Chapitre 2
Ce fut Emily qui vint la réveiller alors que le Soleil n’était pas encore venu remplacer la Lune. Ensommeillée, Scarlett la remercia et s’assit au bord de son lit, repensant aux nombreux rêves qu’elle avait fait cette nuit. Aux nombreux cauchemars plutôt.
Elle avait revu sa mère quitter le domicile familial. Cette dernière montait encore et encore dans le carrosse de cet homme, sa valise à la main, sans un regard pour sa maison. Pour sa famille. Pour elle. Ce rêve semblait assez fidèle à ce qu’elle avait observé de sa fenêtre la vieille. Mais parfois, le rêve changeait. Sa mère la regardait, juste avant de monter dans le carrosse de cet homme. Dans ce dernier regard, elle lui disait la détester puis la femme rousse l’ayant élevé se transformait en monstre. Cette créature légendaire qu’on lui avait conté enfant.
Elle refusa d’y penser plus et se débarrassa de sa tenue de nuit. Elle observa ce corps nu si familier dans le miroir avant d’enfiler ses nouveaux habits. Elle était heureuse de ne plus jamais voir ce vieux miroir aussi rouillé que le portail du manoir. De plus, ce dernier était trop petit. Cela faisait des années qu’elle ne pouvait plus se voir entièrement. Peut-être que si le duc de Doran avait pitié d’elle, l’homme a qui il l’offrirait possèderait un grand miroir assez neuf pour qu’elle puisse se voir convenablement…
Depuis des années, plus personne ne la coiffait. Aujourd’hui, Emily revint le faire. Malheureusement, la bonne semblait avoir perdu la main car la tresse qu’elle tenta de lui faire penchait d’un côté. Scarlett n’était même pas sûre que ses cheveux roux tiennent. Elle la remercia mais se promit de défaire ce massacre aussitôt éloignée de la maison.
- Scarlett, hurla son père du bas des marches.
La jeune fille se hâta, et en fermant sa porte, elle pensa au fait qu’elle ne reviendrait peut-être plus jamais et qu’elle n’avait pas le temps de dire aurevoir à cette chambre qui l’avait toujours connu. Peut-être était-ce mieux ainsi ? Peut-être que cela l’empêcherait d’être prise par les sentiments.
Scarlett put résumer le trajet en un unique mot : horrible. Le vieux carrosse que son père avait fait apprêter dégageait une odeur particulière qui l’avait rendu malade la première partie du trajet. Son corps avait finalement réussi à s’habituer puisqu’elle finit par cesser de vomir. Le fiacre lui laissa d’horribles douleurs dans les jambes et le dos puisque chaque petit monticule de terre menaçait de les faire s’envoler ou bien voler en éclat. De plus, le trajet lui avait semblé durer des jours entiers. Le silence de son père n’aida pas les minutes à s’écouler plus rapidement, tout comme la route ne l’aidait pas à rejoindre les bras de Morphée. Elle dut donc prendre son mal en patience et attendre. Lorsqu’elle ne fut plus malade, elle essaya de profiter du paysage. Mille arbres se dessinaient devant ses yeux et elle comprit qu’elle en connaissait si peu. Elle avait aussi aperçu quelques animaux inconnus et quelques fleurs qu’elle aurait adorées cueillir.
Ce long voyage lui fit comprendre à quel point elle n’était jamais sortie de chez elle. Elle connaissait le manoir et ses environs comme sa poche. Elle les avait parcourus encore et encore, s’aventurant même dans la forêt environnante. Parfois aussi, son père l’avait emmené sur les terres du baron. Elle s’était rendue dans un village ou deux mais sa connaissance du dehors se limitait à ça. Maintenant, elle avait le sentiment de découvrir le monde. Pour dire, même l’air lui semblait différent.
Pourtant, la Cour du roi n’était pas si loin des terres de son père mais n’étant qu’un petit baron, il avait eu peu d’occasion pour s’y rendre. D’autant plus que son père détestait les fêtes. Du moins c’est ce que sa mère ne cessait de grommeler. Peut-être que si le baron de Vilsany avait emmené sa femme danser plus souvent, cette dernière serait restée ?
- Il ne nous reste que quelques lieux à parcourir, murmura son père en observant la ville de dessiner devant eux.
Scarlett ne put que s’en réjouir. Leur voyage avait débuté bien avant l’aube et depuis son père avait refusé toute pause pour se substanter. Ils étaient soi-disant trop pressés pour prendre le temps de manger. Scarlett avait faim et elle ne pouvait plus ignorer les cris affamés de son estomac. Elle espérait qu’à la Cour, elle aurait le droit à quelques fruits ou un morceau de pain.
