Chapitre 9

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Scarlett le regarda s’éloigner sans comprendre mais son hébétement ne dura pas. La colère prit bientôt place et elle sentit son sang bouillir.

- Mais quel… Elle chercha ses mots un instant. Gougeât ?

Ce mot n’était pas assez fort pour décrire ce qu’elle ressentait en ce moment même. Elle inspira doucement pour retenter de retrouver le calme qui l’habitait d’habitude, retenant par la même occasion une nouvelle insulte qui, de toute façon n’aurait servi à rien, à moins peut-être de la soulager.

Il était détestable. Elle avait beau comprendre qu’il n’avait en aucun cas désiré ce mariage, mais aux dernières nouvelles, elle non plus n’avait pas choisi son époux.

Il était odieux, méchant, et il semblait en plus savoir l’impact que ces mots avaient sur les autres. Il n’était donc pas maladroit, juste cruel… Qu’il aille donc la rejoindre avec sa jambe blessée.

Quel imbécile ! Comme si jeter l’eau dans lesquels les fleurs avec trempées trois secondes allaient avoir un effet. Elle espérait secrètement que sa jambe le fasse souffrir, pas beaucoup mais juste un petit peu…

La colère retomba bien vite. Elle n’était pas du genre à se fâcher, même contre ce stupide Rowan alors le vide qui l’habitait revint la combler. Elle devait rentrer au château, voir si elle pouvait aider mais avant elle décida de ramasser quelques calendulas. Il était peut-être méchant avec elle, la repoussant sans cesse, mais elle n’allait pas devenir comme lui. Il en était hors de question.

Une fois que son bouquet orange fut assez garni, elle reprit le chemin du château, s’autorisant enfin à repenser à tout ce qu’elle venait de voir, ou du moins ce qu’elle croyait avoir vu.

Tout ce feu, était-ce bien elles ? Ces bourrasques de vent aussi ?

Tristan les avait appelés « sorcières » … Mais cela ne pouvait être vrai… C’était des contes, des chimères, des histoires pour les enfants mais comment expliquer ce à quoi elle venait d’assister. Qui étaient-elles ? Que voulaient-elles ? Quand est-ce que les autres allaient venir les venger ?

Alors que ces sombres questions la tourmentaient, elle atteint la Cour et ses bâtiments. Elle rencontra quelques hautes personnes dont elle ignorait le nom, les salua poliment mais son teint blafard trahissait ses pensées et ce qu’elle avait vu. Elle était presque arrivée quand elle croisa la princesse Mathilde.

- Princesse, la salua-t-elle d’une révérence.

Cette dernière sembla sortir de ces pensées et la regarda hésitante.

- Je suis Scarlett, l’épouse du vicomte.

Pour toute réponse, la princesse acquiesça, les lèvres tremblantes. Elle était au bord des larmes. Scarlett ne sut que faire. Elle ne pouvait pas laisser Mathilde ainsi mais désirait-elle son aide ? Après tout, elle n’était que nouvelle aussi et elle restait une simple vicomtesse faisant face à la fille du roi. Elle se risque tout de même à faire un pas vers elle :

- Princesse, pas de réponse, Mathilde semblait perdue trop loin alors Scarlett essaya à nouveau : Mathilde.

Celle-ci sortit de sa torpeur et croisa le regard émeraude de son interlocutrice. Scarlett vit ainsi la détresse de la jeune femme : ses yeux noisette semblaient humides, prêt à déborder.

- Vous allez bien ?

- Oui, excusez-moi, j’étais perdue dans mes pensées. Scarlett acquiesça, silencieuse et la princesse rajouta en chuchotant, comme pour lui confier un secret : vous y étiez ? La rousse devina de suite à quoi elle faisait allusion, alors à nouveau, elle fit oui de la tête. Oh mon dieu, s’effara la jeune femme avant de fondre en larme, sanglotant de tant à autres des excuses : Je suis désolée.

- Ce n’est rien, votre Altesse. Je me rendais dans mes appartements, désirez-vous me suivre afin que l’on en parle au calme.

- Je ne peux vous déranger plus longtemps, vous avez déjà été assez éprouvée ce matin. Je ne devrai pas pleurer qui plus est.

- Bien sûr que vous avez le droit de pleurer si le besoin est là Madame. Ce qui s’est passé ce matin est un choc pour nous tous. Pour vous encore plus.

- Ma sœur y était… Scarlett acquiesça, se souvenant du courage de la princesse Lauranne. Je… C’est elle qu’il voulait. Si… S’il lui était arrivé quoique ce soit… Scarlett crut que la jeune princesse allait craquer. Il n’en fit rien. Une unique larme traça son chemin sur la joue blafarde de la princesse.

- C’est votre sœur. Il est tout à fait normal que vous soyez bouleversée par cette éventualité. Mais il n’en est rien. Votre sœur va bien et elle a fait preuve d’un courage admirable. Mathilde se pinça les lèvres, retenant une émotion néfaste qui semblait menacer de la secouer.

- Lauranne est courageuse. Elle fera une reine formidable.

- Vous l’êtes tout autant. Être brave ne se limite pas seulement à affronter la peur, parfois c’est aussi reconnaître que l’on est terrifié. La princesse ne sembla pas convaincue et haussa les épaules.

- Je vous remercie comtesse de Vilsany. Parler de tout ça fut étrangement réconfortant.

