Chapitre 3

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Le chemin la menant jusqu’au duc lui parût interminable. Ils croisèrent un nombre incalculable de visages qu’elle peinerait à reconnaître. Certains l’ignorèrent royalement, tandis que d’autres saluèrent son père. Plusieurs semblèrent néanmoins la remarquer puisqu’ils la dévisagèrent avec insistance, allant jusqu’à se retourner sur son passage. Tout ceci la mit mal à l’aise et pour la première fois depuis ce matin, elle regretta sa douce et silencieuse campagne.

Le dédale de couloir sembla enfin prendre fin puisque son père s’arrêta devant une immense porte en chêne. Il passa une main nerveuse sur ses habits et se retourna vers sa fille :

- Essaye de dompter cette chevelure.

La jeune fille passa une main qu’elle savait inutile dans ses boucles rebelles mais rien n’y faisait.

- Et met de l’ordre dans ta robe.

Il ne lui laissa pas le temps d’obéir qu’il avait déjà frappé. L’homme qu’elle supposa être un domestique ouvrit aussitôt. Ils étaient donc attendus…

- Le duc est prêt à vous recevoir monsieur, veuillez me suivre.

La pièce dans lequel ils entrèrent révéla à Scarlett que sa famille, bien qu’elle soit baronne depuis des générations, n’était pas riche. Le duc, lui, l’était. Les tapis n’avaient pas perdu leur éclat ici. Le rouge était ce qu’il était : rouge et vif. Les murs tapissés étaient recouverts d’illustres ancêtres. Elle n’eut pas le temps d’en voir d’avantage car devant ils avançaient et elle ne pouvait prendre le risque de les perdre de vue.

Ils arrivèrent dans un petit salon où deux enfants, aussi blonds que le blé, jouaient. Ils semblaient tellement concentrés dans leur amusement, qu’elle ne sut s’ils les avaient entendus arriver. Assise près du feu, une femme la salua. Scarlett devina tout de suite qu’elle était la mère des petits : ses cheveux ne pouvaient tromper quiconque.

- Mon cher ami, un homme à la carrure impressionnante fit son entrée.

- Monsieur le duc de Doran, je vous remercie de m’accueillir.

Le concerné, souriant, enlaça son père qui se tendit. Scarlett l’observa surprise. Elle avait toujours imaginé que le duc de Doran était un homme de l’âge de son père, mais il n’en était rien puisque devant elle se tenait un homme adulte certes mais dénué de toute trace que laissait les âges qui s’écoulaient.

- Je suppose que vous êtes miss Vilsany. Scarlett fit une révérence devant cet homme intimidant.

- Tout à fait monsieur le duc, je vous remercie par ailleurs de nous recevoir.

Le duc lui offrit sa main pour qu’elle se relève, une main aussi grande que douce, constata la jeune fille. Elle le remercia d’un timide sourire.

- Mon valet m’a informé du motif de votre visite, racontez-moi tout.

Son père lui jeta un regard hésitant, presque apeuré, avant de se lancer. Tout se jouait là, Scarlett le savait alors elle l’écouta, silencieuse.

- Dans un premier temps, monsieur le duc, je tenais à vous présenter toutes mes condoléances. Je n’ai appris la mort de votre père qu’à mon arrivé ici.

- Le fief de Vilsany est éloigné, je comprends que la nouvelle n’ait pas circulé jusqu’à vous. Mon père m’a quelques fois parlé de vous, il m’a conté la guerre qui avait permis votre rencontre et à quel point depuis, il vous était obligé. Je le suis aussi puisque vous lui avez sauvé la vie.

- C’est à ce propos que j’espérai leur rencontrer. Il se pensait redevable, mais je n’ai fait que ce qui était juste et normal ce jour-là. Je ne comptais pas accepter sa promesse de me rendre la pareille un jour, le baron marqua une pause, mais je suis d’espéré et j’entrevoyais l’espoir qu’il puisse m’aider. Nous aider. D’un geste de main, le duc le fit poursuivre, non sans lancer un regard à Scarlett qui ne le vit pas, le regard rivé au sol. Physiquement, ma fille est le portrait craché de sa mère, mais la ressemble s’arrête là. Sa mère était insatisfaite tandis que Scarlett est réjouie de peu. Sa mère était froide, et hautaine, tandis que mon enfant est douce, lumineuse, à l’écoute et aimante. Sans parler de sa patience.

- Votre épouse est partie n’est-ce pas ? Blême, le baron acquiesça avant de reprendre :

- Oui, monsieur le duc. Hier. Jetant le malheur sur notre famille. J’espérai que votre père, mon très cher feu ami, puisse trouver un mari à ma fille avant que la nouvelle ne court.

