Allan - Columbia - 21 juin 2031 - 21h16 - Ça chauffe !

3 minutes de lecture

— Jésus, je n’ai jamais vu ça ! dit le garde en s'approchant.

— Quoi ?

— Il fait moins de dix-huit degrés ici et toi tu transpires comme un porc.

— Ouais, ben tu devrais savoir pourquoi, non ? Aide-moi au lieu de dire des conneries.

— Je ne peux pas. Chacun son rôle. Et puis quoi ? C’est toi le génie.

Allan n’en peut plus : trois nuits de suite à être Requis pour remettre de l’ordre dans les systèmes, c’est trop.

— Bon alors, ces filtres, ça vient ?

— Des filtres ? T’en veux des filtres ? Tiens, tu vois le sectionneur là-bas ?

— Le bouton rouge ?

— Ouais, c’est ça. Tourne-le !

— Et ça fera quoi ?

— Devine ! Ben ça coupe tout. C’est le meilleur filtre que je connaisse. Plus de jus, plus d’emmerdes.

— Tu sais bien qu’on ne peut pas faire ça.

— Ouais, ben dommage. Rien à foutre de leurs réseaux sociaux. J’en connais un 100 % fiable : tu regardes le gars en face de toi, et tu lui parles, point barre. Un sourire = t’es content. Ton poing dans sa gueule = pas content. Basic !

— Arf, un informaticien philosophe ! Je ne savais pas que ça existait.

— Parfaitement ! Regarde les Européens. Ils ont compris, eux ! Ils n’utilisent plus nos trucs qui déconnent. On l’a bien cherché. Aujourd’hui on paie. Tu veux un peu de philosophie ? Tiens : toutes ces phrases à la con, genre, I have a dream, Make America Great Again. Débile ! Tiens, mélange les deux, tout le monde applaudit. Y compris les manchots de Baltimore.

— Tu dérailles, mon gars. Reste cool. Allez, à tout à l’heure.

Allan ne sait plus trop ce qu’il fait. Chargeant toujours les mêmes mises à jour, espérant que, comme par magie, ce coup-ci ça fonctionnera. Des heures passent à brancher, débrancher, éteindre, allumer, formater, charger, écraser. Bref, une soupe d’action dont il serait impossible de répéter la recette.

— Alors, grand chef, ça marche ?

— Ouais, ça fonctionne.

— T’as fait quoi ?

— J’ai supprimé les filtres fabriqués par l’IA, et laissé les autres, de toute façon plus personne ne comprend rien là-dedans, c’est trop complexe. Un merdier sans nom.

— C’est tout ?

— Non, ensuite je lui ai foutu une bonne vieille clé USB dans le cul et injecté un nouveau micro-BIOS, version Sainte-Marie 3.0.

— Tu vois, quand je te dis que t’es un philosophe. Allez, va pioncer, tu l’as mérité.

— Ouais, ciao. Un jour, je ne pourrai pas sauver vos fesses.

Allan jette sa blouse. Dernier élan.

Partir. Loin, et vite.

Le gardien observe Allan. Il comprend tout de suite ce besoin de fuir.

Il compatit. C’est vrai, Allan a morflé, mais comment faire autrement ?

Les matons, c’est du bon côté de la grille, non ?

Allan pousse la porte de l’entrée principale, quand les sirènes se mettent à hurler.

Cette synchronisation parfaite le fige.

Impossible ! Quelqu’un l’observe.

On joue avec ses nerfs.

Il sait ce que ça veut dire.

Retourner au sous-sol.

Faire semblant de savoir ce qu’il fera.

Il a horreur de ça.

Revenant sur ses pas, un gardien lui barre la route.

— Allan, rentre chez toi.

— Quoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ?

— C’est fini.

— Qu’est-ce qui est fini ?

— Le service. La direction abandonne. On ferme tout. Tu devrais être content, t’es libéré.

— On peut encore sauvegarder les datas ! Les restaurer plus tard, quand on aura modifié les filtres !

— Non ! Qu’est-ce que t’as pas compris quand je te dis c’est fini ? Là-haut, ils veulent plus dépenser un dollar de plus. Leur seule préoccupation maintenant, c’est de sauver les meubles. Alors, barre-toi.

Déjà, quelques lumières s’éteignent.

C’est la première fois.

Cette blancheur intense, presque clinique, qui illuminait tout le complexe — fierté de la direction — n’existe plus.

Une idée lui traverse l’esprit : réorganiser les lettres fièrement affichées sur ces monstres numériques.

À quoi bon, bientôt, il n’y en aura plus assez pour former une syllabe.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Adam ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0