L'espoir de la pierre
Le lendemain matin, Lermin s’éveilla avec un énorme mal de tête. Il se redressa, craignant que son dos ne soit aussi douloureux que la veille, mais ce ne fut pas le cas. Barden et Aély prenaient leur petit-déjeuner ; son cheval broutait un peu plus loin, mais il n’y avait aucune trace de son père. Il se leva et rejoignit le vieux couple. Ils lui sourirent :
— Bien dormi ? Comment va ton dos ?
— Je n’ai plus mal, merci. Mon père ne nous a pas retrouvés ?
— Si, mais il est déjà reparti.
— Même lui ne peut pas savoir où vous habitez ?
Barden et Aély se regardèrent un instant, semblant décider de ce qu’ils lui révéleraient ou non. Barden soupira.
— On habite ici, lui dit-il.
— Vous ne vivez pas dans un monastère ?
Aély sourit et fit non de la tête. Lermin parcourut une nouvelle fois les alentours du regard. Ils se trouvaient sur une vague colline entourée d’une flaque d’eau. Seule l’atmosphère était différente ; on aurait pu se croire dans une habitation tant elle était feutrée. Pourtant, pas un livre, pas une chaise, juste un coffre où ils entreposaient leurs maigres affaires.
Lermin était complètement déconfit. Il se demandait vraiment ce qu’il pourrait apprendre sur l’art de régner dans un tel lieu. Il fixa un instant ses hôtes, qui devaient être ses précepteurs. Ils le dévisageaient avec une pointe de compassion. Le prince, ne voulant pas les vexer, tut sa déception et embraya sur un autre sujet :
— Je devais parler du voyage d’Erloa à mon père. Nos parents veulent l’envoyer à Guerlon pour apprendre le guerlonnais. Mais je trouve que, depuis que les îles bougent, il n’est pas prudent de quitter Chandelon.
— Ce n’est pas un voyage, elle part se marier, rectifia calmement Barden.
Lermin sentit son ventre se nouer. Il fixa les deux sages qui le dévisageaient, la mine grave.
— Ce n’est pas possible, murmura-t-il. La fête devait avoir lieu à Pastel.
— Certes, répliqua doucement Aély, cependant, Tiboin a demandé d’avancer le mariage.
— Tiboin ? Ça m’étonnerait ! Celui-là l’aurait plutôt reculé jusqu’à le rendre caduc !
— Pourtant, il l’a même supplié. Son île a besoin d’Erloa.
— Je retourne à Pastel, cette histoire n’est pas nette. Je reviendrai dès que j’aurai vu ma sœur et compris le but de ce prétendant.
— Non, tu restes ici. C’est le roi qui l’a décidé.
— C’est ce qu’on verra ! grommela-t-il en se levant.
Barden tenta de le raisonner par quelques arguments, tandis que Lermin ajustait sa ceinture de guérisseur. Le prince n’écoutait plus rien ; ses gestes étaient empreints d’une grande fureur. Aély fit signe à son mari de se taire et de le laisser faire. Lermin sella son cheval et l’enfourcha sous le regard ennuyé des deux petits vieux qui avaient suivi ses allées et venues.
Il leur adressa un salut de la main et talonna son étalon. Celui-ci partit au galop, mais au moment de traverser la barrière d’aubépines, il se cabra et renversa son cavalier. Barden se précipita. Lermin se releva, refusa l’aide du vieil homme et grimpa sur sa monture. Le cheval dédaignait obstinément de passer l’obstacle.
— Il ne passera pas les buissons, Lermin, lui déclara Barden. Tu dois rester ici.
Lermin maugréa une réponse peu flatteuse et prit les rênes pour traverser la barrière à pied. L’animal rua et recula vers le centre du cercle. Lermin se souvint alors de l’impression qu’il avait eue en pénétrant sur la colline la veille au soir : ce silence feutré, le feu qu’il n’avait pas vu alors qu’il aurait dû l’apercevoir bien avant leur arrivée.
Il lâcha le cheval et se dirigea à pied vers la sortie. Il reçut une décharge qui le projeta au centre du cercle, presque aux pieds d’Aély. Celle-ci ne fit pas un mouvement pour l’aider. Elle écarta les mains et dit calmement :
— As-tu compris que tu resterais avec nous ?
