Chapitre 36 (...)
Au cœur de la nuit, une pièce enfouie dans les profondeurs insondables de la terre où même la lumière s'efface et se cache, chétive et effrayée. Les ombres sont telles qu'elles étreignent chaque parcelle de vie, absorbant tout ce qui s’y trouve dans un océan infini de ténèbres.
Tout n’est que noirceur.
Mais dans cette obscurité étouffante, les autres sens s’éveillent, les uns après les autres, ôtant le voile de mystère qui imprègne les lieux. Les murs libèrent une odeur de moisissure et de décomposition, l’air est chargé du goût âpre et métallique du sang, les gouttes d'eau ruissellent du plafond et s’écrasent au sol dans un clapotis régulier et macabre.
Mais les ténèbres ne sont pas seules.
Là, quelque part, un cliquetis de chaînes métalliques s’entrechoquant et heurtant la roche, suivi d’un souffle rauque semblable à un grognement bestial.
Mais ce n'est pas une bête.
C’est un homme.
Un homme trahi par ses pensées, égaré dans les méandres de l'obscurité. Des images fragmentées tourbillonnent autour de lui sans qu’elles ne lui appartiennent jamais. Un édifice dévoré par les flammes, une silhouette s’évanouissant dans l'ombre, des corps inertes jonchant le sol… l'odeur âcre de la cendre et de la mort. Puis, le néant, toujours ce néant, bercé par le clapotis des gouttes d'eau, les cliquetis métalliques qui accompagnent le moindre de ses mouvements sans qu'aucune âme ne vienne jamais troubler sa solitude.
Au cœur de la nuit, la folie guette, tapie dans l'ombre, et se libère dans une clameur puissante et incontrôlée. Un rire ? Non, une lamentation. Un cri de désespoir qui résonne dans les recoins sombres, détresse indicible imprégnant cet antre de tourments.

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