Chapitre 9 : Donne-moi les clés
— Chef, venez voir.
— Qu'est-ce qu'il se passe ?
— J'essaie d'enregistrer les coordonnées des mouvements à Berlin, mais d'autres fichiers s'inscrivent à la place.
— Quels fichiers ?
— Des vidéos. Interrogatoires, bilans… toutes sortes de données.
— Et alors ? Recommence.
— J'ai changé de clés, chef. Elles sont neuves. Rien n'y fait.
— Montre.
Un listing apparaît à l'écran. Les noms sont explicites. L'opérateur ouvre quelques fichiers, puis se tait. Le chef fronce les sourcils.
— Ce n'est pas notre domaine. Efface-moi ça.
— J'ai essayé. Ça ne s'efface pas.
— Dans ce cas, tu connais la procédure : à l'incinérateur. Cramez-les.
— J’y vais, chef.
Tom et Lili sont dans les sous-sols du bâtiment. Renko est bâillonné, les mains fermement liées par un tissu. Un bruit approche. La chaleur anormale indique qu’ils sont probablement à proximité d'une chaudière. Un homme se tient devant l’incinérateur.
Lili ne lui laisse pas le temps de se retourner : elle fait une boucle avec un câble, le glisse autour du cou de l'homme et tire. Le type se débat, son visage vire au rouge, puis au violacé, puis s'effondre, immobile.
Des clés USB traînent au sol. Elle les ramasse. Détruire des fichiers. Ils doivent sûrement être sensibles.
Lili ordonne au jeune de leur montrer le chemin vers les geôles. Renko obtempère sans broncher. Quelques couloirs plus loin, une succession de portes se présente.
— La petite, elle est où ?
Il pointe une porte d'un mouvement de tête. Elle passe son badge. La porte s'ouvre. Lindsay est là. Couchée sur une banquette. La lumière est faible. Elle met le doigt sur sa bouche pour lui signaler de garder le silence. Lindsay a compris. Elle doit se retenir pour ne pas crier. Elle se jette dans ses bras. Les larmes coulent. Tom comprend, il a attendu, mais il doit intervenir, ne pas perdre de temps. Il pose le bras sur l'épaule de Lili. Elle se reprend et se redresse.
— Rentre là-dedans. Tu vois, je tiens parole. Tu restes en vie.
Le gardien hésite. Elle le bouscule.
— Avance !
Il entre dans la cellule. Renko prend la place de Lindsay. Lili referme la porte et la verrouille. Ils retournent sur leur pas. Tom prend Lindsay dans ses bras pour qu'elle ne voie pas le type mort traînant au sol. Ils s'arrêtent devant la petite porte de service. Le courant d'air est libérateur.
— Chef, venez voir ! hurle un surveillant.
— Quoi ?
— Intrus à la porte principale !
Le chef se rue sur les moniteurs. Des silhouettes bougent devant l'entrée.
— Déclenche l'alarme ! ordonne-t-il.
L'opérateur appuie sur le bouton rouge. Une sirène monte, rauque. Les gardiens se ruent vers la sortie.
— Porte principale, trois individus. Ramenez-les. Vivants ou morts, je m'en branle.
Le trio prend la fuite. Lili reste en retrait, arme sortie, tournant la tête sans cesse, prête à tirer. Au loin, vers la grande porte, l'agitation est intense : lampes, hurlements, ordres criés. Mais rien ne vient dans leur direction. Pas le moment d'y réfléchir. Il faut s'éloigner, vite.
La nuit est tombée. Plus assez de luminosité pour avancer sans trébucher. Ils décident de se poser. L’air est frais, l'humidité n'arrange rien, mais ils doivent rester là, dans cette végétation dense pour ne pas être vus. Ils s'endorment avec les quelques vêtements supplémentaires qu'ils ont dans leur sac. Lindsay et Lili collées l'une à l'autre.
Le soleil n'arrive pas à percer les feuillages. Tom est debout, adossé à un arbre, les yeux fatigués. Lindsay se défait des bras de Lili, bâille. Regarde Tom.
— J'ai faim.
— OK, attends, je regarde ce qu'il nous reste. J'ai encore des gâteaux, ça te va ? Ils sont probablement mous, mais je n'ai plus que ça. Ou alors j'ai des sardines.
— Je vais prendre les gâteaux.
— T'es sûre, les sardines ça t'intéresse pas ?
— Non.
Tom a réussi à lui arracher un sourire. C'est un bon début. Il faut absolument trouver pour les jours à venir des provisions. Eux ça va. Mais la petite… Lili ouvre les yeux, elle les a entendus parler. Entendre Lindsay lui fait du bien. Elle l'a enfin retrouvée. Elle se redresse doucement.
— Merci Tom.
— Pourquoi ? Bien dormi ?
— Oui et toi ?
— Oui, avec mon ange dans les bras, difficile d'être mieux.
— Merci pour quoi ?
— Pour ton aide. Lindsay est là grâce à toi. Merci d'avoir veillé sur nous cette nuit. Je le vois, tu n'as pas dormi. On peut se poser une journée, si tu veux. On l'a tous bien mérité.
— On a encore beaucoup à faire. Trouver un lieu sûr, de la nourriture. Et… décider ce que l'on fait après.
— Ce que l'on fait après ?
— Oui, nos chemins se séparent ?
— Sûrement pas ! Enfin j'en ai pas envie. Faisons le bilan de ce qui nous reste, et ensuite on décide.
— Regarde, une petite bouteille d'eau, quatre boîtes de sardines. Et toi ?
— Euh… une boîte de thon, deux bouteilles d'eau.
— Tu vois, on ne peut pas rester là. La petite, elle doit avoir un petit déj', un repas midi et soir. Un goûter, merde.
— Lindsay, tu sais qu'avec Tom, on a fait un accord. Celui qui dit un gros mot, il doit un euro. Tom ne m'a encore rien donné. Tu veux bien tenir la cagnotte ?
— Oui, on va gagner plein d'argent.
— Tu vois, Lindsay t'a déjà cerné.
Ils rient. Tom pense que c'est peut-être une bonne façon d'occuper Lindsay. Enfin, il doit peser ses mots. L'ambiance est presque bon enfant, s'il n'y avait le risque de s'affaiblir de faim, bientôt de froid. Ils décident de se rendre vers le local de l'OS. Peut-être qu'ils pourront les aider. Mais dans l'urgence, il faut décider. Reprendre à nouveau la route. La marche est longue. Plusieurs heures sous un soleil de plomb. Lindsay ne dit rien, accrochée à Lili. Tom ferme la marche, scrutant régulièrement derrière eux. Personne ne les suit. Pour l'instant.

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