Chapitre 6

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Rowan ne la regarda que lorsque les festivités de leur union prirent fin. Il observa sa coiffure désordonnée : ses boucles rousses qui s’échappaient du chignon strict que Sophia avait coiffé. Puis son regard dévia sur ses yeux timides aussi vert que l’émeraude, il comprit alors pourquoi son frère avait choisi une bague sertie de cette pierre. Les fines bretelles de sa robe mettaient en avant sa gorge blanche, ses épaules délicates, et ses bras fins, cachant avec subtilité sa poitrine qu’il avait imaginé plus imposante.

Son frère avait décrit sa future femme comme une déesse mais Rowan n’approuvait pas cette description. Debout devant lui, il la regarda enfin et la déception de ce mariage lui revint, installant un gout amer au fond de sa gorge. Néanmoins, il savait pourquoi il le faisait et pourquoi il devait le faire.

- Il est l’heure, déshabillez-vous, lui ordonna-t-il lorsqu’ils se retrouvèrent seuls dans leurs nouveaux appartements.

Il la vit déglutir et la colère s’insinua en lui. Il ne manquerait plus qu’elle se refuse. Lui non plus n’avait aucune envie d’elle mais le mariage devait être consommé. Sinon, il serait nul et non avenu. Savait-elle ce qui l’attendait ? Il espérait car il ne saurait comment lui expliquer… Elle baissa la tête, les joues aussi rouges que sa chevelure et entreprit de défaire sa robe. Il ne proposa pas de l’aider et se dévêtit à son tour. A cet instant, il détesta son frère et le père de cette gamine qui les obligeaient à unir leur corps de cette manière. Il aurait préféré baiser n’importe qui plutôt que d’être celui qui l’initierait à la chair, il ne pouvait même pas associer le mot plaisir à celui de chair.

Quand il se retourna, elle était nue mais il n’osa pas observer ce corps frêle plus en détail. Elle était suffisamment gênée ainsi, il voulait à tout prix en finir. Hésitante, elle s’allongea sur leur grand lit. Tout en elle transpirait la fragilité, ce n’était pas le genre de femme qu’il désirait mais c’était elle qu’il aurait, pour toujours.

Rowan était un homme de parole, il savait qu’il devrait apprendre à apprécier cette jeune femme car il n’irait plus en voir d’autres. Il l’avait promis aux Dieux et il lui avait promis à elle.

Il vint au-dessus d’elle et d’un geste de tête lui demanda silencieusement si elle était prête. Elle acquiesça et pour la première fois, ils ne firent qu’un.

Scarlett avait mis un temps fou à s’endormir et elle supposait qu’il en fut de même pour Rowan mais une fois que leur acte avait pris fin, il s’était retiré d’elle et avait éteint la lumière. Son unique phrase à son égard avait donc été « Il est l’heure, déshabillez-vous ». Tout cela était loin de ce qu’elle avait espéré… Sophia avait eu la gentillesse de lui évoquer la nuit de noce mais elle espérait pouvoir parler, même brièvement, à son nouvel époux avant, histoire de… Elle ne savait même plus. A son réveil, il n’était plus là. Sa place dans le lit était froide, signe qu’il s’était levé il y un temps déjà.

Scarlett n’eut pas le courage de se lever alors elle resta là un long moment à contempler ce nouveau plafond qui l’abritait. Rowan semblait la détester ou du moins, il détestait sa présence et elle ne lui en voulait pas. Il n’avait rien demandé mais naïvement, elle aurait voulu que son nouveau mari fasse au moins l’effort d’apprendre à la connaître. Comment s’était passé les premières journées de mariage de ses parents ? Sans doute mal vu l’issu actuel. Que devait-elle faire ? Que pouvait-elle faire ? Elle aurait aimé lui demander mais pour être honnête, il l’effrayait. Sa voix dure et autoritaire, ses épaules musclées, son regard froid. Il en imposait.

Subitement, sa campagne silencieuse lui manqua. Là-bas, elle n’avait pas à se demander ce qu’elle devait dire ou faire. Elle était seule, elle n’avait qu’à se cacher dans son jardin quand l’humeur était maussade et personne ne l’obligeait à parader devant autrui. Foutu mariage.

Sophia finit par venir la réveiller, ouvrant en grand les épais rideaux qui lui avaient caché le soleil et ses rayons.

- Avez-vous passé une bonne nuit Madame.

Scarlett voulut sa réponse souriante et sûre d’elle mais sa domestique ne put que remarquer ses yeux rougis et sa voix tremblante. La vicomtesse sut qu’elle ne trompait personne et que surtout elle devait apprendre à mentir mais Sophia eut la politesse de ne pas relever et de l’aider à se préparer en évoquant ni cette nuit de noce, ni l’absence de ce nouveau mari.

