Saison 1 - Épisode 1 - L'Enfer et le Paradis.
“The White Supra”
La nuit avalait lentement Lisbon lorsque la Toyota Supra blanche longea enfin les premières lumières de Costa da Caparica.
Le moteur grondait bas. Fatigué. Comme son conducteur.
À l’intérieur, Emmanuel Elga fumait sans vraiment regarder la route. Une vieille synthwave tournait doucement dans les enceintes pendant que l’Atlantique apparaissait par fragments entre les bâtiments et les bars encore ouverts.
Cela faisait presque huit mois qu’il n’était pas revenu ici.
Huit mois à essayer de croire qu’il pouvait vivre ailleurs.
Mensonge.
Caparica était le genre d’endroit qui ne vous demandait jamais de rester. Mais quand vous partiez… une partie de vous continuait d’y traîner comme un chien abandonné.
Son téléphone vibra.
ALEX.
Emmanuel décrocha.
— Frère… dis-moi que t’es déjà arrivé.
Silence moteur.
— Ça dépend. T’as encore foutu le feu à quelque chose ?
Alex éclata de rire à l’autre bout.
— Techniquement ? Non.
— Alex.
— OK y’a un scooter qui a explosé.
— Pourquoi il a explosé ?
m— Parce que le propriétaire nous tirait dessus.
Emmanuel ferma les yeux deux secondes.
Même océan. Même ville. Même cirque.
— Où t’es ?
— Au Sunset Mirador.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il y a une blonde de deux mètres avec un accent suédois qui pense que je suis trader crypto.
Pause.
— Et toi tu lui as dit quoi ?
— Que je sauvais les marchés européens.
— T’es un cancer humain.
Alex rigola encore.
— Dépêche-toi surtout. Duarte est en train de faire un AVC.
Puis la ligne coupa.
Emmanuel regarda l’océan apparaître au bout de la route.
Caparica.
Les néons. Les bars. L’odeur du sel. Le bruit des skateboards. Les silhouettes qui marchaient pieds nus à une heure où les gens normaux dormaient déjà.
Il gara la Supra devant une petite cabane sombre perdue derrière les dunes.
Deux yeux apparurent immédiatement dans la nuit.
Puis deux autres.
Les chats noirs traversèrent le sable jusqu’à lui pendant qu’il sortait enfin de la voiture.
— Salut les monstres…
Le plus gros vint immédiatement se frotter contre sa jambe.
Emmanuel leva les yeux vers l’océan.
Les vagues étaient puissantes ce soir. Shorebreak lourd. Vent offshore léger.
Une vraie nuit à problèmes.
Il ouvrit la porte de la cabane.
Même odeur. Bois. Tabac. Whisky. Océan.
Comme si rien n’avait bougé.
Son vieux carnet noir reposait encore sur la table.
Et juste à côté : une enveloppe.
Pas de timbre. Pas de nom.
Il fronça légèrement les sourcils.
Puis l’ouvrit.
À l’intérieur : une photo.
Floue. Prise de nuit.
Un container rouge sur un quai industriel.
Et au dos, écrit au marqueur noir :
“Ils recommencent.”
Silence.
Le téléphone vibra encore.
Cette fois : DUARTE.
Emmanuel décrocha sans quitter la photo des yeux.
La voix du capitaine explosa immédiatement :
— ELGA TU PEUX M’EXPLIQUER POURQUOI J’AI DEUX AMÉRICAINS EN COSTUME QUI ONT DÉTRUIT UN BAR À TAPAS EN MOINS DE QUARANTE MINUTES ?
Emmanuel alluma une cigarette.
— Un seul américain.
— NE JOUE PAS AVEC MOI.
— Ça dépend. Le bar était bon ?
— IL Y A UN JET SKI DANS LA CUISINE.
Silence.
Emmanuel souffla sa fumée.
Puis : un léger sourire fatigué apparut enfin.
Caparica venait officiellement de le récupérer.

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