chapitre 15

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Lyon, 26 juin 2025

Cela faisait déjà quarante-huit heures que les équipes se relayaient, jour et nuit, en planque en bas de chez le fameux Milan LYNDA. L’immeuble, un bâtiment moderne aux façades grises et aux balcons en verre fumé, semblait parfaitement calme. Trop calme. Les volets restaient obstinément clos et seules quelques lumières s’allumaient parfois en fin de soirée, sans qu’aucun mouvement notable ne soit visible depuis la rue.

Aujourd’hui, c’ést au tour de David et Laurie de prendre le relais. Ils sont installés dans une vieille voiture, somme toute assez banale : une berline gris métallisé qui a connu des jours meilleurs. La peinture est légèrement ternie, une rayure discrète court le long de la portière arrière, et le tableau de bord grince un peu dès qu’on change de position. Mais c’est précisément le but : ne pas se faire remarquer. Alors on oublie les voitures de sport trop tape-à-l’œil ainsi que les véhicules aux couleurs un peu trop voyantes qui attirent très vite l’attention, surtout quand la voiture ne bouge pas d’un pouce pendant plusieurs heures, toujours garée au même endroit. Laurie observe les alentours à travers le pare-brise légèrement poussiéreux. Une boulangerie fait l’angle de la rue ; de temps en temps, des habitants entrent et sortent avec leur baguette sous le bras. Un vieil homme promene son chien à heures fixes. Une mère de famille passe en fin d’après-midi récupérer ses deux enfants à l’école voisine. La vie suit son cours, banale, presque rassurante. Et au milieu de cette normalité, eux attendent qu’il se passe quelque chose.

Pour sa toute première planque, Laurie a pris ses dispositions. Elle a tenté de faire des recherches dans ses manuels de l’académie pour regrouper des informations sur les choses à faire et, à l’inverse, celles à ne surtout pas faire avant d’aller en planque. Elle a surligné des passages sur la discrétion, la patience, l’observation des détails, mais elle n’a pas réussi à récolter beaucoup d’informations concrètes sur l’aspect le plus trivial : comment tenir dix heures sans bouger, sans parler trop fort, sans attirer l’attention. Elle n’a pas osé interroger David à ce sujet. Elle ne veut pas passer pour la petite nouvelle stressée qui ne sait pas comment se comporter. Elle tient à prouver qu’elle a sa place ici, qu’elle n’est pas seulement la recrue fraîchement sortie de l’académie. Par précaution — et peut-être aussi par anxiété — elle n’a rien bu avant de partir, de peur de ne pas pouvoir se retenir pendant des heures. Son sac contient une barre de céréales, un petit carnet, un stylo, et son arme de service soigneusement rangée dans son étui. Elle a même pensé à mettre des vêtements sombres et confortables : jean noir, baskets discrètes, veste sans insigne apparent. Elle a attaché ses cheveux pour éviter d’avoir à les replacer sans cesse, geste qui aurait pu trahir une nervosité inutile. Quand elle regarde David, en revanche, il a l’air détendu. Limite trop détendu. Son siège est légèrement incliné en arrière, une main posée sur le volant, l’autre tenant un café tiède acheté au distributeur de la station-service un peu plus loin. Il observe la rue d’un air presque nonchalant, comme s’il attendait un ami en retard plutôt qu’un suspect potentiellement dangereux. Laurie se demande s’il joue la comédie pour la rassurer ou si, avec l’expérience, les planques deviennent réellement aussi banales qu’une simple attente. Elle, en tout cas, sent chaque minute s’étirer. Le silence dans l’habitacle lui parait dense, presque oppressant. On entend le tic-tac discret du clignotant d’une voiture garée devant eux, le bruit lointain d’un bus qui freine, et parfois le craquement du cuir sous leurs mouvements. Quarante-huit heures que les équipes se relayent. Et pour l’instant, Milan LYNDA n’a pas montré le bout de son nez.

— David, je peux te poser une question ?

— Vas-y, je t’en prie. De toute façon, on va être coincés ici un moment.

— Comment ça s’est passé pour toi, la première fois ?

— Euh… Laurie, ne le prends pas mal, mais on n’est pas encore assez intimes pour aborder

ce genre de sujet, toi et moi.

— Mais tu es bête… Je ne parlais pas de cette première fois-là. Je parle de ta première

planque.

— Ah… ouf, tu me rassures.

Il esquissa un sourire.

— Non, blague à part, ma première planque, je l’ai faite au bout de deux mois dans la

maison. J’étais avec un vieux de la vieille qui passait son temps à écouter des émissions sur les tueurs en série. On planquait dans une cité à Paris.

