Le réveille
J’ouvre les yeux.
Une lumière blanche, violente, m’arrache presque à moi-même. Je cligne des paupières. Ma gorge est sèche. Les draps me grattent la peau. L’air sent le désinfectant, cette odeur froide et piquante qui n’existe que dans les hôpitaux.
Je suis à l’hôpital.
Le plafond immaculé. Les murs trop blancs. Le silence étrange, seulement troublé par des bips lointains. Ma tête est lourde, comme remplie de coton. Puis tout revient.
La tasse.
Le bruit.
La douleur.
Un frisson me traverse.
Je n’ose pas regarder ma main gauche. Je refuse. Je ne veux plus revoir cette marque. Mais une pensée s’impose, insistante.
Et si elle était encore là ?
Je ne peux pas me contrôler.
Je tourne lentement la main.
Rien.
Ma peau est parfaitement normale. Aucune trace de cette marque. Mais pourtant, quelque chose me serre la poitrine.
Je ne suis pas convaincue.
Pas parce qu’elle a disparu…
Parce que je sais qu’elle peut revenir.
Est-ce encore un rêve ?
Est-ce moi qui perds pied ?
Je ferme les yeux une seconde. Mon cœur cogne trop fort. Beaucoup trop fort.
Je me lève.
Mes jambes tremblent légèrement quand mes pieds touchent le sol froid. La pièce est vide. Trop vide. Je me dirige vers la porte et l’ouvre avec précaution.
Le couloir s’étire devant moi, long, blanc, silencieux. Les néons bourdonnent faiblement. Chaque pas résonne.
Puis en tournant la tête, je la vois.
Une porte différente.
En bois massif.
Incongrue au milieu de tout ce blanc clinique.
Mon regard s’y accroche. Une seconde. Deux secondes. Trop longtemps.
La curiosité gagne. Comme toujours.
Je m’approche et pousse la porte.
Elle grince faiblement.
Derrière elle, une immense bibliothèque.
Je reste figée.
La pièce est vaste, chaude. Des étagères gigantesques montent jusqu’au plafond. L’odeur du papier ancien remplace celle du désinfectant. C’est impossible… et pourtant bien réel.
Je referme doucement derrière moi.
Mes doigts frôlent les dos des livres. Je cherche sans vraiment chercher. Puis...
Je heurte une étagère.
Boum !
Le choc est sec.
Les livres basculent.
Et s’abattent sur moi comme une pluie de glace.
Je vacille. Une douleur éclate dans mon crâne. Je me tiens la tête alors que je regarde les bouquins qui jonchent le sol autour de moi.
Et là.
Au milieu du désordre.
Un livre rouge sombre attire mon attention.
Mon souffle se bloque. Mon regard reste accroché à lui. Les décorations dorées captent la lumière. Il n’a pas de titre.
Ma mains se tend toute seule.
Comme si elle était devenue maitresse d'elle même.
Mes doigts tremblent.
Au moment où je le touche
Une douleur aiguë transperce ma paume gauche.
La marque réapparaît, brûlante, éclatante.
Le livre brille aussi.
Une lumière vive.
Derrière moi.
La porte s'ouvre.
Quelqu’un entre.
L’adrénaline explose dans mes veines. Mon cœur s’affole. Je serre le livre contre moi et me précipite derrière un pilier.
La lumière s’intensifie.
La marque.
Le livre.
Ils brillent plus fort.
Je plaque ma main contre ma poitrine.
Il faut que je retourne dans ma chambre.
Maintenant.
Avant que quelqu’un ne découvre mon secret.

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