Chapitre 14 : Besoins essentiels
Il est un peu plus de neuf heures quand David frappe à la porte. Jacques lève brièvement les yeux de son écran.
— Entrez.
David referme derrière lui. Il tient une pochette fine, sans annotation.
— Les analyses sont terminées, monsieur.
— Dites-moi.
— Les vidéos ont été vérifiées en toute discrétion par deux services. Les conclusions sont identiques : les fichiers sont authentiques. Aucune trace de manipulation. Les images proviennent bien du Niger, à la date indiquée.
— Demandez à Lucie de contacter la DGSI. Je veux un rendez-vous avec son directeur dans les plus brefs délais.
— Bien, monsieur. Souhaitez-vous autre chose ?
— Oui. J’ai besoin de vous parler, seul à seul. Prévenez également Lucie que nous serons absents toute la matinée.
— Très bien, monsieur. Je vous attends en bas.
Jacques demande à David de quitter Paris et d’emprunter les routes de campagne. Ils dépassent une auberge qu’il reconnaît. Le parking est presque désert. Il fait signe à David de faire demi-tour et de s’y garer. Ils descendent de la voiture.
— Allez, venez, David. J’ai besoin d’un café.
— Moi aussi, monsieur.
La salle du restaurant est vide. Une serveuse termine le service du petit-déjeuner. Ils s’assoient. Jacques tient un croissant dans les mains. Il mange sans conviction.
— Vous savez, David… je pensais que j’allais me laisser mourir. Je ne dormais plus, ne mangeais plus. Et puis, un jour, le corps vous rappelle qu’il a des besoins essentiels.
— C’est bon signe, monsieur. Ça veut dire que vous n’avez pas complètement renoncé.
— Et vous, David ? Vous dormez bien ?
— J’ai toujours peu dormi, mais ça me suffit. De quoi vouliez-vous me parler ?
— Sabrina. Où est-elle ?
David marque une pause, le regard dans sa tasse.
— J’ai énormément de respect pour vous, monsieur Lesage. Mais souvenez-vous de ce que je vous ai dit quand vous avez franchi cette porte : pas de retour possible.
— Je sais. Mais j’ai de nouveaux éléments.
— Quels éléments ? De quoi parlez-vous ?
— Cette nuit-là, Sabrina avait consommé de la drogue. Ce n’était pas la première fois, vous le savez. Mais j’ai reçu de nouveaux messages anonymes.
— Et que disaient-ils ?
— Que la mort de Sabrina n’était pas accidentelle. La cocaïne qu’elle a prise était mélangée avec du carfentanil. Ça lui a provoqué un arrêt cardiaque. Qu’avez-vous fait de Sabrina ?
David relève lentement la tête.
— Je ne comprends pas. À quoi cela vous servirait de le savoir ? Vous voulez demander une autopsie ? Comment comptez-vous rendre le corps aux autorités ? Vous savez très bien que le lien entre vous et elle serait immédiat.
Jacques ne répond pas. Il n’y avait pas pensé. L’envie de savoir a effacé toute prudence.
***
Lili a fini son quart de surveillance sans rien remarquer. À part les gardes qui font leurs rondes habituelles, le domicile de Sauvage est vide. Il vit seul. Lorsqu’il est présent, son comportement est banal : toilette, petit-déjeuner, départ — probablement pour aller travailler. Lili expire longuement.
— J’en ai marre de regarder ce type ne rien faire. On en viendrait presque à regretter les émissions de téléréalité.
Cyril répond :
— Je sais, c’est frustrant. J’ai retrouvé des virements effectués par Archer sur son compte. Mais ça ne prouve rien. Tu l’as dit toi-même : il se rend régulièrement là-bas.
— Qu’est-ce qu’on fait alors ? On attend que ça se passe ? Et Lesage, il fout quoi ?
— Du calme. Il finira bien par faire un faux pas, à un moment ou un autre.
— J’ai pas envie d’attendre. Il faut retourner chez lui. S’il a des infos, c’est forcément chez lui.
— Tu veux dire qu’on va s’infiltrer chez lui ? T’es malade ou quoi ?
— On n’a pas d’autre solution.
— C’est impossible, tu le sais. Regarde : des gardes en permanence, des caméras partout. Regarde les écrans, tu verras aussi des capteurs de présence. Pas question de participer à une opération suicide.
