~ (Erin)
Écouter un inconnu était quelque chose qu’Erin n’aurait jamais fait. À bout de souffle, sa protégée retrouva enfin la lumière du jour, hors du danger qui l’avait jusqu’alors menacée. L’espace d’un instant, elle se perdit même dans l’immensité du ciel qui la surplombait, avant de tournoyer sur elle-même en riant à gorge déployée. Une insouciance qui l’avait souvent caractérisé du temps de Sadell, mais qui l’avait quitté dès lors qu’elle avait dû rejoindre Mosley. La preuve en était, son sourire s’évaporait déjà, remplacé par cette résignation contrôlée qui ne la quittait plus.
Au fil des années, Erin avait vu Evanna grandir pour devenir la femme qu’elle était aujourd’hui : une femme qui avait perdu son foyer, ainsi que toutes les personnes chères à son cœur. Et si elle connaissait chaque recoin de son âme comme s’il s’agissait de la sienne, c’était sa force de caractère qui la surprenait toujours. Elle affrontait ses peurs et ses doutes incessants avec un courage admirable, dissimulant ses véritables émotions derrière un voile de légèreté et de faux‑semblant.
Et elle, par sa seule présence, la mettait en danger. Encore plus aujourd’hui, ne put-elle s’empêcher de penser, lorsqu’elle l’avait imprudemment jetée dans la gueule du loup à la recherche de réponses qu’elle n’aurait de toute façon pas pu obtenir. La culpabilité la submergea, mais elle n’eut pas le temps de se répandre davantage que sa protégée le ressentit.
— Ce n’est pas ta faute, Erin. Ne t’en fais pas.
Sa voix douce et bienveillante la rassura si profondément qu’elle en aurait souri de bonheur si elle en avait été capable. Malgré tout ce qu’elle lui avait fait endurer, elle continuait de lui offrir son soutien et son amour. Et après tout, comment aurait‑elle pu en être surprise ? Toutes deux étaient intrinsèquement liées.
C’était leur réalité.
— Non ! Non, lâchez‑moi ! Erin !
La voix soudainement paniquée d’Evanna résonna dans chaque parcelle de son âme. Elle s’en allait la protéger d’une menace qu’elle n’avait pas anticipée lorsqu’une vive douleur s’empara d’elle et l’en empêcha.
Surgissant de nulle part, un homme venait de planter une seringue dans le cou de sa chère petite. Étrangement, Erin ressentit le liquide se répandre en elle et libérer une douleur aussi mordante qu’aiguë. Elle se retrouva incapable de bouger ou d’interagir avec le monde des humains, forcée d’assister à la scène qui se déroulait devant elle.
Evanna avait beau se démener férocement, elle ne faisait pas le poids face aux trois hommes qui l’entouraient. Elle cessa peu à peu de se débattre et la vision d’Erin, elle, commença à se brouiller. Les images s’estompèrent inéluctablement, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’autre que cette douleur perçante et ce froid glacial.

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