— Ah… tu n’es pas de Lyon ?

— Non, je viens de la région parisienne. Et justement, j’ai demandé ma mutation après

cette planque.

— Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

David inspira profondément.

— Quand on a repéré le type, je suis sorti de la voiture et je lui ai couru après. Il a détalé

comme un lapin. En fait, il s’était planqué dans un recoin que je n’avais pas vu. Mon collègue est passé à côté de lui sans le remarquer… et le type lui a tiré dessus. Quand j’ai entendu le coup de feu, je me suis retourné. J’ai vu mon collègue étendu au sol et le fugitif qui partait en courant. Dans la panique, j’ai tiré. Je lui ai collé une balle dans le dos. Mais au deuxième coup de feu, toute la cité a rappliqué. Et moi, je suis retourné me planquer dans notre voiture, mort de peur, en attendant les renforts.

Laurie resta silencieuse quelques secondes.

— Et tu as des conseils à me donner ?

— Oui. Mange et bois. Parce que si, au moment d’appréhender le suspect, tu me fais une

crise d’hypoglycémie, on est foutus. Et si tu as envie de pisser, tu le dis, tu trouves un endroit et tu y vas.

— Ok, compris.

Cela fait déjà presque quatre heures que leur planque a commencé. Quatre heures à observer la même portion de trottoir, la même entrée d’immeuble, les mêmes fenêtres aux rideaux tirés. Le temps semble s’être dilaté, comme suspendu dans l’habitacle étroit de la voiture. Au début, ils ont parlé pour faire passer les minutes. De l’académie. Des collègues. D’anciennes interventions de David — celles qu’il pouvait raconter, en tout cas. Puis, progressivement, les sujets sesont épuisés. Les silences se sont faits plus longs, moins gênés, mais plus lourds. Il ne reste plus que le bruit feutré de la circulation et le bourdonnement lointain de la ville. David a fini par s’assoupir. Pas profondément, mais suffisamment pour que sa tête bascule légèrement sur le côté et que sa respiration devienne plus lente. Son café vide repose dans le porte-gobelet, oublié. Une main toujours posée sur le volant, comme un réflexe professionnel qui refuse de le quitter complètement, même dans le sommeil. Laurie, elle, reste aux aguets. Droite sur son siège, les épaules légèrement tendues, le regard rivé tantôt sur l’entrée de l’immeuble, tantôt sur le rétroviseur intérieur. Elle scrute tout. Le moindre mouvement derrière une fenêtre. Le moindre reflet suspect dans une vitre. La moindre personne passant deux fois au même endroit en moins de cinq minutes. Un adolescent qui fait des allers-retours en trottinette. Une femme qui sort fumer sur son balcon toutes les demi-heures.
Un homme en costume qui téléphone en marchant, puis repasse dix minutes plus tard dans l’autre sens. Chaque détail est analysé, disséqué, classé mentalement. Est-ce normal ? Est-ce cohérent ? Est-ce une simple habitude de quartier ou le signe d’un repérage en cours ?

Mais rien ne lui parait réellement suspect. Tout peut s’expliquer. Tout semble banal.

Au bout de la cinquième heure, la fatigue commence à se faire sentir. Ses yeux la piquent légèrement à force de fixer le même point. Elle change discrètement de position pour détendre ses jambes engourdies. Elle jette un coup d’œil à l’horloge du tableau de bord. Les minutes s’égrènent avec une lenteur presque cruelle.

À la sixième heure, elle soupire silencieusement, puis tourne la tête vers son coéquipier. La “Belle au bois dormant” n’a pas bougé d’un centimètre. Elle hésite une seconde. Après tout, il a plus d’expérience qu’elle. Peut-être sait-il exactement à quel moment se permettre de fermer les yeux. Peut-être que cette attente interminable fait aussi partie du métier : savoir économiser son énergie. Mais six heures, c’est long. Elle tend finalement la main et lui donne une légère tape sur l’épaule.

— Hé… On n’est pas en colonie de vacances.

David sursaute légèrement, cligne des yeux à plusieurs reprises pour reprendre ses esprits, puis se redresse en passant une main sur son visage.

— Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? J’ai loupé quelque chose ?

— Non, rassure-toi. C’est juste que je n’ai rien avalé ce matin et j’ai sacrément la dalle. Tu

veux que je te rapporte quelque chose ?

— Oui. Il y a une boulangerie au coin. Prends-moi un croissant, un pain au chocolat et une

bouteille d’eau, s’il te plaît.