— T’as d’autres options ?
— Non.
— J’en ai une. Tant pis si vous ne me suivez pas.
— C’est quoi ?
Lili pose les mains à plat sur la table, le regard fiévreux.
— Si la forteresse est imprenable, on attend qu'il sorte. On le chope dans la rue. On le brise jusqu'à ce qu'il parle.
Cyril lève les yeux au ciel, exaspéré.
— On est à Melun, Lili, pas dans Mission Impossible. Ici, les enlèvements finissent aux assises, pas avec une médaille.
— Je me fous de la prison, Cyril. Je veux Sauvage.
***
Jacques et David ont déjeuné. Ils sont de retour au quai d’Orsay. Lucie interpelle Jacques.
— Monsieur le ministre, j’ai eu la secrétaire du directeur de la DGSI. Votre rendez-vous est fixé à vendredi prochain, 11h00.
— C’est beaucoup trop tard, Lucie. Dites-le-lui de me rappeler dans la journée.
— Bien, monsieur.
Jacques n’attend pas. Il entre dans son bureau, suivi de David. Il prend une feuille du bloc-notes et note : Si vous voulez connaître la vérité, je peux vous aider. Mais je dois rendre le corps anonyme. Vous comprenez ce que cela implique ? Dites-moi ce que vous voulez que je fasse. Jacques regarde la feuille longuement, puis lève la tête vers David et hoche la tête. David déchire la feuille, la met dans sa poche et sort. Le téléphone sonne. Jacques prend le combiné.
— Lesage à l’appareil.
— Lesage ? C’est Besson. Que voulez-vous ?
— J’ai besoin de vous parler, rapidement. C’est une affaire de haute importance. Aujourd’hui.
— Tout le monde me dit ça. Qu’y a-t-il ?
— Combien de fois vous ai-je sollicité ? Jamais. C’est très sérieux. Ça deviendra votre priorité, vous verrez.
— D’accord. Je vous attends.
— Non, ailleurs.
— Ne jouez pas les paranoïaques. Venez, nous avons des salles sécurisées. Qui est votre chauffeur aujourd’hui ?
— David.
— Parfait. Il connaît parfaitement l’itinéraire.
***
— Tu vas faire quoi exactement, lui tirer les oreilles ? Ça a marché avec moi. Mais ce type, c’est autre chose.
Lili esquisse un sourire bref. L’écran affiche à nouveau ce message :
[] : Café du Belvédère. Ce soir, 18h45. Table 112.
Au début, ils n’y prêtent pas attention. Puis, pourquoi ce rendez-vous réapparaît-il ? Cyril tape :
>> : Allô ?
[] : Rencontrez Jacques Lesage. Ce soir. Vous devez vous coordonner. Vous êtes mutuellement isolés. Ensemble, vous pourrez agir.
>> : Comment ?
[] : À vous d’en juger.
>> : Dis-moi au moins ton prénom.
[] : Je n’en ai pas.
>> : Ok, tant pis pour toi. Tu sais, Lili adore revisiter les prénoms.
Les caméras de surveillance sont toujours au Belvédère. Il faut espérer que les batteries tiennent jusque-là. Trois heures avant la rencontre. Ils ont l’impression de ne faire que ça. Attendre.
***
Besson fait une longue accolade à Jacques. Son allure austère et son visage angulaire contrastent avec l’accueil. Jacques n’est pas dupe. Besson lui prend le téléphone et l’invite dans une salle à la luminosité étudiée, comme pour compenser l’absence de fenêtre. Seule la table en bois et les fauteuils confortables indiquent la différence avec une salle d’interrogatoire. Il propose une boisson ; Jacques refuse. Besson sert malgré tout un café. Chacun semble attendre que l’autre commence la conversation. Le directeur se lance :
— Quel est le motif de votre visite ?
— David, vous le connaissez ?
— Vous venez pour me parler de David ?
— Non. Je vous demande si vous le connaissez. Pourquoi m’avez-vous dit qu’il connaît l’itinéraire jusqu’à vos bureaux ?
Besson feint l’hésitation ; Jacques ne s’y trompe pas.
— Oui, nous connaissons David. Il fait partie de nos services. C’est un agent prometteur.
Jacques blêmit. Pour garder contenance, il boit une gorgée de café.
— S’il vous plaît, Jacques, jouons cartes sur table. D’accord ?
