Chapitre 1

10 minutes de lecture

J'ai tué ma mère. Je suis le malheur de mon père. Je suis la perte de ma famille, au final. Un rouleau compresseur venu écraser tout ce qui se dresse sur son chemin. J'aplatis le bonheur des autres, je le réduis en cendres. Je me réduis en cendres.

Maman me disait que j'étais un fardeau, que je finirais par la tuer. Je n'ai jamais cru à ces dons de voyance. Pourtant, il faut croire qu'elle avait raison sur toute la ligne. Parce qu'aujourd'hui, elle pourri. Je lui ai arraché le cœur et il n'est pas près de battre à nouveau pour moi. Surtout pour moi.

— Natacha Casey.

Je lève la main pour indiquer ma présence à Madame Nabrel, notre professeur d'anglais, tout en essayant de réprimer un grognement d'agacement. Je déteste ce prénom. Natacha. Et, malheureusement, c'est le mien. Je n'ai rien contre ce nom en général. Non, ce que je lui reproche, c'est d'être le choix de mes parents. Comme s'ils ne prenaient pas déjà assez de place dans ma vie, en plus, ils m'ont nommée.

Un prénom, c'est quelque chose d'éternel. Car je ne paierai pas une fortune pour changer d'identité. Je préfère en vouloir à mes parents jusqu'à la fin de mes jours plutôt que de payer pour réparer leurs erreurs.

C'est ce qu'on appelle viser la facilité. Il faut dire que le mot « courageuse » n'est pas pour moi. Je suis une lâche. La pire de toutes, sans aucun doute.

— Aujourd'hui, vous deviez préparer votre exposé sur un thème imposé. Eline, tu commences. Tu peux me rappeler ton thème, s'il-te-plait ?

Pendant que Eline alias Miss Parfaite répond à notre professeur, je replonge dans mes pensées. Plus que deux ans. Plus que deux ans.

Je suis en première. Il me reste deux ans de lycée, et puis tout sera fini. Enfin. Je ne sais pas ce que je ferai après, mais, ce qui est sûr, c'est que je m'éloignerai de cet enfer, et aussi vite que je le peux. Je déteste le lycée, encore plus que je détestais le collège.

Je suis de retour à la réalité quand Eline fait face à la classe, ses feuilles soigneusement placées entre ses mains manucurées. Elle lance un petit « hum-hum » aigu avant de prendre la parole pour nous présenter son projet.

— Bonjour à tous. Comme me l'a demandé Madame Nabrel, je vais aujourd'hui vous présenter l'impact de la pollution sur la planète.

Elle commence à présenter son thème et la classe est pendue à ses lèvres. Ses jolies lèvres. En plus d'être intelligente, Eline est magnifique. D'une beauté magnétique qui attire tous les regards, où qu'elle soit. Avec ses ondulations brunes et ses yeux pâles hypnotisant, cette fille n'a besoin de rien d'autre pour se faire désirer.

Elle termine son exposé et quelques applaudissements résonnent entre les murs de la classe. Je soupire. Je sais que je suis la suivante, dans l'ordre alphabétique. Encore une fois, c'est la faute de mes parents. Ils auraient pu me donner le nom de famille de ma mère. Monseau. Avec celui-là, ce serait plus facile dans ce genre de situation.

— Natacha, à toi. Quel était ton sujet ?

Je me lève en inspirant profondément, puis vient me placer face à la classe, comme Eline avant moi. Je réponds alors à la question de notre professeur d'anglais.

— Les eaux usées.

Ma voix n'est qu'un murmure, à peine audible. Pourtant, elle acquiesce et quelques chuchotements me parviennent.

— Le thème colle parfaitement, pouffe quelqu'un.

Des petits rires lui répondent et je me sens ridicule. Évidemment, Madame Nabrel n'a rien entendu. Elle n'entend jamais rien, de toute façon. Mais elle n'est pas la seule. Personne ne les entend.

D'une voix tremblante, je récite le texte que j'apprends par cœur depuis presque deux semaines, maintenant. Chaque soir, devant mon miroir, cet exposé me paraissait facile, bidon. Pourtant, aujourd'hui, devant toute cette classe, je ne me sens pas à ma place, et j'hésite, je ne sais plus quoi faire. Je bégaie, je me trompe de mots, et mes jambes ont du mal à supporter mon poids.

Pire que tout, ça ne fait qu'aggraver ma situation.

Face à moi, les élèves répriment leurs rires amers et se contentent de camoufler leurs sourires moqueurs du mieux qu'ils le peuvent. Compliqué, il faut croire... Pourtant, encore une fois, Madame Nabrel ne voit rien. Elle se contente de remarquer mes erreurs. Comme toujours. Après tout, pourquoi est-ce que ça changerait ?

Je finis ma présentation, en haleine et cramoisie.

— Natacha, soupire Madame Nabrel. As-tu étudié ton exposé ? Sois honnête avec moi.

— Oui, bien sûr que oui, je réplique presque aussi tôt.