Lermin demeura assis, prostré, tentant vaille que vaille de remettre ses idées en place. Il n’avait pas vu son père. Peut-être que ces magiciens s’étaient fait passer pour les sages et qu’ils avaient roulé le roi pour capturer son fils.
— Vous ne pouvez pas être Barden et Aély ; ils ne retiendraient jamais le fils du roi de Chandelon captif.
— Pourtant, nous le sommes, mais tu n’es pas notre prisonnier.
— « Prisonnier » signifie être privé de sa liberté. Et qu’est-ce ceci, dit-il furieux en désignant la barrière d’aubépines, sinon des murs infranchissables ?
— Cela pourrait être considéré comme tel, admit Barden en penchant la tête. Cependant, un château ou une maison n’est pas une prison, c’est un refuge, un abri. Es-tu d’accord ?
Lermin le reconnut d’un grommellement.
— Tu es notre hôte. Ton père nous t’a confié parce que c’est son devoir, et cela, tu le sais très bien. Tu resteras ici le temps nécessaire à ta formation, puis nous t’enverrons directement chez tes oncles et tantes.
Frustré, Lermin prit sa tête entre ses mains et souffla bruyamment son dépit. Il réfléchit à la meilleure attitude à adopter : battre en retraite et faire semblant d’accepter cette « hospitalité » pour partir dès qu’ils auraient le dos tourné, ou leur mener la vie si dure que ces deux petits vieux daigneraient lever le sort de l’aubépine pour le laisser filer à Pastel. La troisième solution était, évidemment, de leur demander poliment et gentiment, mais cela lui paraissait déjà voué à l’échec.
Aély s’approcha de lui avec une galette garnie de miel. Elle s’assit et la lui présenta doucement.
— Lermin, il faut te faire une raison. Nous ne te laisserons pas partir. Tu peux ne pas être coopératif ou tenter de nous berner pour prendre la tangente dès que nous avons le dos tourné. Cela ne sert à rien. Comme tu le sais, nous avons accueilli ici tous les rois de Chandelon. Pas un, tu m’entends, pas un n’a pas essayé de filer, et aucun n’y est parvenu. Tu as peur pour ta sœur ? Nous aussi, et nous l’avons dit à ton père.
— Et il ne vous a pas écoutés, c’est cela ?
Aély hocha lentement la tête.
— Il croit que le mauvais caractère de Qalor suffira à garder l’île à son amarre.
— Et c’est vrai ?
Barden intervint en apportant deux bols de thé fumant qu’il présenta à Aély et à Lermin :
— Nous n’en savons rien.
Lermin tentait de réfléchir à toute vitesse.
— Avez-vous un corbeau ou un pigeon pour prévenir Erloa ?
— Elle est déjà avertie.
— Depuis quand ? Et pourquoi ne m’a-t-on rien dit ? Pourquoi l’envoie-t-on malgré le danger qui est palpable ?
— Tu veux que je réponde à quelle question ?
— Toutes ! suffoqua Lermin.
La colère enveloppait Lermin comme un vent froid qui frigorifie les os. D’un bond, il se redressa et sortit son petit poignard de sa botte.
— Dans ce cas, laissez-moi partir ou je vous tue !
Aély leva les yeux au ciel. Elle soupira et désigna une grosse pierre près du feu.
— Tout de suite les menaces ! Tu n’arriveras pas à gouverner si tu brandis ton couteau à la première contrariété. Assieds-toi et écoute-nous !
A posteriori, Lermin trouva qu’il avait été ridicule de dégainer son petit poignard, d’autant plus qu’il n’avait jamais tué personne et qu’il était plutôt du côté des sauveurs que des assassins. Sur l’instant, il avait du mal à obéir et à s’asseoir sur le caillou indiqué. Comme il restait debout, Aély soupira une seconde fois et fit un signe las de la main.
— D’après les légendes, combien de rois avons-nous connus ?
— Tous, ou presque.
— Donc, nous aurions quel âge ?
— Impossible de le savoir...
— Bien. Et nous sommes encore vivants, qu’en déduis-tu ?