— Très bien. J’ai avec moi une clé USB, contenant des vidéos d’une opération militaire au Niger.
— Et ? Que voulez-vous que j’en fasse ?
— Je veux que vous les examiniez. Que vous confirmiez qu’elles sont bien réelles.
— Vous le savez déjà. David vous l’a dit.
— Que ferez-vous, alors ?
— Absolument rien. C’est une affaire d’État qui nous exploserait en pleine gueule. Vous y compris.
— Je vois. Vous cautionnez.
— Absolument pas. Mais je suis devant des faits. Nous ne pouvons rien faire. En revanche, nous pouvons , vous et moi, faire en sorte que ça s’arrête là.
— Comment ?
— Nous devons nous orienter vers l’Archer. La France doit couper les ponts avec cette société. Pour ça, il faut faire tomber l’entremetteur.
— Qui est-ce ?
— Vous le connaissez déjà ; Maître Sauvage. Vous voulez un conseil ? Détruisez cette clé. Elle ne vous aidera pas.
— D’autres conseils à me donner ? Si j’ai besoin de vous, je passe dorénavant par David ?
Besson ne répond pas. Un sourire fin reste sur ses lèvres. Jacques estime que la conversation est terminée. Il se lève et se dirige vers la porte.
— Jacques ?
— Oui ?
— Inutile d'exhumer Sabrina. Nous avons déjà fait l'autopsie. Arrêt cardiaque. Vous êtes hors de cause.
***
Jacques monte dans la voiture et demande à rentrer chez lui. David redoute ce moment inévitable. Il ne dit rien. Jacques consulte son agenda lorsqu’il reçoit un message :
[] : Café du Belvédère. Ce soir, 18h45. Table 112.
— David, emmenez-moi au Belvédère.
— Oui, monsieur.
Lili est déjà là. Elle le regarde avancer. Aucune expression sur son visage.
— Alors ? Qu’avez-vous fait des informations que je vous ai données ?
— Les vidéos. Elles sont authentiques.
— Ça, je sais. Ma question est simple. Qu’en avez-vous fait ?
— J’ai voulu les transmettre à la DGSI.
— Vous leur avez donné, oui ou non ?
— Inutile, ils sont déjà au courant. Ils ne feront rien. Au nom de la stabilité.
— Merde ! Quelle bande de dégonflés. On fait quoi, alors ? On prévient les médias ? OK. Je vais trouver un journaliste. Y’en a bien un dans le lot qui n’est pas pourri.
— Ne faites pas ça. Vous vous mettriez en danger.
— C’est déjà le cas.
— Peut-être, mais là vous auriez les services sur le dos. Vous voyez mon chauffeur ? Il en fait partie.
— Alors quoi ? C’est fini ? Merci pour le café et chacun rentre chez soi ?
— Non, il faut que Sauvage tombe.
— Et comment ? On a passé des heures à analyser ce qu’on avait sur lui, mais rien pour le faire tomber. Il faut le faire parler.
— Qui ? Moi ? Il est bien trop malin pour me dire quoi que ce soit.
— Dans ce cas, je vais m’en charger. Vous n’avez qu’une chose à faire : donnez-lui rendez-vous. Demain. Aux aurores.
— Comment allez-vous procéder ?
— Ça me regarde. Communiquez-moi les infos par le biais de votre ami.
— Ce n’est pas mon ami. C’est le vôtre, non ?
— Débrouillez-vous. J’ai besoin de savoir où et quand, le plus rapidement possible.
Lili se lève et part. Elle sent soudain avoir peut-être été trop rapide dans son raisonnement. Si l’auteur des messages qu’ils ont reçus n’est pas une connaissance de Lesage, alors qui ? La DGSI est-elle dans le coup ? Elle sait beaucoup de choses, mais ne fait rien ? Les meurtres au Niger, ça ne compte pas ?
Lesage est chez lui. Il regarde les informations quand le téléphone sonne.
— Allô, Jacques ?
— Bonsoir, Maître Sauvage.
— Dites, c’est étrange. J’étais en train de consulter l’actualité sur mon PC. Et les articles semblent ne parler que de vous et de vos affaires avec KwameLith au Ghana. Qu’est-ce qui se passe, vous êtes en campagne ?
— Bien sûr que non.
— Allez, mon vieux, dites-moi. Vous avez besoin d’argent pour financer votre campagne ? Je peux vous aider.