La tension s'entend dans ma voix. Elle... ne me croit pas ? Bien sûr, bien sûr. De toute façon, elle n'a aucune raison de le faire. La seule impression que je renvoie est celle d'une fille épuisée qui n'a pas eu le temps de prendre ses cours au sérieux. Qui n'a pas voulu prendre le temps de prendre ses cours au sérieux.

— Tu viendras me voir après le cours, déclare mon professeur en raturant ses notes.

J'en déduis que je n'ai pas réussi à la persuader de ma bonne volonté. Dommage. Parce que je ne sais pas commence faire, alors. C'est juste qu'il y a trop de pression, trop de tout. J'ai peur de déraper et de rater.

D'une démarche mal assurée, je retourne à ma place qui se trouve au fond de la classe. Pourtant, alors que j'avance, le regard braqué devant moi, je ne remarque le pied dressé sur mon chemin que quand je trébuche dessus. Je réprime un petit cri de surprise et me rattrape au banc à ma droite.

Oh non. Il s'agit du banc de Lorenzo, un garçon avec qui je suis sortie l'année passée. Il hausse un sourcil et lève les yeux au ciel avant de siffler.

— Fais gaffe, Casey. T'as failli déchirer ma feuille.

Je remarque seulement maintenant que ma main a, en effet, atterrit sur sa feuille de cours et que celle-ci est maintenant toute froissée dans mon poing. Je marmonne des excuses en me redressant.

— Tu devrais faire attention où tu marches, Natacha, me réprimande notre professeur. Je ne veux pas de blessés dans cette classe.

J'acquiesce, la gorge nouée et me retourne juste assez pour croiser le regard moqueur de Stan, un garçon qui a décidé de me détester sans aucune raison. Mais je ne peux pas vraiment lui en vouloir. Je fais la victime idéale : naïve, discrète, taiseuse. Que pouvait-il rêver de mieux ?

Je soupire et retourne m'assoir derrière mon bureau, à l'abris des regards. La boule dans mon ventre grossis encore un peu, mais je l'ignore. Elle est comme un vase qu'on remplit d'eau, augmentant à chaque fois qu'on le surcharge un plus. Et, quand le vase sera rempli... Non, je ne veux pas penser à ce qui se passera.

Je fais tourner mon stylo entre mes doigts et me concentre sur la rotation de l'objet. Je pourrais faire ça pendant des heures. Finalement, je suis coupée dans ma rêverie par la sonnerie. Je m'apprête à partir en courant, comme chaque fois, mais je me rappelle que Madame Nabrel a demandé à me voir.

Je me lève alors et me dirige vers son bureau, angoissée. Que va-t-elle me dire, encore ? Ce ne serait pas la première fois qu'un professeur me fait savoir que je « ne travaille pas assez ». Tous ignorant. Que savent-ils de ma vie ?

Madame Nabrel lève le nez de ses cotes et me toise un instant avec de soupirer et de remonter ses lunettes rectangulaires sur son nez. Son mouvement déclenche quelque chose chez moi et je me sens obligée de faire de même avec ma propre monture.

— Natacha.

— Oui ?

— Je ne suis pas la première à remarquer ton inattention. Tes professeurs m'en ont également fait part. Tu sais, nous pouvons faire beaucoup pour toi. Mais, si tu n'y mets pas du tien, ça ne fonctionnera jamais.

Je soupire et me passe une main sur le visage.

— Nous avons observé un changement chez toi depuis décembre, l'année passée. Est-ce que... Enfin, est-ce que ça a un rapport avec ta mère ?

Je me fige à ses mots. Elle parait mal à l'aise de mettre ce sujet sur le tapis, mais je vois néanmoins une lueur de curiosité dans ses yeux. Voilà. Elle ne cherche pas à m'aider, simplement à assouvir sa curiosité.

J'observe un instant son visage ridé et ses cheveux décolorés qui tombent raides sur ses épaules en mèches blondes. Je lui fais pitié. Je peux le lire dans son regard doré.

— Je pense que cette discussion est terminée, tenté-je en me peignant un sourire poli hypocrite sur le visage.

Elle s'apprête à répliquer, mais je ne lui en laisse pas le temps. Je m'en vais, mon sac sur le dos, tout en pestant silencieusement.

Evidemment, c'est sans compter Stan qui m'attend à la sortie, entouré de ses fidèles acolytes, Adrien et Lorenzo. Ce dernier fait semblant de ne pas me reconnaitre depuis l'année passée. Peut-être qu'il s'en veut. Je veux qu'il s'en veuille. Il est la cause de mon malheur, il mérite de souffrir. Ce qui me dérange, c'est que sa souffrance n'attendra jamais le niveau de la mienne. Je ne suis pas cruelle, j'en ai juste marre d'être la seul à avoir mal.

— Tiens, tiens, Natacha Casey.

