Le livre sans titre
J’ouvre les yeux.
Je me retrouve allongée sur mon lit.
Je me redresse, encore confuse.
Ma chambre, autrefois baignée de soleil, est maintenant plongée dans une sombre pénombre enveloppée d'un silence pesant, presque écrasant.
D'habitude, quand je suis malade, ma mère ne quitte jamais mon chevet. C'est bizarre.
Ma tête est lourde, comme enveloppée de coton.
Puis tout revient : la tasse, le bruit, la douleur.
Un frisson me traverse.
Je n’ose pas regarder ma main gauche.
Je refuse.
Je ne veux plus revoir cette marque.
Mais, une pensée s’impose, insistante.
Si elle était encore là ?
Je ne parviens plus à contrôler ma curiosité.
Je tourne lentement la main.
La marque est toujours là, mais presque effacée, presque transparente…
Peut-être que ce cauchemar est enfin fini ?
Je ferme les yeux une seconde.
Mon cœur cogne fort dans ma poitrine alors que je me lève.
Ma jambe tremble légèrement quand mon orteil touche le sol froid.
Je me dirige vers la porte et l’ouvre avec précaution.
Le couloir s’étire à l’infini devant moi, chaque pas résonnant dans le silence.
Puis en tournant la tête, je la vois.
Une porte double, d'un bois noble et massif que je n'ai jamais vue auparavant.
Mon regard s’y accroche, figé. Une seconde. Deux secondes. Trop longtemps.
Ma curiosité gagne.
Comme toujours.
Je pousse la lourde porte qui grinça faiblement au contacte.
Derrière elle, je vois l’intérieur, une salle se dessine, des murs qui s’étirent au loin sur ou neuf ou dix mètres… et cette odeur de papier ancien. J’arrive enfin à passer la tête… une bibliothèque…
Je reste figée.
La pièce est vaste, chaleureuse. D’immenses étagères s’élèvent jusqu’au plafond. C’est inimaginable… et pourtant bien réel.
Comment c'est possible ?
Je referme doucement la porte derrière moi.
Mes doigts frôlent les dos des livres. Je feuillette les bouquin du regard, certin sont vieux, et d'autre le sont encore plus, il y'en a des gros, il y'en a des petits, des déchirer, et quelque un mordu, surment par des souries. Puis soudain...
Je heurte une étagère.
Boum !
Le choc est brutal.
Les livres basculent et s’abattent sur moi comme une pluie de fragments glacés.
Je vacille. Une douleur éclate dans mon crâne. Je me tiens la tête alors que je regarde la pile de livre qui jonchent le sol autour de moi.
Et là.
Au milieu du désordre, un livre rouge sombre attire mon attention.
Mon souffle se coupe.
Mon regard reste accroché à lui.
Les décorations captent la lumière dorée des lustres accrochés au-dessus de cette bibliothèque mystérieuse.
Et étrangement, ce vieux bouquin n'a pas de titre sur la couverture.
Ma main se tend d’elle-même, comme animée par une force étrangère.
Mes doigts tremblent en s'apprêtant à saisir l'objet.
Au moment où je le touche, une douleur aiguë transperce ma paume gauche, brûlante et fulgurante.
La marque réapparaît, brûlante, éclatante.
Le livre brille aussi.
Une lumière vive.
Je panique, l'adrénaline explose dans mes veines… Mon cœur s’affole. Je lâche le livre dans un instant de peur et d'incrédulité, La lumière s’intensifie. La marque et le livre brillent de plus en plus fort.
Je presse ma main contre ma poitrine.
C'est quoi ce délire ?
Je cours entre les immenses étagères qui me surplombent.
Des voix retentissent de partout :
- Abandonne !
- C'est à cause de toi qu'elle est partie !
- Morveuse !
- Crève !
Je me retourne en pleurs et cours vers la porte, espérant m'échapper le plus vite possible d'ici.
Je m'arrête net.
La porte… elle a disparu !
Les voix s'intensifient.
- Sac à merde !
- Meure gamine !
L’endroit s’assombrit.
Je me roule en boule sur le sol qui, autrefois tiède, est devenu glacial.
Je bouche mes oreilles pendant que des ombres terrifiantes aux robes noires et aux yeux fantomatiques planent sur moi, me traitant de tous les noms.
Je ferme fort les yeux.
Suppliant que ça s'arrête enfin.

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