Chapitre 10
Au fur et à mesure que leurs pas s’approchaient de la grande salle, rire et discussions s’intensifiaient. Le cœur de Scarlett semblait s’accélérer lui aussi, elle était effrayée à l’idée de son entrée dans le monde. Elle ne connaissait personne, ou presque et ignorait beaucoup des coutumes de la Cour, Sophia l’avait bien aidé pourtant mais elle savait que ce n’était pas suffisant, elle avait trop de lacunes.
Rowan s’arrêtant, l’obligeant à faire de même la mine interrogative. Il lui tendit son bras qu’elle hésita à prendre, son regard insista, elle céda.
- Prête à jouer la comédie ? susurra-t-il. Elle déglutit et acquiesça. Le début de la soirée pouvait commencer !
Mathilde avait fait un super travail, la salle avait été décorée avec simplicité pour ne pas penser que l’on célébrait le drame du jour. Chaque table était garnie de mets variés dégageant une odeur qui ne pouvait qu’ouvrir l’appétit des convives. Ces derniers étaient d’ailleurs nombreux et variés : les gens de la Cour, mais aussi tous les petits gens qui travaillaient pour ses nobles. On pouvait remarquer que ces deux sociétés au combien différente peinaient à se mélanger : deux groupes distincts s’étaient formées et alors que les gens de la Haute parlaient fort, les domestiques se faisaient plus discrets, observant avec de grands yeux le spectacle auquel ils pouvaient enfin assister.
L’orchestre tenait une place originale : au milieu de la salle, de ses tables et de ses convives. Scarlett surprit son époux a tapé le rythme sur la veste de son manteau. Un rythme qui au vue des circonstances ne se voulaient ni trop joyeux, ni trop entrainant, juste un fond mélodieux.
- Mon cher, jouez-vous ? Il ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel devant toute la comédie qu’elle mit dans son sourire et sa voix, mais joua le jeu, se penchant à son oreille, effleurant de sa barbe la joue de sa compagne :
- Petit, un professeur m’a enseigné les bases rudimentaires. Souhaitez-vous que je vous fasse une démonstration privée ? Elle frémit à ce chuchotement mais ne perdit pas la face.
- C’est gentil de vous proposer mais je préfère encore voir des professionnels exercer cet art. Il serait dommage que vos gros doigts de soldats ne gâchent cet art au combien délicieux à l’oreille. Elle lui sourit à nouveau, faussement.
Un jour de fête, gamine, son père l’avait mené au village qui dansaient, jouaient de la musique. Elle n’avait découvert cette musicalité qu’à ce moment, et elle pensait ne pas en avoir entendu depuis. Elle avait bien tenté de poser ses doigts maladroits sur le piano poussiéreux de leur salon, mais cela n’avait rien donné de concluant.
- Ma chère épouse, me suivez-vous pour que je vous présente certaines personnes de la Cour.
- Avec plaisir, mon tendre.
Voilà le moment, qu’elle redoutait le plus et être au côté de Rowan, ne l’aidait pas. Déjà qu’il ne la portait pas dans son cœur, il ne fallait pas qu’elle fasse honte. Pour être honnête, elle se fichait pas mal de son avis mais elle savait qu’il tenait à sa réputation, et si elle ternissait cette dernière, elle avait bien peur qu’il la coupe du monde de la Cour, et elle refusait de retourner vivre en Hermite sur une terre isolée du monde.
- Voyez-vous cet homme discret au fond ? C’est un proche conseiller et ami de notre roi, sa femme est une peste mais vous ne pouvez vous en faire une ennemie. Le duc et la duchesse de Batholaway.
- Batholaway, murmura Scarlett espérant retenir ce premier nom. Batholaway… Rowan, murmura-t-elle, que dois-je dire ? Il arqua les sourcils, étonné :
- Contentez-vous de sourire. Ça sera très bien comme ça. Monsieur, le duc, apostropha-t-il. Je suis ravi de vous voir ce soir.
- De même, sourit le vieil homme, révélant une dent noircie par le temps, juste devant, gâchant un sourire qui à une époque devait être charmant. Est-ce là votre jeune épouse ?
- Oui ! S’exclama-t-il comme excité par cette rencontre. Scarlett sourit avant de se baisser en une légère révérence.
- Monsieur le duc de Batholaway. C’est un plaisir.
- Tout le plaisir est pour moi jeune fille. Je n’ai pas eu le temps de vous féliciter tout deux pour vos noces : je vous souhaite tous mes vœux de bonheur.
