Chapitre 29 - Partie 1.5

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[Disclaimer :

Je fais des corrections/modifications suites aux commentaires et annotations et je réalise en me relisant que j'ai complètement oublié de publier cette partie... Toutes mes excuses... ^^"]

Je termine de débarrasser la table, vide le lave-vaisselle pour le recharger. En ouvrant un placard pour ranger les verres, mon regard tombe sur une bouteille de rhum, à moitié pleine. Pas mon alcool de prédilection, mais là, tout de suite, elle me fait de l’œil. Une promesse facile d’apaisement.

Je ferme les yeux un instant. Un léger tremblement parcourt mes doigts alors que je referme la porte. Un goût amer remonte dans ma gorge, un mélange de désir et de culpabilité. Une boule serre ma poitrine, ma respiration s’accélère, devient courte. L’air pèse lourd, presque étouffant. Mes mains agrippent le plan de travail, je m’appuie, lutte contre ce besoin sourd qui grandit.

Mon cœur cogne. Je serre les poings, refuse de céder. Mon appartement rétrécit autour de moi. J’ai besoin de bouger.

J’enfile mes baskets et un short, attrape le tapis de sport qui traîne dans ma chambre. Je commence par des pompes, lentes, contrôlées. La brûlure dans mes bras me rappelle que je suis vivant. Mes bras tremblent toujours, mais je tiens bon. Je continue avec des squats, enchaîne les séries. Mon souffle se fait court, la sueur perle sur mon front. La douleur physique grignote la tension mais ne l’éteint pas.

Un coup d’œil vers l’horloge — seize heures — puis, malgré moi, vers le placard. Même invisible, la bouteille me nargue. Je détourne le regard, m’accroche à ma volonté, termine ma session.

Sous la douche, l’eau chaude détend mes muscles. Je ferme les yeux, laisse la chaleur m’apporter un peu de répit. Mais quand je coupe le robinet, le silence qui suit me fait douter. Personne ne saurait si je me laissais aller à prendre un verre. Ce n’est même pas du Gin… C'est comme si ça ne comptait pas.

Non ! Je peux tenir !

Je m’essuie en vitesse, enfile des vêtements propres et attrape mes clés.

Dehors, l’air frais me claque au visage, tranche net dans le brouillard. J’avance d’un pas décidé. Objectif clair : faire un double pour Maud.

Je sors mon téléphone en marchant. Pas la moindre idée d’où trouver un serrurier dans le coin. Mes doigts glissent sur l’écran, je tape “serrurier” suivi du nom du quartier. Une liste apparaît. Adresses, horaires, avis.

Le plus proche est à dix minutes à pied, sur une rue que je ne fréquente jamais. J’hésite une seconde — l’envie de m’arrêter dans l’épicerie du coin pour racheter une bouteille de Gin — mais je range le téléphone et continue d’avancer.

Les façades défilent, alternance de commerces vides et de petites boutiques. L’air sent le bitume chaud, le café qui traîne encore dans les tasses des terrasses et la mer toute proche. Mains enfoncées dans les poches de ma veste, j’essaie de ne pas penser au placard. Ni même à la possibilité de me ravitailler en l’absence de Maud.

Quand j’aperçois enfin l’enseigne, une plaque métallique peinte en bleu, je pousse la porte. Un vieux carillon tinte. L’odeur d’huile et de métal me saute au nez. Derrière le comptoir, un type d’une cinquantaine d’années en blouse grise relève la tête.

  • Καλημέρα

Je souris, lui tends mon trousseau.

  • Hi. I need a copy of this key.

Il me fixe avec un regard vide. Cligne des yeux et me répond un truc en grec. Je répète en anglais, un peu plus lentement. Même résultat.

Je mime la clé qui tourne, puis la machine qui taille. Il fronce les sourcils, secoue la tête. Ça me gave déjà. Mais je recommence, en détaillant au maximum mes actions.

Ses yeux s’allument enfin. Il regarde l’horloge murale et me montre deux doigts. J'acquiesce.

Oui, deux clés.

Il s’affole, tapote le cadran, puis trace un cercle dans l’air : trente minutes. Il attrape ma clé et la pose sur le comptoir derrière lui, comme pour dire : “reviens plus tard”.

Putain mais c’est pas compliqué ! T’en as pour deux minutes !

Je ravale mes mots. Pas la peine de m’énerver. Il ne comprendrait rien. Et ça ne ferait que me donner encore plus envie de boire.

Une demi-heure à tuer. Je ressors de la boutique et descends vers la plage. Je m’assois sur un muret, juste à la limite du sable. Les embruns collent à ma peau. J’aperçois au loin deux personnes, mains dans la main, marcher le long du rivage.