— Ok chef, c’est comme si c’était fait. À tout de suite.

Avant de sortir de la voiture, Laurie s’assure que la voie était libre. Elle regarde à droite, à gauche, observe brièvement les vitrines pour vérifier qu’aucun regard insistant ne semble posé sur eux, puis ouvre la porte avec précaution. Elle prend soin de ne pas la claquer et la referme doucement derrière elle. L’air n’est pas froid, mais chargé, presque lourd, comme si un orage menace sans encore oser éclater. Le soleil a disparu derrière un voile de nuages gris pâle, rendant la lumière plus terne, plus diffuse. Un vent tiède balaye la rue par rafales irrégulières, soulevant parfois quelques papiers abandonnés sur le trottoir. Laurie passe une main sur sa nuque moite et remonte malgré tout légèrement la fermeture éclair de sa veste, plus par réflexe que par nécessité. Elle inspire profondément pour se donner contenance, puis se dirige, le plus naturellement possible, vers la boulangerie située à une vingtaine de mètres de là. Elle veille à ne pas se retourner trop souvent. Elle ne veut pas attirer l’attention. Surtout pas celle de Milan. Elle ne veut pas prendre le risque qu’il la repère et s’échappe avant même qu’ils n’aient pu intervenir. Elle n’a pas eu l’occasion de voir sa photo : c’est David qui a géré les vidéos de surveillance et la transmission de son image au reste de l’équipe. Elle n’en connait qu’une description rapide que lui a fourni Cindy quand elle l’a questionnée dessus.

Elle entre dans la boulangerie, une clochette tinte au-dessus de la porte. La chaleur du fournil se mêle à l’air lourd de l’extérieur, rendant l’atmosphère presque étouffante. L’odeur du pain chaud, des croissants encore dorés et des quiches tout juste sorties du four lui donne instantanément faim. Il y a du monde. Beaucoup de monde. La fin juin signifie terrasses bondées, pauses déjeuner prolongées et touristes déjà présents en ville. Une file compacte serpente jusqu’à la porte. Des employés de bureau, manches retroussées, consultent leur téléphone en attendant leur tour. Une mère tente de calmer son enfant impatient. Deux étudiants débattent devant la vitrine, incapables de choisir. Laurie sent une pointe d’angoisse lui serrer la poitrine. Elle jette un coup d’œil discret à l’heure sur son téléphone. Elle commence à stresser. Elle ne veut pas laisser son coéquipier seul trop longtemps. Une planque, c’est déjà fragile à deux ; à un seul, cela devient risqué. Mais elle ne peut pas non plus se permettre de repartir sans rien acheter. Ce serait suspect. Et puis son estomac gargouille bruyamment. Elle a faim, vraiment faim. La chaleur lourde accentue cette sensation de vide. Alors elle prend son mal en patience, croise les bras pour éviter que l’on remarque les tremblements nerveux de sa jambe droite et tente de respirer calmement malgré l’atmosphère étouffante. Inspirer. Expirer. Observer. Attendre. Dehors, l’air semble se charger d’électricité. Et elle ignore encore que, pendant ce temps, la situation vient de basculer.

