chapitre 16

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Lyon, 26 juin 2025

Puis, après quelques secondes suspendues, il parle enfin, d’une voix calme, presque caressante :

— Tiens… quelle surprise. Laurie.

Laurie n’arrive pas à réaliser ce qui se déroule sous ses yeux. Son esprit tourne en boucle, elle repasse mentalement tous les indices qu’elle a récolté, les observe dans tous les sens, et pourtant… elle ne comprend pas comment elle a pu passer à côté de l’évidence. Comment a-t-elle pu ne rien voir, ne rien deviner, ne rien comprendre ? Chaque détail semble maintenant exploser dans sa mémoire, et avec eux, un mélange de rage, d’incrédulité et de peur. Elle inspire profondément, sentant son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine. Chaque respiration semble une lutte contre la panique qui monte. Ses doigts serrent son arme, mais elle tremble, et ce tremblement la trahit malgré elle. Ses yeux ne quittent pas Milan, chaque micromouvement de l’homme lui renvoi un frisson glacé. Elle cherche désespérément à se raccrocher à un point faible, un indice, n’importe quoi qui peut lui permettre de reprendre le contrôle de la situation. Le silence retombe quelques secondes, seulement interrompu par le souffle court de Milan et le léger craquement du plancher sous le poids de David. Laurie réalise qu’elle est désormais au cœur d’un engrenage dont elle n’a jamais imaginé l’ampleur. Et plus elle regarde Milan, plus elle comprend que ce sourire lent et monstrueux n’est pas seulement une façade : c’est un avertissement. David, toujours impuissant face à la situation, rompt le silence. Sa voix est ferme, mais teintée d’inquiétude.

— Laurie ! Tu connais cet enfoiré ?

— Oui… je…

— Bah alors, Laurie, qu’est-ce qu’il t’arrive, tu as perdu ta langue ? je t’ai connue plus

bavarde. Tu n’as même pas parlé de moi à ton collègue… je suis déçu. Je pensais que je comptais pour toi. Mais en tout cas ce que je vois c’est que malgré toutes ses années écoulées tu ne m’as pas oublié. Tu sais tu es toujours aussi belle, c’est perturbant. Et cet uniforme dit donc…. Il te va à merveille.

— Laurie, de quoi il parle ?

Comment est-ce possible ? Ça ne peut pas être lui. Pas l’homme qu’ils poursuivent depuis des jours, celui qu’ils pensent traquer sans relâche. Et pourtant… en une fraction de seconde, tout s’imbrique dans son esprit. Les ressemblances entre les séquelles de la victime et les siennes, ce qu’elle a ressentit quand Cindy lui parlait de lui, les faux noms… tout prend soudain un sens effrayant. Chaque pièce du puzzle, jusque-là dispersée et confuse, se met en place avec une précision glaçante. La réalité lui apparait, brutale et lumineuse, et un frisson lui parcourt l’échine.

— Laurie, réponds-moi ! C’est qui, ce type ?! Comment il te connaît ?

— En réalité… il ne s’appelle pas Milan LYNDA mais Dylan ALMIN. Il est recherché par

la police normande. Cet enfoiré est mon ex-compagnon, l’homme qui a partagé ma vie pendant des années… avant de la briser.

David reste figé.

— Tu veux dire que… ce n’est pas le type qu’on recherchait ?

— Si, David. C’est bien lui.

Un sourire lent, cruel, étira les lèvres de Dylan. Ses yeux brillaient d’un éclat glacé.

— Tu es devenue flic… Qui l’aurait cru ? Pas moi, en tout cas. J’étais persuadé que tu étais

morte sur cette plage.

— Ça t’aurait bien arrangé, hein ? Tu aurais préféré que je finisse comme Laura ? C’est ça

qui te plaît ? Défoncer la gueule des filles jusqu’à les tuer ? Et Laura, alors ? Pourquoi l’avoir brûlée ? Parce qu’elle résistait trop ?

Le visage de Dylan se durcit brutalement, ses poings se crispent.

— TA GUEULE, CONNASSE !

— Ah je te reconnais ben là, avec ta grande gueule et tes mots doux.

— Tu ne sais pas de quoi tu parles !

— Je ne sais pas de quoi je parle ? Je crois que je suis la mieux placée pour en parler,

justement. Tu vois, avec moi, tu as raté ton coup, fils de pute.