Le grand sourire de Stan pourrait paraitre innocent à quiconque ne le connait pas. Mais je ne suis pas de ces gens. Je sais que son expression cache sa haine. Sa haine qu'il ne va pas tarder à déverser contre moi.

Je jette un regard alarmé autour de moi, mais il n'y a personne, tout le monde est parti manger. Je suis seule avec eux. Et Madame Nabrel. Mais j'ai refermé la porte, et je ne compte pas la rouvrir. Je vais devoir me débrouiller seule. Comme toujours. Et je vais perdre. Comme toujours.

— Il n'y a personne ici, Casey, ça ne sert à rien de vérifier. Mais n'aie pas peur. On veut juste s'amuser.

Je déglutis péniblement. Figée sur place, je n'arrive pas à prononcer un mot, incapable de faire le moindre mouvement.

Faible.

Faible.

Faible.

— Tout va bien ? Tu as l'air un peu pâle. Peut-être que tu as froid ?

Je secoue la tête et tente d'avancer, mais Lorenzo me bloque le passage, plongeant ses yeux gris dans les miens. Un instant, je me demande comment j'ai pu un jour tomber amoureuse de lui. Froid, distant, manipulateur. Tout ce que j'ai toujours détesté.

— Où est-ce que tu comptes aller, comme ça ? m'interroge Stan, un sourcil levé en signe d'interrogation.

Je l'insulte intérieurement avant de lui faire face et de lui répondre d'une voix franche.

— Je vais manger. Merci de te soucier de moi, Stanislas.

Il me regarde amèrement puis penche son visage vers le mien pour me rétorquer.

— Qui t'a permis de m'appeler comme ça ? siffle-t-il avec du venin dans la voix. Personne. Et tu sais ce que je fais aux personnes imprudentes comme toi ? Je leur donne une leçon.

J'avale de travers quand je vois sa main se lever. Et je n'ai pas le temps de riposter. Déjà, la paume calleuse de sa main s'abat sur ma joue, déclenchant des fourmis enflammées sous ma peau.

Je me mords la langue pour réprimer toutes les insultes qui tourbillonnent derrière mon crâne. Il m'offre un sourire satisfait, persuadé que mon expression de meurtre s'allie à la douleur que je ressens. Il ne sait pas que son geste ne m'a pas fait mal. Et il ne doit pas le savoir. Il faut croire que Lorenzo ne lui a jamais dit à quoi j'occupe mes mercredis et mes samedis. C'est mieux comme ça. Il faut croire qu'il a encore la décence de respecter quelques-unes de ses promesses.

— J'espère que tu retiendras plus facilement qu'il n'est pas bon de me provoquer. La prochaine fois, tu y réfléchiras à deux fois, d'accord ? susurre Stan près de mon visage.

Je ne lui offre pas la réponse qu'il attend. À la place, je le contourne et commence à traverser d'un pas assuré le couloir. Malheureusement, je devrais le savoir mieux que quiconque, il ne faut pas énerver Stanislas. Jamais. Sa main s'enroule autour de mon poignet. Fort. Un peu trop. Je pourrais presque commencer à ressentir de la douleur. Presque.

Je me tourne vers lui, un sourcil haussé.

— Qu'est-ce que tu veux ? J'ai faim, j'ai très envie d'aller manger.

— Tu pourras aller manger. Après m'avoir assuré que tu ne recommencerais pas à jouer à l'insouciante avec moi.

Je le défie du regard et des promesses sombres voilent ses iris tout aussi noires. Bien malgré mes valeurs, j'abdique et lui soupire une réponse qui devrait le satisfaire, même si elle va à l'encontre de mes valeurs.

— Je ne jouerai plus à l'insouciante avec toi.

J'essaie de faire transparaitre toute mon honnêteté dans ma réponse alors qu'il me scrute longuement. Finalement, il me lâche et je fais semblant d'être sous l'emprise de sa force en trébuchant légèrement.

— Bien. Tu apprends vite, tu vois ? On devrait peut-être le dire à Madame Nabrel, tu ne crois pas ? Elle serait heureuse d'être mise au courant.

— Fais ce que tu veux. Je vais manger.

J'ai conscience de jouer avec le feu. Et le pire dans cette situation, c'est que ça m'amuse. Parce que, si je ne me défends pas maintenant, je sais que le jour où le vase débordera, toute ma colère sera dirigée vers lui. Et, ce jour-là, ce sera à lui de se soumettre et de me présenter ses excuses. Je m'en fais la promesse. 

___


Hello ! Voici pour le premier chapitre ! J'espère que celui-ci vous aura plu ! N'hésitez pas à me donner votre avis, à laisser des petits commentaires et à voter à la fin du chapitre. 

Dites-moi ce que vous avez pensé de cette introduction dans l'univers de Nate. 

J'espère que vous apprécierez également celui de Jayson. 

XO, Chloé

Insta : lo_bksta 

Insta auteur : lo_bsta_auteur

Tiktok : lo_bksta

Wattpad : lo_bsta

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire lo.booksta ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0