Chapitre 2
° ~ Jayson ~ °
D'un œil attentif, je vérifie que le mec en face m'a donné tout l'argent que je lui ai demandé. Je remarque alors qu'il manque dix dollars. Essaierait-il de me tromper ? Ou bien n'a-t-il pas fait attention ? En fait, je ne veux même pas chercher à savoir. Il manque dix dollars ? Il va me les donner s'il veut sa commande.
— Il manque dix dollars, lui signalé-je alors d'un air nonchalant.
Il fronce les sourcils puis secoue la tête.
— Non, impossible. J'ai vérifié, tout y est.
— Tu veux compter ?
Il acquiesce et je soupire d'indignement. Quel avantage aurai-je à mentir ? Un éclair de lucidité me traverse. OK, j'ai compris. Je pourrais vouloir le voler. Mais ce n'est pas mon genre. Je suis ici parce qu'il m'a appelé. Je ne suis pas un voleur. Je suis un homme d'honneur, je respect mes engagements. En échange, j'aime bien que ce trait de caractère soit réciproque.
Je tends le paquet de billet au gars et il compte tout bas. Enfin, il comprend que j'avais raison et ses joues bouffies rougissent.
— Je reviens, marmonne-t-il.
J'acquiesce et m'appuie contre l'encadrement de sa porte d'entrée alors qu'il pénètre chez lui pour aller récupérer mes dix dollars. L'habitation pue l'alcool et la transpiration. Mon nez me pique, mais je ne fais pas commentaire.
J'attends ainsi quelques minutes avant qu'il n'apparaisse enfin, flanqué d'un type plus grand que lui. Plus costaud, aussi.
— Navré, je n'ai plus d'argent, déclare le premier.
Je lui offre un sourire hypocrite avant de répondre sur le même ton peiné.
— Navré, je ne vais pas pouvoir te livrer, alors.
Le deuxième fronce les sourcils et s'avance vers moi.
— Je te demande pardon ?
— Pas d'argent, pas d'coke. C'est pas compliqué à comprendre. Mais si tu me passe le fric, on peut en reparler.
Il me dévisage et sa bouche se tord en une grimace.
— Je crois que tu ne comprends pas la situation, mon grand, me menace le costaud. Si tu ne donnes pas à mon frère ce qu'il t'a demandé, t'auras affaire à moi.
Je réprime de justesse un sourire de se glisser sur mon visage. Mon cœur s'emballe et je suis parcouru d'un frisson d'adrénaline. C'est con, mais j'aime ce frisson. Comme si mon corps savait que ça allait mal finir, mais que mon cerveau s'en foutait. Typiquement moi.
J'ai déjà eu affaire avec ce genre de gars, et ça finit toujours mal. Pas pour moi, évidemment. Je n'ai peut-être pas la silhouette d'une armoire à glace comme le mec en face de moi, mais j'ai de la stratégie et je connais le monde du combat. Je passe ma vie à ça, je suis habitué.
— C'est pas que ça m'intéresse pas, répliqué-je, provocateur. Mais je préfèrerais ne pas avoir de problème ce soir.
— Personne ne t'oblige à en avoir. Si tu nous file le sachet, on te laisse tranquille.
Je commence tout doucement à perdre ma patience et je soupire. Mon sourire s'efface et je prends la parole.
— J'ai du mal à déterminer si tu es sourd ou bien si tu n'en as rien à foutre de ce que je te dis. Dans le doute, je te le répète. Je ne suis pas là pour jouer. Tu veux ta drogue, tu paies.
Ses narines se dilatent et sa respiration s'accélère. Il balance son poing vers moi alors que son frère continue de se cacher derrière l'encadrement de la porte. J'évite son coup, le visage tordu par la colère. J'aime me battra quand c'est consenti, quand c'est préparé. C'est exactement pour ça que je fais de la boxe. Sur le ring, il y a des règles. Ici, on est juste deux connards qui se battent pour de la drogue et de l'argent. On est pathétiques.
Ce que je n'aime pas, c'est me faire attaquer sans raison. De la même manière, je hais frapper dans ce genre de situation. Merde, je suis là pour faire affaire, pas pour mettre un mec au tapis.
Il charge à nouveau et j'évite son coup une deuxième fois. Puis une troisième. Une quatrième. À force, j'arrête de compter. Je pense qu'il est inutile d'espérer, maintenant. Il n'est pas là pour négocier.
Ce constat fait, je n'ai plus aucun scrupule. Il veut jouer ? Il va jouer.