Dylan recule d’un pas, un rictus sadique se dessinant sur son visage, comme pour savourer la confrontation. Laurie sent le froid de son regard la transpercer. Elle sent la rage vibrer dans ses veines, brûlante et sourde, mais elle sait exactement ce qu’elle fait. Chaque mot, chaque phrase, est calculé avec précision. Elle doit le déstabiliser, le pousser à commettre une erreur. Le forcer à lâcher David. Mais elle a sous-estimé la violence primitive qui bouillonne encore en lui, tapie comme une bête prête à bondir. Son regard, noir et glacial, la traverse comme un couperet. Elle sent un frisson lui parcourir l’échine, mêlé de peur et d’adrénaline. Tout peut basculer à n’importe quel instant. Dans un accès de fureur, Dylan assomme David d’un coup sec de crosse sur le haut du crâne. Le choc est brutal, violent, résonnant comme un coup de tonnerre dans le silence de l’appartement. David s’effondre contre la table basse, sa tête heurte l’angle du meuble avant de s’écraser au sol avec un bruit sourd. Son corps reste immobile, raide, inerte. Laurie sent son cœur se serrer, l’adrénaline montant en flèche, consciente que chaque seconde peut être décisive.

— DAVID !

Dylan enjambe son corps sans même le regarder, tel un robot, comme si plus rien autour de lui ne comptait, excepté Laurie. Il s’avance lentement vers elle, ses pas mesurés résonnant sur le sol, et une fureur intense brûle dans son regard, glaciale et implacable. Chaque mouvement est précis, calculé, comme si la moindre hésitation pouvait trahir sa rage contenue.

— Alors, salope… comme ça, je ne te fais plus peur ? Tu veux que je te montre ce dont je

suis capable ? Tu veux que je recommence pour que ça te revienne ?

— Je n’ai plus peur de toi. Et je n’ai pas besoin de rappel. Je les ai tous les jours, quand je

regarde mon corps dans la glace. Tu n’es qu’une pourriture. Un monstre incapable de trouver du plaisir autrement qu’en frappant une femme.

Elle inspire lentement, laissant son souffle se mêler à l’air lourd de la pièce, immobile mais déterminée.

— Alors quoi, tu es impuissant en fait ? Il n’y a que la violence, les viols et le

sadomasochisme qui te font bander ? C’est pathétique… Tu es PATHÉTIQUE.

Chaque mot est une lame invisible qui tranche dans l’ego de Dylan. Laurie voit son visage se transformer sous ses yeux : ses yeux s’assombrissent, sa mâchoire se crispe, ses veines du cou battent avec force. Ses poings se serrent jusqu’à blanchir les jointures. Sa respiration devint courte et saccadée, presque animale. La rage le consume de l’intérieur.

Laurie recule d’un pas, mais reste droite, le regard fixe, le corps tendu, prête à réagir à la moindre attaque. Son cœur bat à tout rompre, mais elle contrôle ses tremblements, chaque geste mesuré, chaque souffle volontaire. Elle continue, elle en rajoute, elle veut le faire vriller, lui faire perdre les pédales. Elle espère qu’en le faisant sortir de ses gonds, il commette une erreur. Qu’il perde pied pour qu’elle puisse reprendre le dessus et l’appréhender. Ce qu’elle souhaite au fond d’elle depuis des années.

— Alors Dylan c’est quoi l’histoire. Petit ton père te tapait dessus, ou sur ta mère et tu n’as

connu que la violence alors c’est ta façon à toi d’être avec les femmes. C’est quoi tu crois que c’est en leur tapant sur la gueule, en les étranglant qu’elles vont te donner du plaisir. Ça te fait jouir de nous coller une gifle, de nous sauter dessus sans nous demander notre avis ni si on en a envie juste parce que toi tu as un désir à assouvir. Tu veux que je te dise tu es nulle au pieux, en dix ans de relation tu ne m’as jamais fait jouir, même pas une fois. Je prenais plus de plaisir seule ou avec un autre qu’avec toi.

— FERME TA GUEULE SALE PUTE ! cria-t-il, un mélange de fureur et de frustration

dans la voix, et il fonça sur elle.