Et forcément, ça me ramène un an en arrière. Encore un épisode à la plage. Le weekend “en famille” où je ne suis rentré que pour la voir. Tout le monde parlait, riait, buvait. Je lui ai proposé qu’on s’éclipse, qu’on aille faire un tour.

On est descendu vers la plage. Nos doigts se frôlaient, nos corps s’appuyaient l’un sur l’autre. On parlait des plus petits qui avaient encore grandi. De ma cousine qui venait d'adopter. Et puis à un moment la conversation a dévié sur mon travail.

  • Tu as pu voir des aurores boréales ? a-t-elle demandé des étoiles dans les yeux.
  • Une ou deux. C’est plus vraiment la période. Si je suis renouvelé, j’aurais peut-être plus de chance.
  • Ah non, hein !

Elle s’est arrêtée d’un coup. Les poings serrés. Une moue boudeuse sur les lèvres. Son agressivité rentrée, un peu moqueuse m’a déstabilisé mais elle n’a pas relevé et a enchaîné :

  • Ça suffit de partir tout le temps ! On te voit jamais. Ça va durer encore longtemps ce “globe-trotting” ?

Elle a rigolé, dégluti, puis son regard s’est perdu vers l’horizon. Et c’est sorti tout seul :

  • Je sais pas. Tu comptes rester combien de temps encore avec Nate ?

J’ai marmonné ça dans ma barbe. A moitié couvert par le vent. Pas assez fort pour qu’elle l’entende. Mais pas assez bas pour que ça passe totalement inaperçu. Peut-être parce que je voulais qu’elle en capte quelque chose. Et que si elle le faisait, je pouvais toujours aviser en fonction de sa réaction. Comme je l’avais fait jusqu’à lors.

Elle s’est tournée vers moi, dans une lenteur presque chorégraphiée. Les yeux un peu fous. Les joues roses.

  • Qu’est-ce que tu as dit ?
  • Qu’est-ce que tu as entendu ? j’ai éludé.

Elle a fait un pas vers moi. Sa main tremblait en remontant le long de mon bras. Elle a ouvert la bouche… et un gars a gueulé depuis la promenade :

  • Mais embrassez-vous, bordel !

On s’est tourné, cherchant à qui il avait crié ça. Sauf qu’il n’y avait personne à part nous. Une dame à son bras a ri et l’a réprimandé.

  • Allez ! a-t-il insisté. La vie est courte !
  • Elle sort avec mon frère ! j’ai renvoyé.

J’avais pas besoin de cette piqûre de rappel. J’avais juste envie qu’il la ferme. Quand j’ai regardé Maud à nouveau, elle avait baissé la tête. Ses cheveux lui tombaient devant le visage, comme si elle se cachait. Elle fixait son portable. Un message de ma mère s’affichait : apéro imminent.

On a rebroussé chemin, en silence. Dès qu’on a rejoint le groupe, j’ai attrapé une bière. Puis une autre. Et une suivante. Pour effacer pendant quelques heures ce que même des inconnus avaient perçu. Enterrer ce “et si le gars n’avait rien dit ?”. Noyer la culpabilité de ce que j’aurais aimé qu’il se passe.

C’est cette soif là que je ressens à présent. Celle de fuir ce que je sais déjà : je vais lui faire du mal. Je lui en ai déjà fait. Et malgré sa confiance, ça recommencera. L’alcool, ça fait partie de moi aujourd’hui. Et ce qui se passe quand je suis en manque aussi.

Je reste là un moment. A regarder le va-et-vient des vagues. Le sable qui s’étire sous le vent. Comme si ça emportait le besoin de boire.

Quand je sens enfin que la demi-heure est écoulée, je remonte vers la boutique. Je récupère ma clé à la réception, paie sans vraiment regarder le montant. Je sors et mon téléphone vibre. C’est Maud.

  • Allô ?
  • Hey ! Dis-moi, j’ai besoin de repasser par l’appart. Tu es sorti ?

Sa voix déborde d’enthousiasme, presque impatiente. J’imagine son regard qui se perd vers le ciel. A observer les oiseaux ou les nuages. Je lâche un soupir un peu triste et amusé à la fois.

  • Ouais, mais j’ai fini. J’allais rentrer.
  • Ah ! Parfait. Je t’attends à la porte alors.
  • Ça marche. A tout de suite.

Je range mon téléphone, un petit sourire me traverse. Ça faisait un moment qu’on ne s’était pas appelés. Pas besoin vu qu’elle est là. C’est con, mais ça me fait du bien. Un retour à la normale. Même si rien n’est plus pareil.

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