Chapitre 32-1 (Finn)

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La sortie n’était plus très loin. C’est ce que se répétait en boucle le vice‑président de l’Académie alors qu’il réfléchissait toujours plus à un moyen de garder la fille auprès de lui. Il le savait, elle pourrait facilement s’enfuir dès lors qu’ils sortiraient, profitant de la cohue et des attaques répétées des instables qui devaient actuellement être gérées par l’Élite.

Voilà sa deuxième crainte. L’Élite. Car depuis le début de la guerre, Finn n’avait eu de cesse de partager avec son paternel ses soupçons au sujet d’une potentielle trahison de leur part. Soupçons qui s’étaient d’ailleurs bien vite confirmés, mais son géniteur n’avait jamais daigné le prendre au sérieux. Il s’était alors décidé à tourner cet état de fait à son avantage et avait autorisé le transfert d’un agent utopiste au sein même de leur rang, dans l’espoir d’accéder à la seule et unique requête de l’ASU : récupérer la fille.

Mais là encore, l’Élite l’avait protégée, débusquant l’intrus et maquillant les faits pour dissimuler les preuves de leur trahison. Aussi était‑il persuadé qu’à l’instant même où leurs yeux se poseraient sur elle, il l’aurait de nouveau perdue.

Et il ne comptait pas laisser une telle chose arriver.

Après avoir déblayé les derniers décombres, le hall du mausolée se dessina enfin devant eux. La plupart des civils avaient été évacués – ou tués dans l’attaque –, mais quelques‑uns étaient encore en train de s’enfuir sous la protection avisée de quelques Élites. Malgré la supériorité tactique de ces derniers, ils ne prenaient pour autant pas le dessus, une nuée d’instables continuant d’affluer des profondeurs du bâtiment. Finn n’avait jamais vraiment suivi les expériences de son paternel, mais il ne se serait jamais attendu à autant d’entre eux. Vu leur état obsessionnel, il était d’ailleurs évident qu’ils n’avaient pas pu s’échapper seuls, quelqu’un les y avait forcément aidés… mais qui ?

Il n’eut pas le temps de poursuivre son raisonnement que la petite chose qui le suivait le dépassa en courant. Désireux de ne pas la perdre, il s’élança à sa suite mais s’arrêta presque aussitôt, paralysé par la surprise. « Se lancer dans la mêlée » aurait peut‑être mieux convenu à ce qu’il voyait en face de lui. Elle avait sprinté à une vitesse telle qu’elle avait déjà rejoint le combat, ramassant une arme au sol alors qu’elle esquivait une attaque d’un instable qui s’était rué sur elle. Elle l’acheva d’une balle en pleine tête, avant de se jeter sur un autre soldat pour lui planter son couteau dans le crâne.

Malgré toute l’aversion qu’il avait pour elle, Finn ne put s’empêcher de lui accorder au moins cela : elle faisait montre d’une combativité et d’un sang‑froid admirable. À tel point qu’il avait du mal à réaliser que celle qu’il voyait se démener devant lui était la même personne qu’il avait retrouvé terrorisée un peu plus tôt.

Reprenant le contrôle de ses pensées, le vice‑président se jeta lui aussi dans la bataille. Il ne pouvait pas se permettre de la perdre. Pas maintenant. Pas depuis que son plan était tombé à l’eau et qu’elle était devenue son seul espoir. Mais alors qu’il évitait habilement le deuxième instable qui fonçait sur lui, une ombre surgit devant lui pour le protéger. Elle mit un terme à la vie de son assaillant avec une facilité déconcertante, avant de l’emmener en sécurité derrière un pilier.

— Monsieur le vice‑président, vous ne pouvez pas rester ici.

Grant Kazuki avait‑il agi ainsi pour le protéger, lui , ou pour protéger celle qu’il poursuivait ? Finn était bien incapable de le déterminer, quoique « les deux » auraient tout à fait pu être une réponse pertinente si on connaissait un tant soit peu cet homme. Il n’y accorda pas plus de réflexion, les yeux rivés sur la fille. Elle se faisait traîner de force hors du champ de bataille par N’Diaye et Chiappa, qui la confièrent à un homme avant de retourner au front.

— Nul besoin de vous occuper de moi, Kazuki, lâcha‑t‑il sans détourner son regard d’elle. Je suis sain et sauf, désormais, retournez‑y.

— Mais Monsieur…

— C’est un ordre.

Sans attendre de réponse, Finn se rua à la poursuite de l’inconnu qui avait récupéré son paquet. Dehors, la foule était dense et se bousculait, tentant désespérément de fuir ou bien de retrouver leur proche. Peu lui importait. Tout ce qu’il voulait, lui, était la retrouver. Il avait besoin d’elle, maintenant plus que jamais, et il ne pouvait pas se permettre de la laisser filer. Il tenta de se frayer un chemin parmi la cohue, mais les gens alentours le reconnaissaient et se ruaient sur lui, le ralentissant encore davantage. Et elle qui s’éloignait de plus en plus…

Puis, il ne la vit tout simplement plus.

Finn arrêta là sa course, essoufflé mais imperturbable.

Il fallait se rendre à l’évidence. Il avait perdu cette bataille.

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