Elle le regarde droit dans les yeux, elle n’a pas peur. Elle n’hésite pas un seul instant. Elle est prise d’une sorte de courage intérieur qui l’anime de tout son être. Son corps réagit avant même que sa pensée n’ait le temps de formuler le moindre doute. Elle lève son arme à deux mains, bras tendus, parfaitement stable, les yeux fixés sur Dylan. Elle tire. Une fois. Le choc le fait reculer d’un pas, l’épaule droite frappée de plein fouet. Elle tire une deuxième fois. L’autre épaule cède sous l’impact, et il chancèle, ses mouvements devenant désordonnés. Elle tire une troisième fois toujours aussi concentrée sur sa cible et sur ce qui l’habite. Cette fois, la balle se loge dans son ventre. Dylan hurle de douleur, un cri rauque et déchirant qui résonne dans tout l’appartement. Il s’effondre lourdement sur le sol, ses mains cherchant instinctivement à retenir le sang qui jaillit de sa bouche et coule lentement le long de ses lèvres. Sa respiration est haletante, laborieuse, mais il respire encore, péniblement. Et il la regarde. Ses yeux reflètent la douleur, la rage et… une étrange fascination. Le silence qui suit est lourd, presque insoutenable.

Le bruit des coups de feu alerte les habitants de l’immeuble. Tous se précipitent sur leur téléphone pour appeler la police, sans savoir qu’elle est déjà sur place. Laurie s’approche de Dylan. En la voyant au‑dessus de lui, il ne peut s’empêcher de sourire. Un sourire mauvais, provocateur. Comme si, malgré sa position au sol, malgré la douleur, il a encore l’impression d’avoir gagné. Elle s’avance davantage et s’accroupit près de sa tête. Il respire toujours. Lentement, difficilement, chaque inspiration semble lui arracher un effort immense. Ce souffle la révolte. Elle a envie de lui faire ravaler ce sentiment de toute-puissance qu’il affiche encore, de lui faire comprendre que cette fois, c’est elle qui a le contrôle de la situation.

— C’est fini, Dylan. Tu peux arrêter de sourire. Tu as perdu. Tu vas payer pour ce que tu

as fait à Laura… et pour ce que tu m’as fait de moi. La police de Normandie sera ravie de pouvoir clôturer un dossier d’enquête ouvert depuis des années et laissé en suspens.

— Quoi ? Tu veux me mettre en prison ? Tu veux m’enfermer ? Vas-y. Mais sache que ça

ne t’apaisera pas de me savoir derrière les barreaux. Même enfermé, je resterai gravé dans ton esprit. Ton subconscient me cherchera, me rappellera à toi à chaque instant. Je hanterai tes nuits, tes rêves, tes cauchemars. Tu crois que tu peux m’effacer ? Non. Où que je sois, je suis déjà en toi. Je suis dans ta chair, dans ton souffle, dans le battement de ton cœur. Et crois-moi… tu ne pourras jamais t’en débarrasser.

Laurie se relève. Au loin, elle entend déjà les sirènes des voitures de police, probablement par dizaines, mêlées aux hurlements distinctifs des pompiers et du SAMU. Elle s’approche de la fenêtre, ferme les yeux un instant et laisse son esprit replonger dans tout ce qu’elle a traversé. Les années de peur, les coups, les humiliations. Les moments où elle avait cru ne jamais s’en sortir. Et surtout, la raison pour laquelle elle avait choisi cette vie dans la police : ce besoin viscéral de justice, de survie, de réparation. Puis, serrant toujours son arme à la main, elle fait lentement demi-tour. Chaque pas vers Dylan résonne dans le silence pesant de l’appartement. Elle revint près de son corps, déterminée, prête à affronter le dernier chapitre de cette histoire.

— Tu as raison… Je ne serai jamais heureuse de te savoir en prison.

Elle marque une pause, laissant le silence peser dans la pièce, comme pour savourer cet instant de pouvoir retrouvé.

— Tu sais ce qui me soulagerait vraiment ? Tu sais ce qui me permettrait enfin de respirer?

— Non… dis-moi. Je suis curieux de l’entendre.

Dans un sang-froid impeccable, Laurie lève son arme et la pointe droit sur lui, ses mains toujours aussi fermes et immobiles, son regard froid comme l’acier.

— C’est de te savoir mort. Et que ce soit moi qui te colle une balle dans la tête.

Elle n’a pas encore terminé sa phrase que le coup part. Une nouvelle détonation retentit dans l’appartement. Le souffle de la balle fige l’air. Elle a visé juste : la balle s’est logée entre ses deux yeux. Le silence retombe, lourd, étouffant. Laurie reste immobile un instant, le cœur battant, les mains encore crispées sur son arme, tandis que l’irréversible venait de se produire.

Elle reste immobile quelques secondes, l’arme toujours tendue, l’esprit vide et le cœur léger. Elle vient de se libérer d’un poids qui lui pesait depuis des années. Puis les bruits de pas précipités dans l’escalier la ramènent à la réalité. Les renforts arrivent. Elle pense soudain à David. Son cœur se serre. Son coéquipier est toujours inconscient, étendu sur le sol. Elle se retourne et court vers lui.

