Danser dans la fumée

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Le lendemain, lorsqu’il se réveilla, Barden et Aély avaient quitté la colline. Cela leur arrivait de temps à autre. Ils devaient sans doute dénouer un problème dans un village, ou ailleurs. Lermin ne s’en inquiéta pas, il avait de quoi réfléchir, la soirée de la veille l’avait profondément intrigué. Cela le mit de bonne humeur. Enfin un sujet de réflexion : comment Aély, ce petit bout d’écorce, arrivait-il à devenir un chêne ?

Il se leva, il réalisa qu’ils étaient face à la mer. Cela ne s’était jamais produit, les sages évitaient la mer, il le savait. Il s’orienta grâce au lever du soleil, ils étaient à Cémane, le comté de sa tante Cémana.

Tout à coup, il fixa le coffre et sourit. Comment ne s’en était-il pas aperçu tout de suite ? Voilà comment ils voyageaient ! Par le coffre ! Suivant le lieu qu’ils voulaient visiter, ils le plaçaient sur la colline, dans leur Chandelon miniature, à l’endroit du futur rendez-vous. Les plans se bousculèrent dans son esprit. Devait-il leur dire qu’il l’avait compris ou pas ? S’il taisait la découverte, il pourrait peut-être déplacer le coffre à Pastel, mine de rien. Mais si les vieux s’apercevaient qu’il feintait, ils ne lui feraient plus confiance...

Et s’il la bougeait pendant une de leur absence... Il reviendrait aussitôt sa petite fugue terminée et cela lui permettrait, par la suite, de se déplacer comme il le souhaiterait. Sans s’en rendre vraiment compte, il caressait le coffre tout en fixant la mer. Il lui fallait un plan, avant d’agir. Juste pour voir s’il ferait bouger l’abri, il tenta de pousser le coffre de quelques pouces.

Ah ! entendit-il derrière lui, tu as enfin compris !

Lermin sursauta et se tourna brusquement vers ses hôtes. En lui-même, il remisa tous les plans qu’il avait élaborés.

Je me demande comment je n’y ai pas fait le lien plus tôt ! dit-il. Vous m’expliquez ?

Il n’y a rien à comprendre de plus que ce que tu as découvert, dit calmement Barden. Nous voyageons donc,ainsi, chaque nuit.

Peut-on se déplacer de jour ?

Nous n’avons jamais essayé, nous n’en voyons pas l’intérêt.

On tente ? continua Lermin.

D’accord, répondit Aély tandis que Barden faisait la moue. Cet endroit est vraiment trop bruyant. Déplace-le de quelques pouces vers le nord pour ne plus entendre la mer.

Lermin tâcha de soulever le coffre en vain.

Non, ça ne va pas, il faut attendre le coucher du soleil, déclara Barden. Je n’aime pas trop ces expériences, nous ne savons pas où cela peut nous mener et nous avons du pain sur la planche.

D’un geste, il invita Aély à s’asseoir par terre et d’un autre, il envoya Lermin plus loin :

Tu n’as pas encore désherbé le patriarcat de Pastel.

Lermin n’en avait pas vraiment envie. Il voulait dès à présent, écouter la moindre parcelle de leur dialogue pour pouvoir avancer. Il montra une petite herbe folle à leurs pieds et se pencha pour la prendre. Barden souffla et désigna le nord de la colline avec autorité.

Ben quoi ? vous m’avez dit de suivre attentivement vos conversations...

Aély pouffa.

Lessele oucoutou. Toto fonçons, al capradra rinhin.

Dici pu al capradra cenmen fonron nu olor.

A vara purpu susuru binhin.

Lermin leur envoya un regard chargé de reproches et partit d’un pas lourd vers le nord de la colline, à Pastel.

Il désherba le patriarcat en se demandant comment il se faisait qu’il y ait tant d’herbes à retirer chaque matin. Il s’aperçut qu’il y avait un petit cornouiller sanguin, dont la couleur rouge dénotait avec la végétation de Pastel. Il n’avait rien à faire dans ce lieu, on ne le trouvait qu’à Cémane. Il tenta donc de l’arracher pour le déplacer, quand il entendit derrière lui la voix grondante de Barden.

