Chapitre 37 (Evanna)

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Lorsque l’ex‑vice‑président Finn Weber lui avait fait comprendre qu’il avait besoin d’elle pour renverser son père, Evanna avait tout de suite pensé qu’il avait eu un plan. Ou du moins les prémisses d’un plan.

Mais il n’en était rien.

Cela faisait plusieurs jours qu’elle avait élu domicile à l’Académie, et elle ne savait toujours pas dire comment elle pourrait être utile à l’un des hommes les plus influents de Barden. À dire vrai, elle ne savait pas grand‑chose tout court. L’homme l’avait faite s’installer dans son appartement le soir même de son arrivée, et depuis lors, elle ne l’avait qu’à peine croisé… à tel point qu’elle avait fini par se demander s’il y vivait vraiment.

Evanna passait donc ses journées ici, sans savoir quoi faire, dans ce vaste appartement qu’elle ne pouvait même pas explorer puisque son hôte lui avait interdit l’accès à la plupart des pièces. Les seuls endroits auxquels elle pouvait accéder étaient la chambre et la salle de bain qu’il lui avait allouées, ainsi que le salon – mais seulement parce qu’il était ouvert sur la cuisine et qu’il avait bien vite convenu qu’elle devait se nourrir. Autant me jeter en prison, lui avait‑elle craché… ce à quoi il lui avait rétorqué que cela pourrait s’arranger si elle le désirait.

Soupirant d’ennui, la jeune femme traversa le séjour jusqu’à atteindre les imposantes baies vitrées qui donnaient sur le balcon. Croquant à pleines dents dans le sandwich qui lui faisait office de dîner, elle en ouvrit une et alla s’appuyer contre la rambarde extérieure. Les jours passaient, mais elle ne s’habituait pour autant pas à cette vue. D’aussi haut, Mosley lui paraissait toujours aussi minuscule. L’appartement de Weber fils semblait si loin de tout qu’elle se mettait même à douter que la ville puisse être réelle, comme si elle contemplait une maison de poupée sur laquelle elle avait tout pouvoir. Rien de surprenant, donc, à ce que son propriétaire soit aussi imbu de sa personne, songea‑t‑elle en avalant une nouvelle bouchée.

Bien qu’elle ait toujours adoré contempler le monde qui l’entourait, Evanna n’en tirait désormais plus aucun plaisir. Cette image ne faisait rien d’autre que de la ramener à la triste et sombre réalité : elle était inutile. Tout ce qu’elle pouvait faire était de ressasser les évènements récents, grinçant des dents pour que son hôte daigne bien trouver quelque chose pour arriver à ses fins. Car tant qu’il ne serait pas président, il ne l’aiderait pas à retrouver Thomas.

C’était leur marché.

Si Evanna avait l’impression de croupir dans son appartement comme un rat pris au piège, Erin, elle, semblait littéralement revivre. Elle n’aurait su dire pourquoi – sûrement le fait de ne plus être obligée de rester cloîtrée dans l’Écume –, mais son amie débordait de joie et ne la quittait plus jamais. Elle semblait d’ailleurs si heureuse que la jeune femme la soupçonnait d’apprécier voir les choses stagner de la sorte. Après tout, tant qu’elle était ici à tourner en rond, rien de mal ne pouvait lui arriver.

Les jours s’égrenèrent encore, et les choses n’évoluaient pas plus. Evanna n’avait pas allumé son téléphone depuis qu’elle avait rejoint l’Académie, de peur que l’Élite puisse la tracer. Aussi n’avait‑elle plus aucun contact avec l’extérieur, que ce soit avec Hassan, Ariane ou bien même les enfants de l’école‑orphelinat. Ni avec l’intérieur, d’ailleurs… pensa‑t‑elle un soir où elle cherchait désespérément le sommeil, les yeux rivés sur le plafond au‑dessus d’elle.

Jusqu’à présent, l’ex‑vice‑président avait toujours refusé de la recevoir. Mais demain, les choses changeraient. Du moins, elle les ferait changer. Un sourire vint peu à peu étirer ses lèvres. En se réveillant un peu plus tôt que d’habitude les jours précédents, elle avait constaté que son cher hôte était en réalité très matinal, raison pour laquelle elle ne le croisait jamais. Aux alentours de cinq heures du matin, elle avait entendu des pas résonner dans le salon et s’était aussitôt ruée dans le couloir qui y menait.

Pourtant d’un naturel impulsif, elle avait cette fois opté pour l’observation. Un effort surhumain, certes, mais qui s’était avéré payant. En réitérant l’expérience les jours suivants, elle avait découvert que son homme suivait une routine bien établie à laquelle rien ne semblait pouvoir déroger. Sa vie n’était rien d’autre qu’une mécanique parfaitement huilée, qui ne tolérait ni spontanéité ni débordement.

La première chose qu’il faisait en se levant était de se servir un grand verre d’eau citronnée, qu’il sirotait en contemplant la ville encore endormie. Il retournait ensuite dans ses quartiers – à l’opposé de ceux qu’il lui avait alloués –, où il s’adonnait à une séance de sport d’environ une heure. À six heures trente tapante, il était de retour dans le salon, douché et apprêté pour son petit‑déjeuner.

Evanna avait été surprise de voir que personne ne lui préparait ses repas. Elle s’était imaginé qu’un homme de son rang possédait une quantité astronomique d’aides de maison, mais il n’en avait étrangement aucune. Il dégustait ensuite son repas sur le canapé, en regardant les informations ou en plongeant la tête dans un livre, en fonction des jours.

Puis, il s’enfermait dans ce qu’elle avait découvert être une bibliothèque – qu’elle rêvait d’ailleurs de découvrir. Il en ressortait à huit heures trente précises et prenait la direction de son bureau, duquel il ne revenait que tard le soir.

Quelle morosité, ne put‑elle s’empêcher de penser en somnolant.

Malgré son comportement abject, Evanna avait de la peine pour lui. Il se levait et se couchait seul, sans que rien ni personne ne vienne briser sa routine assommante. Pourtant, il ne semblait pas s’en trouver malheureux, bien au contraire, réalisa‑t‑elle soudain. Comme si la solitude épurait son esprit de pensées handicapantes pour ne lui laisser entrevoir qu’une seule chose : son objectif final.

C’est peut‑être ça la clé, du bonheur… la solitude.

Cette pensée l’attira lentement dans les abîmes d’un sommeil inespéré. Maintenant qu’elle l’était, elle aussi, rien ni personne ne pourrait plus l’empêcher de retrouver Thomas.

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