- Je vous prie, Princesse Mathilde, c’était un honneur pour moi. Scarlett commença à s’incliner quand son interlocutrice posa une main sur son bras.

- Je vous en prie, pas de ça entre nous. Scarlett se figea, ne sachant que faire mais Mathilde enchaîna : je n’ai certes pas le courage de ma sœur mais je peux aider à ma manière. Scarlett resta silencieuse à l’écouter penser à haute voix. Je vais organiser un dîner. Ce soir ! J’espère que ce n’est pas trop tard. Les gardes, les servantes, tout ceux ayant assistés de près ou de loin à cette horreur seront conviés. Ça je sais faire ! Ça je peux le faire. Scarlett acquiesça, toujours silencieuse. Merci comtesse. Je compte sur vous et votre époux pour ce soir.

- Avec plaisir votre Altesse.

La princesse lui sourit, un sourire qui contaminait même son regard noisette et partit organiser son dîner.

Le soir vint, amenant Rowan avec lui. Ce dernier se présenta peu de temps avant le dîner, portant toujours son uniforme déchiré et tâché par les évènements de la journée. Un geste de tête suffit aux deux époux pour se saluer. Du coin de l’œil, Scarlett l’observa s’asseoir à table après s’être servi un immense verre d’un liquide qu’elle ne reconnaissait pas. Après tout, quel verre chargé d’alcool pouvait-elle reconnaître ? Son père ne les buvait que caché dans son bureau qui lui était interdit.

- Je vous ai fait couler un bain.

Il releva les yeux et l’observa. Ses pupilles aussi sombres que la nuit déstabilisèrent la jeune fille qui baissa les yeux en sentant ses joues s’enflammer. Stupide rougissement.

- Je vous en remercie. Le timbre de sa voix était étrangement doux, calme et … gratifiant. Vous rendez-vous au diner de la famille royale ?

- La princesse Mathilde m’y a convié lors de notre rencontre. Et vous ?

- Je pense que oui. Il finit son verre d’une traitre et se leva. Lorsqu’il passa près d’elle, leurs bras s’effleurèrent mais tous deux firent comme s’il n’en était rien. Pensez-vous pouvoir m’attendre avant de vous y rendre ? Cela paraîtrait sans doute mieux que les époux Vilsany arrivent ensemble.

- Je vous attendrai à une condition. Qu’à la sortie de votre bain, vous me laissiez bander votre jambe. Il ricana, d’un rire qui tendit la jeune femme, un rire moqueur et méchant dont seul lui avait le secret. Si vous préférez faire semblant de ne pas souffrir, nous pouvons également jouer à cela mais vous ne pourrez pas cacher votre douleur longtemps.

Le sourire s’effaça sur le visage de Rowan mais il ne cessa de la regarder. Elle attendit mais il ne dit plus rien et partit rejoindre le bas qu’elle lui avait fait préparer. Il finit par l’appeler quelques minutes plus tard, sans doute pour le pansement mais une peur s’immisça chez la jeune fille. Et s’il était nu ? Elle avait déjà vu son sexe, ou plutôt entrevu, puisqu’elle avait toujours fait attention de tout regarder, à l’exception de ça. De ça et de son regard.

- Grandis un peu Scarlett et vas-y, se murmura-t-elle.

Lorsqu’elle le vit habiller, elle se détendit tout de suite. Enfin « habillé » était un grand mot. Un bas ample couvrait ce qu’il y avait à couvrir, ses jambes restaient nues, montrant une blessure qui réclamait d’être soigné et son torse était à découvert. Il avait en effet, enfiler sa chemise pour ce soir sans prendre la peine de la fermer. Scarlett essaya de ne pas s’y attarder mais tout était si nouveau !

- Peut-être devriez-vous vous asseoir, demanda-t-elle hésitante. Il obtempéra et elle s’agenouilla à ses côtés. Effleurant du regard la blessure.

- Si cela vous dégoute, on peut se contenter d’aller à la soirée.

- Cela ne me dégoute pas… J’ai juste peur de vous blesser. J’ai lu pleins de livres à ce sujet, mais ça ne reste que des li… elle se coupa, réalisant qu’elle parlait beaucoup et un peu vite. Elle respira, effleura du bout des doigts le contour de la blessure et remarqua la grimace de Rowan. Je croyais que vous ne souffriez pas, murmura-t-elle taquine. Il ne répondit rien. Cela risque d’être désagréable, voulez-vous que je vous serve un verre ?

- Juste, posez votre potion magique que l’on en finisse. A l’évocation de la magie, elle se crispa. Elle brûlait d’envie de lui poser mille questions mais se retient, n’ayant aucune envie d’aborder ou de rigoler sur ce sujet. Elle obtempéra donc, appliquant sur la blessure vive une fine couche de miel, délicatement.

- Du miel ? rigola-t-il moqueur, les sourcils arqués vers le ciel.

- Oui, cela soulagera votre douleur et aidera votre peau à guérir.

- ça aussi vous l’avez lu dans vos livres ?

Son regard était toujours rempli de moquerie mais Scarlett ne perdit pas la face, elle prit le bandage qui avait masséré dans les calendulas et le posa sur la brûlure. Une nouvelle grimace se peint sur le visage du jeune homme et elle appuya un peu plus fort.

- Scarlett, grogna-t-il.

Elle se releva, un sourire vainqueur aux lèvres et sortit de la pièce sous le regard étonné du jeune homme qui l’observa partir. Elle n’était peut-être pas si fragile que ça ?

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