Non ! pas le cornouiller.

Pourquoi ? demanda Lermin en se redressant. Ne faut-il pas que je le repique à Cémane, il n’y en a pas à Pastel ?

Non. Il ne faut pas.

Pourquoi ? répéta Lermin.

Barden balaya la question d’une main agacée. Cela aiguisa la curiosité de Lermin. Il fit le tour de l’ensemble de la colline. Il y avait un cornouiller dans chaque patriarcat. L’arbrisseau avait des branches rouges qui dénotaient à chaque fois avec la végétation présente. Encore une petite subtilité qu’il n’avait pas perçue. Cela le fit bisquer. Pourquoi n’avait-il pas fait attention, alors qu’il n’avait rien d’autre à faire qu’enlever des mauvaises herbes ? Il pencha la tête. Chaque cornouiller était à l’endroit précis du château, centre névralgique du patriarcat.

Aély lui posa la main sur l’épaule.

  • Tu te demandes pourquoi tu les avais pas remarqués, n’est-ce pas ?
  • Oui.
  • C’est parce qu’ils n’étaient pas là, hier, tout simplement.
  • Et pourquoi le sont-ils aujourd’hui ?
  • C’est ainsi que chaque Père ou Mère nous appelle.
  • Eh bien, on va en faire des voyages !
  • Non. Nous savons ce qu’ils veulent.
  • Et c’est ?
  • Toi !

Lermin la scruta un petit sourire au bord des lèvres. Il était pour finir assez heureux de terminer cette étape, pour faire le tour de ses oncles et tantes et commencer la formation qu’il redoutait en quittant Pastel. Il en avait assez des herbes folles et de son inaction. Il en avait d’ailleurs été relativement surpris. Lui qui se croyait largement pantouflard, avait des fourmis dans les jambes. Il aurait même bien fait un peu de cheval pour se fatiguer physiquement.

  • Mais ils ne t’auront pas si rapidement, le détrompa directement Aély. Nous n’en avons pas fini avec toi.
  • Pourquoi vous n’engagez pas un jardinier pour me remplacer ? rétorqua vivement Lermin. Après tout, on ne sait pas si mon père ne mourra pas demain et dans ce cas, je ne serai pas d’un grand secours à l’île parce que je n’aurais pas eu l’ensemble de mon apprentissage.
  • N’enterre pas ton père si vite ! répondit Barden en riant.

Le vieux s’approcha d’eux et dit :

  • Certes, nous n’avons pas beaucoup de temps, dit-il. Nous nous demandons si nous ne pouvons pas combiner notre formation avec celle de tes oncles et tantes.
  • Pourquoi le temps est-il si restreint ?
  • Les îles... déclara Aély. Tu es le premier qui s’en est inquiété et tu avais raison. Il faut arrêter Crabaude.
  • Le roi Crabaude ? demanda Lermin incrédule. C’est lui le responsable ?
  • Tu le savais, non ? interrogea Aély en le scrutant davantage.

Lermin nia d’un large mouvement de tête, pourtant, dans son for intérieur, il lui semblait l’avoir déjà entendu. Il fronça les sourcils ; c’était trop nébuleux que pour s’en souvenir vraiment.

  • Nous en parlerons ce soir, à ton père, décida Barden. Il vient de rentrer de Guerlon. D’ici là, enlève-nous toutes ses mauvaises herbes !

Lermin cacha sa joie d’atterrir cette fois à Pastel. Il ne voulait pas que les sages se doutent qu’il avait une petite sortie à faire de peur qu’ils ne le gardent sur la colline.

  • Je suppose que si vous me demandez d’être aussi méticuleux aux soins de la colline, c’est parce qu’il y a un lien entre les mauvaises herbes et la population qui y habite ?
  • Exact.
  • Lequel ?
  • Leur humeur.
  • Ils sont plus joyeux si notre colline est dépourvue de chiendent ?

