Chapitre 2 : I Know

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Je me réveille difficilement, puis démarre la voiture. L’horloge affiche 06h50. Où que je sois, je sais que je ne serai jamais à l’heure à mon bureau. Le GPS m’aide à me situer. Je suis à une heure, dix-huit minutes du ministère. Je serai en retard. C’est la première fois. Ça peut paraitre insignifiant, mais c’est le signe que ma vie continue de basculer.

Je salue les agents de sécurité devant l'entrée. Sans un mot pour les employés croisés, je monte rapidement les escaliers. Ma secrétaire est là. Elle me regarde faire et m’oblige à me concentrer, pour me rappeler les gestes habituels. C’est vrai, le manteau sur la patère, un sourire, un bonjour.

Ma secrétaire me devance :

— Bonjour Monsieur le ministre, vous avez passé une bonne soirée ?

— Bonjour Lucie. Oui pourquoi ?

— Je sais que vous avez passé une journée difficile, hier ?

— Comment ça ?

— Les négociations avec la Mauritanie étaient plutôt tendues, non ?

— Ah ! Ne vous préoccupez pas de ça. Ça va s'arranger. Des messages ?

— Non, j'ai simplement déposé le dossier que vous avez demandé hier sur votre bureau.

— Parfait Lucie, je vous remercie.

— À votre service, Monsieur le ministre.

Il faut que j'aille m’isoler dans mon bureau. Combien de temps ça va durer ? Je n'en peux plus, n’arrive plus à regarder les autres en face. Je crains l’arrivée de David.

Il entre quelques minutes après moi, encore une fois, il ne me laisse pas le temps de respirer. J’ai l’impression qu’il dictera désormais ma vie. Il pose deux tasses de café sur le bureau.

— Bonjour, Monsieur le ministre.

— Bonjour, David.

— Je mets vos rechanges dans la salle de bain. Je vous attends en bas. N'oubliez pas, vous avez rendez-vous à 10h00 avec Easy Energie.

Je suis prêt. J'allume mon ordinateur. Mon Dieu qu'il est lent. J'accède enfin au logiciel de messagerie interne crypté. Quelques messages, rien d'inhabituel, tant mieux, je n'ai pas le cœur à ça. Je déroule encore la liste.

Un message me surprend, les caractères sont plus gros. Inhabituels.

Titre : I Know À : jacques.lesage@msg.gouv.fr Date : 12/06/2031 à 02:09

Pièces jointes : itineraire_12062031.png ; sabrina_dupont_23h14.jpg ; trace_gps.json

M. le Ministre Lesage,

Je sais ce que vous avez fait hier soir. Veuillez prendre connaissance des pièces jointes. Justifiez votre acte. Temps restant 7 jours soit : 604 800 secondes.

[Un compteur numérique apparaît. Les secondes défilent en temps réel sous mes yeux]

Étant donné la nature de votre acte, les formules de politesse habituelles semblent inappropriées.

J'ouvre les fichiers un à un. Les itinéraires que j'ai empruntés la veille. Des photos de Sabrina près de chez moi. Une photo d'elle et moi nous embrassant dans un petit resto du Crétois, datée de l'année passée. Des notes explicatives. Beaucoup trop de notes.

Je claque mon écran, et dévale les escaliers. Lucie me parle, je ne lui réponds pas. Elle tente de me suivre, puis abandonne. Elle me connaît depuis le temps.

J'arrive devant la voiture. David m'ouvre la portière. Je m'installe à l'intérieur.

— Dépêchez-vous. Démarrez.

— Bien, Monsieur. Est-ce que ça va ?

— Non pas vraiment. J'ai reçu un message de menace concernant hier soir.

— Par email ?

— Sur mon ordinateur.

— Vous l'avez avec vous ?

— Non, je l’ai oublié.

— Bougez pas, je vais le chercher.

David descend. Il court jusqu'à l'étage du ministre. Il croise Lucie.

— Quelque chose ne va pas ?

— Tout va bien, monsieur Lesage a oublié son ordinateur portable. Je reviens le chercher.

