L'indigestion

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L’eau brûlante lui remit les idées en place.

Stanley s’était recroquevillé dans la douche et pleurait comme un enfant.

Qu’avait-il fait ? Comment avait-il pu commettre un acte aussi ignoble ?

L’eau s’était teintée d’une couleur brunâtre tandis que des touffes de poils sanguinolents venaient s’agglutiner dans l’évacuation.

Il se frotta les bras, lacérant son torse de striures rouges tant il voulait se débarrasser de cette odeur abjecte qui le recouvrait. Une odeur de charnier, de nourriture en décomposition, qui imprégnait sa peau et le tourmentait.

Jacobi avait perdu connaissance après l’incident du chat. La fenêtre grande ouverte avait refroidi la pièce, l’air glacé mordant sa chair comme un animal affamé.

À moitié nu et perclus de froid, il s’était empressé d’écarter les restes de l’animal du pied avant de quitter la pièce en hurlant d’effroi. La carcasse du félin avait été rongée, décortiquée, ne laissant que de l’os et du cartilage sur le sol ensanglanté.

Stanley ne présentait aucune marque, aucune griffure indiquant que la pauvre bête s’était débattue. Il souhaitait intérieurement que cette dernière n’ait pas souffert, ne gardant que des bribes de souvenir de son dernier repas.

Sa mâchoire était endolorie par la mastication excessive. Son estomac, en revanche, ne semblait pas souffrir du trop-plein de nourriture qu’il avait ingurgité durant la soirée, ce qui lui parut bien étrange.

L’odeur du savon avait finalement pris le dessus, atténuant les relents, ce qui le calma quelque peu.

La peau rosie par la douche brûlante qu’il venait de s’infliger, Stanley se décida à sortir de son état apathique. Il essuya le miroir d’un revers de main, découvrant ses yeux rougis d’avoir trop pleuré, ses lèvres encore tremblantes d’émotion.

Il fallait absolument qu’il appelle Linda.

Il devait lui raconter ce qu’il s’était passé. Elle serait peut-être en mesure de l’aider.

À moins que ses actes ne l’effraient. Que penserait-elle de lui ?

Il avait toujours ce goût de fer persistant dans la bouche. Se forçant à dévoiler ses dents, il fut horrifié de découvrir, entre leurs interstices, les résidus de son dernier repas. Des morceaux de chair et de poils souillaient son sourire désormais carnassier. Stanley s’empressa de se laver les dents jusqu’à s’en faire saigner les gencives.

L’idée de retourner dans la cuisine pour se saisir de son téléphone ne l’inspirait guère. Il espérait que personne ne l’ait entendu durant son festin. La fenêtre ouverte avait sans doute laissé échapper les bruits de lutte, suivis de ses propres hurlements plus tard dans la soirée. Et si la police venait frapper chez lui ?

Il ne pouvait se risquer à laisser son appartement dans un état aussi déplorable.

Une fois revêtu de vêtements propres, il se risqua à entrer dans le salon, tirant les rideaux pour dissimuler ses méfaits. La pièce, une fois éclairée, était sordide. Le sang avait coagulé, perdant sa teinte carmin et luisante, et divers objets avaient été renversés.

Un détail, pourtant, le fit frémir d’effroi,

Des traces de pas sanglantes se dirigeaient vers lui, bien trop nombreuses aux yeux de Stanley pour paraître anodines. Comme si plusieurs personnes s’étaient jointes à lui lors de son festin. Quatre paires d’empreintes, bien distinctes par leur différence de taille.

Tout cela n’avait aucun sens.

Il quitta la pièce avec la curieuse sensation d’être observé.

La cuisine était, elle aussi, sens dessus dessous.

Des emballages plastiques et des bocaux brisés recouvraient le sol, tandis que des restes de nourriture avaient été étalés sur le mobilier.

Ses vêtements souillés d’immondices étaient rassemblés en boule sur le sol.

Jacobi parvint à retirer son téléphone de son pantalon raidi par les liquides séchés et s’empressa de composer le numéro de Linda.

La sonnerie résonna dans le combiné, interminable.

— Allô ?

La voix de Linda semblait lointaine, bien que reconnaissable.

— Linda, j’ai besoin d’aide. Il s’est passé quelque chose… quelque chose d’effroyable. Il faut que tu viennes chez moi au plus vite, je crois que je deviens fou ! C’est au sujet de Sullivan. La peinture… Viens vite, je t’en prie… Je ne peux pas t’expliquer ça par téléphone… Je…

Stanley marqua une pause, incapable de contrôler les tremblements qui déformaient sa voix.

Seule la respiration de Linda fit écho à sa détresse, calme et constante.

— Linda, tu es toujours là ?

Le silence de son interlocutrice se transforma en un son qui, d’abord inaudible, s’amplifia jusqu’à devenir insupportable. Un bruit de mastication, grossier et écœurant, ponctué de claquements de langue sonores.

Stanley sentit un souffle chaud dans sa nuque tandis que des relents de viande avariée venaient agresser ses sens. Il lâcha son téléphone et se retourna prestement, avec la conviction qu’il n’était plus seul dans son appartement.

Il l’était pourtant.

Si ce n’est les empreintes de pas qui, une fois encore, suivaient ses moindres déplacements.

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