Dans la voiture, David s’est redressé d’un coup. Toute trace de somnolence a disparu. Son regard vient de se fixer sur un véhicule qui se gare lentement devant l’immeuble surveillé. Un homme correspondant parfaitement à la description et à la photo du suspect vient de couper le contact. La quarantaine. Brun. Environ un mètre quatre-vingt. Silhouette élancée, posture droite. Il sort d’une Audi TT grise impeccable, carrosserie brillante malgré le ciel voilé de cette fin juin. La portière claque d’un geste assuré. Costume sombre parfaitement taillé, chemise claire sans un pli, chaussures cirées. Allure soignée, presque irréprochable. Le genre d’homme qui inspire confiance au premier abord. Le genre qu’on imagine cadre supérieur, pas suspect dans une enquête. David n’aurait pas forcément parié sur lui au premier regard. Rien, extérieurement, ne trahit une quelconque nervosité. Aucun geste brusque. Aucun regard fuyant. Mais quelque chose, dans ses yeux, lui donne froid dans le dos. Un éclat dur. Calculateur. Une manière trop méthodique de balayer la rue du regard, comme s’il vérifiait mentalement chaque détail. Comme s’il s’assurait que personne ne l’attendait. Quand l’homme s’éloigne de sa voiture pour rejoindre l’immeuble, David prend sa décision en une fraction de seconde. Il descend à son tour, referme doucement la portière sans la verrouiller — au cas où il doive revenir précipitamment — puis traverse la rue d’un pas mesuré, feignant de consulter son téléphone. Il garde une distance raisonnable. Suffisamment proche pour ne pas le perdre. Suffisamment loin pour ne pas éveiller les soupçons. Il s’engouffre dans l’entrée juste derrière lui, profitant du battement encore ouvert de la porte. L’intérieur de l’immeuble est plus frais, légèrement sombre. Les bruits de la rue s’estompent aussitôt, remplacés par l’écho discret des pas sur le carrelage. Milan a déjà commencé à monter l’escalier en colimaçon. Les marches métalliques résonnent légèrement sous son poids. Un bruit sec. Régulier. Maîtrisé. Il s’arrête au deuxième étage. David ralentit instinctivement, collant son dos au mur quelques secondes pour écouter. Aucun autre son. Pas de voix. Pas d’ouverture de porte. Son rythme cardiaque accélère, mais ses gestes restent précis. Il monte à son tour, silencieusement. À mi-palier, il sort son arme de son étui et la tint fermement devant lui, bras tendus mais légèrement fléchis, index le long du pontet. Son regard est rivé vers le haut de l’escalier. L’air semble plus lourd à l’intérieur qu’à l’extérieur. Chaque marche le rapproche d’une confrontation possible.

Au même instant, Laurie, qui vient enfin de récupérer sa commande, revint vers la voiture, les sacs en papier encore chauds entre les mains. L’odeur du café fraîchement servi s’échappe par l’ouverture mal refermée du gobelet, et la graisse des croissants commence déjà à tacher légèrement le fond du sachet. Elle marche d’un pas rapide, pressée de reprendre sa place, l’esprit déjà concentré sur l’immeuble en face. Mais en arrivant à hauteur du véhicule, elle se fige. La voiture est vide. L’espace d’une demi seconde son cœur s’arrête de battre. Le siège conducteur est inoccupé. La portière parfaitement fermée. Aucune silhouette à l’intérieur. Elle regarde autour d’elle, cherchant David du regard. À droite. À gauche. Sur le trottoir d’en face. À l’entrée de l’immeuble. Rien. Son pouls accélère brutalement. Elle pose les sacs sur le toit de la voiture, presque mécaniquement, puis sort son téléphone de sa poche. Ses doigts tremblent légèrement. Aucun message. Aucun appel. Aucun signe de sa part. Ce n’est pas normal. David ne serait pas parti sans la prévenir. Pas en pleine planque. Puis son regard est attiré par un détail qui lui glaçe le sang. Une Audi TT grise est désormais garée juste devant l’immeuble. Elle n’était pas là tout à l’heure. Son cerveau fait le lien en une fraction de seconde. Milan. Sans réfléchir davantage, elle quitte le trottoir et traverse la rue précipitamment, oubliant toute prudence. Une voiture déboule sur sa droite, freinant brusquement. Un klaxon furieux retentit, strident, agressif. Laurie sursaute mais ne s’arrête pas. Elle lève brièvement la main en signe d’excuse, sans même regarder le conducteur, puis accélère le pas. Son regard est désormais fixé sur l’entrée de l’immeuble. Quelque chose lui dit que la situation vient de déraper. Et que David est à l’intérieur. Le klaxon strident résonne jusque dans la cage d’escalier, amplifié par l’écho des murs. À l’intérieur de l’appartement, Milan relève brusquement la tête. Ce bruit attire immédiatement son attention. Il vient tout juste d’ouvrir une fenêtre pour laisser entrer un peu d’air — l’atmosphère est étouffante en cette fin de journée de juin — et s’en approche davantage. Il pose une main sur le rebord, se penche légèrement dans le vide pour observer la rue. Pourquoi tant d’agitation ce soir ? Il aperçoit une voiture arrêtée en travers de la chaussée, un conducteur gesticulant derrière son volant, et, plus loin, une silhouette féminine qui se hâte vers l’immeuble. Mais de là où il se trouve, il ne distingue ni les traits ni l’identité. Il fronce les sourcils, tentant de comprendre. Il est tellement absorbé par la scène extérieure, par ce détail inattendu qui vient troubler sa routine, qu’il ne prête aucune attention aux bruits derrière lui. Il n’entend pas la porte de son appartement s’ouvrir lentement. Il n’entend pas non plus les pas maîtrisés et prudents qui se posent sur le parquet. Et surtout, il n’entend pas David entrer chez lui, arme à la main, le regard dur et concentré, prêt à intervenir.