Aély leva les yeux au ciel, comme s’il venait d’émettre une grosse l’imbécillité. Lermin en fut un peu vexé et il murmura entre ses dents :

  • Aucune question n’est stupide, ce ne sont que les réponses, lorsqu’elles sont fausses ou éludées.

Furieuse, Aély se tourna vers lui. Lermin la défiait d’un œil perçant. Barden rit et répliqua :

  • Bien répondu et voici un autre proverbe : il n’y a que la vérité qui blesse ! N’est-ce pas Aély ?

Aély lui lança des éclairs. Elle avait le souffle court, s’apprêtait à une énième dispute. Lermin leva les mains et dit :

  • Paix ! s’il vous plaît. D’après vous, on n’en a plus le temps ! Je pense que si celui-ci presse autant que vous le croyez, vous devez arrêter votre pédagogie à deux sous et m’expliquer ce que je dois apprendre pour être Chandelon.
  • Ton père a mis trois ans à le comprendre, pourquoi voudrais-tu le maîtriser tout de suite.
  • Parce que je ne suis pas mon père ! répondit-il en écartant les bras.

Cela fit sourire Aély. Elle plissa les yeux et se planta devant Lermin.

  • Bien. Tu te souviens qu’hier tu n’étais qu’une brindille ? Eh bien, nous allons retenter l’expérience. Ferme les yeux et perçois tout ce que tu peux autour de toi.

Lermin s’appliqua du mieux qu’il put. Mentalement, il fit une image de ce qu’il avait autour de lui. Il sentait où étaientAély et Barden.

  • Désigne-moi, sans ouvrir les yeux, la valériane imposa doucement Aély.

Lermin la lui montra sans l’ombre d’un doute. Elle continua l’exercice par plusieurs plantes. Il y arriva sans peine.

  • C’est très bien, lui souffla-t-elle. Maintenant, imagine que tu es une plante, de tes pieds se prolongent de longues racines qui s’étendent dans tout le patriarcat de Cémane. Tu y es ?

Lermin sentit doucement la terre faire partie de lui-même. Il garda quand même une certaine tension, il se demandait où Aély allait le pousser. Elle en sourit, lui assura qu’elle ne le pousserait pas aujourd’hui et elle lui demanda de se détendre complètement. Barden s’était approché. Il mit les deux mains sur les épaules du jeune apprenti.

  • Il y a encore une petite tension dans tes jambes, dit-il. Le flux ne passera que s’il n’y en a aucune.

Lermin respira plus calmement. Il était complètement détendu, cela lui fit un bien fou.

  • Ouvre les yeux doucement, chuchota Aély.

Lermin ouvrit les yeux. Barden était face à lui, en train de le pousser de toutes ses forces. Lermin s’en raidit et tomba à la renverse. Barden lui sourit et lui tendit la main pour le relever.

  • C’est dans la détente qu’on est le plus fort, expliqua-t-il. Ça viendra, tu as déjà fait un bon pas. Nous ferons ces exercices plusieurs fois par jour.
  • Vous me poussiez depuis longtemps ?
  • Assez.

Lermin hocha la tête. Il se remit au travail et arracha toutes les mauvaises herbes en pensant à ce qu’il venait d’apprendre.

Vers la fin de l’après-midi, Barden lui demanda de promener son cheval. Cela faisait dix jours qu’il n’avait pas couru, il fallait le monter. Lermin avait quelques craintes ; Aély les balaya d’une main, en lui rappelant qu’il débroussaillait tous les jours sans ressentir la moindre douleur, alors qu’il aurait pu en être fourbu. Lermin réalisa qu’elle avait raison et sella son cheval.

