2- Landry ( 48 ans) - (1/2)

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Tu ne le sais peut-être pas, mais la première fois que tu rencontre Landry, c'est dans le roman:  l'artiste peintre ( qui n'a pas été encore publié). En revanche, tu peux le retrouver dans le roman Dans l'ombre des villes qui est publié chez Octoquill Editions. 


Oui, il y a tout un univers autour de ce personnage. Je l'aime bien.

Bonne première lecture. J'ai besoin de vos avis pour rendre cette future saga au top ^U^


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Dix ans déjà que j’ai passé un accord avec le LOUP. Un an que je suis à la retraite. Une retraite forcée qui m’a permis de sortir la tête de l’eau, de sortir de cette maladie de l’esprit qui me rongeait chaque jour un peu plus. Il n’y a plus son parfum dans l’appartement, plus la poupée qui lui ressemblait tant.

Suzy…

Mes sœurs, aidées de mon second, Chrison, devenu inspecteur après mon départ, ont fait le vide dans mon sanctuaire. Ils ont éloigné le visage de ma défunte fiancée, pour ne laisser que des livres, des cartes du monde et des idées pour passer une retraite « normale ». Je suis encore bien jeune pour un retraité. Quarante-huit ans… Mais on ne discute pas les ordres.

Je passe mes journées à lire, à imaginer des circuits touristiques à l’aide d’encyclopédies, mais parfois, le temps s’allonge et je pense à mes enquêtes, au flambeau que j’ai cédé à Chrison. Bien sûr, il lui arrive de venir me chercher pour comprendre le fond d’une enquête. Et je l’avoue, je ne cache pas mon ravissement quand il se tient devant mon palier, un gros dossier entre les mains. En un instant, je me sens revivre.

Oui, je saute sur mes jambes, je retrouve les rouages de mes pensées et j’ouvre la porte d’un univers empli de liens. Il me suffit de les suivre pour trouver le fil conducteur.

Je pose ma tisane sur la table basse, et viens me pencher sur les carreaux de ma fenêtre. Un temps de neige m’y attend et une ribambelle de lanternes. Certaines encore allumées. Les fêtes de fin d’année approchent et je me sens plus seul que jamais.

Peut-être bien que Dany, ma jeune sœur, a raison en m’incitant à participer à des rendez-vous arrangés.

« Landry, fais-moi plaisir. Trouve-toi quelqu’un. Va chez mon ami, il organise une fête de célibataires. »

Les rendez-vous se passent chez un ami à elle. Un homme entreprenant qui semble avoir l’œil pour trouver ceux qui formeront un futur couple.

Je tourne mon regard vers le dernier dossier que Chrison m’a apporté. Je l’ai épluché au mieux et sorti quelques points suspects à traiter. Ils ne paraissent rien comme ça, cependant, il faut s’en méfier. Je n’ai pas à douter que son équipe et lui trouveront le fin mot de l’histoire. Il est bon. Il l’a toujours été. Aujourd’hui, c’est lui qui contacte le Loup quand un criminel n’aura pas de jugement. C’est le pouvoir que nous a donné le Loup Blanc.

Je retourne à la contemplation de la rue.

Une silhouette encombrée d’un lourd manteau la traverse, pressée.

Il fait si froid dehors, qu’une fine buée se forme sur les carreaux. J’esquisse un cercle avec la paume de ma main.

La silhouette a disparu.

Tout est noir. Les décorations pour les fêtes d’hiver seront installées la troisième semaine de décembre, entre toutes les lanternes. Tout va s’enchainer et les temples des diverses déités, démons, déesses et autres légendes du passé vont réapparaitre dans le quotidien des gens. On va fêter chacune d’elles tout en sachant le peu d’intérêt qu’on porte à vénérer ces cultes et leurs histoires. Tout se perd, comme la croyance des sorciers de Hongoria. Moi-même, je n’y croyais pas. Il m’a fallu le LOUP pour comprendre que la magie était là, toujours présente. Moins à chaque décennie, mais partout autour de nous, discrète sous son voile invisible.