— Ah, OK. Il n'est pas un peu sous pression en ce moment ?

— Non pas du tout ! Désolé mais faut pas que je traîne, monsieur Lesage va être en retard à son rendez-vous.

David ouvre la porte du bureau, se saisit du PC, de l'alimentation et redescend les marches quatre à quatre. En l'espace de deux minutes, ils prennent la route.

— Puis-je me permettre une suggestion monsieur ?

— Je vous écoute.

— Nous avons environ une heure de route, sans compter les possibles bouchons. Vous devriez examiner le message en détail. J'aimerais également connaître son contenu puisque je suis impliqué autant que vous.

— Aucun reproche, David. C'est bien légitime.

J'ouvre le PC, l'allume. Je patiente un peu. J'ouvre de nouveau la messagerie. Je lui lis le message à voix haute. David me pose énormément de questions. Je détaille les pièces jointes. Je suis forcé d'être honnête. De vider ma mémoire sans rien omettre.

— Monsieur, nous arrivons dans quelques minutes. Fermez votre ordinateur. Concentrez-vous sur votre réunion et rien d'autre. Ne vous faites pas de souci. J'ai des contacts un peu partout au ministère. Je vais discrètement faire mon enquête. Identifier qui a pu vous envoyer ce message.

Pas de surprise, nous sommes devant un bâtiment fraichement construit, à l’architecture élaborée. Un mélange de déficit et de faste que le citoyen lambda ne comprendrait pas. J’en ai déjà visité une centaine. Surpris aussi, par le fait qu’autrefois une telle surface accueillait des centaines de travailleurs. Aujourd'hui, on sent l'absence. On sent le vide. Seuls quelques Requis sont présents. Le reste de l’espace est occupé par des serveurs. Je suis né entre deux mondes. Ce déséquilibre me frappe. Bientôt, il deviendra la norme.

La rage est toujours là. Le directeur d’Easy Energy se plaint.

— Vous comprenez monsieur le ministre, le gigawatt heure est trop cher.

— Attendez, je ne comprends pas. Je pensais que la négociation de l’année dernière, vous permettrait d’obtenir des marges confortables. Nous avons tenu nos promesses. Face à vos concurrents, vous avez l’avantage.

— Oui, mais ce n’est pas suffisant, nous avons des nouveaux projets à financer. Souvenez-vous, nous devons nous implanter en Espagne.

— Je pensais que l’aspect financier était clôturé. Je vous ai mis en contact avec la ministre Fauvel.

Cette discussion tourne en rond. J’arrête. Ils iront ronger les os ailleurs, mais pas chez moi. Pas cette fois. Pendant les accolades et les poignées de main, le directeur m’invite à visiter les avancées à Barcelone. Je refuse. Mon agenda est déjà trop rempli. Nous reprenons la route vers 18h00.

— Nous allons chez vous, monsieur ?

— Oui, s'il vous plaît.

— Demain, je serai en congé. C'était planifié de longue date. De toute façon je ne fais jamais rien durant mes congés. Je les pose simplement parce que j'y suis obligé. C'est parfait, ça me laissera le temps de mener mon enquête.

— Est-ce que je vous ai remercié pour ce que vous faites pour moi ?

— Non, mais ne vous en faites pas. J'ai fait le serment de vous protéger, et c'est ce que je ferai.

— Vous êtes brave David. J'ai de la chance de vous avoir à mes côtés.

— À votre service. J'aimerais si vous le permettez, aller chez vous demain durant votre absence. Contrôler s'il y a des micros, des caméras. Voir si vous êtes surveillé.

— Faites David.

— Merci monsieur. Pendant ce temps, vous devez continuer vos habitudes. Regarder la télé. Parlez à votre chat. Couchez-vous tôt. Demain Thierry passera vous prendre à votre domicile à 06h30.

Nous arrivons devant ma maison. Nous descendons de la voiture.

— Monsieur ?

— Oui David ?

— Ça va aller, je vous le promets.

— J'aimerais vous croire.

— Eh bien faites-le ! Croyez-moi.

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