— Que vous n’existez pas, ou que vous êtes des fantômes, ou que vous êtes immortels. J’en sais rien, moi, répondit-il énervé, et ce n’est pas le problème qui me préoccupe.
— Qu’en tout cas, il n’y a pas moyen de nous tuer, répliqua Barden.
— Certes, admit Lermin malgré lui.
— Nous n’avons pas dit que nous ne ferions rien pour ta sœur.
— Que faites-vous, alors ?
— Nous lui avons remis ceci, expliqua Aély en ramassant un caillou qui se trouvait devant elle.
— Un caillou ? Vous lui avez donné un simple caillou pour qu’elle ne parte pas de Chandelon ? Vous déraisonnez complètement, mes pauvres !
Aély sourit doucement. Manifestement percluse de rhumatismes, elle se leva douloureusement en s’appuyant sur une canne. Lermin se demanda s’il était amusant de vivre indéfiniment si la plus grande partie de sa vie se passait dans la vieillesse. Aély lui lança un regard torve ; il en rougit. Elle lui prit le bras et l’emmena au centre de leur abri.
— Que vois-tu ? lui demanda-t-elle en faisant un large geste.
Lermin posa les yeux sur ce curieux refuge. Il n’y avait vraiment pas grand-chose d’extraordinaire. Il grimaça en répondant :
— Un feu éteint, des herbes folles, une flaque d’eau... Tiens non, ce n’est pas une flaque, c’est une source.
— C’est exact. Mais encore ?
— Ben... l’eau est-elle magique ?
— Mais non, voyons ! Il n’y a pas de magie ici ! démentit Aély.
— Enfin, pas comme tu l’entends, ajouta Barden entre ses dents.
— Ne me contredis pas ! répliqua Aély à l’adresse de son mari. Allez, mon garçon, Chandelon a la chance d’avoir un futur roi dont l’intelligence est supérieure à bien d’autres. Fais marcher tes méninges !
Lermin rougit. C’était la première fois qu’on le déclarait intelligent, sans ton moqueur ou obséquieux. Il ne se laissa pas prendre au piège de la flatterie, plissa les yeux et chercha encore. Il observa chaque plante qu’il reconnut instantanément.
— Vous faites un conservatoire des plantes de Chandelon ?
— Non, répondit Barden en agitant la main avec impatience. Mais c’est peut-être une piste... promène-toi...
Lermin déambula sur la colline. Les plantes étaient ordonnées selon l’endroit où on les trouvait habituellement, mais ce n’était pas ça qui comptait. Il fit deux ou trois fois le tour, puis revint au centre. Aély voulut l’aider, mais, pris au jeu, Lermin leva les mains pour l’arrêter. Elle alla se rasseoir, l’œil amusé.
Lermin se mit à plat ventre. Il fixa l’horizon. Au loin, il y avait la montagne du Dragon, appartenant à son oncle Yxiri. Si ce n’était son nom, elle était peu impressionnante, quoiqu’on en raconte. On disait que le diable, Elaap, y séjournait ; aux enfants, on prétendait qu’il se réveillerait à la moindre bêtise. Les plus crédules affirmaient que le diable saluait la venue d’un pirate ou d’un malfaiteur sur l’île en rejetant un peu plus de fumée ; si, ces jours-là, on était sur le point d’accepter un marché, l’affaire ne se concluait pas, au risque d’apporter le malheur à Chandelon et de faire une mauvaise affaire. Un filet de brume s’élevait droit vers le ciel. Petit, Lermin avait demandé à son oncle si c’était vrai qu’Elaap y sommeillait. Yxiri, qui était le plus blagueur de la famille, avait ajouté maints détails la rendant encore plus extraordinaire qu’elle ne l’était. Euralia avait grondé son beau-frère en remettant l’église au milieu du village. En réalité, cette montagne était loin d’être magique ; on l’aurait crue décapitée, elle ressemblait à un furoncle percé sur la peau de l’île. Mais la terre d’Yxiri était terriblement fertile ; c’était le grenier à grain de Chandelon, ce qui rendait le royaume à l’abri de la famine.
Lermin réalisa que son esprit se dissipait et il fronça les sourcils en ramenant son regard vers l’abri. Il constata que la fumée de leur feu était exactement la même que celle qui s’échappait de la montagne. Les volutes que le vent déformait au-dessus de la montagne étaient les mêmes que celles au-dessus du foyer.