La modernité nous prendra tout. Même la raison.

Un grand coup est donné à la porte et m’arrache un sursaut.

Qui cela peut-il être ?

J’avise l’heure.

23 heures.

Méfiant, j’avance jusqu’à la porte et colle mon œil dans le « regardant ». Je ne distingue pas la personne qui se présente, mais je ne me trompe pas sur le manteau qu’elle porte.

La silhouette dans la rue !

— Qui est-ce ?

J’ouvrirai peut-être si je reconnais la voix.

Par instinct, je m’arme d’un bâton de marche en bois qui traine près d’un parapluie. Je n’ai plus d’arme de service, de toute façon, je ne me suis jamais senti à l’aise avec une arme à la main. Je me souviendrai toujours du coup de feu qui part et de ma fiancée qui tombe.

Jamais je n’aurais imaginé devoir lui tirer dessus. Jamais je n’aurais pensé qu’elle soit une criminelle, qu’elle ait tué les hommes qui l’avaient agressée. Je ne savais même pas qu’elle avait été agressée. J’étais trop occupé par mes affaires, aveugle aux sorts qu’attendent les jeunes femmes.

— C’est, Marlus, ouvre.

Marlus… ?

Cela ne se peut pas. Je croyais ce gamin mort depuis des lustres.

— Marlus, comment ?

— Rougedevert. Landry, ouvre-moi, ça urge !

Il se tourne vers le « regardant ». Je ne vois que le vert de ses yeux.

Les morts ne ressuscitent pas. Et s’il est Marlus, il n’a plus le visage d’un adolescent de dix-sept ans…

Je tourne la clé dans la serrure et lui ouvre.

Je n’ai le temps de rien. Il s’engouffre dans le hall, retire son lourd manteau qu’il laisse s’écrouler par terre. Je revois bien les manières de ce gamin des rues. Ce gamin qui était devenu mon indic après la mort de Polie.

Polie. Ton poulain est vivant. Je n’en crois pas mes yeux. Est-ce que je rêve ? Et pourquoi je rêverais de Marlus ? D’un Marlus adulte…

Je reste bêtement à regarder l’homme qui se dresse devant moi. J’ai connu Marlus alors qu’il devait avoir treize ans. Je l’ai vu tomber d’une falaise alors qu’il était à peine un jeune homme. Pas encore majeur.

— Tu étais mort, murmure-je assez fort pour qu’il entende.

— Ah ouais ! Tu trouves. C’pas l’moment pour les ruisseaux de larmes. J’ai besoin de ton aide. On a un sérieux problème dans les basfonds. La police ne fera rien pour nous. J’ai besoin de toi.

Je le fixe comme on regarde un être parti trop vite et trop longtemps. C’est bien sa façon de parler, de se tenir. Mais comment est-ce possible ? Comment a-t-il survécu ? Pourquoi est-il là ?

— Tu saignes, dis-je.

Une tache rougeâtre colore le tissu de sa chemise. Il est étrange de le voir si bien habillé. Qu’est-il devenu depuis toutes ces années ? Pourquoi vit-il toujours dans les basfonds de Fragrance ? Pourquoi n’est-il jamais réapparu devant moi ?

— C’pas du sang.

— Et peut-on savoir ce que c'est ?

Je converse avec lui sans conviction. Un peu comme un fou qui parlerait à un mirage.

— D’la sève. Si j’te parle de sapin rouge, t’pense à quoi ?

— À la forêt des Chouettes de la ville d'Agone.

— Et plus légendaire ?

J’ai toujours eu des affaires assez particulières, notamment après celle du Loup. Mes affaires avaient un goût de livre pour enfants, de contes et de légendes d’antan. Chrison me fait souvent parvenir ce genre d’enquête, je les comprends mieux. Plus encore depuis ma retraite. Disons que je lis davantage. J’ai le temps. a encore quelques minutes.


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