Je fais craquer les articulations de mes doigts avant de me concentrer sur le combat.
Je me baisse quand il tente de me lancer un coup de pied dans l'estomac, et je me redresse d'un bond avant de le contourner pour qu'il se retrouve dos à moi. N'étant pas préparé à ma vitesse, il lui faut une seconde avant de comprendre sa position. Une seconde de trop. Quand il se tourne vers moi, mon poing fermé s'abat sur sa mâchoire et ses yeux s'écarquillent. Une lueur de colère brille dans ses iris et il n'a pas le temps de répliqué que j'envoie mon genou dans son estomac.
Mon coup lui bloque la respiration et il se plie en deux, soudain pris d'une quinte de toux incontrôlable, il crache du sang sur le sol. Je profite de ces quelques secondes pour lui faire un croche pied bien placé et le clouer au sol. Je l'immobilise et fourre ma main dans ses mèches grasses pour pencher son menton vers moi. Son regard accroche le mien et je remarque ses pupilles dilatées et ses faisceaux sanguins prêts à exploser dans ses yeux. Déjà drogué. Pathétique.
— C'est bon ? Ou tu en veux encore ? lui demandé-je en levant un sourcil, joueur.
Rageur, il me crache au visage. Je ferme les yeux en pestant puis essuie mon visage avec ma manche.
— Pas d'chance, le nargué-je sans me départir de mon sourire arrogant. Tu sais, je suis pas un méchant gars. Je veux juste que chacun respecte ses engagements.
— Pense à respecter les tiens, alors, et donne la coke.
Je secoue la tête, irrité par son attitude.
— Tu sais quoi ? On va faire autrement. J'ai ton adresse, j'ai ton nom – n'est-ce pas, Rico ? Alors je vais gentiment transmettre ces données à mes connaissances et nous ne viendrons plus te livrer. Ça me semble équitable après que tu aies tenté de me casser le nez. Deal ?
Je vois qu'il s'apprête à nouveau à me cracher dessus, alors je tourne son visage contre la route et sa salive se perd sur le tarmac, provoquant un râle chez le mec.
— Deal ? insisté-je d'une voix plus froide.
— Va te faire foutre, répond-il d'une voix étouffée.
Je lève les yeux au ciel avant de me relever, l'abandonnant sur le sol. Je lève les yeux vers son frère qui observe la scène depuis la porte.
— T'as toujours pas trouvé mes dix dollars ? lui demandé-je.
— Je donne pas d'argent aux cons, réplique-t-il.
— Dommage, réponds-je avant de tourner les talons et de quitter cette rue pourrie.
Quand je m'éloigne, les mains dans les poches, j'essaie de ne pas me concentrer sur ce qui va se passer plus tard. Je ne donne jamais mon nom à mes clients, mais ceux-ci peuvent me retrouver, je le sais. Plus qu'à espérer que la famille Rico ne le fera pas.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, j'ai détesté ce combat. Ce n'est pas la première fois que j'en viens aux coups avec un client. Et à chaque fois – à chaque fois – je déteste ça. Oui, je suis dealeur. Oui, je suis boxeur. Mais ce sont deux activités à part.
Et, que ce soit clair, être dealeur n'est pas un plaisir. C'est une nécessité. C'est de cette manière que je gagne de l'argent. J'aurais pu prendre n'importe quel job mais, à dix-huit ans, je suis toujours au lycée. J'ai doublé ma troisième – encore une raison pour que mon père me déteste un peu plus – et, depuis, je ne rêve que d'une chose : foutre le camp de chez moi.
Et j'ai réussi. Deux mois que j'ai dix-huit ans, et deux mois que j'ai loué ce petit appartement miteux dans un des coins pourris de la ville. Bien que j'aie économisé, je n'avais pas assez d'argent pour mieux. Alors, je me contente de ce que j'ai. Dès que je le peux, je fais des petits travails à côtés. Par exemple, j'ai un job en tant que serveur dans un bar tout près de mon nouveau chez moi. J'y travaille cinq soirs par semaine. Le reste du temps, je me suis reconverti en dealeur pour gagner d'avantage d'argent.
Ça ne m'enchante pas, c'est certain. Mais c'est tout ce que j'ai.
Parfois, je me regarde et j'ai honte de qui je suis devenu avec le temps. Un gars de dix-huit ans, complètement paumé, qui laisse échapper sa colère en frappant sur des sacs à la boxe. Evidemment, comme à peu près n'importe quel dealeur, j'ai eu ma phase de consommation. Heureusement, j'ai arrêté il y a un moment déjà.
