Chapitre 5
Chapitre 5 :
Sophia quitta le lit de son amant sans prendre la peine de lui voler un dernier baiser. Elle devait réveiller sa nouvelle maîtresse pour cette grande journée et elle était déjà en retard. Le Comte de Gervas ne la vit pas partir, la lune le maintenait encore dans ses bras.
Sophia grommela dans les couloirs vides de la Cour. Elle avait pourtant prévenu le comte qu’aujourd’hui était une grosse journée. Pourquoi fallait-il qu’elle soit si faible face à ses caresses… Elle chassa le souvenir de cette nuit dans un coin de sa tête et tenta d’oublier la chaleur de son corps contre le sien.
Quand la domestique entra pour réveiller sa maîtresse, cette dernière était déjà debout, penchée au-dessus d’une cuve où elle semblait rendre son repas de la veille. Sophia se précipita à ses côtés :
- Par tous les dieux, Madame, êtes-vous malade ?
Ce n’est qu’en caressant le dos de Scarlett, que sa bonne comprit qu’elle pleurait.
- Je… sanglota-t-elle, je suis désolée.
- Oh madame… Vous auriez du me faire appeler… Sans cesser de la rassurer, Sophia attrapa un verre d’eau qu’elle lui tendit : Buvez miss. Tout va bien.
Scarlett se pressa d’obéir et engloutit cette boisson qui chassa l’horrible goût âpre du vomi. Elle se laissa guider sur le bord de son lit et s’assit. Les sanglots ne disparurent pas mais se firent plus silencieux.
- Et si vous me racontiez ce qu’il se passe.
- Je… C’est ridicule, ne vous inquiétez pas, tout ira mieux dans quelques minutes.
- Je ne vous force à rien mademoiselle, mais vous avez le cœur gros. Peut-être que quelques confidences pourraient vous aider à voir plus clair dans tous vos tracas ?
- J’ai peur… Je sais que ce mariage est une chance mais je ne suis pas sûre de le mériter. Je ne connais pas Rowan et il ne me connaît pas : veut-il simplement de moi ? Je… J’ai du mal à respirer…
- Chut… Tout ceci n’est pas facile et il est normal que vous ayez peur mademoiselle. Vous êtes au contraire très courageuse. La plupart des gens ont le temps d’apprendre à connaître leur fiancé, vous n’avez pas cette chance mais vous aurez toute la vie pour le découvrir. Et il en est de même pour lui. Peut-être ne désire-t-il pas ce mariage mais quand il vous verra tout à l’heure, il vous désirera. Je vous en fais la promesse.
- Merci.
Scarlett sécha ses dernières larmes mais la peur continuait de lui tirailler le ventre. Elle n’avait aucune envie d’affronter cette journée et elle regretta de ne pas pouvoir rester là, dans les bras de Sophie.
La robe était magnifique, la couturière de la Cour semblait avoir des mains de fée. Scarlett prenait plaisir à se contempler dans le miroir mais un détail la dérangeait : la couleur de sa robe, à moins que ce ne soit la couleur de ses cheveux… En effet, le blanc semblait détonner avec le roux de ses cheveux… Ils étaient trop flashi, peu discret. Elle hésita à demander à Sophia de modifier sa coiffure. Peut-être que si elle les attachait, cela choquerait moins ?
- Sophia… Cette dernière posa le plateau qu’elle venait d’apporter et s’approcha :
- Oui, Mademoiselle.
- Pensez-vous qu’il serait possible de modifier ma coiffure ? La jeune femme hésita :
- Euh… Oui, bien sûr. Elle s’apprêtait à défaire les quelques épingles qui retenaient les mèches de devant quand elle ajouta : la coiffure ne vous plaît pas ? Scarlett s’empourpra. Excusez mon indiscrétion, la baronne de Doran ne cessait de me la reprocher. Cela ne me regarde pas. Je vais vous la refaire.
- J’adore cette coiffure, c’est juste que mes cheveux sont … trop roux et avec le blanc de cette robe, on ne voit que ça…
- Aucune coiffure n’est capable de cacher la couleur de vos cheveux. Et heureusement, croyez-moi.
- Je…
Scarlett regarda à nouveau le miroir. Elle n’arrivait pas à apprécier le feu qu’était sa chevelure.
- Je vais essayer quelque chose de nouveaux alors.
- Je vous remercie Sophia.
La cérémonie arriva sans prévenir et il fut déjà l’heure. La peur qui la tiraillait ce matin était passée au stade supérieur. Elle était entrain de la ronger toute entière. Ses mains étaient moites et elle craignait que bientôt, l’air lui manque.
Son père qu’elle n’avait pas vu depuis l’annonce fit son entrée, prête à la conduire à son nouvel époux. Il l’observa un instant mais ne réussit à la complimenter. Il ne savait pas faire, sa sorcière de femme lui avait assez reproché alors il se tut, mais Scarlett sut. Elle avait vu à son regard humide la fierté qu’il ressentait et cela valut tous les mots pour elle.
- J’ai quelque chose pour vous Scarlett. Il lui tendit un bijou aussi doré que le soleil. Ironiquement, le bijou doré représentait une lune et sur cette dernière, une pierre bleue brillait. Il appartenait à votre grand-mère et désormais, il est à vous.
- Il est sublime père. Je… Merci.
- Vous me rendrez fier, comme vous le ferez pour votre mari.
Scarlett acquiesça et le baron lui tendit son bras. C’était l’heure. Sophia lui avait conté ce qui devait se passer. Son père la conduirait à la chapelle, les couloirs seraient vidés pour l’occasion. Normalement, il n’y aurait personne puisque tout le monde l’attendra dans la salle où elle rencontrerait Rowan.
