Maxime Marchand - Cévennes - 22 juin 2031 - 15h30

3 minutes de lecture

Max contemple le trou béant à ses pieds. La terre a vite laissé place à la roche. Grâce au ravin, il a pu disperser les déblais. Des mètres cubes arrachés au sol, déversés petit à petit dans la pente. Dilués dans la nature. Pas de trace, pas de monticule suspect. Personne ne remarquera rien.

L'abri souterrain est prêt. Quelques mètres cubes, pas plus. Juste assez pour dormir serré à trois, stocker l'essentiel. Ils sont à cinq minutes d'un point d'eau. Ils ont emporté de quoi tenir au moins un an. Des conserves, des médicaments, des vêtements chauds. Des livres, surtout des livres. C'est important pour tuer le temps, continuer à s'instruire, apprendre à survivre.

Claire range les dernières caisses. Son mari a enterré un petit poêle et le conduit d'évacuation sur quelques mètres. La fumée sortira dans un tas de pierres, loin de l'entrée. Discret.

— Je sais, c'est étroit. Mais je continuerai à creuser quand je reviendrai. Tu verras chérie, on sera bien.

La petite Lise joue avec un bâton près de l'entrée.

Le panneau solaire est installé discrètement. De quoi recharger les batteries, alimenter les lampes LED.

Max passe une dernière fois devant le robot. Il sourit. L'un des robots coupables du grand changement sera le gardien d'une vie ressemblant au siècle dernier. Un vieux modèle de surveillance, complètement démantelé. Plus de connexion, plus de tracking, plus de mouchards. Il n’a gardé que les capteurs et la caméra. Bricolé un système d'alerte artisanal. Si quelqu'un s'approche à moins de cinquante mètres, une LED s'allume dans l'abri. Pour Claire, ça ne change rien : il reste ce qu’il est. Alors, il lui a promis qu’ensemble, ils y colleraient les stickers de Lise pour le rendre moins effrayant.

— Papa, on va vraiment vivre là-dedans ?

— Oui ma puce. Pendant un moment.

— C'est à cause des listes ?

Il se fige. Claire lève les yeux.

— Qui t'a parlé des listes ?

— À l’école. Avant qu'on parte. Des copains disaient que leurs papas étaient partis et revenaient plus.

Claire s'approche, s'accroupit.

— Oui, ma chérie. C'est à cause des listes. Mais nous, on est partis avant. Ton papa ne sera jamais sur une liste.

— C'est pour ça qu'on se cache ?

— On ne se cache pas. On vit différemment. Loin de tout.

Max reprend :

— Tu sais, ma puce, papa a un métier très recherché.

— Automaticien ?

— Oui, ils veulent que je travaille pour eux. Mais moi, je veux rester avec vous.

Lise hoche la tête, pas sûre de tout comprendre.

— Et l'hiver ? On va avoir froid ?

— Non. On a tout prévu. Du bois, des couvertures, tes doudous. Tout ira bien.

Max regarde Claire.

— Tu crois qu'on a bien fait ?

— On n’avait pas le choix. Tu sais ce qui arrive à ceux qui sont réquisitionnés. Ils disparaissent. Pendant des mois. D'autres ne reviennent jamais.

— Ouais. Si seulement on savait ce qu'ils deviennent.

— On ne sait pas ! Alors oui, on a bien fait.

Ils continuent à ranger en silence.

Le soir tombe. Max vérifie une dernière fois l'abri. Tout est en ordre.

— Bon, il faut que j'y aille. Je dois ramener la voiture.

Claire se tend.

— Tu reviens quand ?

— Trois jours. Peut-être quatre. Le temps de faire le trajet, de garer la voiture devant la maison, et de revenir à pied jusqu'ici. Il ne faut pas laisser de traces.

— Tu vas faire attention ?

— Évidemment. Je prends les petites routes. Personne ne remarquera rien. Si on contrôle les plaques, ils croiront la maison encore habitée.

Lise arrive en courant.

— Papa, tu pars ?

— Oui ma puce. Mais je reviens vite.

— Promis ?

Il hésite une fraction de seconde.

— Promis.

Il embrasse Claire, serre Lise dans ses bras. Se retourne, indécis, puis prend la route pour récupérer la voiture à quelques kilomètres.

Claire et Lise le regardent partir. La petite demande :

— On fait quoi en attendant ?

— On attend. On se prépare. Ton papa va revenir.

Trois jours, pense Claire. Peut-être quatre.

Pourvu qu'il ne lui arrive rien !

Max est dans la voiture, prêt à démarrer, lorsqu’il entend l’arrivée d’un nouveau message sur son portable, volontairement laissé sur le siège passager :

[] : Si tu te caches avec ta famille, je ne pourrai pas vous aider.

Max ignore le message et démarre. Il roule longtemps, les yeux fixés sur le bitume, s'éloignant kilomètre après kilomètre de sa famille. Arrivé sur la nationale, il baisse la vitre et balance le téléphone dans le fossé.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Vous aimez lire Adam ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0