Chapitre 22 : Feu vert

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Banlieue Parisienne – 19h12

Greg est assis dans sa voiture, sur le parking souterrain du siège de Cali Prix à La Défense. Ses mains ne tremblent plus. Il caresse le volant, le regard vide, fixé sur l'horloge digitale du tableau de bord. À côté de lui, le sac de sport. À l'intérieur, ce n'est plus la bombe d’amateur qu'il a bricolée. C'est un dispositif livré anonymement pièce par pièce, assemblé selon des plans qui dépassent son entendement. Son téléphone, posé sur le tableau de bord, s'allume. Pas de sonnerie. Pas de texte. Juste un écran vert. Uni. Le signal. Greg prend le sac, sort de la voiture et se dirige vers l'ascenseur de service. Il sait que le code fonctionnera. Phantom lui a tout donné.

***

Montréal – 13h12

Spencer ajuste son masque à gaz. Il est au sous-sol du centre de données principal de la province. Autour de lui, le ronronnement assourdissant des serveurs qui hébergent les données fiscales de millions de Canadiens. Il tient deux bidons. Le mélange n'est plus une boule puante. C'est un corrosif industriel capable de bouffer les circuits imprimés en quelques secondes. Son téléphone vibre contre sa cuisse. Il le sort. Écran vert. Il dévisse les bouchons.

***

Samira, Tanger, Maroc – 18h12 – FEU VERT

Lars, Hambourg, Allemagne – 19h12 – FEU VERT

Kenji, Tokyo, Japon – 02h12 – FEU VERT

Elena, Francfort, Allemagne – 19h12 – FEU VERT

Mateo, São Paulo, Brésil – 14h12 – FEU VERT

Sarah, Londres, Royaume-Uni – 18h12 – FEU VERT

Youssef au Caire. Wei à Shanghai. Igor à Moscou. John à New York.

214 téléphones s'allument à la même seconde. 214 feux verts, 214 actes enragés. Personne n'hésite. 214 missions réussies.

DGSI – 19h15

Le téléphone rouge sur le bureau de Besson sonne. Une sonnerie stridente, celle des urgences absolues. David, assis à son box d'analyste, lève les yeux de ses dossiers. Le plateau opérationnel se fige. Besson décroche, écoute quelques secondes, et son visage devient gris. Il raccroche et sort en trombe.

— Alerte niveau 1 ! Explosion à La Défense. Siège de Cali Prix. C’est confirmé.

Le chaos s’empare du plateau. Les téléphones se mettent à crépiter, les écrans sont basculés sur les caméras de surveillance urbaine. On voit de la fumée noire s'élever au-dessus de l'Esplanade. David ne bouge pas tout de suite. Il observe l'agitation. Besson hurle des ordres, mobilisant chaque agent disponible pour traquer les réseaux terroristes habituels. David se permet un imperceptible relâchement d'épaules. C'est le chaos, pense-t-il. Personne ne va regarder ce que je fais pendant les prochaines heures. Besson a d'autres chats à fouetter que de surveiller mon historique de navigation. Il se remet au travail, l'esprit plus clair. Le champ est libre.

***

QG de Lili et Cyril – 19h25

— Monte le son, dit Lili.

Tom augmente le volume de la petite télévision portable. « ...nous interrompons nos programmes. Une violente explosion vient de retentir dans le quartier d'affaires de La Défense. Selon les premières informations, le bâtiment était vide à cette heure. Les pompiers sont sur place... » Cyril se tourne vers ses amis, l'air grave.

— Vous avez vu ça ? Le monde part en vrille.

— Change de chaîne, je préfère les reportages animaliers.

Cyril met la chaîne suivante. Le bandeau jaune en bas de l'écran indique : ALERTE : INCENDIE MAJEUR À LONDRES.

Les images basculent. On voit la City, le cœur financier de l'Europe. Des flammes lèchent les fenêtres d'un gratte-ciel.

— C'est le London Stock Exchange, dit Cyril en tapant frénétiquement sur son clavier.

Lili s'approche de l'écran.

— Deux capitales en moins d'une heure ?

— Attends...

Cyril pointe une notification sur un réseau social.

— Explosion signalée sur le port de Hambourg. Déraillement d'un train de produits chimiques.

Ce n'est plus un fait divers. C’est une attaque d’envergure.

***

DGSI – 20h30

L'atmosphère a changé. La frénésie a laissé place à une lourdeur oppressante. Besson revient de la salle de crise, la cravate desserrée.

— Ce n'est pas fini, annonce-t-il à ses équipes. On vient de recevoir des signalements de Francfort et de Rome. Pannes massives. Sabotages.

Un murmure d'effroi parcourt la salle. David regarde la carte affichée sur le mur d'images. Des points rouges s'allument un à un en Europe.

— C'est coordonné, lance un analyste senior. La simultanéité est parfaite. C'est une attaque militaire ?

— On ne sait pas ! aboie Besson. Personne ne revendique. Les Russes nient, les Chinois sont silencieux. C'est le noir complet.

Un analyste se lève :

— Ce ne sont pas les Russes monsieur.

— Qu’en savez-vous ?

— J’ai noté trois attentats chez eux.

David voit la peur dans les yeux de ses collègues. Pour la première fois, ils ne comprennent pas l'ennemi. Ils cherchent une organisation, un drapeau. Il n'y en a pas.

***

Ministère de l'Intérieur – 21h00

Jacques Lesage est convoqué en urgence. La réunion de crise se tient dans le bunker souterrain. Le Premier ministre est livide. Autour de la table, les chefs des armées et du renseignement semblent perdus.

— Le bilan s'alourdit, annonce le ministre de l'Intérieur. Montréal, São Paulo, Tanger... C'est mondial.

Il projette une carte du monde. Elle est constellée d'incidents.

— Logistique, finance, énergie, télécoms. Ils visent les infrastructures critiques.

— Qui ça, "ils" ? demande Jacques, jouant son rôle.

— On a arrêté quelques suspects sur place, répond le directeur de la Police Nationale, en essuyant son front moite.

Il feuillette ses fiches, l'air incrédule.

— Des profils... incompréhensibles. Un ancien caissier à Paris. Un ingénieur sans histoire au Brésil. Une étudiante à Londres. Ils ne se connaissent pas. Ils n'ont aucune affiliation politique, religieuse, aucun casier.

Un silence glacial s'installe dans le bunker. Le Premier ministre se lève, les mains à plat sur la table.

— Nous ne pouvons pas attendre de comprendre. L'économie est en train de se figer. La panique gagne la population.

Il regarde ses ministres un à un.

— Je déclare l'état d'urgence absolu. Fermeture des frontières. Couvre-feu immédiat dans les grandes villes. L'armée est déployée pour sécuriser les points sensibles restants.

Le Premier ministre ose :

— On active le plan Sentinelle ?

Jacques a envie de lui broyer sa tête d’abruti. Il se contente de lui adresser un regard noir. Le chef du gouvernement comprend et se tait. L'État réagit exactement comme prévu : par la force, la fermeture, la peur. C'est un réflexe pavlovien. Il sort discrètement son téléphone sous la table. Pas de réseau. Ils ont coupé les communications pour éviter une "coordination terroriste".

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