Chapitre 40 - Partie 3 (/!\ Scène explicite /!\)

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Les rues défilent sans que je les voie vraiment. Mes pas sont rapides, mécaniques, comme si aller plus vite pouvait m’éloigner de ce que je fuis, au-delà de ce qui vient de se passer.

Quand j’ouvre la porte de l’appartement, le silence me tombe dessus d’un coup. Pas de voix, pas de regard, pas de tension. Juste moi. Je verrouille derrière moi. Un réflexe stupide.

Je reste planté là quelques secondes, les clés encore dans la main. Puis je souffle, longuement, et je bouge enfin. Veste sur le dossier de la chaise. Chaussures envoyées quelque part. Lumière allumée.

Je passe une main sur mon visage, comme pour remettre de l’ordre là-dedans. Ça ne prend pas. Je repasse en boucle le cours de la soirée. Les mots d’Ameth surtout.

“Est-ce que tu m’aimes ?”

J’ai tout de suite vu la réaction de Maud. La façon dont son corps a reculé. Un demi pas en arrière. Minuscule. Et la rapidité avec laquelle elle a réajusté son centre de gravité pour se forcer à revenir vers lui. Instantané. Criant de vérité.

C’est comme avec Nate. Ce n’est pas qu’il la traite mal. Il la regarde, mais il ne la voit pas. Il la traite comme celle qu’il veut qu’elle soit, celle qu’il imagine. Et elle s’adapte, essaie de se plier aux contraintes. Ça me bouffe. Parce que ça finira par imploser et au final, c’est elle qui aura le plus mal.

Quand il m’a regardé… J’ai lu dans ses yeux la colère, la jalousie, les mots qu’il aurait pu lui dire : “C’est lui que tu veux. Il te veut aussi, c’est évident.”.

Sauf qu’il n’a pas toutes les pièces du puzzle. On n’est pas prêt à être ensemble. Pour des raisons que je ne veux pas analyser. Et là, tout de suite, ma raison s’en fiche.

Je revois son visage qui s’approche du mien. Ce baiser potentiel que j’ai rejeté. Plus je les repousse, plus les souvenirs s’accumulent. Les fantasmes s’empilent l’un après l’autre. Et je laisse mon esprit dériver.

Reprendre une soirée normale. Faire des choses normales. Ordinateur. Maintenant.

Je m’assois, ouvre l’écran. La lumière bleue me pique un peu les yeux. Je clique presque au hasard sur l’onglet que j’avais laissé ouvert. Formation hygiène. Certif. Sessions disponibles.

Je scrolle. “Accompagnement vers l’emploi — groupe de 10 personnes.”, “Réinsertion sociale.” Je clique sur une fiche au hasard. Un PDF s’ouvre. Des dates. Des prérequis. Des horaires. Je lis les mots sans vraiment les absorber. Mes yeux avancent. Mon cerveau… moins.

Je ferme les yeux juste une seconde. Pour faire taire le bruit. Pour étouffer… Le goût de sa peau traîne encore sur mes lèvres. La mémoire fantôme de son corps contre le mien. Et l’illusion de son odeur.

Son odeur… C’est un obsession qui hante mon esprit, un parfum fantomatique de pivoine et d’amande qui ne me laisse aucun répit. Parce que je ne peux pas l’avoir. Pas encore.

Cette pensée est un hameçon barbelé, enfoncé profondément. Il n’y a qu’elle. Pas le souvenir d’elle riant d’une blague, ni la distance polie qu’elle garde désormais. Celle dont j’ai envie. Celle qu’elle pourrait être dans mes bras. Celle que je devine à partir de regards volés, de la façon dont son buste s’incline vers moi, du mouvement inconscient de sa langue quand elle réfléchit.

Ma porte s’ouvre dans un clic, sur Maud. Un temps mort. Je suis à vif. Qu’est-ce qu’elle fait là ? Qu’est-ce qu’elle espère de moi ?

La réponse ne se fait pas attendre. Elle vient, tout simplement. Elle tend la main et ses doigts, frais et assurés, tracent le contour de ma mâchoire. C’est tout. Ce simple contact me fait frissonner violemment. Mon souffle se coupe, saccadé.

  • Pourquoi tu es parti ? murmure-t-elle contre mon torse.
  • Je ne sais pas…

Je ne veux pas répondre. Tout ce que je veux c'est me perdre en elle, disparaître dans ses bras et oublier le reste.

  • Tu sais que c'est faux. Pourquoi tu es parti ?
  • Je suis là maintenant.

Je la serre, la couvre de mille et un baisers de sa joue jusque dans son cou.

  • Tu partiras encore…, se plaint-elle. Pourquoi tu es parti ?
  • Chhh…

Cette fois, je l'embrasse pour la faire taire, savourant la douceur de sa peau contre moi.