— David ? Hé… tu m’entends ? Ça va ?

Pour seule réponse, elle le voit entrouvrir les yeux, aussitôt refermés, comme si ses paupières pèsent une tonne et qu’il n’a pas la force de les maintenir ouvertes. Elle ne sait que trop ce qu’il doit ressentir à cet instant, pour l’avoir elle-même vécu quelques années plus tôt sur cette plage, la dernière fois qu’elle s’était retrouvée seule avec l’homme qu’elle vient d’abattre. Elle reste accroupie à côté de lui, prend sa main dans la sienne et la serre fort, pour qu’il comprenne qu’elle est là, qu’il n’est pas seul. Les pompiers arrivent dans l’appartement, chargés de tout leur matériel de secours. Une première équipe se dirige vers Dylan. Ils concluent rapidement au décès de ce dernier et recouvrent son corps d’un drap blanc avant de le redescendre. La seconde équipe se met aussitôt au travail auprès de David, demandant à Laurie de s’écarter pour leur laisser de la place. Elle les voit s’agiter autour de lui. Le temps est compté. Ils ne perdent pas une seconde. Ils effectuent leurs gestes avec une telle précision qu’on dirait une danse répétée encore et encore. Tout s’enchaîne : la prise de constantes, la pose de la perfusion, l’immobilisation, le rapport au service médical présent en bas. En moins de dix minutes, David est prêt à être transporté à l’hôpital. Pendant ce temps, Laurie, qui a obéi, encore sonnée par tout ce qui vient de se passer, descend les marches de l’escalier machinalement, le cœur encore battant à tout rompre.

En arrivant en bas, elle reconnait immédiatement la personne qui s’avance vers elle : son chef. Elle lit dans son regard un mélange particulier d’émotions : peur, colère et incompréhension se mêlent sur son visage. Malgré l’heure tardive et au vu de la gravité de la situation, il a fait le déplacement. Son allure est tendue, mais déterminée, comme s’il sait qu’aucun mot ne peut suffire à résumer l’horreur qu’elle vient de vivre.

— Laurie, ça va ? Vous n’êtes pas blessée ? Qu’est-ce qu’il s’est passé là-haut ? Les voisins

parlent de coups de feu…

Elle lui explique tout. Depuis le moment où elle a quitté la voiture pour la boulangerie jusqu’à l’instant où elle a dû tirer sur le suspect en légitime défense. Chaque détail, chaque seconde de tension, elle le lui transmet, encore secouée, la voix tremblante par moments. Il la regarde, attentif, perceptible mélange d’inquiétude et de respect. Il sent qu’elle est perdue, choquée, encore sous l’emprise de l’adrénaline. Il reste à ses côtés, la main posée sur son épaule pour lui transmettre un peu de stabilité, jusqu’à ce qu’ils voient apparaître David. Il est allongé sur un brancard, entouré d’une équipe de pompiers, d’un médecin et d’un infirmier du SAMU. Branché de partout. Un moniteur enregistre ses battements de cœur et sa respiration, tandis que plusieurs perfusions pendent à ses bras. Laurie se précipite auprès de lui, le cœur battant à tout rompre.

— Je peux monter avec lui ? demanda-t-elle, la voix tremblante mais déterminée.

Le médecin acquiesce. Elle grimpe dans l’ambulance, s’installe près du brancard et prend la main de son coéquipier dans la sienne. Elle ne la lâche pas une seule seconde durant tout le trajet. En tenant sa main, elle comprend qu’il est encore là… quelque chose à protéger. Quelque chose de vivant. Quelque chose de plus fort que la peur, plus fort que la haine, quelque chose qu’aucun danger ne peut briser.

Une fois arrivée à l’hôpital, on la met à l’écart.

— Les médecins viendront vous voir dès qu’ils en sauront plus. Vous ne pouvez pas aller

plus loin, vous devez rester dans la salle d’attente.

Elle les regarde s’éloigner avec le brancard, incapable de détacher ses yeux de David. Quand les portes du sas des urgences se referment, elle se retrouve seule au milieu du hall. L’adrénaline retombe brutalement et elle s’effondre sur le fauteuil juste derrière elle. Elle pose son visage dans ses mains, déchargeant enfin toute la pression accumulée ces derniers jours. L’enquête est terminée, elle est épuisée… mais son coéquipier est entre la vie et la mort. Il a besoin d’elle, elle doit se reprendre. Elle passe le revers de sa main sur ses yeux pour essuyer les larmes qui commencent à couler. Elle souffle un grand coup et se ressaisit. Une urgence l’attend, quelque chose d’extrêmement important qu’elle doit faire sans plus attendre. Alors seulement, elle sort son téléphone de la poche arrière de son jean. Dès leur première mission ensemble, David a insisté pour qu’ils échangent le numéro de la personne à prévenir en cas d’urgence. Laurie se dit que c’est exactement pour ce moment-là. Elle déverrouille son écran d’accueil, cherche le contact d’urgence de David dans son répertoire, et appuye sur « appeler ».

