne s’éteignait jamais complètement. Le temps n’existait plus. Les jours se confondaient avec les nuits. Je dormais parfois plus de vingt-quatre heures d’affilée. Ils me bourraient de médicaments de toutes sortes, me faisaient des injections dans la fesse tous les mois. Mon corps était là, mais mon esprit flottait ailleurs, engourdi, anesthésié, vidé de toute énergie. Je regardais le plafond pendant des heures sans réellement le voir. Je survivais. C’est tout. Une fois la période d’isolement terminée, j’ai pu sortir un peu pour prendre l’air dans le parc de l’établissement. Voir la lumière du soleil. Sentir ses rayons et leur chaleur sur ma peau. Ça me paraissait presque irréel, comme si je redécouvrais une sensation oubliée. Le vent dans mes cheveux. L’odeur de l’herbe humide. Le bruit des feuilles. Des choses simples, mais qui me semblaient immenses. Le reste du temps, je restais au calme. Assise dans un fauteuil bien moelleux, dans le coin lecture. Une fois que j’avais dévoré toute la bibliothèque du service, les infirmières, avec lesquelles j’avais sympathisé et avec qui j’aimais discuter, m’apportaient des livres de chez elles. Mon histoire — enfin ce qu’elles en savaient, c’est-à-dire la perte de mon bébé — les avait beaucoup touchées. La plupart étaient mamans et connaissaient la douleur que pouvait provoquer la perte d’un être cher, décuplée quand il s’agit de son enfant. Elles ne savaient pas, en revanche, les traumatismes que je portais en moi à cause de mon compagnon. Personne ne savait que Dylan me frappait dès que l’occasion se présentait. Personne ne savait que si j’avais perdu mon bébé, il en était le seul et unique responsable. Que si j’en étais là aujourd’hui, c’était de sa faute.

Après quatre mois d’hospitalisation, le personnel est venu m’annoncer que j’avais le droit de recevoir des visites. Seul Dylan venait. En même temps, lui seul savait où j’étais. Je n’avais plus que lui dans ma vie. Il m’avait éloignée de tout le monde, de tous ceux qui comptaient pour moi. Il m’avait isolée avec une précision méthodique. Il a commencé à venir une fois par semaine, puis de plus en plus souvent. À chaque fois, c’était la même chose. Dès qu’il arrivait, il saluait le personnel avec son sourire jovial et charmeur. Il passait pour le mec simple, gentil, irréprochable. Le compagnon dévoué. Il s’approchait de moi, déposait un doux baiser sur mon front ou sur mes lèvres, puis s’asseyait en face de moi et parlait. Il ne parlait que de lui. De son boulot. De son évolution. De la maison. Cette maison dans laquelle il espérait que je reviendrais dès que les médecins signeraient ma sortie. Il m’envoyait ses projets à la figure. Sa joie de vivre. Il me disait que je lui manquais, qu’il avait hâte que je puisse rentrer, que nous puissions enfin nous retrouver tous les deux. Mais je savais que derrière ses belles paroles, la vie ne serait pas aussi idyllique. Et je suis sortie. Au bout de six mois d’hospitalisation. Six longs mois durant lesquels je n’avais rien fait de ma vie. Je n’avais pas d’autre choix que de rentrer chez nous. Dylan s’est montré doux avec moi. Trop doux. Presque irréel.