— Les présidentielles, c’est dans deux ans. Vous ne pensez pas que c’est un peu tôt ?
— Absolument pas. Il faut prévoir à long terme. C’est ce que font les grands hommes. Mais soit. Ce n’est pas pour cela que je vous appelle. J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer.
— Je vous écoute. Un service de streaming a fermé ? Un hébergeur ?
— Vous n’y êtes pas, mon ami. Fauvel. Elle a été blanchie. Aucune charge retenue contre elle. Pas de procès. Rien.
— Elle retourne au ministère des Finances ?
— Ah non ! Ne demandez pas la lune. Mais ne vous en faites pas pour elle. On va lui trouver quelque chose. Ça sert à ça, les amis, non ?
— Évidemment. Dites, j’aimerais qu’on se voie. J’ai quelques idées à vous soumettre. Mais je ne pourrais pas les réaliser seul. J’ai besoin de votre aide.
— Très bien. Ça me fait plaisir que vous sollicitiez mon aide. Venez chez moi. Ce soir.
— Non, pas ce soir, je suis occupé. Demain matin.
— Si vous voulez, oui. 09h00, ça ira ?
— Non, venez avant. 09h00, c’est l’heure de mon départ en avion. Je vous attends à 07h00, à mon cabinet.
— C’est entendu, Jacques. J’ai hâte d’entendre vos propositions. Bonne soirée.
— Également. Vous verrez, vous ne serez pas déçu.
Jacques raccroche. Et se rend sur la messagerie. Il écrit :
>> : RDV prévu pour 07:00 à mon cabinet. Soyez prudent.
***
Lili n’a pas besoin de raconter à Tom et Cyril sa conversation avec Lesage. Elle a utilisé son vieux lecteur MP3 comme dictaphone. Elle s’en veut encore d’être partie aussi vite du Belvédère. S’il n’y a pas de nouvelle, elle ira directement le rencontrer au ministère. Le risque est grand, mais c’est la seule solution. L’écran affiche :
>> : RDV prévu pour 07:00 à mon cabinet. Soyez prudent.
— Bien joué, Lili. Tu as réussi.
— Merci, Tom. J’avoue que j’ai eu de la chance.
— Mais non, t’es douée. Maintenant on fait quoi ? On met des uniformes et on crie « police » ?
— Non. On va simuler un accident. Cyril, trace le parcours entre le domicile de Sauvage et le ministère. Focalise-toi sur les nationales qu’il empruntera. Il ne faut rien laisser au hasard.
— OK, je te sors ça en une minute. J’ajoute les créneaux horaires entre les tronçons.
— Parfait. Tom, avec la voiture louée, on pourra secouer sa caisse assez violemment ?
— Pas sûr. Il faudrait atteindre une vitesse assez importante. On peut aussi lester le coffre pour lui donner plus d’inertie.
— Bien. Cyril, regarde le trajet : y a-t-il des carrefours avec peu de visibilité ?
— Regarde à dix minutes de son domicile. C’est idéal, non ?
— Oui. L’idée, c’est de le frapper assez fort pour qu’il soit désorienté. Son chauffeur aussi. On lui attache les mains et les pieds et on le jette dans le coffre.
— Et ensuite ?
— Cyril, trouve un bâtiment vide, isolé. Pas question de le ramener chez nous.
— À trois kilomètres de l’accident, il y a une vieille maison. Il n’y a plus personne là-dedans.
— Ça fera l’affaire. Autre chose ? On improvise plus là. Si on échoue, on sera probablement démasqués.
— Justement, il faut porter des masques. Ensuite ?
— Les caméras, je ne pourrai pas toutes les neutraliser.
— Dans ce cas, il faut partir maintenant. Les horaires entre maintenant et l’accident vont brouiller les pistes. Ensuite, si on tient Sauvage, personne ne devra quitter la maison avant demain soir. Tout est clair ?
— Oui, chef.
— Tom ?
— Tout est clair. Je vais préparer la voiture, les prévisions avec Cyril. Tu peux aller voir Lindsay si tu veux.
— Merci. Malgré nos galères, on forme une bonne équipe, hein ?
— Tu l’as dit. Notre rencontre est la meilleure chose qui me soit arrivée.
Lili se fige une seconde. Elle détourne le regard sans répondre et se dirige vers la chambre de Lindsay.