Ses mains s’animent. Elle m’arrache le sweat des mains et le laisse tomber. Ses paumes glacées se posent sur ma poitrine, faisant remonter mon t-shirt. Le tissu frotte contre ma peau. Ses pouces effleurent mes tétons, dessinant des cercles désinvoltes et dévastateurs qui me font cambrer le dos. Je suis déjà en érection, une douleur lancinante qui tend mon jean. Elle le voit. Un petit sourire complice joue sur ses lèvres — celui qu’elle a quand je dois la mater.

  • Je vois que je t'ai manqué, murmure-t-elle, d’une voix grave que je n’ai plus entendue que dans mes rêves.

Ses doigts s’affairent sur ma boucle de ceinture, le cliquetis du métal résonnant trop fort dans la pièce silencieuse. Le bouton saute. La fermeture éclair descend, dans un grincement, mon boxer aussi, dévoilant lentement mon sexe. Satisfaite d’avance de me voir haleter, trembler, elle me contemple, avide. Sa langue humidifie sa lèvre inférieure.

Elle s’agenouille sur le parquet devant moi. Ses yeux, de cette teinte impossible noisette ambrée, retiennent les miens. Elle n’utilise pas ses mains. Ses lèvres s’entrouvrent et elle prend mon gland dans la chaleur humide et brûlante de sa bouche. Elle aspire. Une succion profonde et puissante qui me coupe le souffle. La sensation est un fil incandescent, qui part de mon sexe pour aller droit à la base de mon cerveau. Mes hanches se cambrent, en réclame toujours davantage. Elle me laisse faire, sa tête s’abaissant, m’enfonçant plus profondément.

Putain…

Je laisse échapper un son brisé. Mes mains s’agrippent à ses cheveux, non pas pour la guider, mais pour m’ancrer à cette réalité. Elle gémit contre moi, la vibration parcourant mon membre, un plaisir secondaire qui menace de me faire jouir trop tôt. J’en veux plus.

Je la soulève. Ma bouche trouve la sienne, un baiser désespéré, salé. Je me goûte sur sa langue. C’est obscène. C’est parfait. Je la porte jusqu’à mon lit et la couche. Sa robe, une sorte de vêtement d’été léger, est une barrière que je déteste. Je tire, faisant sauter les boutons avec une urgence sans faille. Son corps se dévoile : la surface pâle et lisse de son ventre, le galbe de ses seins, le triangle sombre et net entre ses cuisses.

Ma bouche vole sur sa poitrine, suçant le téton jusqu’à ce qu’il se dresse, mes dents effleurant juste assez pour la faire haleter et agripper ma tête. Ma main glisse le long de son ventre, mes doigts effleurant ses poils pubiens soyeux, puis descendant plus bas. Elle est mouillée. Tellement mouillée. Mes doigts se glissent dans ses replis, trouvant son entrée, chaude, lisse et prête. Pour moi. J’enfonce un doigt, puis deux. Un doux gémissement s'échappe de ses lèvres. J'observe son visage, le battement de ses paupières, la tension puis le relâchement de son front. J'adore la vue de son plaisir. Celui que je lui procure.

Je remplace mes doigts par ma bouche. Je plonge mon visage entre ses cuisses. Son goût est complexe, citronné, sucré, unique, typiquement elle. Ma langue trouve son clitoris et je l’enlace de cercles, l’appuie, la lèche avec un rythme qui la fait trembler de la tête aux pieds. Ses mains sont de nouveau dans mes cheveux, tirant, m’exhortant. Ses hanches se tortillent contre mon visage.

C'est ça dont j'ai besoin. D'elle. De la sentir s'abandonner dans mes bras. Ici, à l'abri des regards, rien d'autre ne compte. Pas de question inutile. Pas de pensée parasite. Son odeur, son goût et moi qui en redemande.

Je sens qu’elle est sur le point de jouir, la tension de ses muscles, son souffle qui s’accélère brusquement. Je ne la laisse pas finir. Je m’écarte, la laissant haletante, ouverte, désespérée.

  • Tu ne veux pas de moi ?

Question ridicule.

  • Bien sûr que je veux de toi. Je suis fou de toi.

Elle se redresse, ancre ses mains gelées de chaque côté de mon visage. Impossible de fuir son regard.

  • Mais tu m'as laissée. Tu as reculé. Tu es parti. Pourquoi tu es parti ?

Elle ne parle pas de maintenant. Elle fait référence à tout à l’heure. Dans la rue. J’aurais pu l’embrasser. J’aurais dû l'embrasser. Et je ne l’ai pas fait. Pourquoi ?

Je ne veux pas y penser. J’essaie de me détourner. Elle insiste. J’ai la tête qui tourne. J’ai chaud. Mal au crâne.

Je suis parti parce que…

Je me réveille en sursaut, le souffle court. Ma gorge est sèche, mon coeur cogne trop vite. Trop fort. Je reste allongé une seconde. Deux. À essayer de comprendre. De reprendre le contrôle.

Et puis je sens autre chose… Le manque. Brutal. Injustifié. Violent au point d’en être humiliant.