- Je vous en remercie, sourit Rowan en reprenant la parole. Il est vrai que notre union n’a pas eu le temps d’être annoncé à la Cour, Scarlett se raidit, lançant un regard interrogateur à son époux, mais je suis tombé sous le charme de Scarlett il y a quelques mois, il se pencha sur sa dulcinée et embrassa le sommet de son front, lors d’une visite de contrôle sur les terres de son père.
- Terre vous appartenant désormais si je ne m’abuse, nouvelle surprise pour l’héroïne qui continua de se taire.
- Elles nous appartiendront quand mon beau-père rejoindra les étoiles.
- Hum, murmura le duc de Batholaway. En tout cas jeune fille, j’ai eu plaisir à vous rencontrer. J’espère que vous profiterez de la soirée.
- De même, monsieur le duc.
Dès que le duc eut tourné les talons, le sourire polie de Scarlett s’effaça, tout comme celui de son époux.
- Je ne suis pas sûre de tout comprendre, murmura-t-elle sèchement à l’intention de son époux.
- Pourtant, c’est assez clair, le duc vous apprécie autant qu’il se méfie de moi.
- Je ne parlais pas de ça… Les terres de mon père sont votre ? Terre où nous nous sommes rencontrés ?
- La plupart de ces gens sont persuadés que notre mariage est dû à une grossesse ! La jeune fille blêmit.
- Quoi ?
- Votre père me cédera les terres de vos ancêtres à sa mort, jusqu’à ce qu’un de notre héritier mâle soit en âge de s’en occuper.
- Il ne m’en a rien dit…
- Ce sont des affaires d’hommes, rien dont vous n’avez à vous mêler… Elle le fusilla du regard mais se tût.
- Mesdames et Messieurs, veuillez accueillir le roi, la princesse héritière Lauranne et la princesse Mathilde.
La salle tout entière applaudit cet arrivé. Le roi s’assit dans un immense trône que Scarlett fut surprise de ne pas avoir remarqué. Il était imposant, mêlant un côté traditionnel par son bois sculpté et moderne par le bleu électrice des coussins l’ornant, couleur du royaume.
- Je vous remercie, merci. Le drame que notre royaume a vécu ce matin est horrible. Je peine d’ailleurs à trouver les mots juste. Trois horribles femmes se sont introduites dans nos jardins avec des intentions tout aussi horribles. Un homme tout à fait respectable a tenté de les arrêter et y à payer le prix de sa vie. Tom. Tom était un soldat, un homme fort, un homme courageux, un homme noble. Tom est parti éclairer notre ciel ce matin, que nos dieux veillent son chemin, et que nous tous ici réunis lui prêtent ces quelques minutes de silence pour l’honorer.
Scarlett ferma les yeux, repensant à ce corps qu’elle avait vu étendu sur la terre ce matin. Ce sang… Pauvre homme !
- Ma fille, Mathilde ne vous a pas réuni pour faire de ce drame un moment de joie. Non ! Si nous sommes ici, c’est parce qu’on guérit mieux de nos blessures ensemble. Ce drame nous touche tout un chacun et nous nous relèverons ensemble. Ces trois femmes étaient des sorcières. J’aimerai vous dire que ce mot n’existe que dans les légendes ou que ce sont des cas isolés mais je refuse de vous mentir. Ces femmes chercheront à nous diviser et c’est inacceptable. Je vous promets ici et aujourd’hui que je donnerai tout ce qui est en mon pouvoir pour protéger ce royaume, le peuple qui l’habite et tout ce que nous connaissons. Je refuse de laisser ces monstres gagner. La première chose que je compte faire est de renforcer notre armée en nommant Rowan de Vilsany général, défenseur de notre liberté contre ses chimères.
Tous les regards se tournèrent vers Rowan qui étonné chercha du regard son frère qui d’un mouvement imperceptible l’encouragea à avancer vers le roi. Scarlett le regarda faire, croisant du regard Tristan qui lui sourit tristement. La salle applaudit à nouveau tandis que le roi remettait au vicomte une épée sertie d’un saphir sur le pommeau.
- Que vos mains servent à protéger le royaume, que votre tête parvienne à lutter contre ses démons, que votre corps les repousse et que votre cœur reste pur.
Le roi sourit à son nouveau général et la salle entière ne fit qu’un pour l’applaudir. Tous battirent des mains en un même temps créant une musicalité sans pareille. Le bruit ne cessait, la foule se refusait d’arrêter à l’encouragement. Peut-être pensaient-ils que cela aiderait le chevalier à les défendre ? Scarlett applaudit à son tour. Si un nouveau poste était créer suite à ce drame c’est que la menace des sorcières n’étaient pas à prendre à la légère … Qui étaient-elles ?

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