Son valet lui avait déjà conté l’histoire lorsque le baron était venu le trouver plus tôt, il avait déjà réfléchi au sujet mais jusqu’à l’arrivée de Scarlett, il hésitait encore. Maintenant, sa décision était prise :

- Si mademoiselle de Vilsany me donne son accord, elle épousera mon frère.

- Votre frère, répéta le baron surprit.

- Le batard de mon père oui. Sa situation est bonne, aucune affaire n’entâche sa réputation. C’est un homme aisé qui travaille au service du roi depuis quelques années. Alors, acceptez-vous ?

- Cher époux, intervient la blonde assise au coin du feu. Silence Cristal, ma décision est prise.

- Ma fille accepte monsieur, et je ne sais comment vous remercie de l’honneur que vous nous accorder. Je n’en demandais pas tant.

- Vous me voyez ravi que cette proposition vous plaise mais c’est l’accord de votre fille que j’attends.

Sous le regard pressant de son père, Scarlett ne put qu’accepter. De toute façon, la question ne se posait pas, elle devait accepter.

- Le mariage est une grande décision. Vous pouvez refuser, personne ne vous en tiendra rigueur jeune fille.

- J’accepte et remercie votre proposition, monsieur le duc.

- Plus de ça entre nous, vous ferez bientôt partie de la famille.

Poliment, elle sourit mais tout cela l’effrayait. Elle allait vraiment quitter son manoir, son père, son jardin. Elle allait se marier et pas à n’importe qui, au frère du duc !

- Parfait, Cristal, veuillez la conduire dans ses appartements. J’ai envoyé quelqu’un en préparer pour vous deux.

- Monsieur le duc, je… Je ne sais comment vous remercie.

- Vous avez sauvé la vie de mon père et je devais marier mon frère. Nous voilà tous satisfait.

Scarlett disparut avec la duchesse qui ne pipa mot. Cette dernière semblait contrariée et la jeune baronne sut qu’elle en était le motif principal. Silencieusement, elle tenta de suivre le pas pressé de la jeune femme qui brutalement ralentit. Une jeune femme passa devant elle et la blonde s’inclina. Scarlett se dépêcha d’en faire d’eux même.

- Duchesse de Doran, comment vous portez-vous ?

- Comme hier princesse.

- Qui vous accompagne ? Je ne crois pas vous connaître ? Cristal se tourna vers elle et Scarlett sut qu’elle ne la présenterait pas, elle se lança donc :

- Je me nomme Scarlett madame. Je suis la fille du baron de Vilsany.

- Oh, je suis ravie de vous rencontrer. J’espère que votre séjour à la cour vous sera agréable.

- Merci princesse.

Cette dernière reprit son chemin mais avant de disparaître au coin d’un couloir, elle reprit :

- Si dans les jours qui suivent vous êtes encore là, je vous enverrai quelqu’un afin que nous puissions faire connaissance autour d’une bonne boisson chaude si cela vous plait.

- ça serait un plaisir et un honneur princesse.

Cristal sembla encore plus irrité par cette invitation puisqu’elle disparut aussitôt. Scarlett dut courir pour la rattraper et elle savait par avance que ce n’était pas l’attitude à apporter pour une dame. Pour une future duchesse. Elle se risqua néanmoins à demander :

- Était-ce la princesse héritière ou sa sœur ?

- Mathilde.

Scarlett se pinça les lèvres. Mathilde, très bien mais laquelle était Mathilde… Il fallait que son père la renseigne sur la vie à la Cour et rapidement avant qu’elle ne se ridiculise.

Le duc de Doran était resté en compagnie du baron de Vilsany. Le mariage semblait ravir les deux familles mais il restait des détails à régler. Alors que le père de Scarlett tentait d’estimer la dote qu’il pouvait offrir pour sa fille, le duc de Doran évoqua l’héritage.

- Scarlett est votre fille unique. Je me doute que n’ayant ni neveu, ni protégé, elle sera votre héritière.

- Bien sûr, monsieur le duc.

- J’aimerai que mon frère soit l’héritier de vos terres aux mêmes titres que votre fille. Un silence s’ensuit. Le baron pesait le pour et le contre, se demandant s’il avait véritablement le pouvoir de décider. Votre manoir ne m’intéresse pas plus que ça, mais vous savez l’importance qu’à votre forêt, ce qu’elle abrite et le danger que ça serait de la confier à quelqu’un qui ignore tout ce qui se passe au milieu du continent. Le baron se savait piéger, il allait accepter quand le duc poursuivit : si vous refusez, il faudra mettre votre fille au courant et lui léguez la mission qui était la vôtre. Mon frère en revanche, connaît déjà ce secret et sa fonction dans le royaume est de préserver le pays de ce que l’on cache à tous. Alors acceptez-vous ?

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