Agathe 1-1 - La volonté de mourir - Réponse au défi

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À l’âge de 16 ans je fus envoyée dans un centre pour adolescents en « difficulté ». Par difficulté, je veux dire par là, adolescents suicidaires, dépressifs ou/et qui se font du mal. Remplissant toutes les conditions d'acceptation - à mon grand damn - mon éducatrice et la psychologue du CMP qui me suivaient, décidèrent de m’envoyer à destin ( je change ici le nom du centre ).

Lors de mon arrivée, on me fit visiter les lieux, sourires aux lèvres, comme si je venais pour des vacances. Mais une fois ma mère partie, tout moyen de communication me fut confisqué. « Il faut couper tout contact avec le monde extérieur ! ». D’accord… Mes valises furent inspectées, et les règles de vie me paralysèrent sur place. Mais avais-je le choix ? Cette fois-ci, je ne pouvais me rebeller, si je le faisais, ce serait ma mère qui serait sanctionnée.

Les premières heures furent catastrophiques. La chambre était en piteux état et sentait l’odeur de la cantine, qui se trouvait non loin, et du détergent, mais je suppliais pour ne pas en sortir tout de suite. Je ne comprenais pas comment il était possible de retrouver une quelconque envie de vivre ici. Il fallait être fou, pour aimer cet endroit… de fou.

Il fallut peu de temps pour que les autres ados se présentent et tentent de se lier d’amitié avec moi. Froide et sauvage, je ne pensais qu’à aller fumer ma clope et j’essayais alors de les éviter.

Nous fûmes conduit à la salle d’activités, où on nous demanda de dessiner des tortues sur du papier collant et de les couper ensuite au cutter pour les coller sur les tables, afin de décorer le centre. Abasourdie, je me tenais là, le cutter à la main, cette même main où se trouvait ma fraîche entaille au poignet, et me demandais encore où j'étais tombée. " Ils sont con ou quoi ? " je me disais alors. Tout le monde s’exécutait en silence, après tout, qui avait-il de mieux à faire ?

La matinée passa et il était maintenant l’heure de déjeuner. J'étais alors angoissée, je ne me nourrissais quasi plus et je connaissais trop bien la menace qu'ils me feraient, pour me confronter à eux. Là-bas, j'étais acculée par trop de médecins et d’infirmiers, je ne pouvais pas mentir... Dans mon estomac ne se trouvaient que des restes d’alcool, et je doutais qu’il accepterait de digérer quoi que ce soit d’autre.

Le réfectoire était grand, et des gamins d’autres centres y mangeaient eux aussi. Il fallait alors que l’on nettoie les tables et coupe le pain avant de nous asseoir et attendre notre repas. Et dans un coin, je remarquai une table prête à accueillir son hôte, avec une seule chaise, où les couverts étaient posés. Intriguée, de ma chaise je regardais qui allait s’y asseoir.

Agathe (je l’appellerai ici comme ça, je vais changer tous les prénoms) rentra dans le réfectoire, tête basse, et fila droit à la table du coin. Les épaules voûtées, écouteurs reliés à son Nano mp3, elle fixait désormais ses cuisses, sans parler, ni bouger. Elle me captivait, sans savoir pourquoi. Une autre pensionnaire, en voyant mon regard sur Agathe, me dit alors qu’il ne fallait surtout pas la regarder manger, que sinon, cela lui déclencherait une crise d’angoisse.

Je feignais de n’avoir pas faim, d’être triste de ne pas être chez moi pour ne pas manger. Cela passait… pour le premier jour. À mon grand étonnement, Cindy qui se tenait en face de moi, explosa de rire et hurla « Nous sommes tous triste ici ! Triste à en crever ! » .

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