Ce soir c’est mon anniversaire. J’ai vingt-sept ans. Pour l’occasion, Dylan m’emmène manger au restaurant. Un magnifique restaurant en bord de mer, avec une terrasse sur le sable. Une terrasse en bois, décorée de guirlandes de boules lumineuses de toutes les couleurs, qui procurent une atmosphère douce et romantique. La lumière tamisée se reflète sur les tables dressées avec soin et sur les verres alignés avec précision. On se gare sur le parking du restaurant. Dylan descend de la voiture et vient m’ouvrir la porte, tel un gentleman, sourire aux lèvres et main posée dans le bas de mon dos. Ce geste me provoque un frisson qui parcourt l’ensemble de ma colonne vertébrale. Un frisson mêlé de peur et de souvenirs. Comme si mon inconscient voulait m’envoyer une alerte. Un doute me traverse : a-t-il vraiment changé ? Il m’entraîne à l’intérieur en me tenant par la taille, tout contre lui. Comme s’il voulait montrer au monde entier que je lui appartiens. Le maître d’hôtel nous accueille avec son plus beau sourire, demande notre réservation, puis nous accompagne à notre table. Dylan tire ma chaise et m’aide à m’installer, toujours bien ancré dans son rôle d’homme parfait et attentionné. Il s’assoit en face de moi. Moi, je regarde ce décor inconnu qui m’entoure. Je m’imprègne de l’ambiance environnante : la musique douce, très classique, presque enveloppante. Et toutes ces merveilleuses odeurs qui enchantent mes narines et me mettent en appétit. Je ne peux pas m’empêcher de me demander combien de fois Dylan est déjà venu ici sans moi et avec qui. Nous étudions la carte posée devant nous. La carte est assez sobre. Pas de longues pages interminables. Seulement des mets gourmands et appétissants. Des mélanges de saveurs parfois très étonnants mais qui, piqués par la curiosité, nous donnent envie de tester tous ces plats. Le choix n’est pas facile, un temps de réflexion est nécessaire. Puis le serveur arrive pour prendre la commande des apéritifs. Il est jeune, dans la vingtaine, charmant, très souriant. Trop souriant pour Dylan, qui se tend aussitôt. Je le sens. Son corps se crispe légèrement, son regard s’assombrit d’une ombre presque imperceptible. Quand vient le moment de commander le repas, le serveur, toujours très professionnel, ne peut s’empêcher de me complimenter sur mon choix. Un simple : « Excellent choix, madame », prononcé avec courtoisie. Je sens Dylan monter en pression. S’il avait été un personnage de dessin animé, j’aurais vu de la fumée sortir de ses oreilles. Malgré tout, le repas se déroule dans une ambiance presque normale. La nourriture est délicieuse. Les saveurs explosent en bouche. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas goûté quelque chose d’aussi bon. Une fois le repas terminé, nous nous dirigeons vers la sortie du restaurant. Le serveur, toujours très professionnel, comme on le leur demande dans ce genre de restaurant gastronomique chic, nous attend près de la porte. Il m’adresse un au revoir charmant. Trop charmant. Je sens dans mon dos la main de Dylan qui est posée. Elle se crispe, elle serre le tissu de ma robe entre ses doigts.

Dylan me propose alors d’aller marcher un peu sur la plage. Il veut passer un moment seul avec moi. Arrivés au bord du sable, je retire mes talons. Je les prends à la main et regarde droit devant moi cette étendue d’eau qui se profile jusqu’à l’horizon. Une sensation de liberté naît à l’intérieur de moi, fragile mais réelle. Nous avançons côte à côte, main dans la main, vers l’eau. Je marche les pieds dans la mer. Les vagues viennent fouetter doucement mes chevilles. On est fin juin, l’eau est douce. La lune est pleine. Elle éclaire tout d’une lumière argentée. Il n’y a aucun bruit autour de nous, seulement le ressac régulier des vagues. Nous sommes seuls dans ce grand espace. Rien que lui et moi. Et soudain, sans prévenir, Dylan se met à hurler.

— Finalement, tu n’as pas changé. Tu es toujours une putain. Tu ne peux pas t’empêcher

de draguer tous les jeunes hommes que tu croises. C’est quoi ton plan, tu voulais en faire ton cadeau d’anniversaire !

— Mais je n’ai dragué personne. De quoi tu parles ?

— Je parle de ton petit manège avec le serveur. Tu crois que je n’ai pas vu votre petit jeu ?

Vos regards, vos sourires. Il a passé son temps à te complimenter et toi à lui sourire.

— Arrête ton cirque. Il faisait son travail. Et moi, je me suis juste forcée à être aimable.

— Tu ne t’es pas forcée beaucoup, salope.