Sophia ne lui avait pas menti. Elle ne croisa personne. Seul son père l’accompagna, et le bras de ce dernier fut son meilleur soutien. Elle n’aurait sans doute pas pu faire le trajet seule. Elle sut qu’elle approchait de l’endroit quand elle put entendre une musique qui devint de plus en plus forte. Son cœur se serra un peu plus fort et elle s’appuya sur son père qui continua le chemin, sans cesser de la guider.
- Je vais me marier, se murmura-t-elle.
Elle n’avait jamais rêvé de ce grand jour, ni même joué au mariage comme le font parfois les enfants avec leurs camarades de jeu ou bien leurs poupées de chiffon. Elle n’y avait donc jamais pensé plus que cela et elle regrettait un peu aujourd’hui.
La musique s’intensifia lorsqu’elle fit son apparition. Tous les yeux de la pièce ne semblèrent faire plus qu’un regard vers elle. Certains chuchotèrent, d’autres se contentèrent d’observer, silencieux. Sophia l’avait préparé à cela aussi. Les mariages faisaient toujours parler, le sien encore plus. La Cour était persuadée que ce mariage précipité avait été le fruit d’habiles négociations secrètes et tout le monde semblait curieux de ce silence. S’ils savaient… De plus, comme le lui avait dit Sophia, Rowan était convoité et une femme inconnue de tous l’avait eu. Correspondait-elle aux attentes de la Cour, malgré leurs regards, elle ne sut le dire.
Ses jambes tremblèrent lorsqu’elle s’avança mais elle ne faillit pas. Regardant droit devant elle pour ne pas céder aux battements bien trop bruyant de son cœur. Elle aperçut son futur époux qui avait le dos tourné. Il abordait la tenue des chevaliers du roi et à aucun moment, il ne se retourna. Elle ne put alors voir de lui que le brun de ses cheveux. Lorsqu’elle fut derrière lui, il émit enfin un mouvement, et sans la regarder, il lui prit la main pour qu’elle se place à ses côtés. Elle observa alors discrètement son profil : les courbes de son nez, la longueur de ses cils, la hauteur de ses pommettes. Elle s’arrêta sur la cicatrice qui taillait en deux son sourcil puis, elle dut faire face au prêtre qui allait célébrer leur union.
- La lune et le soleil se sont aimés jadis. De cet amour qui n’a cessé de durer, naquit le Créateur, nous guidant à son tour dans les joies du mariage. Cet exemple divin porte les mariés dans le bonheur. Ainsi, le Soleil et la Lune nous ont inspiré. Le Soleil s’est dévêtu de son manteau céleste pour offrir à la Lune la compagnie des étoiles, la Lune n’a cessé d’attendre son amour
Le discours prit fin et elle osa enfin jeter un nouveau coup d’œil vers Rowan qui ne lui accorda pas un seul regard.
- Scarlett de Vilsany, acceptez-vous de prendre pour époux le vicomte de Kosath,
Un murmure secoua l’assemblée. Le batard semblait avoir désormais un titre, ce que la Cour semblait ignorer. Scarlett fut persuadée que le nouveau vicomte l’apprenait tout juste car elle perçut un tressaillement de sa part.
- Oui, j’accepte, murmura timidement la jeune fille.
- Accepter cette décision est une lourde responsabilité. Il vous faudra vous respecter, vous aimer, vous chérir, vous guérir. Cette union débutera aujourd’hui, en présence du Créateur et se terminera lorsque vos deux âmes auront rejoint les étoiles. Etes-vous prête à cela ?
- Oui, un simple mot et pourtant la voix de la jeune fille tremblait, tout comme ses mains qui ne parvenaient à rester en place sur le tissu de sa robe. Le visage fatigué du prêtre s’éclaircit d’un sourire et il se tourna vers l’époux :
- Rowan de Kosath, acceptez-vous de prendre pour épouse la fille du baron de Vilsany.
- Oui, elle put ainsi découvrir la voix du vicomte qui ne sembla pas hésiter : une voix ferme, douce, autoritaire.
- Accepter cette décision est une lourde responsabilité. Il vous faudra vous respecter, vous aimer, vous chérir, vous guérir. Cette union débutera aujourd’hui, en présence du Créateur et se terminera lorsque vos deux âmes auront rejoint les étoiles. Etes-vous prêt à cela ?
- Je suis prêt pour cela.
- Bien, murmura le prêtre avant d’allumer une bougie dont la flamme brillait devant eux.L ’amour est immatériel, l’échange d’alliance sera la preuve matérielle du lien qui vous unit désormais. Scarlett de Kosath, il est temps pour vous d’offrir cette promesse à votre époux. Son père lui tendit une petite boite contenant le bijou qu’elle passa au doigt de son époux peut assurer. Le regard de ce dernier était rivé sur ses mains, elle ne put alors regarder ses yeux aussi verts que des émeraudes en face. Rowan de Kosath, il est temps pour vous d’offrir cette promesse à votre épouse. A nouveau, il évita avec brio son regard, lui passant une bague aussi fine que les rayons du soleil autour de son doigt. Je vous déclare unis pour toujours.
Scarlett ne s’y attendait, alors que tout le monde applaudissait ce mariage, Rowan posa un baiser sur ses lèvres. Un baiser froid, rapide et … écrasé. Certains de ses romans parlaient de ces échanges amoureux mais c’était donc ça embrasser quelqu’un ? Scarlett détesta cela.

Annotations
Versions