Lundi 8 octobre

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Pierre emmena Jehan dans un grand magasin où il lui acheta deux pantalons, quatre chemises, des sous-vêtements, deux pull-overs et une grosse veste d’hiver. En même temps ils discutaient du manuscrit qui les intéressait tous les deux.

─ J’ai terminé la lecture du manuscrit et j’ai quelques idées pour le sermon.

─ Bravo. Mon latin n’est pas aussi bon que le vôtre et j’ai du mal avec certains passages. J’ai trop souvent recours au Gaffiot et cela me prend beaucoup de temps.

─ Gaffiot ?

─ Il s’agit d’un livre dans lequel tous les mots latins sont traduits en français, très utile pour moi qui n’ai plus fait de latin depuis très longtemps. D’ailleurs, je vous demanderai surement un coup de main sur certains passages qui me paraissent très obscurs.

Pierre observait Jehan avec un mélange de fascination et d'envie. Cet homme était une bibliothèque vivante du XVIe siècle.

De retour au Quartier Latin, Pierre confia leur protégé à Héloïse pour qu’elle commence à le former sur le français courant et il partit pour la Sorbonne.

Il avait l’intention d’en consulter les archives pour trouver la trace du fameux maître de Jehan, Henri de Lugny. Son statut de doctorant lui permettait, en effet, d’avoir accès à toutes sortes de documents interdits aux jeunes étudiants.

Trois heures plus tard, en sortant de la Sorbonne, il appela un de ses amis médecin à la Préfecture de Police de Paris.

─ Alors, la formation avance ?

─ On avance lentement. Jehan a un peu de mal à admettre qu’il n’y ait plus de roi en France. Quant aux progrès technologiques, il n’arrive pas à les imaginer.

Héloïse sourit malgré sa fatigue. Jehan était un élève appliqué mais souvent déstabilisé.

─ De mon côté, j’ai du nouveau à propos d’Henri de Lugny, le maître de Jehan. Il a effectivement enseigné à la Sorbonne de 1580 à 1592, puis il a été nommé secrétaire de Dom Jacques du Breul, prieur de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Il avait un assistant nommé Jehan du Ruisseau qui l’a remplacé à sa mort en 1598.

─ Il s’agirait de notre ami Jehan ?

─ Cela me parait très probable, mais nous ignorons ce qui s’est passé entre 1582 et 1592 pour lui. Il a surement fait plusieurs années d’étude en Sorbonne avant d’entrer au service de son maître.

Jehan les écoutait mais restait silencieux. Soudain :

─ Mes amis, je ne comprends pas tout ce qui se passe, je ne comprends rien à votre mode de vie et à ma situation, mais serait-il possible d’aller dans mon village ? Je voudrais revoir notre église et notre maison.

─ Cher Jehan, rien ne sera plus facile, nous irons dès demain matin et nous y parviendrons en moins d’une heure. Je pense qu’Héloïse, comme moi-même, sera intéressée par la visite de votre village que vous allez sûrement trouver bien changé. Je passerai vous chercher vers dix heures avec la voiture, mais je vais vous laisser. Je dois rencontrer quelqu’un qui a des informations sur la mort d’Henri de Lugny. Je vous raconterai demain.

Pierre rencontra le lieutenant Marsannay, recommandé par son collègue médecin.

Un climat de confiance s’établit rapidement entre les deux hommes et Pierre put obtenir des informations sur l’état de l’enquête sur la mort d’Henri de Lugny. L’autopsie avait conclu à une mort naturelle due à un infarctus massif du myocarde.

Puis il évoqua le problème posé par Jehan et son absence d’existence légale. Le lieutenant écouta l’histoire avec effarement et avoua qu’il avait beaucoup de mal à y croire, mais il lui donna quelques précieux conseils sur la façon de résoudre le problème.

De retour à la boulangerie, Pierre prit à part Héloïse et l’informa de ce qu’il avait appris. Puis :

─ Vous avez l’air préoccupée, puis-je quelque chose pour vous ?

─ A vrai dire, je n’en sais rien.

Et elle lui raconta ce qu’elle avait appris par sa grand-mère.

─ Elle doit me confier de vieux papiers de famille et j’ai bien l’intention de poursuivre mon enquête. D’ailleurs, je suis retournée à Saint Séverin et le prêtre va me fournir une copie des archives de la paroisse de Nesles-la-Vallée, de 1582 à la révolution. J’espère y trouver d’autres informations.

─ C’est une excellente idée et je pourrais vous aider à les dépouiller, mais je pense qu’il vaut mieux ne pas en parler à Jehan, on ne sait pas ce que l’on va y trouver.

─ Vous avez raison, mais c’est dommage car il peut déchiffrer ces archives beaucoup plus vite et beaucoup mieux que nous.

─ En effet. De mon côté, je vais essayer d’en savoir plus sur nos deux Henri de Lugny. Je trouve toutes ces coïncidences très troublantes, mais très intéressantes.

─ Entièrement d’accord ! Bien, je retourne à la formation de Jehan.

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