Il quitta la colline et galopa le long de la plage. Il en fut légèrement grisé. Dans son élan, il prit un bain de mer, rejoignit un petit îlot et se coucha sur le sable quelques minutes. Il pensa à la course qu’il avait faite avec son père quinze jours auparavant. Sa victoire, la brimade de son père, et sa réaction relativement sanguine. Depuis, le roi n’avait plus émis la moindre vexation. Il faut dire qu’il avait étonnamment retourné sa réputation au château de Sendres. Il pensa ensuite à ces deux sœurs, Axile l’impertinente, et Solaire la guérisseuse. Comment se faisait-il que deux sœurs soient tellement différentes ? S’il devait choisir entre les deux, il pencherait sans hésitation pour l’aînée, la guérisseuse, quoiqu’Axile était nettement plus drôle, plus vive et il faut bien le dire, elle aiguisait son sens de l’observation et ses réflexions. Cela lui plaisait énormément, tandis que Solaire était en deçà de ses facultés médicales,c’est lui qui était le plus instruit.

  • Donc, peut-être choisirait-il Axile.
  • Non. Il ne voulait plus être bahuté, il l’avait trop subi au château.

Si Lermin le pouvait, il détesterait son père. Il ne se souvenait plus le dernier compliment qu’il lui avait fait. Cela devait être lors de ses premiers pas. Ensuite, et sûrement pour de très bonnes intentions, il l’avait malmené pour en faire un homme. Lermin s’était réfugié dans les livres et dans la nourriture. Certes, jusqu’à ses six ans, Éleuria avait défendu son fils, puis elle l’avait ri parfois des couleuvres que lançait son époux. Lermin s’était senti alors totalement abandonné.

Il récupérait un peu d’amour maternel en discutant avec sa mère de sujet très sérieux. Elle avait compris que son fils était très intelligent et elle savait qu’il passait beaucoup de temps en ville. Elle en avait fait son « thermomètre politique », comme elle le lui avait confié. Lermin lui racontait les soucis et les joies du peuple, les arrivées des bateaux et, par là même, les nouvelles des autres îles. Elle l’écoutait alors, surtout quand il rapportait des nouvelles de Gaboni, son île natale. Elle prenait du temps avec lui. Il adorait ces moments intimes. Par l’intermédiaire d’Éleuria, il poussait son père à suivre ses conseils, sans que ce dernier s’en rende compte. Cela lui offrait une petite vengeance muette qu’il savourait dans sa chambre, seul ou avec Erloa. Elle disait alors :

  • Il me semble que les intestins du lion ont été purgés !
  • Oui, répondait-il, il avait du mal à digérer son os.

Lermin ne détestait pas son père parce qu’il le plaignait. Il le trouvait un peu rustre, pas très malin, un roi gentil mais qui n’arriverait pas à se démarquer des autres. Il se demandait pourquoi les sages l’avaient choisi parmi les enfants de sa génération. Il aurait dû prendre à coup sûr Saleïs, nettement plus sérieux.

Comme tout cela lui paraissait loin ! Depuis qu’il était avec les sages, les petits problèmes du château lui étaient bien dérisoires. Lermin avait longuement observé ses hôtes. Tout en eux respirait la paix, même s’ils se chamaillaient à longueur de temps. Cela devait être ça, la paix intérieure. À moins que ce fût la colline elle-même qui engendrant le silence, obligeait au calme. Lermin avait remarqué que les sages se disputaient essentiellement quand ils revenaient d’une visite extérieure. Il comprenait aisément le problème, lui-même supportait difficilement le bruit lors des fêtes du château, s’il était vrai que les deux vieux percevaient à outrance toutes les ondes sonores, cela devait les mettre sur les dents.

Il voulait presser l’allure des deux sages. Il ferait ses exercices régulièrement en arrachant les mauvaises herbes ou en cuisinant, presque tout le temps pour avancer dans leur formation.

Lermin avait toujours les yeux fermés il tenta l’expérience.

« Où est l’eau ? Trop facile : à mes pieds, se dit-il. Y a-t-il un peu de bruyère sur cet îlot ? Heu... trop compliqué ! y a-t-il un animal ? »

Comment pouvait-il percevoir un animal ? Par la relaxation. Il se détendit complètement. Tellement qu’il finit par s’endormir. Il se réveilla brutalement quelque temps plus tard, le soleil était très bas sur l’horizon. Il traversa le bras de mer et galopa jusqu’à la colline.

