Peccatrix (3/3)

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Pierre se leva en lui tendant la main, l’aida à se relever, avant de la porter. Elle passa ses bras autour de son cou, sourit :

— Pourquoi ?

La voix de Pierre gronda du ventre :
— Parce que je peux.

La tête de Loreleï pesa brièvement contre la poitrine de Pierre — le temps d’entrer dans la chambre et de la déposer sur le lit. Les draps bleu clair, en coton épais et doux. Une commode en merisier, sur laquelle trônait une icône orthodoxe (authentique ?), dont les couleurs vives répondaient aux dorures de la Judith de Klimt, accrochée au mur.
Assise sur le lit, Loreleï toucha le bois blond de la table de chevet : inspiration art nouveau, tout en courbes sensuelles.

— Tu as bon goût, dit-elle en se tournant vers lui, resté debout.

— Merci. – Un doute sembla troubler son regard – Déshabille-toi. Et montre-moi comment tu t’endors.

Plus d’hésitation, ni dans le regard ni dans la voix.

Loreleï descendit du lit, tandis que Pierre reculait de trois pas. Elle dégrafa son bustier. Sa poitrine ronde libérée. Ses cheveux mouillés goutaient sur ses épaules et son ventre. Pierre amorça un geste vers elle, avant de laisser retomber son bras le long du corps. Un mouvement du menton : continue.
Comme si elle allait se coucher, Loreleï retira son jean et sa culotte d’un même geste. Pierre ne respirait plus quand elle se redressa. Elle glissa une main sur son sexe lisse. Deux sourires se répondant sur un même corps.

Pierre s’approcha. La caressa du bout des doigts. D’abord la joue, la bouche, puis le cou, la clavicule. Cette ligne fragile qu’il trouvait plus troublante qu’un décolleté. La courbe du sein gauche, sur le côté. Elle frémit. Le grain de beauté au-dessus du nombril. La saillie de la hanche. L’hésitation infime. Les yeux qui touchaient ce que la main évitait.


Le mont de Vénus, qui n’avait jamais aussi bien porté son nom, pensa Pierre. Je n’avais jamais vu de sexe de femme en pleine lumière. Elle est là, impudique. Plus que nue.


— Allonge-toi. Montre-moi comment tu te touches.

Loreleï obéit, et Pierre, toujours habillé, s’agenouilla entre ses cuisses.
Elle posa une main sur un sein, l’autre sur son sexe, qu’elle écarta légèrement.


Elle se livre à moi, souriante. Est-ce que j’avais déjà vu un clitoris ? Un sexe de femme mouillé et gonflé ? Vingt-huit ans et j’ai l’impression d’être toujours puceau.


Le plaisir de Loreleï montait rapidement. Jouissance de sa petite danse. Les lèvres entrouvertes de Pierre, qui venait de poser ses mains en haut des cuisses, les écartant plus largement. Comme pour se tenir. Éviter la chute.
Loreleï se cambra en repensant à tous les hommes qui s’étaient perdus dans ce spectacle. Vivian, le premier, qui avait giclé sur son ventre pendant qu’elle se touchait. « Désolé, c’était trop excitant ! » Fabien, il y a quelques semaines, contre le mur du couloir : elle debout, lui à genoux. Son regard fasciné tandis que ses doigts à lui allaient et venaient. Et cette après-midi, Pierre. L’orgasme arrivait.

— Arrête !

La surprise la fit stopper net. Elle intercepta le sourire de son compagnon.

— Le jeu commence, belle pécheresse.

Un grognement de protestation sortit de la gorge de la victime. Le tortionnaire caressa un genou – tension qui diminue – passa ses mains sous les fesses, les séparant légèrement – tension qui remonte.

Suppliques de la pécheresse :
— Déshabille-toi, viens !
Implacable, il replaça ses paumes sur l’aine de Loreleï.
— Recommence.

Les doigts de Loreleï s’agitèrent, se perdirent, plongèrent et revinrent. Son regard faisait de même.

— Arrête.

Elle n’écoutait plus, ses jambes se tendirent. Pierre attrapa sa main et le releva au-dessus de sa tête tout en fondant sur elle. Le poids de l’homme sur la rebelle. Qui n’abandonna pas et se frotta contre lui. Elle pensa gagner, sentait que ça venait. Il gémit.
— Démon !
La respiration saccadée, il écarta son bassin tout en pesant sur sa hanche à elle pour l’immobiliser. Il lécha largement son cou, son oreille, puis répéta – voix vibrante :
— Démon, laisse-toi faire.

Le corps de Loreleï se relâcha. Elle l’observa, tandis qu’il sortait du lit et se déshabillait.
— Tu es beau. Viens !
Elle lui tendit la main. Il embrassa le bout de ses doigts.
— Pas encore.

Les lèvres de Pierre coururent à l’intérieur des cuisses de Loreleï. Le goût des figues. L’orgasme claqua.

Loreleï ne bougeait plus. Respiration folle, paupières closes. Pierre se dirigea vers la commode. Ouvrit un tiroir et revint vers le lit avec une cravate bleu roi.
Elle le regardait, maintenant. Protestation languissante :
— Je n’aime pas être attachée.
Provocation irradiant comme l’enfer :
— Tant mieux.

Elle tendit ses poignets. Nouage expert. Il commenta.
— Je savais que les camps scouts seraient utiles. Un jour.
Malice dans ses yeux tandis qu’il attachait la cravate à la tête de lit.
La torture reprit. Dès que le plaisir de Loreleï montait, Pierre ralentissait le mouvement de ses doigts.

Le démon tira sur ses chaines. Implora. Protesta.
— Les inquisiteurs devaient faire comme ça ! Baise-moi ou je mets le feu au lit !

Pierre s’assit à côté d’elle et la contempla, taquin.
— Tu l’inondes, plutôt.

Il détacha la suppliciée.
— Lève-toi et appuie-toi contre le mur.

Pierre se posta derrière elle. Ramena la chevelure de Loreleï sur un côté, caressa son dos frémissant.
Pierre sembla se parler à lui-même.
— Tu prends tout de moi.
Loreleï tourna légèrement la tête vers lui.
— Oui… avec une capote
— Démon pragmatique
— Azazel était occupé ailleurs
Rires. Pierre s’éloigna.
— Ne bouge pas.

Quelques instants. Bruit de l’enveloppe de préservatif déchiré. Loreleï sentit la chaleur du bassin de son tortionnaire contre ses fesses. Une main tordait ses cheveux, la bouche de Pierre contre son cou. Il entra en elle tout en glissant sa main libre entre les cuisses de Loreleï. Ils gémirent ensemble. Pierre mordit une épaule sans lâcher la chevelure. Ses coups profonds devinrent erratiques. Sa voix. Animale.
— Tu aimes que je torde tes cheveux ?
— Tais-toi, inquisiteur. Remplis ton office (rires). Je sens… (gémissements plus fort) je vais avouer.
Pierre répondit en accélérant, la voix cassée, le souffle court :
— Avoue.
Les cris, tous deux.


Après les percussions des corps, le souffle de la faim apaisée.

Pierre murmura, le front contre la nuque de Loreleï, la respiration courte :
— Ton aveu est recevable, pécheresse.
— T’es un putain d’inquisiteur !


Elle rit. Le rire qui traverse, comme à la soirée de Méloé.

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