Lermin se releva d’un bond. Il s’approcha de la source presque en courant et réalisa enfin :
— Ça, c’est le duché de Thakan, autour du lac Thak ! Et de là découlent nos trois grands fleuves, ajouta-t-il en montrant les filets d’eau qui s’éparpillaient de la flaque.
Très excité, il se tourna pour mieux s’orienter et énuméra :
— Le Candeur, l’Accompli et celui-là, l’Impétuosité.
Il courut vers un petit monticule d’aubépines et dit :
— Ici, je suis à Salèse, chez Saleïs, Père du Bois, patriarcat de la mesure et de la sagesse !
Il sauta d’un coin à l’autre en indiquant à chaque fois où il se trouvait, riant d’avoir découvert leur secret.
— Et ici, je suis chez Écéona, Mère de l’Accompli, patriarcat de la mémoire... Maintenant, je suis chez Misiane, Mère de l’Impétuosité, patriarcat de la témérité ; à voir son fleuve, on comprend qu’il soit difficile à franchir ! Et ici, ce petit bout de territoire qui ressemble à un paradis, c’est celui de Cémana, la Candeur et la Simplicité !
Il revint vers le feu où les deux sages l’attendaient en riant avec lui :
— Et ici, on est chez Yxiri et sa fameuse montagne ! Vous avez créé une Chandelon en miniature ! C’est extraordinaire !
— Tu as tout compris, dit Barden, sauf qu’on ne l’a pas vraiment créée.
— Mais si, on l’a créée ; pourquoi dis-tu qu’on ne l’a pas faite ? intervint Aély.
— Enfin, ce n’est pas vraiment nous...
— C’est nous ! Arrête de te dévaluer de la sorte ! se fâcha Aély.
Lermin sourit en les voyant se chamailler ainsi. Ils n’étaient pas vraiment sages pour des sages.
— Nous sommes les garants de l’île, expliqua Aély. En donnant un caillou de notre domaine à Erloa, nous lui confions une partie de Chandelon. Tant qu’elle aura son caillou dans sa poche, elle restera Chandelonnaise.
— Cela ne l’empêchera pas de quitter le territoire !
— C’est certain. Cependant, si elle reste Chandelonnaise, elle sera à l’abri des déportations d’îles et elle permettra à Guerlon de rester amarrée là où elle est.
— Enfin, c’est ce qu’on croit ! intervint Barden.
— Et si ce n’est pas le cas ?
— Elle saura qu’il faut prendre un bateau pour quitter l’île avant qu’il ne soit trop tard, répondit Aély avec assurance.
— Il faut pour cela qu’elle garde bien le caillou sur elle, dit Barden.
— Pourquoi l’enlèverait-elle ? Pour dormir, pour se marier, par distraction, que sais-je ! s’écria Lermin.
— N’inquiète pas ce garçon, dit Aély en mettant la main sur le bras de son mari.
Les sages ne paraissaient pas véritablement confiants. Lermin les scruta ; il y avait une petite angoisse au fond de leurs yeux.
— Mais vous lui avez expliqué tout ça ? demanda-t-il.
— Certes, maugréa Barden.
— Cependant ? persista Lermin.
Aély tenta d’arrêter son mari en pressant un peu son bras. Barden se dégagea brutalement en la fusillant du regard. Il posa des yeux fatigués sur Lermin et répondit :
— Cependant, nous ne savons pas si cela marchera. Crabaude est finaud. S’il capte pourquoi l’île ne vient pas à lui, il en cherchera la raison. S’il la découvre...
Barden laissa mourir la fin de sa phrase. Lermin avait compris. Ils avaient laissé Erloa partir parce que cela sauverait peut-être l’île. *Peut-être.* Et si cela ne marchait pas ? Eh bien, tant pis pour Erloa. Elle serait esclave à Hennacor ou alors, dans le meilleur des cas, Crabaude la tuerait. Lermin bouillonnait de colère.
— Vous avez sacrifié Erloa pour une de vos expériences... gronda-t-il.
— Ce n’est pas une expérience, c’est...