Il se demanda comment il allait être reçu. Il avait largement dépassé l’heure de promenade. Les deux vieux se retournèrent à peine. Ils lui signalèrent que la soupe était chaude et tous trois s’installèrent autour du feu. Les sujets de conversation avaient déserté le repas, chacun mangeait en silence. Lermin releva le nez de son assiette, avisa l’énorme tas de bois à côté du feu.

  • Vous comptez rôtir un veau ? demanda-t-il en désignant du menton les bûches.
  • Non, répondit Barden.

Et le silence retomba tout aussi vite. Lermin les observa un moment, ils étaient assez préoccupés. Barden releva les yeux sur lui, lui sourit et demanda :

  • La mer était bonne ?
  • Délicieuse. J’adore nager. Vous m’avez vu traverser le bras de mer ?
  • Non, nous ne t’avons pas vu, mais nous savions que tu le faisais.
  • Père vous a raconté notre petite course ?
  • Non, Lermin. Nous savions que tu le faisais parce que nous percevons tes déplacements ainsi, nous pouvons te dire que tu as dormi, nagé et galopé. N’oublie pas que nous entendons l’ensemble des cœurs de Chandelon !
  • Certes, mais sur la colline, vous vous isolez du bruit, non ?
  • C’est un fait ! il nous faut sortir pour le percevoir, mais la colline n’est pas bien grande.
  • Mon cœur bat-il différemment quand je monte à cheval que lorsque je nage ?
  • Oui, tu restes anxieux sur ton cheval, pourtant, il n’y a plus lieu d’avoir peur ; par contre, quand tu es dans l’eau, tu y prends un réel plaisir, répondit Aély.
  • C’est vrai que vous avez complètement guéri mon dos mais au fond de moi, j’ai encore une lourde crainte de me réveiller le matin perclus de douleurs.
  • Nous pensons que tu dois faire une promenade à cheval chaque jour, pour te désinhiber.

Même si Lermin tentait de rester impassible, son cœur bondit de joie. Demain matin, ils seraient à Pastel et ils lui suggéraient de faire une promenade à cheval ! Aély et Barden l’observaient avec une pointe d’angoisse au fond des yeux. Tout à coup, Lermin se demanda si, dans ce refuge, il percevait aussi son cœur et, dans ce cas, Il venait de se trahir bien malgré lui.

  • Tu es d’accord ? s’enquit Barden.
  • Oui, il faut que je sache aussi bien monter à cheval que ma sœur, dit-il gravement.

Lermin but sa soupe en silence. Les sages le scrutaient encore, il fallait détourner la conversation. Il se redressa d’un bond et dit :

  • Bien ! allez hop ! Un p’tit exercice de racine avant de dormir !

Aély sourit et se leva. Elle recommença le même exercice que celui du matin. Lermin était bien trop excité que pour se concentrer. Il n’arriva pas à prendre racine. Il en était désolé. Aély le consola en lui disant qu’il doit apprendre à avoir confiance en lui. C’était cela le plus difficile pour Lermin.

Barden avait déjà installé les paillasses. Il demanda à Lermin de déposer le coffre de place à Salèse. Lermin obéit, le cœur lourd. Ils avaient oublié ou ils avaient changé d’avis ou ils avaient appris que Nilakin n’était pas encore rentré de Guerlon. Peu importe, il ne verrait pas Pastel aujourd’hui. Il en était profondément déçu.

  • N’aie pas peur, lui dit doucement Aély, tu ne verras pas ton oncle si vite.
  • Je n’en ai pas peur, murmura Lermin d’un ton sec.

Il se coucha et s’endormit rapidement.

Lermin était en train de danser. Il baissa les yeux et constata qu’il était à nouveau cette fumée au-dessus du feu. Cela le fit rire. Le feu était immense, Barden avait mis une bonne partie des bûches à brûler. Lermin s’élevait haut dans le ciel, il se demanda toujours hilare, s’il arrivait à toucher les étoiles.

  • Ou la lune ! dit-il badin.