— Police ! Tournez-vous, les mains sur la tête !

Surpris, Milan se retourne brusquement. Son regard se pose immédiatement sur l’arme pointée dans sa direction. Pendant deux secondes, peut-être trois, il analyse la situation avec une rapidité presque dérangeante. Pas de panique. Pas de geste brusque. Juste un calcul silencieux. Son regard glisse de l’arme au visage de David. Puis un sourire lent se dessine sur ses lèvres. Un sourire qui n’a rien d’innocent. Ni inquiet. Un sourire presque amusé.

— Eh bien… On dirait que j’ai de la visite.

Sa voix est posée. Calme. Trop calme. Il inspire profondément, comme s’il savoure l’instant, puis se met à genoux avec une lenteur étudiée, sans quitter David des yeux. Il lève les bras et pose ses mains derrière sa tête, doigts croisés. Un suspect modèle. Mais son sourire ne disparait pas. Au contraire, il s’étire légèrement, comme s’il se délecte de la tension dans la pièce. Comme si cette arrestation n’est qu’une formalité. Comme s’il sait quelque chose que David ignore encore. Son regard, lui, brille d’un éclat froid. Un éclat qui ne trahit ni peur ni regret. Seulement une forme de jeu.

— Vous êtes en état d’arrestation pour le meurtre de Laura WALTER.

David range son arme avec précaution, sans quitter Milan des yeux. Le suspect est à genoux, mains croisées derrière la tête, posture parfaitement soumise. Tout semble sous contrôle. David s’approche pour lui passer les menottes. Mais à cet instant précis, tout bascule. Milan bondit. Le mouvement est si rapide qu’il en devint presque invisible. Il attrape David par le bras, pivote sur lui-même et, dans un enchaînement d’une fluidité déconcertante — un mouvement de judo parfaitement exécuté — le projette par-dessus son épaule avant de l’envoyer violemment au sol. Le choc résonne dans tout l’appartement. L’air fut brutalement expulsé des poumons de David. Son arme lui échappe et glisse sur le parquet. La lutte éclate immédiatement. Les deux hommes roulent au sol, se heurtant aux meubles. Une chaise bascule. Une table basse est renversée. Le bruit sourd des coups et des corps qui s’entrechoquent emplisse la pièce. Milan ne se bat pas comme un homme paniqué.

Il est méthodique. Précis. Presque… enthousiaste.

Dans la cage d’escalier, Laurie monte rapidement les marches, le cœur battant à tout rompre. Elle scrute les numéros des portes, tentant de repérer l’appartement. C’est alors qu’elle entend les premiers bruits. Un fracas. Un choc violent. Puis le son indiscutable d’une lutte. Cela vient du deuxième étage. Sans hésiter, elle sort immédiatement son arme et monte les dernières marches quatre à quatre, oubliant toute discrétion. Les sons sont de plus en plus nets. Un grognement. Un meuble qui cède. Un corps projeté contre un mur. Elle comprend que David est en danger. Son estomac se noue. Elle atteint la porte entrouverte et entre dans l’appartement sans réfléchir. Dans le salon, la scène se fige l’espace d’une seconde. Les deux hommes lui font face. Milan a réussi à se saisir de l’arme de service de David. Il le tient en joue, le bras solidement verrouillé autour de son cou, le canon pressé contre sa tempe. David, légèrement déséquilibré, tente de reprendre appui, mais la prise est ferme. Précise. Maîtrisée. Comme s’il avait déjà fait ça avant. Quand Laurie voit Milan, elle se fige. Son sang se glace instantanément. Le monde autour d’elle semble se contracter. Elle manque de lâcher son arme. Dans ses yeux se mélangent la peur, la rage… et une stupeur totale. Pas celle d’une policière face à un suspect armé. Quelque chose de plus profond. De plus ancien. David, lui, ne comprend rien à ce qui se déroule sous ses yeux. Son regard passe de Laurie à Milan, cherchant une explication silencieuse. Milan, en revanche, lorsqu’il la reconnait, affiche un sourire lent. Immense. Presque monstrueux. Un sourire qui s’étire progressivement, révélant une satisfaction trouble. Un plaisir malsain. Comme si cette rencontre est inespérée. Comme s’il attendait ce moment depuis longtemps. Un sourire qui aurait pu rivaliser avec celui du Joker. Le silence devint pesant. Électrique. Puis, après quelques secondes suspendues, il parle enfin, d’une voix calme, presque caressante :

— Tiens… quelle surprise. Laurie.

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