Lorsque son père se fut rassit au fond de la banquette, elle s’autorisa à se pencher pour admirer les rues pavées qui remplaçaient peu à peu les chemins terreux sur laquelle ils avaient longtemps roulés. Les arbres laissèrent aussi leurs places à des maisons assez colorées. Le carrosse ralentit car les rues dans laquelle ils essayent de passer sembler bonder. Scarlett en fut émerveillée : elle n’avait jamais vu autant de personnes en un même endroit. Son père, lui, fut vite agacé, le bourdonnement de la ville l’énervait déjà.
- Un peu de tenu Scarlett, la réprimanda-t-il en lui tirant la manche de sa robe.
Il avait d’ailleurs du mal à regarder cet habit vert sapin qui lui rappelait trop sa femme. Il lui avait offert, elle ne l’avait jamais mise, elle l’avait quitté. Il se retint d’insulter cette putain et passa sa colère sur sa fille :
- Si tu espères un temps soi-peu qu’un homme veuille de toi, tiens-toi et arrête de te comporter comme une paysanne à moins que tu ne préfères filer avec l’un deux.
Blessée, la jeune fille se terra contre elle-même et n’osa plus bouger jusqu’à ce que le carrosse n’arrive à bon port : la cour de Yeassalon se tenait devant eux : vivante, bruyante, colorée, mouvante. La jeune fille en fut émerveillée. Tout ce qu’elle entendait, tout ce que ses yeux pouvaient apercevoir, elle le savourait. Néanmoins, elle n’osait en contempler plus, les paroles de son père résonnaient encore trop fort dans sa tête.
Ce dernier défroissa sa tenue et après lui avoir ordonné de rester ici, partit à la recherche du duc. Galdrus ne tarda pas non plus à s’éclipser la laissant avec Emily qui somnolait.
Après tout, elle n’était plus à quelques heures à attendre. En revanche, son estomac si. Elle avait faim au point que son estomac la faisait souffrir. Pour faire taire cela, elle décida d’écouter les conversations qui venaient jusqu’à elle. Certains parlaient des princesses, les deux filles du roi Richard. Son père lui en avait parlé, brièvement, l’ainée prendrait la suite de son père un jour. Décision que son père semblait juger : une femme sur le trône c’était étrange selon lui. Néanmoins, elle se rappela qu’il n’ose pas aller plus loin dans ses dires, par peur de critiquer leur souverain. D’autres évoquaient leurs nouvelles toilettes, ou encore la tapisserie qu’ils avaient fait poser dans une de leur innombrables pièces. Elle écouta attentivement lorsqu’un groupe de gentilshommes évoquèrent un festin qui semblait avoir eu lieu les jours précédents. Ils parlèrent de mets qui lui mit l’eau à la bouche, mais très vite, ils étaient trop loin. Elle ne se lassait pas de ce brouhaha ambiant. Au contraire, elle adorait cela.
Galdrus revint bientôt et pour son plus grand bonheur, il avait ramené à manger avec lui.
- Je me suis dit que vous auriez peut-être faim. Elle le remercia et se jeta sur le bout de pain qu’il lui offrit. Une dame tel que vous ne devrait pas affronter la Cour le ventre vide.
- Parlez-moi de la Cour, je vous en prie.
- C’est un lieu qui n’est pas offert à tous. Les riches du royaume y gravitent autour du roi et de ses filles. On dit de la famille royale qu’elle est restée humble, je ne saurais vous confirmer cette rumeur. Ce que je sais en revanche, c’est qu’il vous faudra vous éviter querelles. L’amour que peut vous accorder ces gens là peut-être très vite repris. Je ne sais que vous dire d’autre, en tant que domestique je n’ai jamais eu ma place dans un lieu tel que lui.
- Avez-vous été marié ? Elle rougit à son indiscrétion et se confondit en excuses : Veuillez m’excuser, j’ai été maladroite.
- Je n’ai jamais connu ce bonheur madame. J’espère que vos noces arriveront vite et que surtout qu’elles vous combleront de bonheur.
- Je ne sais être une dame, alors une femme…
Sa mère était la seule épouse qu’elle ait vraiment connue et sa relation avec son père ne semblait pas être un exemple. Silence et reproche ne pouvaient un mariage. Galdrus la laissa dans le silence. Au loin, il avait aperçu le baron de Vilsany revenir. Ce dernier se hâtait et son domestique ne savait si cela était porteur d’une bonne ou une mauvaise nouvelle.
- Scarlett, remettez de l’ordre dans vos cheveux. Le duc de Doran nous attend. Il nous accorde une audience, ne me décevez pas. C’est votre seule chance. Les gens ignorent encore tout de cette fuite absurde. Il me faut vous marier avant que le bruit court. Avant que tous ne sache de quelle catin vous descendez.

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