Il se sentait libre, léger un véritable oiseau, il poussa quelques croassements et rit de plus belle. Comme c’est dommage de ne pas pouvoir se marrer avec eux ! pensa-t-il en voyant Aély et Barden en pleine discussion devant le feu. Bardentenait de petits bouts de branches de cornouiller. Il s’approcha et découvrit la chambre de son père entre les flammes. Oh c’est de famille ! On n’est rien que de la fumée ! » pensa-t-il, en riant de plus belle. Il tenta de descendre à la hauteur de son père pour lui dire bonjour, mais le feu envoyait sa fumée au loin et Lermin se dispersait.

  • On doit le marier le plus vite possible à Barnisie, entendit Lermin. J’ai eu un message de son père, le roi Filor, la situation ne tient plus que par un fil. Son peuple demande que le roi lâche du lest pour que Kyrven commence sa transhumance.
  • C’est comme ça qu’ils communiquent, réalisa Lermin.

Il se dégrisa instantanément. Il se concentra afin de retourner vers les flammes pour écouter la conversation. Il était à quelques pouces du cœur du foyer. Il voyait son père faire les cent pas devant sa cheminée et, dans un petit panier à côté de celle-ci, il y avait quelques branches de cornouiller. « Il leur faut un grand feu et du cornouiller ».

  • Et sa formation chez ses oncles et tantes ?
  • Il la fera une fois marié.
  • Impossible, intervint Aély. On ne peut pas dévoiler nos pouvoirs à une étrangère, même si elle devient la femme du roi !
  • Qui te dit qu’elle l’accompagnera ? Elle vivra à Pastel tandis que Lermin ira dans les différents patriarcats. Comment ça se passe de votre côté ?
  • Il est trop malin, on doit ruser pour le faire avancer plus lentement si on veut le garder ici.
  • Revenez à Pastel, quand Barnisie arrivera. Puis vous l’emmènerez à Salèse et il ne dormira pas ou peu au château de Saleïs mais chez vous. Ainsi, vous aurez un œil sur lui. Au moindre changement de comportement d’un de mes frères ou mes sœurs, gardez-le sur la colline et prévenez-moi.
  • Bien, sire !

Aély se leva et se pencha sur le feu. Elle fixa Lermin et le désigna d’un bout de branche. Il se sentit découvert, tenta de monter avec la fumée, mais c’était trop tard.

  • Lermin ! s’exclama Aély. Il me semblait bien que tu pouvais te balader par là.

Barden regarda le jeune homme dormir à ses côtés. Puis, intrigué, il se leva et observa le feu.

  • Ton fils est dans le feu... murmura-t-il à l’adresse du roi. C’est un fumeux !

Nilakin se pencha sur le foyer et l’analysa sous toutes ses coutures.

  • Non, je ne le vois pas !
  • Voilà qui est très intéressant... murmura le vieux sage. Je me demande s’il nous écoute.
  • Bien sûr que je vous entends ! s’écria un peu bêtement Lermin. Bonjour Père ! alors je vais me marier ? Et moi qui cherchais une ruse pour fausser compagnie à ces p’tits vieux, vous me la présentez sur un plateau d’argent !

Nilakin ne sembla pas l’entendre tandis qu’Aély éclata de rire.

  • Il me semblait bien que nous devions nous méfier de ton air conciliant ! dès demain, je t’apprends à mesurer tes paroles, petit !
  • Et à maîtriser le feu ! intervint Barden tout aussi hilare.
  • Le souci, Nilakin, reprit Barden, c’est que Lermin n’a pas vraiment confiance en nous et il reste sur ses gardes !
  • Nous en reparlerons plus tard, décida Nilakin furieux de ne pas percevoir ce qui se passait de l’autre côté du foyer.

Le roi lança un seau d’eau sur son feu, Lermin ne ressentit rien. Il s’éleva un peu plus dans les airs et redescendit quand il entendit Aély l’appeler. Elle lui suggéra de regagner son corps afin de dormir le restant de la nuit, calmement, et de ne pas s’étouffer comme cela s’était produit la dernière fois.

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