Réflexe : ma main cherche mon téléphone, à tâtons.

Stéphane… J’ai besoin de Stéphane. Il me dira quoi faire.

Je l’attrape, manque de le faire tomber tellement mes mains tremblent. Je rate le code une première fois. Puis une deuxième. Ça m’agace. Ça m’énerve. Contre moi. Contre ça.

Reprends-toi.

J’expire, mais ça ne change rien. Le besoin est toujours là. Pressant. Collé à l’intérieur de ma peau. Je déverrouille enfin l’écran. J’appelle mon parrain. Pas de réponse.

Merde…

Rester ici n’est plus une option. Je regarde l’horloge. Presque vingt heures. Juste le temps d’aller à une réunion avant de faire une connerie dont j’ignorerais l'origine.

***

  • Je suis parti… Parce que si j’étais resté… Putain, je l’aurais pas juste embrassée, je l’aurais bouffée sur place. Et je pouvais pas faire ça alors qu’elle venait de s’embrouiller avec son mec. Ça aurait pas été le nouveau départ que je veux pour nous. Je sais même pas si ça aurait compté comme un nouveau départ, en fait.

Je viens de finir de raconter ma soirée. Le rêve et les tremblements aussi. La plupart des visages ici connaissent le plus gros de l’histoire. J’ai comblé les trous les plus importants pour ceux qui ne savent pas. Il n’y a que dans ces réunions que j’ose dire ce que je pense. Les applaudissements pleuvent face à mon témoignage. Un habitué du mardi, Marc, lève la main.

  • Y a un truc qui m’échappe… T’es sûr que tu veux être avec elle ? Désolé hein, mais j’ai l’impression que même si son copain n’était pas là, ça changerait rien.

Sa remarque me désarçonne une seconde. Avec Maud, on se comprend, on se fait confiance, on se cherche quoiqu’il arrive. Pourtant, il a raison. Je déteste l’admettre, mais si elle était célibataire, je ne tenterai pas plus ma chance. On en revient à la même question : je l’aime, alors pourquoi je fuis ?

Les images s’enchaînent dans ma tête. Maud et moi. Dès qu’on est seul, tout est beau. Simple. Évident. Mais si j’essaie de sortir de la sphère privée, si j’ajoute du monde… Je ne peux pas m’empêcher de penser à ce que ça donnera, aux commérages que ça provoquera. La morale, la bienséance…

Le regard de ma famille. C’est ça le problème. Ça a toujours été ça le problème.

Ça me brûle la gorge mais je crache le morceau :

  • Je crois… que j’ose pas me lancer avec elle parce que j’ai peur. Je me dis que si ma famille nous rejette, s’ils désapprouvent… je replongerai direct. Je suis devenu clean pour elle. A quoi bon être sobre si je ne peux pas l’avoir ? Tant que je ne tente rien, j’ai un futur “possible” avec elle.
  • Oui, enfin… Tant que tu tentes rien, t’as surtout pas de futur avec elle du tout…

Je fronce les sourcils. C’est encore des paroles pleines de bon sens. Mais ça m’énerve. Peut-être même que ça m’énerve justement pour ça.

Une femme lève la main. Je me tourne vers elle, pour lui donner la parole.

  • Pour moi, le problème c’est que tu brûles les étapes. Tu imagines des réactions à quelque chose qui n’existe même pas encore. Et quand ça existera… Enfin, t’es pas obligé de la présenter à ta famille au premier baiser. On n’est plus en 1950. Tente quelque chose. Juste, pas trop grand, trop tôt.
  • Elle a toujours un copain.
  • C’est ton excuse préférée, ça…, réplique aussitôt Marc. Tu te bloquais tout seul avec ça en Grèce, tu fais pareil aujourd’hui. A t’entendre, il faudrait que tout te tombe tout cuit dans le bec. Qu’elle soit stable, dispo, validée par ta famille… On n’est pas chez les bisounours. Si t’attends le moment parfait, ça n’arrivera jamais. T’étais bien avec elle ? Tu peux retrouver ça ?

Je réfléchis quelques secondes à la question. La façon dont Maud me regarde n'a pas changé. L'électricité entre nous non plus. La complicité, la confiance, la tendresse… Tout ça c’est même plus fort que jamais.

  • Oui. Je pense.
  • Alors, arrête de vous mettre des bâtons dans les roues. Merde, quoi… T’as 24 ans. Vis un peu !
  • Vas-y doucement, quand même, tempère la femme. Commence petit. Ne cache pas ta relation avec elle, quelle qu’elle soit. Sortez, voyez-vous. Sans enjeu. Tu aviseras en fonction de ce que ça devient.

J’acquiesce à nouveau, me force à sourire en remerciement, puis je baisse les yeux, fixe le sol.

Ne pas se cacher. Y aller doucement… Est-ce que j’en suis seulement capable ? Et elle ? Est-ce qu’elle voudra de moi, comme ça ?

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