Et là, les gestes que je pensais oubliés reviennent. Il m’attrape par les cheveux. Il tire si fort que mes genoux se plient. Je tombe accroupie devant lui. Je sens son genou frapper mon nez avec une violence inouïe. Ma tête part en arrière. Je tombe au sol. Les coups pleuvent. Dans les reins. Dans le ventre. Sur la tête. Je tousse. Je crache du sang. Le goût métallique envahit ma bouche. Je me retourne sur le ventre, j’essaie de me relever en m’appuyant sur mes coudes, mais je n’ai plus la force. Je m’écroule. J’ai mal partout. Je respire à peine. J’ai froid. Je suis fatiguée. J’entends ses pas s’éloigner dans le sable. Et je perds connaissance.

Au petit matin, alors que le soleil se lève à peine et que la lumière rosée commence à effleurer l’horizon, j’entends une voix. Une voix d’homme, inconnue. Elle m’appelle doucement, mais pas par mon prénom ; il n’a pas l’air de le connaître. Il me sert des « Madame, madame, vous m’entendez ? ». Il me demande si ça va, si je peux ouvrir les yeux. Les mots me parviennent comme étouffés, noyés dans un brouillard épais. Ça bourdonne dans mes oreilles, ça martèle dans ma tête. J’essaie de répondre, mais ma gorge est sèche, ma tête me fait atrocement mal, comme si elle allait exploser. Mes paupières sont trop lourdes, mon corps refuse d’obéir. Une vague de nausée me traverse et tout devient noir. Je perds connaissance une nouvelle fois. C’est un joggeur qui m’a trouvée. Il insiste encore quelques secondes, pose une main hésitante sur mon épaule sans oser me secouer. En voyant que je ne réagis pas et en apercevant le sang séché sur mon visage, il comprend que la situation est grave. Que je ne suis pas juste une pauvre fille ivre qui a fini par s’endormir sur la plage. Il retire ses écouteurs, coupe la musique qu’il met toujours lorsqu’il court seul sur cette plage encore déserte, sort son téléphone de sa poche et appelle les secours d’une voix tremblante.

En moins de cinq minutes, une équipe de pompiers arrive. Ils analysent rapidement la situation, constatent mes blessures, mon inconscience, les traces de coups visibles sur mon corps. Ils me prennent en charge, me posent un collier cervical, une perfusion dans le bras et m’installent sur un brancard. L’un d’eux interroge le témoin pendant qu’un autre vérifie mes constantes. Il pose le brassard à tension sur mon bras opposé à celui de la perfusion et appuie sur le bouton. Le résultat s’affiche sur l’écran : la tension est basse. Trop basse, même. Il ne faut pas trop traîner. Une voiture de police se gare juste à côté du camion des pompiers. Elle a été appelée dans la foulée. Quand les deux agents arrivent à leur niveau, le chef des pompiers leur explique la situation :

— On a une jeune femme d’une vingtaine, peut-être une trentaine d’années, trouvée inconsciente sur la plage par un joggeur. Elle est vivante, mais au vu des éléments constatés, il semblerait qu’il s’agisse d’une agression.

— On a son identité ?

— James, tu peux regarder dans son sac, voir si elle a ses papiers sur elle ?

Pendant que le jeune pompier cherche, les deux agents s’approchent du brancard. Soudain, le plus jeune, un grand brun de vingt-deux ans, se fige. Il devient livide. Droit comme un « i », complètement tétanisé. La peur, la tristesse et l’incompréhension se lisent dans ses yeux.

— Kévin, ça va ? Qu’est-ce qui se passe ? Tu la connais ?

Il déglutit difficilement, la voix étranglée.

— Oui… Pas la peine de chercher ses papiers. Je peux vous donner son identité.

Elle s’appelle Laurie. Laurie Morel. C’est ma grande sœur.

Kévin s’effondre presque à mes côtés. Il s’accroupit, hésite, puis ose à peine me prendre la main, comme s’il avait peur de me faire encore plus mal. Les pompiers me montent vite dans le camion, il n’y a pas une minute à perdre. Le moniteur cardiaque commence à s’affoler, le temps est compté. Les bips deviennent plus rapides, plus insistants. Sans réfléchir, Kévin décide de monter dans le camion avec moi. Il ne prend même pas la peine de demander à son collègue. Il ne veut plus me lâcher. Il veut rester là, me protéger. C’est pour ça qu’il a choisi ce métier.