— Allô, Lorna ? C’est Laurie, la collègue de David.

— Laurie, pourquoi tu m’appelles ? Il lui est arrivé quelque chose ?

— Lorna… je… je suis désolée… je crois…

— LAURIE ! Dis-moi ! Qu’est-ce qu’il se passe ?!

— Tu devrais venir à l’hôpital… c’est David… il a été blessé. Il est inconscient. Les

médecins l’ont emmené… Je… je n’en sais pas plus. Il avait l’air vraiment mal… S’il te plaît, viens vite.

Quelques minutes plus tard, Laurie est rejointe dans la salle d’attente des urgences par Lorna, la femme de David. Laurie la reconnait immédiatement grâce aux photos posées sur le bureau de David. Elle se lève et va à sa rencontre.

— Bonjour Lorna, je suis Laurie. C’est moi qui ai appelée.

— Enchantée… Merci de m’avoir prévenue. Tu sais à qui je peux m’adresser ? Et j’aimerais bien savoir ce qu’il s’est passé.

— On m’a dit d’attendre ici. Les médecins viendront nous voir. Venez, asseyez-vous avec

moi.

Laurie explique la situation, sa voix sautillant par moments, tremblante, ses mains trahissant son agitation. Les phrases s’entrechoquent, coupées par des pauses et des respirations haletantes, reflet de l’adrénaline qui ne la quitte pas. Quelques minutes plus tard, les portes de la salle d’attente s’ouvrent enfin. Un chirurgien s’avance vers elles, le pas pressé mais mesuré. Les deux femmes se lèvent en même temps, leurs regards croisant le sien, empreints d’inquiétude et d’espoir.

— Vous êtes de la famille du policier qu’on nous a amené ?

— Oui. Je suis sa femme, et elle est sa coéquipière.

— Les nouvelles sont encourageantes. Les scanners montrent que le coup à la tête, ajouté

au choc contre la table basse, a provoqué une hémorragie cérébrale. Nous allons l’emmener au bloc pour l’évacuer. Il faudra compter environ trois heures d’intervention. Ensuite, il sera placé en réanimation pour la nuit, sous surveillance. Si tout se passe bien, il rejoindra ensuite le service de neurochirurgie dans une chambre. Et si l’évolution est favorable, il pourra rentrer chez lui dans quelques jours. En revanche, il devra se reposer au moins un mois avant toute reprise du travail.

— Merci, docteur.

Elle sent ses genoux faiblir et s’assoit sur une chaise, serrant la main de Laurie avec force, comme pour se rassurer elle-même. Laurie hoche la tête, puis recule lentement d’un pas, comme si ses jambes portent soudain tout le poids de la nuit qu’elle vient de traverser. Chaque muscle semble engourdi, son corps refuse presque de la soutenir. Elle laisse David derrière ces portes, au bloc, et Lorna dans cette salle d’attente où l’espoir et la peur se mêlent encore, formant une tension presque palpable dans l’air. Les murmures des visiteurs, les bips lointains des appareils médicaux et les pas pressés du personnel hospitalier lui parviennent comme un écho flou, irréel.

En franchissant la sortie de l’hôpital, l’air frais de Lyon la frappe de plein fouet. Il sent le sel discret des quais de Saône mêlé à l’humidité du bitume de la ville nocturne, et pourtant il lui semble revigorant, presque purifiant. Elle inspire profondément, ses poumons aspirant chaque gorgée de cet air glacé, mais sa respiration reste courte, tremblante, comme si l’adrénaline refuse encore de la lâcher. Elle vient de survivre. David se bat encore pour vivre. Et Dylan est mort. Le poids de ces vérités lui retombe sur les épaules, à la fois lourd et libérateur. Rien ne sera plus jamais comme avant. Elle n’a pas seulement traversé l’enfer ; elle en est sortie transformée. Elle y a laissé une part d’elle-même, mais elle en a aussi rapporté une force nouvelle, silencieuse mais indestructible, qui la suivra désormais à chaque pas.

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