I
Je savais que ça me mènerait dans une histoire si sordide, qu’elle pourrait me rendre célèbre… en attendant, je me trouvais dans le bureau de madame Celia Faure, la psychiatre.
*
Je ne savais pas que cette maison pouvait autant nous foutre les pétoches et pourtant, ce fut le cas. J’avais passé le réveillon avec Amanda et les autres à trainer dans le jardin délabré de sœur Catherine. Nous étions six dans cet orphelinat, personne, aucune famille ne semblait vouloir de nous. Personne sauf, bien sûr, sœur Catherine.
Alors, je proposai à Amanda, Elodie, Paco, Rémi, Solène de s’aventurer dans la maison de maitre Silver. Et croyez-le ou non, elle nous faisait grave flipper. Mais pour ça, il fallait qu’on esquive, Lucinda, la garde de nuit, pour qu'elle nous lâche les baskets. Je me rappelais que maitre Sylver nous donnait des cachets roses. Cet enfoiré nous disait que c’était pour nous rendre plus intelligent, mais on avait vite compris, que cela nous sédatait et nous faisait dormir.
Et on faisait semblant de ne pas les prendre, sans savoir qu’ils allaient nous aider à faire dormir Lucinda. Et on avait tous participé à préparer cette soirée et on avait mis en poudre les petits cachetons. Ce fut Paco le plus grand qui s’était porté volontaire pour la mettre dans le verre de Lucinda. On avait eu de la chance, car même pas une heure après, elle s’était allongée sur le canapé et endormie devant la télévision. Elle avait même un filet de bave qui coulait sur sa joue gauche. Bien fait pour elle !
- C’est bon ! On peut partir, lançais-je.
- Très bien Emilio ! Comme tu es le seul à s’y être rapproché, on te suit.
- Super ! Nous avons tout, torche, couteau et batte de baseball, on ne sait jamais, répondit Rémi.
- Il a raison, s’il faut on va croiser des zombies, répliqua Solène.
On savait tous à ce moment-là que ce que nous allions faire était mal, mais qui voudrait de nous ? Personne alors autant vivre à fond notre enfance quitte à mal faire. De toute manière, personne ne verra que nous sommes partis. Cette nuit, plus que les autres, il faisait froid, mais nous étions si naïfs, que l’on ne s’en était pas rendu compte.
Nous on voulait de l’aventure, on voulait voir nos jambes trembler, nos cœurs tambouriner dans nos poitrines, limite on voulait et sans aucun doute, mourir. Qui se soucierait d’adolescents de nos âges. Bon, Paco allait avoir quatorze ans, Amanda, douze, Remi douze aussi, Elodie, la plus jeune de nous allait faire ses onze ans.
Bon, j’allais sur mes treize ans le premier février mais c'était vrai, nous étions tous trop grands pour l'adoption. Le temps de vous raconter ça, nous étions arrivés devant le portail en fer rouillé, recouvert d’herbes rampantes. La boue s’était mêlée à botte pendant notre excursion. Après avoir passé l’entrée, la pluie c’était mise à tomber. Un véritable déluge accompagné de nombreux éclairs, sans parler de la foudre qui nous faisait à tout sursauter. Le vent était si puissant, que je du attraper, in extrémis de la main, Elodie qui allait se faire envoler par une bourrasque.
Arrivé devant le porche d’entrée, on était à l’abri. Mais quelque chose me disait que c'était une mauvaise idée.
- Alors, on y est ! Dit Paco.
- Que fait-on ? demanda Rémi
- Je sais pas, mais j’ai très peur… répondit Elodie.
- Moi aussi cette maison me fout les jetons ! Répliqua Paco.
- Je sais, tu crois que tu es le seul ? questionnais-je.
- Alors si vous avez trop peur, on fait de groupes, proposa Amanda.
- Ok, Emilio, Amanda et Rémi. Solène, Elodie et moi on reste ici, au cas où ! dit Paco.
- Au cas où quoi, Amanda !
- Si quelqu’un arrive patate ! exclama Elodie.
La porte s’ouvrit lentement en faisant grincer les gonds, l’intérieur était sombre, pas de lumière rien et une odeur de bois moisi nous prenait le nez. Puis un éclair éclaira ce qui semblait être le salon et peu de temps après on avait sursauté, le tonner était pas tombé bien loin. Remi passa devant et se dirigea vers une faible lueur. Un feu faible se tenait face à nous. On se regarda tous les yeux dans les yeux. Soudain, je m’approchai des sièges en face de l’âtre et là. Une voix grave se fit entendre dans toute la pièce.
- Que faîtes-vous ici, bande de mioches !
Cette voix aussi stridente, grinçante et menaçante nous avait médusé. Qu’allons-nous faire, on va mourir… Puis je me suis mis à courir vers la porte d’entrée et disant aux autres :
- On se casse ! Dépêchez-vous !
J'avais pris nos jambes à mon cou, sans savoir que derrière moi, j'avais laissé tomber Amanda et Rémi. Eh merde !

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