Arrivée à l’hôpital, c’est de nouveau l’agitation autour de moi. J’ai l’impression d’avoir fait un saut de deux ans dans le passé. Tout le monde autour de moi s’agite. Ça court, ça crie, ça donne des ordres. On me fait des batteries d’examens en tout genre : radios, scanner, prises de sang, échographie. On ressort mon dossier. Le personnel médical s’interroge. Qu’est-ce qu’il m’est arrivé cette fois-ci ? Et finalement, la dernière fois s’agissait-il vraiment d’une chute dans les escaliers ? Quelle est la probabilité pour que la même personne vienne plusieurs fois aux urgences avec les mêmes types de blessures, mais avec deux causes différentes ? Seulement cette fois, la violence et la répétition des coups ont provoqué des dégâts beaucoup plus importants. Kévin reste près de moi autant que possible, mais il ne veut pas interférer dans le travail des médecins. Il a bien compris qu’ils tentent de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour me sauver la vie. Le médecin-chef, le docteur Prost, finit par venir lui faire un rapport.

— Bonjour monsieur, c’est vous qui accompagnez mademoiselle Morel ?

— Oui docteur, je suis son frère. Comment va-t-elle ?

— Je ne vais pas vous cacher que, cette fois-ci, les dommages sont bien plus importants.

— Comment ça, cette fois-ci ?

— Vous n’êtes pas au courant ?

— Non… qu’est-ce qui se passe, docteur ?

— Mon équipe a dû prendre en charge votre sœur il y a deux ans de ça. Elle était arrivée

avec des blessures similaires ainsi qu’un saignement vaginal suite à une chute dans les escaliers, de ce que nous avait rapporté son conjoint. Cette chute a provoqué la mort de son bébé. Elle a fait une fausse couche tardive.

— Elle était enceinte ? De combien ?

— Cinq mois. Elle ne vous en a jamais parlé ?

— On s’est perdus de vue depuis des années. Je suis là aujourd’hui parce que je fais partie

de l’équipe de police qui a dû intervenir ce matin sur la plage, quand elle a été découverte. Quand je l’ai reconnue, j’ai absolument voulu être à ses côtés, mais je n’ai jamais su ce qu’il lui était arrivé. Et aujourd’hui, quels sont les dommages ?

— Les coups répétés ont eu raison de son rein droit. Il est complètement détruit. On va

devoir l’emmener au bloc opératoire pour le lui retirer. Le problème, c’est que même si son rein gauche fonctionne encore, il fonctionne trop faiblement pour assurer seul le travail. On va donc devoir la mettre sur liste de greffe.

— Est-ce que je peux l’aider pour quelque chose ? Est-ce que je peux lui donner un de mes

reins ?

— Étant de la même famille, il est possible que vous puissiez être donneur. Pour savoir si

vous êtes compatible, vous devez aller au laboratoire pour faire le test. Vous pouvez vous rendre au labo de l’hôpital, ils vous testeront gratuitement. Si vous êtes compatible, on reviendra vous expliquer la suite des choses. Votre sœur présente aussi un très gros traumatisme crânien, bien plus important que la fois précédente. Cette fois-ci, nous serons obligés de la placer dans un coma artificiel, ce qui permettra à son corps de se reposer et de se réparer.

Quand le médecin repart après toutes ses explications sur mon état de santé, Kévin reste figé. Il accuse le coup de tout ce qu’il vient d’apprendre. Il vient de comprendre que durant toutes ces années, sa sœur était en danger. Que je n’étais finalement pas responsable des silences radio et de l’éloignement entre nous qui s’est accentué au fil des années et de ma relation avec Dylan. Il se reprend quand il me voit passer devant lui, couchée sur un brancard, des tubes de partout, reliée à une multitude de machines qui font toutes un bruit atroce. Il me regarde m’éloigner, mais cette fois-ci, il sait que je suis entre de bonnes mains et que les médecins feront tout pour que je continue de vivre.

Pendant que je suis au bloc opératoire, Kévin passe immédiatement les tests. Il est compatible. Il sera mon donneur. Je retourne au bloc la semaine suivante pour procéder à la greffe. Les jours suivants, Kévin reste à mes côtés jour et nuit au sein du service de réanimation. Il dort peu, mange à peine, refuse de s’éloigner trop longtemps. Quelques jours plus tard, après un énième scanner de contrôle, le docteur Prost vient à la rencontre de Kévin.