Je soupçonne mes parents de l'avoir appris, mais ils n'ont jamais fait le moindre commentaire. Si Dieu existe, il a ses préférences en matière de famille. Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter des parents comme les miens, mais je donnerais tout ce qui est en mon pouvoir pour en avoir d'autres. Et, non, ces paroles ne sont pas le résultat de ma colère. Elles sont un constat. Je ne pourrais pas faire plus réel.
J'essaie de me calmer en shootant dans une poubelle. Ce con m'a mis sur les nerfs, c'est certain. Et, dans ces cas-là, il n'y a qu'une solution que j'accepte d'envisager ; aller chez Brandon.
Celui-ci n'habite pas très loin d'ici, pourtant, le chemin à parcourir semble infini. Quand je vois enfin sa maison, au loin, je laisse échapper un soupir de soulagement. Je n'aime pas marcher si tard le soir. Il est passé minuit, et c'est à cette heure-ci que toutes les brutes sortent pour se droguer. Je me suis déjà fait attaquer quelques fois après des livraisons comme celle que je viens d'avoir.
Laisser des mecs en sang sur la rue, ça ne fait pas partie de mes hobbys.
Je sonne à la porte de Brandon. Celui-ci m'ouvre quelques secondes plus tard, encore habillé, les cheveux légèrement décoiffés.
— Jay ! Alors, comment ça s'est passé ?
Je hausse les épaules et rentre chez lui avant de partir m'affaler sur son canapé.
— Il n'a pas voulu payer. Je ne lui ai rien filé. Ça l'a saoulé. Il s'est énervé. Je lui ai mis une raclée. Je suis parti.
Brandon explose de rire et se laisse tomber à côté de moi.
— Tu sais, Jay, c'est exactement pour ça que je t'ai choisi. J'ai toujours su que tu serais fidèle.
Je laisse un petit sourire se frayer sur mes lèvres.
— Tu sais bien que je n'aime pas ça.
— Personne ne t'oblige à continuer, tu sais ? Je t'ai déjà dit que tu pouvais loger ici. J'habite seul et on ne peut pas dire que tu me déranges, alors...
Je le coupe, parce que je sais ce qu'il va me dire. Il m'a déjà sorti ce discours un certain nombre de fois, je commence à être habitué. Mais ma réponse non plus ne va pas changer. C'est non. À dix-huit ans, je ne veux pas dépendre de Brandon, un de mes meilleurs amis, mais aussi mon coach de boxe et mon fournisseur. Je refuse.
— Arrête, tu sais bien que c'est non.
— Au moins, j'aurai essayé, réplique-t-il avec un sourire.
Tu insistes, c'est différent.
Je retiens mes mots, ils n'ont aucune utilité. Brandon et moi, on a toujours été proches. Depuis le jour où j'ai mis un pied dans le club de boxe, j'avais onze ans. À ce moment-là, Brandon en avait quinze et était encore un élève, comme moi. Il ne s'est élevé au rang de coach que plus tard, quand j'ai eu seize ans. C'est assez récent, en fait.
J'aime la boxe. C'est ce qui me fait me sentir vivant. J'ai arrêté de me droguer quand j'ai compris que le ring était ma drogue à moi. Tordu, mais vrai. C'est un peu cliché, aussi. Mais quelle serait la vie si elle n'était pas elle-même un cliché ambulant ?
— Dis, le type, tu lui as dit quoi ? s'intéresse Brandon.
Je sais qu'il connait déjà la réponse, c'est la même à chaque fois. Pourtant, comme toujours, Brandon est ancré dans ses habitudes, incapable de se départir de la moindre d'entre elles.
— Qu'on ne reviendrait plus livrer chez lui.
Un sourire se peint sur son visage comme pour dire « ça, c'est mon gars ». Ce qu'il ne sait pas, c'est que son gars est un gros con.
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Hello ! J'espère que ce deuxième chapitre vous aura également plu. Vous avez maintenant découvert une partie de l'univers dans lequel vivent Jayson et Nate.
Lequel préférez vous ?
Enfin, ce point pourrait encore changer au cours de l'histoire, mais j'avoue avoir personnellement un petit faible pour Jayson...
Quelles sont vos théories/prédictions pour la suite de l'histoire ?
N'oubliez pas les commentaires et les votes, ça fait toujours plaisir :)
XO, Chloé
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