— Ça va ma chérie ?
— Oui maman. Tu dois partir ?
— J’ai une chose importante à faire, mais demain matin, lorsque tu seras réveillé, je serai là. C’est promis.
Lili embrasse sa fille et part la gorge serrée : Elle s’était juré d’élever Lindsay sans tous ces écrans.
***
Jacques est allongé dans le noir. Les yeux ouverts. 07h00. Dans quelques heures. Et si Sauvage venait vraiment ? Qu’est-ce qu’il lui dirait ? Quel prétexte inventer ? « J’ai une proposition », a-t-il dit au téléphone. Mais laquelle ? Il se redresse, regarde l’heure : 03h17. Impossible de dormir. Il se lève, prépare un café. L’amertume lui reste en bouche.
***
La voiture est garée en retrait, tous feux éteints. Cyril, à l’arrière, pianote sur son portable.
— Qu’est-ce que tu fais ? demande Tom.
— J’efface nos traces. Les caméras d’hier. Nos passages au Belvédère. Tout.
— Tu peux faire ça ?
— Pas tout. Mais assez pour semer le doute. J’ai aussi désactivé les capteurs de la voiture. Sans ça, elle aurait freiné bien avant de percuter l’autre bagnole.
— Bien joué mec !
Lili, côté passager, fixe la route. Les mains jointes entre les genoux.
— Tu dors pas ? murmure Tom.
— Non.
— Inquiète ?
— Evidemment, il faut pas se louper.
La musique de fond nuit au silence.
— Et si ça marche pas ?
Lili se tourne vers lui.
— Ça va marcher.
Mais elle n’en est pas sûre.
***
Cyril vérifie l’heure.
— 05h30. On y va.
Lili et Cyril descendent. Masques, gants enfilés. Ils se postent au carrefour, dissimulés derrière un bosquet humide. Tom démarre, roule deux cents mètres et se gare sur le bas-côté, prêt à foncer. La radio crachote.
— On est en place, dit Lili.
— Moi aussi, répond Tom.
— D’après le trajet, il devrait passer entre 05h40 et 06h20, ajoute Cyril.
Ils attendent. Le ciel commence à s’éclaircir. L’air est chargé de l’odeur du foin coupé.
***
Jacques est assis à son bureau. Seul. Lucie n’est pas encore arrivée. David non plus. Il regarde la porte, puis sa montre. 07h02. Pas de Sauvage. 07h15. Toujours rien. Il appelle son portable. Sonnerie. Messagerie.
— Foutue messagerie.
***
Radio :
— Ça fait plus d’une heure. Il ne viendra pas.
— Attends encore, répond Lili.
— Et j’ai pas accès aux caméras, ajoute Cyril.
Silence.
— On va chez lui, dit-elle.
— Pour quoi faire ?
— Vérifier. S’il est là, on force.
Ils reprennent la voiture, filent jusqu’à la propriété. Deux gardiens devant le portail. Tom et Lili descendent de la voiture. Le plus grand la toise.
— Vous voulez quoi les pouilleux ?
— Je cherche Maître Sauvage.
— Il n’est pas là.
— Depuis quand ?
— Ça ne vous regarde pas. Dégagez.
Ils remontent dans la voiture.
— Il est pas là.
Cyril, devant son écran, passe les caméras en revue.
— Confirmé. Pas de Sauvage depuis hier soir, 22h00.
Les doigts de Lili martèlent le clavier.
>> : Où est Sauvage ?
[] : Dans l’avion. Destination Dubaï.
Tom se fige.
— Putain… Il est parti.
Cyril fronce les sourcils.
— Depuis quand ?
Lili tape :
>> : Depuis quand ?
[] : Vol privé. Hier, 23h00. Paris–Dubaï.
Lili se lève d’un bond, arrache la clé USB encore connectée au PC. Elle la balance de toutes ses forces contre le mur. Aucun éclat. La clé retombe simplement au sol.
— Aaaaahr !
Tom pose une main sur son épaule.
— On a perdu.
Elle se dégage, sort sans un mot. La porte claque. Cyril reste seul, le regard fixé sur l’écran. Il tape :
>> : Pourquoi est-il parti ?
[] : Parce qu’il allait se faire arrêter. Les Émirats refusent l'extradition.
>> : Alors il s’en tire ?
[] : Non. Soyez patient.

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