— Le scanner que nous avons effectué aujourd’hui montre que votre sœur se remet bien de

ses blessures. Son traumatisme crânien se résorbe bien. Les constantes sont bonnes. On va pouvoir lever la sédation. Elle devrait pouvoir se réveiller dans quelques jours.

— Merci beaucoup docteur. Dites, j’ai une question… vous savez si elle m’entend quand

je lui parle ?

— Certaines études montrent que les personnes dans le coma arrivent à entendre quand on

leur parle. Vous pouvez continuer. Ce n’est pas réellement prouvé, mais ça ne peut pas lui faire de mal.

Une fois que le docteur Prost est reparti, Kévin s’allonge auprès de moi pour me prendre dans ses bras. Avec sa main, il caresse doucement mes cheveux et me chuchote à l’oreille :

— Tu es une guerrière, Laurie. Tu es forte. Continue à te battre. Bats-toi pour ta vie cette

fois-ci, bats-toi pour moi. Je ne veux pas te perdre. Et je te promets qu’à partir de maintenant, je serai avec toi. Je te protégerai. Je ne te laisserai plus seule. Je ne laisserai pas ce malade t’approcher ni te toucher une fois de plus. Je t’aime, ma sœur. Reviens, s’il te plaît.

Quatre jours plus tard, à mon réveil, je découvre un Kévin endormi, la tête posée près de mon bras, tout recroquevillé sur sa chaise. Il a l’air épuisé. Ses cheveux sont en bataille et, sous ses yeux, j’aperçois de grosses cernes violacées. Avec difficulté, je déplace ma main et je lui caresse doucement les cheveux. Elle est lourde, engourdie. J’ai une sensation de fourmillements dans la main. Dès qu’il me sent bouger, il se réveille en sursaut, me regarde, puis son visage s’illumine d’un coup. Sa joie de me voir vivante m’explose presque au visage. Il m’embrasse le front, la joue, les cheveux, sans retenir ses larmes. Puis il part en courant dans le couloir pour prévenir tout le personnel de l’étage. Ça me fait sourire. Parce que mon frère, je l’aime. Il m’a manqué. Et surtout, il m’a sauvée.

Quelques jours plus tard, une fois que j’ai repris un peu mes esprits, son chef, le commandant Mattéoli, vient me voir dans ma chambre. Il m’interroge sur mon agression. Je lui raconte tout. Vraiment tout. La moindre humiliation, la moindre violence, la première gifle comme le dernier coup. Il m’écoute sans m’interrompre, le regard dur.

— Je m’occuperai de cette affaire personnellement. Et je vous promets que je me ferai un

malin plaisir à mettre cet enfoiré en prison.

Dans les jours qui suivent, je pars ensuite en centre de rééducation. Mon frère vient me voir tous les jours. Il me tient informée de l’avancée de l’enquête. J’attends chaque visite avec espoir. Et puis un jour, son visage est différent. Plus grave. Ils n’ont pas réussi à mettre la main sur Dylan Almin, mon ex-compagnon. Il a disparu de la circulation. Introuvable. Ils me disent qu’ils ont cherché partout. J’ai peur. Je ne suis pas tranquille. Ça veut dire qu’il peut être n’importe où, qu’il va pouvoir me retrouver. Ça me travaille jour et nuit. J’en parle avec la psychologue du centre qui me suit. Je ne veux plus dépendre de lui. Je ne veux plus que ma vie tourne autour de lui. Je ne veux plus qu’il fasse partie de ma vie et qu’il occupe une place aussi importante. Je profite de mon temps libre au centre, entre deux séances de rééducation, pour remettre toute ma vie en question. Pour la première fois, je pense à moi. À ma survie. À ma force. Je décide de suivre un programme intensif de remise en forme. De reconstruire mon corps, mon mental, ma volonté. Et avec l’aide et le soutien de Kévin, je prends une décision qui va changer ma vie : je m’inscris à l’académie de police. Parce que s’il le faut… je veux pouvoir le coincer moi-même, ce fils de pute.

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