Rowan avait quitté le lit alors que le Soleil dormait encore. Il n’avait pu fermer l’œil de la nuit, cette présence à ces côtés le perturbaient, l’empêchant de sombrer dans le sommeil. Il aurait aimé continuer à faire chambre à part après le mariage mais son frère le lui avait interdit et désormais, la fille du baron vivait chez lui. Il avait passé le reste de sa matinée à préparer son expédition dans la forêt. Il avait consulté le roi Richard alors que ce dernier prenait son petit-déjeuner, rassemblé ces hommes peu de temps après. Ses armes avaient été lustrés, il ne lui restait plus qu’à repartir mais son frère ne semblait pas être de cet avis puisque Rowan le vit apparaître d’un pas décidé.

- Ta nuit de noce touche à peine à sa fin que tu es déjà sur le retour.

- Que veux-tu donc Tristan, la conversation débutait à peine que Rowan était déjà agacé par le ton de reproche de son frère.

- Que penses ta jeune épouse de ton départ précipité ?

- Je ne lui ai pas demandé son avis. Je me suis marié, comme tu le souhaites, je ne changerai pas mon mode de vie pour la satisfaire. D’autant plus que la mission dont m’a chargé le roi me semble plus importante que satisfaire ma jeune épouse.

- Ce qui se cache derrière la forêt peut attendre encore une journée ou deux Rowan. Ce n’est pas en fuyant tes responsabilités comme tu le fais que tu auras un mariage heureux.

- Un mariage heureux comme celui qui t’unit à Crystal ? Tristan tiqua. C’est bien ce qui me semblait, peut-être devrais-tu t’occuper de ta dame avant de t’intéresser à la mienne.

- Scarlett n’est pas Crystal, Rowan. Ta femme ne demande qu’a être apprécié et tu la laisses seule dans une Cour où elle ignore tous les codes.

- Occupes-toi en si cette jeune feuille te fait si pitié. Tu as voulu ce mariage, c’est ton problème.

Tristan n’insista pas et observa son frère rejoindre ses soldats. Ce mariage n’était peut-être pas une si bonne idée finalement… Pourtant…

Ce n’était que le début, se rassure-t-il. Les deux jeunes mariés avaient sans doute besoin de temps. Il ne put néanmoins se résoudre à rentrer dans ses appartements et fit un détour par les siens. Rowan avait raison, Scarlett lui faisait pitié mais il n’était pas sur que cela s’arrête là. Il trouvait cette jeune femme … charmante.

Un domestique le fit entrer et dès qu’il fut annoncé, Scarlett le fit entrer :

- Duc de Doran, quel plaisir de vous recevoir. Sophia, je vous prie d’allez nous chercher quelques petits choses à boire et à grignoter.

Le sourire ravie que lui affichait sa jeune belle sœur ne le trompait. Elle était heureuse de recevoir de la compagnie.

- Plus de duc entre nous très chère, appelez-moi Tristan.

- Je vais essayer. Comment vous portez-vous ?

- Bien et vous ? Vous vous acclimatez à la Cour ? Instantanément, la jeune femme rougit.

- A vrai dire, pas vraiment. Je ne connais personne et je n’ai pas encore pris le temps de me balader.

- Personne, murmura faussement horrifier le duc en ajoutant d’un geste théâtral une main sur son cœur, comment avez-vous pu m’oublier ? Scarlett ne put s’empêcher de rire. Habillez-vous très cher, je vais vous faire visiter les recoins de la Cour.

- Avec plaisir, s’écria la jeune femme en se redressant, ma tenue convient-t-elle pour une sortie à la Cour.

- Vous êtes parfaite !

Cet échange prenait une tournure étrange. Le duc en avait conscience mais tout semblait si naïf de son côté. Le problème ne venait sans doute que de lui. Peut-être n’aurait dû-t-il pas employer le terme « parfaite » mais aucun autre mot n’avait semblé lui convenir. Il l’avait observé remonter l’allée vêtue de blanc hier et il n’avait pu empêcher le sourire se dessiner sur ses joues. Elle avait été magnifique, sa robe avait épousé son corps à la perfection. Il secoua avec vigueur sa tête, espérant chasser ses pensées impures.

- Par quoi désirez-vous commencer, vicomtesse de Kosath ?

- Si je me dois de vous appelez Tristan, faîtes-en de même et appelez-moi Scarlett.

- Avec plaisir, Scarlett.

- Les jardins, j’adorerai commencer par ça.

- En route, alors.

Lors de cette balade, Tristan put lui présenter quelques amis : un comte dont elle oublia le nom. Une duchesse nommée Rowena de Sylvanie dont le mari avait péri il y a peu au combat. Un soldat qui d’après les dires de son nouvel ami travaillait avec son mari Marin quelque chose.

Scarlett put également parler d’elle et écouter ce que son ami avait à lui raconter. C’était une balade plaisante mais cette dernière prit fin subitement quand ils entendirent des cris en direction du palais du roi. Tristan lui demanda d’aller se cacher et partit en courant vers les cris qui résonnaient bien trop forts. Scarlett ne put se résoudre à l’écouter et à son tour, elle courut. Ses jupons en main, elle essayait de suivre le rythme de Tristan sans parvenir à la rattraper. Il arriva en premier sur les lieux et elle le seconda. Ce qu’elle put observer d’abord, c’est le sang répandu par terre, inscrivant je ne sais quoi, puis ces femmes…

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