— C’est ? les harangua-t-il.
— C’est de l’espoir... murmura Aély, peu convaincue elle-même par ce qu’elle venait d’émettre.
— De l’espoir ? Laissez-moi rire, c’est du n’importe quoi ! Mon père est-il au courant ?
— Oui.
— Et il a accepté ça ?
— Oui.
Lermin se laissa choir sur place. Il se sentait vaguement trahi par son père et par ce couple de perruches qui le scrutaient du coin de l’œil avec un semblant de compassion. Il tentait vainement de remettre ses idées en ordre. Il se souvenait de sa dernière nuit au château, durant laquelle Erloa était venue le trouver en pleurs. Comment la protéger sans pouvoir connaître les embûches qu’elle traverserait ? Et les dangers étaient d’une tout autre importance que le prince Tiboin.
Il pensa à Calrice, qui lui avait promis qu’ils pourraient se parler tout au long de leur vie. Quelle naïveté ! Certes, ils s’enverraient des missives, mais si elle courait le moindre danger, il arriverait bien trop tard. Il fallait presque un cycle pour se rendre à Guerlon ; d’autant plus que si elle était en péril alors qu’il était chez les sages, il ne pourrait pas appliquer le petit code qu’ils s’étaient convenu depuis le temps où Nilakin avait pris en charge leur éducation d’un peu plus près. S’il y avait danger pour lui, ils parlaient de santé, lui étant « l’homme qui parlait aux intestins » ; si la menace était pour Erloa, ils évoquaient l’équitation, Erloa étant « le mustang ». Si Nilakin avait maille à partir avec l’un d’eux, ils invoquaient « le lion », et si c’était leur mère, c’était la « tigresse ».
Pourtant, Calrice n’était ni naïve ni insouciante. Elle devait lui avoir laissé un message quelque part pour qu’ils puissent continuer à communiquer.
Les sages le laissèrent digérer la nouvelle. Ils rangeaient leur refuge comme s’ils nettoyaient la pièce dans laquelle ils vivaient. Lermin les suivait des yeux sans pour autant faire attention à leurs gestes. Aély se tourna vers lui, lui adressa un petit sourire compatissant, puis se concentra à nouveau sur l’énorme coffre dans lequel elle rangeait la vaisselle et ses biens. D’un mouvement, elle demanda à Barden de la rejoindre. Ils discutèrent de manière animée pendant quelques minutes.
« Deux perruches, pensa Lermin, elles s’adorent et se disputent à longueur de temps. Et dire que je devrai vivre avec eux pour apprendre je ne sais quoi d’idiot pendant que ma sœur se sacrifie pour une île à qui nous ne devons rien ! »
Lermin fouilla sa besace à la recherche d’un bout de parchemin ou d’autre chose qui pourrait être un message de la guérisseuse. Puis il inspecta sa selle, ses vêtements, le tissu dans lequel il avait emballé les biscuits... Il ne trouva rien.
— Tu as perdu quelque chose ? demanda Barden.
Méfiant, Lermin se tourna vers lui. Barden le regardait avec un sourire assez doux, tenant dans sa main la ceinture de Calrice. Lermin en eut quelques frissons. C’était à coup sûr dans cette ceinture que Calrice aurait caché un message, si toutefois elle lui avait laissé un mot.
— Justement, ça ! répondit-il avec un temps de retard et un petit sourire satisfait. J’ai mal au dos et cela me fait du bien.
— Tu l’avais enlevée hier soir pour que je te masse, dit-il en la lui tendant. Tu t’en souviens ?
— Bien sûr, répondit-il en haussant les épaules.
Lermin l’examina sous le regard quelque peu inquisiteur des deux sages. Il réalisa aussi qu’il faudrait jouer serré et n’osa pas pousser ses investigations pour ne pas leur mettre la puce à l’oreille. Il se tourna vers eux et dit :
— Je devrais changer les herbes, en avez-vous en réserve ?
Barden écarta la main en montrant le sol autour de lui :
— Sers-toi, mais je crois que ta ceinture ne te sera plus utile.
Lermin ne voulait pas attirer leur attention sur l’objet. Il lâcha sa ceinture en disant :
— Ah bon.
Il verrait plus tard.

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