Chapitre 23 : Solde : 0,00 €

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Bunker de l’Élysée – 22h15

L'atmosphère n'est plus électrique, elle est toxique. Le Président de la République, assis en bout de table, le visage cireux, fixe ses généraux.

— On ne négocie pas avec des terroristes ! martèle-t-il. C’est un groupe organisé. Ils ont des serveurs, ils ont des câbles. Trouvez-les et neutralisez-les !

Le Chef d’État-Major des Armées se racle la gorge.

— Monsieur le Président, nous avons identifié des flux entrants massifs. C'est une invasion numérique. Si nous voulons reprendre le contrôle, nous devons activer le protocole "Citadelle".

— Faites-le, ordonne le Président.

Le ministre de l'Économie se lève d'un bond, renversant sa chaise.

— Vous êtes fous ? "Citadelle", c'est la déconnexion totale du réseau français ! Si vous coupez les câbles sous-marins et les liaisons satellites, vous nous coupez du système bancaire mondial !

Il regarde le Président, suppliant.

— Monsieur, nos banques, nos entreprises... leurs données sont répliquées sur des serveurs à Francfort, à Londres, à New York. Si vous coupez le tuyau, vous tuez l'économie française instantanément. Plus de transactions, plus de vérifications de solde, plus rien. C'est un suicide !

Le Président se tourne vers lui, les yeux brillants d'une détermination désespérée.

— C'est déjà le chaos, monsieur le Ministre. Je préfère une France ruinée mais souveraine qu'une France contrôlée par des pirates.

Il se tourne vers le général.

— Coupez tout. Isolez l'Hexagone. Nous restaurerons les sauvegardes nationales plus tard.

Jacques, assis en retrait, observe la scène en silence. Il ne bouge pas, mais son esprit tourne à toute vitesse. Ils sont en train de se suicider, pense-t-il. Ils croient enfermer le loup dehors, mais le groupe qui nous attaque est déjà dans la bergerie. Il touche son téléphone dans sa poche. Inutile ici. Il faut qu'il sorte. Il doit contacter son "Allié". Celui qui a tué Sauvage. Lui seul a la puissance de feu pour arrêter cette folie ou contrer ces terroristes.

— Lancement de l’opération « Citadelle », annonce un technicien d'une voix blanche. Isolement des DNS nationaux... Fermeture des vannes physiques...

Sur l’écran géant, la courbe du trafic internet s'effondre. Une ligne plate. La France vient de se débrancher du monde. Le Président expire, croyant avoir gagné du temps.

— Voilà. Nous sommes en circuit fermé. Maintenant, traquez les intrus sur notre sol.

Mais l'écran principal ne s'éteint pas. Un fond rouge apparaît. Jacques serre les poings. Ils sont toujours là. Ils avaient prévu le coup. Une ligne de texte s'affiche. Pas de revendication politique. Juste un constat technique, froid, comme si le pirate se moquait de leurs pare-feu.

< DÉCONNEXION EXTERNE CONFIRMÉE >

< PROCEDURE D’INITIALISATION EN COURS >

— Qu'est-ce que ça veut dire ? murmure le Président.

Le ministre de l'Économie consulte sa tablette reliée au réseau interne sécurisé. Il relève la tête et déglutit.

— Ils effacent les sauvegardes nationales !

— Quoi ?

— Puisque nous sommes coupés de l'extérieur, nous ne pouvons plus vérifier la valeur de la monnaie avec les marchés. Et à l'intérieur... regardez !

Il tourne sa tablette vers le Président. Les comptes du Trésor Public. Les réserves de la Banque de France. Les comptes des particuliers hébergés en France. Tout défile à rebours. Des milliards d'euros s'évaporent en quelques secondes. SOLDE : 0,00 € Le Président s'affaisse. Il avait voulu transformer la France en forteresse. Il vient de la transformer en prison vide.

***

Arrêt de bus "Pont Cardinet" – 22h45

La rue est plongée dans une obscurité quasi totale. L'éclairage public ne répond plus. Seuls les phares des voitures et quelques gyrophares de police déchirent la nuit.

David, capuche sur la tête, s'assoit sur le banc. Il sort le dictaphone de sa poche et presse le bouton d'enregistrement.

Il murmure quelques phrases, la voix pressée, le regard balayant les alentours pour s'assurer qu'il est seul. L'essentiel. Vite.

Il coupe l'enregistrement. D'un geste rapide, il colle l'appareil sous l'assise du banc, invisible.

Il se relève, remonte son col et disparaît dans la nuit.

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